‹ De l'espèce et de la classification en zoologieChapitre 40 sur 93 · CLASSES · texte numérisé non relu

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souvent même indéfini, de tentacules simples, un nombre également considérable de divisions intestinales, etc., tandis que les huit tentacules des Halcyonaires sont lobées et compliquées, que toutes les parties en sont combinées par paires, en nombre défini, etc. Ces différences obligent à leur attribuer une place à part dans leur classe et assignent aux derniers un rang plus élevé qu’aux premiers.

Donc, en conséquence des observations qui précèdent, les classes doivent être déterminées par la façon dont le plan typique est exécuté, par les voies et moyens suivant lesquels il se réalise ou, en d’autres termes, par les combinaisons des éléments de la structure, c’est-à-dire par les combinaisons produites au moyen des systèmes organiques qui constituent l’être construit sur un plan donné. Nous n’avons point à considérer ici les formes variées sous lesquelles la structure a pris corps, ni les détails extrêmes, ni le degré de fini que la structure elle-même peut offrir, car il ne faudra qu’un instant de réflexion pour se convaincre que ni les détails de la structure, ni la forme ne peuvent, en aucun cas, fournir les caractères de la classe.

Il y a encore, à l’égard de ces caractères, un autre point sur lequel je voudrais appeler l’attention. Généralement on représente ces grandes divisions, — si importantes pour l’élude du règne animal, que la connaissance de leurs traits essentiels est à bon droit réputée l’objet primordial de toutes les recherches d’anatomie comparée, — comme manifestant quelque modification essentielle du type auquel elles appartiennent. Encore une fois, c’est là une manière de voir erronée et, sans doute, le résultat d’une fausse appréciation des faits. Déjà Cuvier avait appelé l’attention sur ce point, mais ses avertissements sont passés inaperçus (1). En réalité, il n’y a aucune différence dans le plan des animaux qui appartiennent à des classes diverses d’un même embranchement. Le plan de la structure des Polypes n’est pas plus une modification de celui des Acalèphes, que celui des Acalèphes

(1) Voy. Cuvier, Règne animal, 2' édit., p. 48.

ou des Echinodermes n’en est une du plan des Polypes. Le plan est exactement le même dans les trois groupes; il peut être représenté par un simple diagramme, exprimé par un seul mot : rayonnement ; c’est la manifestation d’une seule idée distincte, d’une seule idée caractéristique. Seulement celte idée se présente dans la nature sous les formes les plus nombreuses ; elle est exprimée de façons très-diverses, par des combinaisons extrêmement diversifiées de modifications dans la structure, et avec les relations les plus variées. Dans les innombrables représentants de chaque grand type du règne, ce n’est pas le plan qui diffère, mais bien la manière dont ce plan est exécuté. De même que les variations faites par un babile artiste sur le thème le plus simple ne sont pas des modifications du thème lui-même, mais seulement des expressions différentes d’un accord fondamental unique; de même les classes, les ordres, les familles, les espèces ne sont pas des modifications, mais seulement des expressions différentes du plan, les différentes manières dont la pensée fondamentale, ou le plan, a pris corps et se manifeste dans la variété des êtres vivants.

Dans l’étude des caractères des classes, nous avons à tenir compte des traits de la structure; mais quand nous recherchons quelle est la nature des classes, par rapport aux embranchements, nous n’avons h considérer que le plan, que la charpente, pour ainsi dire, de la structure. Cette distinction a, dans la pratique, un résultat d’une grande importance. Au commencement de ce siècle, les naturalistes, suivant l’exemple donné par les physiophilosophes allemands, se mirent à comparer de plus près la structure des différentes classes du règne animal. Ils notèrent entre elles beaucoup de points de ressemblance qui avaient échappé aux observateurs précédents. Des modifications de la structure qui, au premier abord, n’offraient aucune ressemblance, furent reconnues identiques. Bref, peu à peu, ce genre de comparaisons s’étant étendu au règne animal tout entier, on en vint à affirmer que, malgré les diversités apparentes de leur organisation, les animaux devaient être regardés

ccassrs.

