‹ De l'espèce et de la classification en zoologieChapitre 37 sur 93 · GROUPES PRINCIPAUX DES SYSTÈMES ZOOLOGIQUES CONNUS · texte numérisé non relu

GROUPES PRINCIPAUX DES SYSTÈMES ZOOLOGIQUES CONNUS

Grands types ou embranchements du règne animal.

Dans les systèmes de Zoologie et de Botanique, l’emploi des termes embranchements, classes, ordres, familles, genres et espèces, est tellement universel qu'on devrait en supposer le sens et la portée bien déterminés et généralement compris de la même manière. Il s’en faut pourtant de beaucoup qu’il en soit ainsi. Tout an contraire, il n’y a pas, à vrai dire, en Histoire naturelle, de sujet à l’égard duquel l’incertitude soit plus grande et le défaut de précision plus absolu. Je n’ai pu trouver nulle part une définition nette du caractère même des divisions les plus compréhensives. Quant aux opinions ayant cours sur les genres et les espèces, elles sont tout i\ fait contradictoires. Dans de telles circonstances, il m’a paru singulièrement désirable de rechercher quel est le fondement vrai de ces distinctions et de déterminer, autant que possible, le degré de réalité qu'elles ont dans la nature. J’espère que les résultats de ce travail seront juges satisfaisants et seront bien accueillis. J’avoue très-volontiers qu’il m’en a coûté des années d’étude, pour parvenir à une conception claire des caractères véritables de ces grandes divisions.

C’est un fait universel, dans n’importe quelle sphère de

l’activité intellectuelle, que la pratique devance la théorie. Aussi pas un philosophe ne sera surpris d’apprendre que les zoologistes avaient admis instinctivement des groupes naturels dans le monde organique, bien avant qu’on eût soulevé la question de savoir si ces groupes existent réellement dans la nature, et quel en est le caractère. Les nations n’ ontelles pas parlé, entendu et écrit le grec, le latin, l’allemand, le sanscrit, avant qu’on eût seulement soupçonné la proche parenté de toutes ces langues et de quelques autres ? Les peintres n’ont-ils pas fait des merveilles avec les couleurs, bien avant qu’on connût la nature de la lumière? Et les hommes n’ont-ils pas raisonné, sur eux-mêmes et sur le monde, longtemps avant que la logique et la métaphysique fussent enseignées dans les écoles? Pourquoi, alors, les observateurs de la nature n’auraient-ils pas apprécié à leur exacte valeur les alliances existant soit entre les animaux, soit entre les plantes, bien avant d’avoir découvert le lien scientifique des classifications qu’ils avaient adoptées dans la pratique?

Ces considérations m’encouragèrent, par dessus tout, et me servirent de guide lorsque j’entrepris de rechercher la valeur de tous nos systèmes, si différents les uns des autres dans les ‘détails, et cependant si ressemblants par quelquesuns de leurs traits généraux. L’histoire de notre science prouve que plusieurs des principes qui la régissent aujourd’hui ont été connus de bonne heure, par tous les naturalistes penseurs. Aristote, par exemple, connaît déjà les principales différences qui séparent les Vertébrés de tous les autres animaux. Sa distinction des Enaima et des Anaima (1) correspond exactement à celle des Vertébrés et des Invertébrés de Lamarck (2), ou à celle des Fleischthiere et des Eingeweinthiere de Oken (3) , ou encore à celle des Myeloneura et des Ganglioneura d’Ehrenberg (à). Un

S Histoire des animaux, lhr. I, cliap. V et VI.

Animaux vertébrés, 2° édit., vol. I, p. 313.

(3) Naturphilosophie, 3* édit., p. 400. Voy. le cliap. s«iv.|

(A) Das Nalurreich des Menschen, Diagramme, grand in-folio.

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homme familier avec l’histoire des progrès de la science peut-il s’empêcher de sourire quand il entend crier bien haut à la nouveauté et à l’originalité, pour des idées qui ont depuis longtemps cours parmi les hommes? Ici, par exemple, il n’y a qu’un seul et même fait, présenté sous des aspects différents. Aristote, le premier, l’envisage au point de vue des caractères de la liqueur plastique. Plus tard, Lamarck le considère sous le rapport de la forme générale. — Je veux rendre, en effet, à Lamarck la justice de croire qu’il n’a pas réuni ensemble tous les Invertébrés, seulement par ce motif qu’ils n’ont point de squelette; mais bien à cause d’un fait négligé, même encore aujourd’hui, par Owen (1) et néanmoins très-positif. C’est que, chez les Invertébrés, une seule cavité du corps renferme tous les organes, tandis que chez les Vertébrés il y a deux cavités distinctes, une pour les centres nerveux, et l’autre pour les systèmes de la vie végétative. Nous devons ce témoignage à Lamarck; tout comme nous devrions ne plus accuser Aristote d’avoir méconnu, chez les Invertébrés, l’existence d’un fluide qui remplit l’office du sang. Sans doute, il les a appelés Anaima ; mais il savait, presque aussi bien que nous, qu’un fluide nutritif se meut dans leur corps; et on lui refuse bien à tort la notion de ce fait, sous prétexte qu’il n’avait pas une connaissance exacte de la circulation du sang.

Enfin, quand Oken parle de Flcischtliiere, il ne veut pas dire que les Vertébrés se composent seulement de muscles, ou que les Invertébrés n’ont pas de fibres musculaires. Il fait ressortir à nos yeux la présence, dans les premiers, de chairs volumineuses, qui forment la masse principale du corps. Celui-ci est fait de muscles el d’os tout aussi bien que de sang et de nerfs; — mais les muscles constituent un des principaux traits de nature à distinguer les Vertébrés des Invertébrés. Ehrenberg présente les mêmes rapports entre les mêmes êtres, mais c’est par le système nerveux qu’il les

(1) Comparative Anatomy of Inverlebrata, 2' édit., p. 11.

exprime. Si donc, nous réunissons les expressions d’Aristote, de Lamarck, d’Oken et d’Ehrenberg, n’aurons-nous pas, comme caractéristiques de leurs systèmes, les mêmes mots que le vulgaire emploie, pour distinguer les traits les plus saillants du corps des animaux supérieurs? ne dit-on pas d’un animal : il a du sang, il a du nerf ; il est tout chair, il est tout ventre, etc. ?

Aucun de ces observateurs n’a probablement eu conscience de l’identité de sa classification avec celle de ses prédécesseurs. Mais on aurait grand tort de considérer l’une ou l’autre d’entre elles comme superflue. Chacune d’elles fait ressortir des caractères qui diffèrent plus ou moins de ceux , mis en lumière par les autres. 11 ne faudrait pas davantage supposer que ces combinaisons ont épuisé le sujet, et qu’il n’y a plus de place pour de nouveaux systèmes sur la toute première distinction à établir entre les animaux (1). Tant que les hommes étudieront, ils trouveront moyen d’en savoir [dus, à cet égard, que ceux qui les auront précédés. La nature cache d’inépuisables richesses, dans l’infinie variété de ses trésors de beauté, d’ordre et d’intelligence.

Ainsi, au lieu d’écarter tous les systèmes qui ont eu, jusqu’à présent, peu ou point d’influence sur la marche de la science, — les uns, parce qu’ils étaient basés sur des principes non généralement admis, les autres, parce qu’on ne leur accordait aucune autorité, — je les ai tous étudiés avec beaucoup de soin. J’ai voulu connaître ce qu’il pouvait y avoir de vrai dans chacun d’eux en se plaçant au point de vue de leurs auteurs, et j’avoue que j’ai souvent tiré de cet examen attentif plus de profit que je n’en espérais.

Mais si je suis parvenu à comprendre la valeur de ces

(1) Pour en donner un exemple, je prendrai le mode de reproduction. La formation de l'œuf chez les Vertébrés, son origine dans une vésicule de Graaf, plus ou moins compliquée, par laquelle il est nourri, la formation et le développement de l'embryon jusqu'à une certaine période, etc., etc., différent si complètement de ce qui s’observe chez les Invertébrés, que le règne animal, classé d'après ces faits, devrait être encore divisé en deux grands groupes correspondant aux Vertébrés et Invertébrés de Lamarck ; Fteischthiere t Eingeweintbiere de Olten-, Enaima et Anaima d’Aristote, etc.