comme composés do parties essentiellement les mêmes. Cette prétendue identité reçut le nom d’homologie (1). Mais les progrès de la science resserrèrent graduellement ces comparaisons dans des bornes de plus en plus restreintes, et il paraît clairement, aujourd’hui, qu’il ne peut pas y avoir homologie dans la structure des animaux lorsque ceux-ci n’appartiennent pas au même embranchement, C’est à ce point que l’étude des homologies fournit, à elle seule, un des moyens les plus sûrs de vérifier les limites naturelles de n’importe quel embranchement du règne animal. Les homologies, donc, prouvent l’étroite parité qui existe entre des structures en apparence très-différentes; elles indiquent la parfaite identité du plan de ces structures dans un même embranchement. Mais, d’un autre côté, elles font ressortir, d’une manière chaque jour plus frappante, la différence existant, et dans le plan et dans la structure, entre les embranchements eux-mêmes. Elles font naître la pensée que des systèmes d’organes, généralement considérée comme identiques dans des embranchements différents, seront à la fin reconnus comme essentiellement divers; par exemple, ce qu’on appelle les branchies chez les Poissons, chez les v Crustacés et chez les Mollusques.

11 ne faut pas une grande pénétration pour voir aujourd’hui que les branchies des Crustacés sont homologues aux trachées des Insectes et aux soi-disant poumons de certaines araignées, de même que les branchies des Mollusques aquatiques sont homologues aux soi-disant poumons des limaces et des limaçons à respiration aérienne. Donc, à moins qu’on ne démontre que ces organes respiratoires différents sont véritablement tous homologues, j’estime qu’il sera plus naturel de considérer le système des organes respiratoires des Mollusques, celui des Articulés et celui des Vertébrés, comme essentiellement divers par eux-mêmes, quoique homologues dans la sphère de chaque embranchement. J’étendrai même celte observation à tous les systèmes d’organes de ces ani-

(1) Voy. chap. 1, sect.

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maux : à leur charpente solide, à leur système nerveux, à leur système musculaire, à l’appareil digestif, à celui de la circulation, aux organes reproducteurs, etc. Il n’est pas difficile aujourd’hui de faire voir que le canal alimentaire avec ses appendices glandulaires est formé, chez les Vertébrés, d’une toute autre façon que chez les Articulés ou les Mollusques, et qu’il est impossible de le considérer comme homologue dans ces trois types. Or, si cela est vrai, on doit s’attendre avant peu à une réforme complète des méthodes d’exposition de l’anatomie comparée.

Enfin, il importe de se rappeler, pour l’étude des classes comme pour celle des autres groupes, que la somme des différences n’est pas toujours égale entre deux divisions quelconques. Certains traits, dans la nature, semblent être [dus tenaces, plus profondément gravés que d’autres, plus fréquemment et plus largement répétés, imprimés à un plus grand nombre de représentants. Cette valeur inégale des groupes divers, partout si évidente dans le règne animal, oblige à la plus grande prudence quand il s’agit d’en fixer les limites naturelles. C’est un avertissement de ne pas assigner une importance indue aux différences observées entre . les êtres vivants, soit en surfaisant celles qui n’ont de grand „ que l’apparence, soit en dépréciant des variations qui semblent légères. La vérité, en ce cas, ne peut être trouvée qu’à force de recherches spécialement faites à ce point de vue particulier.

Tout le monde sait que les mâles et les femelles de quelques espèces different entre eux, beaucoup plus que certaines espèces ne diffèrent l’une de l’autre. Or, c’est constamment la somme des différences observées entre deux espèces qu’on fait valoir, même sans plus d’examen, comme motif d’établir une séparation entre elles. Et pourtant, ces différences ne sont pas seulement quantitatives, elles sont aussi, et dans une forte mesure, qualitatives. Dans la famille, la différence entre les genres est aussi plus ou moins grande. C’est cette inégalité qui est la règle, et non pas l’uniformité de mesure. Pour les classes, la diversité ne se repcontre pas seulement

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dans les formes, elle règne encore et à un degré extraordinaire dans l’abondance numérique. Comparez, sous ce rapport, la classe des Insectes à celle des Vers ou des Crustacés. Même inégalité de répartition entre les groupes primaires! Les Articulés sont de beaucoup l’embranchement le plus populeux du régne animal, et le nombre des animaux de ce type dépasse grandement celui de tous les autres animaux réunis.

Voilà des faits qui parlent d’eux-mêmes et suffisent à montrer combien sont artificielles les classifications qui prétendent introduire invariablement, dans toutes les grandes coupes du règne animal, le même nombre et la même sorte de divisions.

Ordres.

Si grandes que soient les divergences d’opinions à l’égard du nombre et des limites des classes, le désaccord en ce qui concerne les ordres et les familles est encore plus grand. Mais toutes ces contradictions n’ébranleront point la confiance où je suis qu’il existe entre les animaux des rapports fixes, déterminés par des considérations intelligentes. Pas plus que je ne cesserai de croire à l’existence d’un Dieu, sous le prétexte que les hommes ne lui rendent pas tous le même culte ou qu’ils adorent des dieux de leur façon, je ne méconnaîtrai le propre témoignage de mes sens touchant l’existence, dans la nature, d’un système préétabli, parfaitement combiné et dont la coordination a précédé la création de tout ce qui est.

A la façon dont on caractérise les ordres en général, et à voir comment on les introduit dans les systèmes zoologiques, il semblerait que cette sorte de groupe est indifféremment convertible en familles et réciproquement. La plupart des botanistes ne font aucune différence entre les uns et les autres et prennent presque universellement ces deux expres-

sions comme synonymes. Les zoologistes admettent plus généralement une différence entre elles; mais les uns regardent les ordres comme supérieurs, tandis que les autres mettent les familles au premier rang. D’autres admettent les ordres sans distinguer en même temps les familles on, vice versâ, introduisent celles-ci dans leurs classifications sans y admettre ceux-là. Quelques-uns, enfin, intercalent les tribus entre ces deux divisons. L’étudiant n’a besoin que de jeter un coup d’œil sur un traité général de Zoologie ou de Botanique pour se convaincre de l’arbitraire absolu qui prévaut à cet égard. Le Règne animal de Cuvier lui-même présente cette singularité inexplicable qu’on y trouve : dans certaines classes (1), des ordres et des familles; dans d’autres des ordres seulement (2); et enfin, dans quelquesunes, toute la série des genres sans les groupes intermédiaires (3) . D’autres classifications présentent l’uniformité la plus pédantesque. Il y a, dans chaque classe, une succession régulière de sous-classes, d’ordres et de sousordres, de familles et de sous-familles, de tribus et de sous-tribus, de genres et de sous-genres, de divisions et de subdivisions, de sections et de sous-sections, etc., où il est impossible de ne pas lire, en toutes lettres, que ces systèmes sont le produit d’une idée préconçue de régularité et de symétrie, et n’ont été, en aucune façon, étudiés dans la nature.

Dans le but de déduire légitimement les caractères des ordres, de traits spéciaux réellement fournis par la nature, j’ai examiné très-attentivement les divers systèmes zoolo-

(1) Dans les classes des Mammifères, des Oiseaux, des Reptiles et des Poissons, Cuvier distingue ordinairement des familles aussi bien que des ordres. Dans la classe des Gastéropodes, dans celle des Annélidcs, dans celle des Vers intestinaux et dans celle des Polypes, quelques ordres seulement sont divisés en familles; le plus grand nombre ne l'est pas.

(2) Les classes des Échinodermes, des Acalèplies et des Infusoires sont divisées en ordres, mais il n’y a pas de familles.

(3) Telles sont les classes des Céphalopodes, des Ptéropodes, des Brachiopodes et des Cirripèdes (Cirrhipodes). Il dit toutefois que les Céphalopodes ne constituent qu’un ordre (ftrgne animal, vol. III, p. H), puis (page 22) il les appelle une famille. Cependant à la page 8 il les distingue comme classe.

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giques dans lesquels ce groupe a été admis et, en apparence, étudié avec plus de soin que partout ailleurs. Tels sont, en particulier, le Systema naturœ de Linné, premier introducteur de cette sorte d’agrégation dans la Zoologie, et l’œuvre de Cuvier, dans lequel les ordres sont fréquemment caractérisés avec une précision rare. Or, à ce que j’ai cru voir, partout où le mot n’a pas été employé au hasard, l’idée principale et toujours dominante est celle d’un rang défini. C’est l’intention de déterminer la place respective de ces divisions, de fixer leur infériorité ou leur supériorité relatives, ainsi que le mot ordre, adopté pour les désigner, l’implique par lui-même. Dans sa classification du règne animal, Linné donne au premier ordre de la première classe le nom de « Primates ». 11 veut ainsi, à n’en pas douter, exprimer la conviction que ces êtres, du nombre desquels est l’Homme, ont le rang de beaucoup le plus élevé de leur classe. Blainviile emploie fréquemment l’expression de « degrés d'organisation » pour désigner les ordres.