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divisions appelées embranchements, classes, ordres, familles genres et espèces, je ne le dois pas à un heureux hasard, ou à une de ces illuminations subites qui jaillissent en nous, comme une révélation, et rendent instantanément clair et intelligible ce qui jusqu’alors était obscur et presque inaccessible. Bien que, depuis longtemps, elles fussent admises en Histoire naturelle, on ne les considérait que comme d’ingénieux artifices destinés à faciliter nos études. Pour moi, pendant de longues années, j’ai été sous l’impression qu’elles étaient fondées dans la nature, et, enfin, j’ai réussi à découvrir sur quel principe elles sont réellement basées. Je compris de bonne heure que le plus grand obstacle à la détermination de leur véritable sens, était le manque d’accord sur l’emploi et l’application des termes. Des naturalistes différents ne donnent pas le même nom aux groupes de la même importance et de la même sorte. Ceux-ci appellent genre ce que ceux-là nomment sous-genre ; les uns font des tribus ou des familles avec ce dont les autres font des ordres; ces expressions de tribus et de familles sont même appliquées par quelques-uns à ce que d’autres appellent sous-genres; ce qui est famille pour ceux-ci est ordre pour ceux-là; les genres de quelques auteurs sont parfois des classes pour certains autres. Finalement, on retrouve la même diversité d’opinions dans le nombre et la délimitation des classes, aussi bien que dans la manière de les grouper ensemble sous un titre général. 11 est néanmoins possible que, sous ces dénominations multiples si diversement appliquées, on ait désigné des groupes positivement naturels, mais dont les vrais rapports, à l’égard les uns des autres, auront échappé jusqu’ici à notre atlent ion*

Il est déjà certain que la plupart des observateurs, sinon tous, sont d’accord sur la limiLe à assigner à plusieurs groupes au moins, sous quelque nom qu’ils les désignent d’ailleurs, et quelque opposition qu’ils puissent faire à ce qu’on leur donne une autre appellation. Aussi, cela n’est plus douteux pour moi, la controverse se renfermerait dans des ques-

AGARSIZ. i<>

DE LA CXASSIFICATÏON.

lions définies, si les naturalistes pouvaient seulement s’entendre sur la nature réelle de chaque sorte de groupes. .T’en suis positivement convaincu, l’obstacle le plus insurmontable à une appréciation exacte de ce point délicat c’est que, pour tous les naturalistes sans exception, ces divisions quel qu’en soit le titre sont strictement subordonnées l’une à l’autre; de sorte que la différence entre elles proviendrait simplement de leur inégale portée. Les classes sont considérées comme la division qui embrasse le plus ; l’ordre vient après, et il est un peu moins compréhensif; la famille a moins de parties encore ; le genre est de plus en plus borné et l’espèce est le dernier degré, dans une coordination naturelle des êtres vivants. Ainsi tous ces groupes différeraient seulement par la quantité des caractères et non pas par la qualité. Comme si les éléments de la structure des animaux étaient tous de même valeur ! Comme si la forme, par exemple, était un élément organique de même sorte que la complication de la structure, et comme si le degré de complication exigeait nécessairement un certain plan de structure, à l’exclusion des autres. Je me crois en mesure, à l’heure qu’il est, de démontrer que c’est pour avoir négligé ces considérations que nous avons fait faire des progrès si lents à la philosophie de la classification.

S’il était possible d’établir que ce n’est pas la quantité, le plus ou moins de portée, qui fait l’essence de ces groupes, mais que, au contraire, ils ont pour base des catégories distinctes de caractères, il faudrait bien que tout le monde appelât genre ce qui est un genre, famille ce qui est famille, ordre ce qui est ordre, etc., lors même que ces groupes différeraient fort peu les uns des autres. Si, par exemple, l’espèce avait pour base la grandeur absolue ; le genre, la structure de quelques parties extérieures du corps ; la famille, Informe du corps; l’ordre, l’analogie ou l’identité de la structure intérieure, il est évident qu’il ne pourrait pas y avoir deux opinions à l’égard de ces groupes, pris dans n’importe quelle classe d.u règne animal. Mais le problème n’est pas aussi simple (\ans la nature; et il m’a fallu les investigations