11 est vrai que Lamark se sert des mêmes termes pour désigner les classes. Nous trouvons donc, ici encore, le même vague dans la définition des groupes adoptés. Mais, si l’on veut faire disparaître entièrement l’arbitraire dans l’emploi de ces termes et leur assigner une signification scientifique exacte, voici ce qui me semble le plus naturel : c’est, d’accord avec la pratique des observateurs du règne animal qui ont le plus approché de la vérité, d’appeler ordres certaines agrégations ayant pour caractère d’exprimer les divers degrés de complication de la structure, dans les limites de la classe. C’est ainsi que j’envisage, par exemple, les Actinoïdes et les Ilalcyonoïdes, dans la classe des Polypes, telle qu’elle a été circonscrite par Dana; les Hydroïdes, les Discophores et les Cténophores, dans celle des Acalèphes; les Crinoïdes, les Astérioïdes, les Echinoïdes et les Holothuries dans celle des Echinodermes; — les Bryozoaires, les Brachiopodes, les Tuniciers, les Lamellibranches dans la classe des Acéphales ; les Branchifères et les Pulmonés dans celle des Gastéropodes; — les Ophidiens, les Sauriens

et les Chéloniens dans celle des Reptiles; — les Ichthyoïdes et les Anoures dans celle des Amphibiens, etc.

J'ai fait voir, dans le paragraphe précédent, que les classes se rangent immédiatement au-dessous des embranchements; il conviendrait de démontrer ici que les ordres doivent prendre place dans la classe immédiatement audessus des familles. Mais, pour des raisons qu’il est facile d’imaginer, je renvoie cette discussion au paragraphe suivant qui traite de ces dernières. Quand j’en aurai présenté les caractères spéciaux sous le jour convenable, on comprendra sans peine quels sont les rapports des deux sortes de groupes.

Après ces remarques, on pourrait conclure que je nie toute gradation entre les autres groupes et que, pour moi, les ordres constituent nécessairement une série simple dans chaque classe. Loin d’affirmer rien de semblable, je crois au contraire que ni l’une ni l’autre de ces deux propositions n’est nécessairement vraie. Pour rendre bien claire mon opinion sur ce point, force m’est d’entrer ici dans quelques autres considérations. Je ne veux, du reste, qu’établir dans quelles limites mon assertion demeure incontestable. Il va de soi, en effet, qu’il existe une hiérarchie entre les différentes catégories de groupe admises dans nos systèmes et correspondantes aux diverses catégories d’affinité qu’on observe entre les animaux. Les embranchements sont les divisions les plus compréhensives et renferment chacun plusieurs classes; les ordres sont des subdivisions des classes; les familles, des subdivisions des ordres; les genres, des subdivisions des familles ; les espèces, des subdivisions des genres. Mais cela ne signifie point que chaque embranchement doive nécessairement renfermer le même nombre déclassés ou même simplement plusieurs classes; cela dépend, en effet, absolument de la manière dont le plan est exécuté. De plus, une classe peut fort bien ne pas contenir un seul ordre (1), si ses représentants ne

(1) Voy. chap. I, sect i.

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forment pas une échelle dont chaque degré exprime une complication plus ou moins grande de la structure. De fait, elle en contiendra beaucoup ou très-peu, suivant que ces degrés seront plus ou moins nombreux, plus ou moins tranchés. Mais comme les représentants d’une classe quelconque ont, de toute nécessité, une forme définie, chaque classe compte au moins une famille, sinon plusieurs. En somme, elle en comptera autant qu’il y a de systèmes de formes parmi ses représentants, pour peu qu’il soit démontré que la forme est caractéristique de la famille. Même chose arrivera pour les genres et pour les espèces. On aurait tort de croire que-plus un genre renferme d’espèces et mieux il est défini, ou qu’il est nécessaire, avant de pouvoir affirmer l’existence d’un genre, d’en connaître plusieurs espèces. Rien n’est plus éloigné de la vérité. Sans doute, un genre peut être caractérisé d’une façon plus satisfaisante, les particularités peuvent en être plus complètement reconnues, la limite mieux définie, quand on en connaît tous les représentants. Je n’en suis pas moins convaincu que tout genre naturel peut être au moins indiqué, si nombreuses qu’y soient les espèces, par l’examen d’une seule d’entre elles. Au surplus, dans les deux règnes organiques, le nombre de ceux qui contiennent seulement une espèce est tellement grand, que force est bien, dans ce cas, de déterminer les caractères génériques d’après l’espèce unique. Mais il n’en est pas moins nécessaire de caractériser cette espèce avec autant de précision, d’en décrire les particularités spécifiques avec autant de minutie que s’il en existait, en outre, une multitude d’autres échappées à notre connaissance. C’est, parmi les zoologistes et les botanistes, une pratique trèscondamnable que de se contenter, en pareille occurrence, de la diagnose du genre. En vain quelques auteurs ont très-positivement affirmé que, dans ce cas, les caractères du genre et ceux de l’espèce sont identiques. C’est une erreur complète.