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les plus profondes et les plus étendues pour trouver le fil qui devait me guider dans ce labyrinthe. J’ai reconnu, par exemple, que, si les naturalistes discutaient et discutent encore sur l’espèce et sur le genre, ils n’en distinguent pas moins les objets eux-mêmes à peu près de la même manière. Ce que A voudrait appeler espèce, B l’a inscrit seulement comme variété ou race; et alors ils ont fort bien pu désigner la même agrégation d’individus, B comme sous-genre et A comme espèce ; ou encore ce que A nomme un genre, B l’a regardé comme une famille ou comme un ordre. A mon tour, je me suis emparé de ce quelque chose ainsi marqué de noms divers, et j’ai essayé de découvrir èn lui des caractères qui dussent persuader à tous de lui donner la même appellation. J’ai voulu limiter la difficulté pratique de l’application du nom à l’exactitude du fait, de sorte qu’une simple affaire de nomenclature cessât d’être un continuel sujet de discussion.

Parvenu à ce point de ma recherche, j’observai que le caractère même des œuvres des naturalistes éminents jetait une certaine lumière sur la question. 11 y a des auteurs, et ce sont parfois les plus célèbres de tous, qui ne se sont jamais occupés de la classification. Ils n’y ont prêté qu’une attention légère ou n’en ont parlé qu’en passant, et néanmoins, du consentement universel, ils sont les biographes d’espèces ayant le mieux réussi dans leurs descriptions. Tels sont Buflon, Réaumur, Roesel, Trembley, Smeathman, les deux Iluber, Bewick, Wilson, Audubon, Naumann, etc. D’autres se sont appliqués plus exclusivement à l’étude des genres, et le zoologiste Latreille est le plus remarquable d’entre eux. Linné et Jussieu sont placés au premier rang parmi les botanistes, pour avoir donné les caractères des genres ou, tout au moins, pour avoir les premiers réussi à tracer les limites naturelles de ces groupes. Jusqu’à présent, les botanistes sont parvenus, beaucoup mieux que les zoologistes, à caractériser les familles naturelles. -Cependant Cuvier et Latreille ont beaucoup fait dans cette voie, en Zoologie. C’est Linné qui, le premier, a introduit les ordres dans la classifi-

DE LA CI.AéSlKlCATlON.

cation des animaux. Quant aux groupes tout à fait supérieurs, comme les classes et les embranchements, on pourrait même dire les ordres, c’est Cuvier qui a montré le chemin dans lequel se sont engagés après lui tous les naturalistes de ce siècle.

Cherchons donc ce que ces hommes ont fait de particulier pour se distinguer d’une manière spéciale, soit comme biographes d’espèces, soit comme révélateurs des caractères des genres, des familles, des ordres, des classes et des embranchements. Bien qu’il paraisse évident que chacun d’eux a considéré le sujet à son point de vue particulier, une chose me frappe, et la voici : de l’aveu de tous, mais sans qu’on en ait bien conscience, ce qui constitue l’éminence ou la distinction de ces maîtres, c’est justement la découverte de faits qu’il conviendrait de proclamer, en en comprenant bien l’importance, comme révélant le caractère propre de la catégorie de groupes par eux étudiée avec tant de succès. J’espère que tout naturaliste exempt de prévention ne manquera pas d’en tomber d’accord avec moi.

La plus haute des divisions du règne animal a été pour la première fois introduite dans la science par Cuvier, sous le nom d 'embranchement. Ce maître nous apprend que les embranchements sont fondés sur la distinction de plans de structure divers, de formes ou de moules différents dans lesquels les animaux auraient été, pour ainsi dire, coulés (1). A coup sûr, aucune raison n’empêche que nous nous accordions tous à désigner, par ces mots de types ou A' embranchements, les grandes divisions du règne animal ainsi instituées, celles qui ont pour raison d’être l’existence d’un plan spécial et distinct (2), si, en effet, nous

(1) L’examen des propriétés caractéristiques des différents règnes m’en- I minerait trop loin. Je renvoie à l'ouvrage d'is. Geoffroy-Saint-Hilaire, Histoire naturelle generale des règnes organiques. Paris, 1850, in-8, où ce sujet a été récemment discuté ; mais j’ai beaucoup d'objections à faire contre l’adoption d’un règne distinct pour l’Homme seul.

(2) Il est presque superflu de dire ici que les expressions de pian, voies et moyens ou mode suivant lequel un plan est réalisé, complication de la structure, forme, détails de la structure, structure dans ses derniers éléments, rela-

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constatons, pratiquement, que ces grands groupes sont tracés dans la nature. Ceux qui ne les y aperçoivent pas peuvent nier qu’ils existent; ceux qui en reconnaissent la réalité peuvent ne pas s’accorder sur leurs limites; mais tous peuvent, au plus grand profit de la science, s’entendre pour appeler tout groupe qui leur semblera fondé sur un plan spécial de structure, du nom de type ou embranchement du règne animal. S’il y a encore, parmi les naturalistes, des divergences d’opinion sur leurs limites, que la discussion continue. Mais qu’il soit bien compris que les embranchements sont caractérisés par les différences dans le plan de la structure, et non par des particularités anatomiques spéciales Prenons d’autant plus garde de confondre l’idée de plan ivec celle de complication de la structure, que Cuvier lui- même a commis, çà et là, cette erreur dans sa classification.

L’idée de plans distincts de structure est le vrai pivot sur lequel loive, en dernier ressort, rouler la détermination des embranchements du règne animal. Je crois pouvoir en donner une preuve excellente : Examinons les perfectionnements dont ces divisions primaires ont été l’objet, j’entends ceux que tout le monde admet comme tels. Tous ont consisté à transporter, d’une division dans une autre, un groupe qui y avait été introduit en vertu de considérations étrangères à l’idée d’un plan particulier, ou par suite de notions inexactes sur son vrai plan de structure. Vérifions cette

tions des individus, fréquemment employées dans les pages suivantes, sont prises dans un sens quelque peu différent de leur signification usuelle. Cela est toujours nécessaire, quand on veut introduire dans la science des vues nouvelles et que la conservation des anciens termes, un peu modifiés toutefois, parait préférable à la création d’expressions nouvelles. J’espère que la discussion qui va suivre sera appréciée d’après son mérite intrinsèque, avec bienveillance, avec le désir de comprendre quel a été mon but, et non pas d’après le degré plus ou moins graud de précision et de clarté que présente mon langage. Il est presque impossible, en effet, dans un premier essai de ce genre, de saisir, du premier coup, la forme la plus capable d’entraîner la conviction. On comprendra aussi pourquoi j’exprime mes vues en m’aulorisant de préférence de la zoologie; je ne me sens pas assez compétent pour étendre mon argumentation au règne végétal ; j’y ni fait parfois allusion quand mes connaissances nie le permettaient.

assertion par l’examen de quelques faits sur lesquels il n’y a plus de doute possible. Ni les Infusoires, ni les Vers intestinaux ne peuvent désormais être rangés, par les naturalistes compétents, parmi les Rayonnés. On pourra voir ailleurs pourquoi on les a retirés de ce groupe. Si Cuvier les y avait placés, ce n’est certainement pas qu’il jugeât le plan de leur structure identique avec celui des vrais Rayonnés ; mais il s’était permis d’être infidèle au principe qu’il avait lui-même posé. A la considération du plan de la structure il en avait ajouté une autre, comme caractéristique des Rayonnés : — la prétendue absence de système nerveux et la grande simplicité de structure de ces animaux. Comme si la simplicité de l’exécution avait nécessairement un rapport quelconque avec le plan !

Un autre exemple remarquable d’une classe rejetée, à l’approbation générale, d’un des embranchements institués par Cuvier dans un autre, c'est celui des Cirripèdes, transportés de la division des Mollusques à celle des Articulés. Une appréciation inexacte du plan de la structure de ces animaux avait donné lieu à une erreur qui fut réparée, sans opposition, dès que les Cirripèdes furent mieux connus.

J’invite le lecteur à rapprocher ce qui vient d’être établi à l’égard de la diversité de plans, caractéristique des divisions primaires, de ce que je dirai plus loin sur les classes et les ordres. II en comprendra mieux l’importance de distinguer le plan de la structure d’avec son mode de réalisation extérieure, et son degré de complication d’avec sa perfection ou sa simplicité relative.

Mais, ce n’est pas tout de constater que le plan de la structure doit être le fondement caractéristique des groupes primaires. Il ne s’ensuit pas, en effet, sans autre examen, que les quatre grands embranchements du règne animal, distingués par Cuvier, doivent être considérés comme des divisions primaires fondamentales, données par la nature elle-même. Il est encore indispensable de faire à cet égard une recherche soigneuse et approfondie, et de déterminer

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ce que sont en elles -mêmes ces divisions primordiales. Seulement, en ce qui concerne nos systèmes, un point demeure acquis : Quelles que puissent être, en réalité, les divisions primordiales naturelles, fondées sur la diversité du plan, ces divisions une fois définies, et admises comme expression temporaire de l’état de nos connaissances, leur nom est embranchements du rèync animal. Que ce soient les Vertébrés, les Articulés, les Mollusques et les Rayonnés de Cuvier, ouïes Artiozoaires, les Aclinozoaires et les Araorphozoaires de Blainville ou les Vertébrés et les Invertébrés de Lamarck, c’estlà un point que je me réserve de traiter dans un mémoire spécial. Je me borne à ajouter ceci : chaque jour devient chez moi plus forte la conviction que les divisions primaires de Cuvier, au moins dans leurs grands traits principaux, sont la représentation vraie de la nature. A mon avis, aucun naturaliste n’a jamais eu, des rapports généraux des animaux, une vue plus nette et plus profonde que Cuvier, le jour où il aperçut non-seulement que ces groupes primordiaux sont fondés sur les différences du plan structural, mais encore de quelle manière ils se rattachent l’un à l’autre.

Bien que le mot type soit généralement employé pour désigner les grandes divisions fondamentales du Régne, je n’en ferai plus usage à l’avenir. Je préfère pour cela l’expression d 'embranchement. Le mot type a, en effet, trop d’acceptions diverses; il désigne indifféremment un groupe quelconque d’une nature quelconque, ou telle ou telle modification particulière de la structure, dont le caractère est nei et distinct, aussi bien que les divisions primaires de la Zoologie. C’est ainsi qu’on dit le type spécifique, le type générique, le type de la famille, le type de l’ordre, le type de la classe et même le type de la structure. L’emploi de ce mot, dans ce sens, est tellement fréquent qu’on le trouve presque à chaque page des traités systématiques de Zoologie et des ouvrages d’Ànatomie comparée. 11 me semble donc trèsopportun, pour éviter toute équivoque, de désigner par l’expression d’embranchements du règne animal, plutôt que

l)E LA CLASSIFICATION.

par celle de types, les grandes divisions primaires, les plus importantes, établies dans l’ensemble des animaux.

Cependant, nos systèmes sont plus conformes à la nature qu’on ne le suppose la plupart du temps. La preuve en est, à mon sens, dans le rapprochement qui peu à peu s’opère entre les savants, soit par les résultats auxquels ils arrivent, soit par les formules qui expriment ces résultats. L’idée sur laquelle repose l’institution des grandes divisions primaires du règne animal, c’est une conception, la plus générale possible, adéquate au plan d’une création définie. Ces divisions sont, par conséquent, les plus compréhensives de toutes. A proprement parler, elles priment dans une classification naturelle ; en ce sens qu’elles représentent les rapports les plus importants et les plus larges des divers groupes naturels du Règne, la formule générale d’où dépend chacun d’eux. En définitive, ce que nous appelons embranchement, exprime, entre les animaux, une connexion purement idéale, la conception intellectuelle qui les embrasse tous dans la Pensée créatrice. Il me semble que, plus on étudie la signification vraie de cette sorte de groupes, plus on se convainc qu’ils ne sont pas fondés sur des relations matérielles. Les divisions plus restreintes qui viennent immédiatement après ont pour fondement des qualifications spéciales du plan et diffèrent l’une de l’autre par le caractère de ces qualifications. Si l’observation faisait voir que, après le plan de la structure, les traits généraux offerts par un plus grand nombre de groupes sont ceux qui déterminent le rang ou la place respective des animaux entre eux, il semblerait naturel de considérer les ordres comme la seconde des catégories principales de l’organisation. Mais l’expérience prouve qu’il n’en est pas ainsi ; et la manière dont le plan de la structure est mis à exécution conduit à distinguer des divisions plus extensives (les classes) que celles basées sur la complication de structure (les ordres). Or, pour être naturelle, une classification doit exprimer des relations réelles observées dans la nature. 11 s’ensuit forcément que les clases ont, dans un système, la seconde place et viennent immé*

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