Voilà bien les relations naturelles et la subordination des embranchements, des classes, des ordres, des familles, des

genres et des espèces. Néanmoins, je crois que ni les embranchements, ni les classes (pour les ordres, cela ne peut pas faire de doute), ni les familles, ni les genres, ni les espèces n’ont le même rang quand on les compare entre eux dans leur groupe respectif. Mais cela ne touche en rien à ce qui fait le trait saillant des ordres. En effet, la place relative des embranchements ou des classes, des familles, des genres, des espèces, ne dépend en aucune façon du degré de complication de la structure, comme cela a lieu pour les ordres; elle est déterminée, comme je vais le faire voir, par des traits entièrement différents.

Les quatre grands embranchements du règne tirant leur caractère de quatre plans différents de structure peuvent être plus ou moins élevés, suivant la supériorité ou l’infériorité des plans eux-mêmes; il suffit de comparer les Vertébrés aux Rayonnés pour voir que les choses peuvent en effet être ainsi (1). Les diverses classes d’un seul embranchement seront supérieures ou inférieures, suivant que les voies et moyens à l’aide desquels le plan typique a été réalisé, seront l’un ou l’autre. Dans une classe quelconque, ou dans toutes les classes, les ordres se rangeront tout naturellement d’après le degré de perfection des organismes qui les représentent, c’est-à-dire suivant la complication ou la simplicité de leur structure. Les familles occuperont une place plus ou moins haute, selon que les particularités de la forme y seront produites par les modifications de systèmes organiques plus ou moins importants. Les genres se placeront plus haut ou plus bas, parce que les particularités de la structure, dans les parties d’où l’on tire les caractères génériques, présenteront un plus ou moins haut degré de développement. Enfin, les espèces seront supérieures les unes aux autres, dans le même genre, selon le caractère de leurs relations avec le monde ambiant ou celui des rapports de leurs représentants entre eux. D’après ces remarques, il devient évident que le rang

(1) Je n'ai pas besoin de faire cette comparaison dans ses détails ; il suffit d'en donner l’idée, les détails se présenteront d’eux-mêmes; au surplus, ie premier traité d’anatomie comparée fournira la preuve du fait.

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respectif des groupes de même catégorie, compares entre eux, doit être déterminé parla supériorité relative des traits spéciaux sur lesquels est basée leur propre constitution. Seuls, les ordres sont strictement définis par le degré naturel de complication présenté, dans les limites de la classe, par la structure.

Quant à savoir si les ordres constituent nécessairement une série simple dans leurs classes respectives, je dirai que cela dépendra du caractère de la classe elle-même ; c’est-àdire de la manière dont le plan typique a été exécuté. Si la classe est homogène, c’est-à-dire s’il n’y a pas lieu à la diviser dès le principe en sous-classes, les ordres formeront tout naturellement une série simple. Mais si quelques systèmes d’organes sont développés d’une manière différente des autres, il pourra y avoir une ou plusieurs séries parallèles, dont chacune aura des ordres pour éléments. Évidemment, un pareil fait ne pourra être reconnu qu’au moyen d’une étude des caractères propres à la classe, beaucoup plus minutieuse que celle qu’on en a faite jusqu’ici. Les tentatives faites pour disposer intérieurement les classes en séries, comme celles de Kaup ou de Filzinger, ne sont guère que de pures conjectures ayant pour but d’estimer la valeur relative des divisions intermédiaires qui pourraient exister entre les classes et leurs ordres.

Oken et les physiophilosophes en général ont à l’égard des ordres une manière de voir toute différente. L’idée qu’ils s’en font est celle-ci : les ordres représentent, dans leurs classes respectives, les traits caractéristiques des autres types, ou embranchements, du Règne animal. Ainsi, les animaux Intestinaux ou Gélatineux d’Oken n’étant caractérisés que par un seul système d’organes, l’intestin, ne contiennent aucun ordre distinct; mais chaque classe a trois tribus qui correspondent aux trois classes du type, c’est-à-dire aux Infusoires, aux Polypes et aux Acaléphes. Les tribus de la classe des Infusoires sont : les Infusoires vrais, les Infusoires polypoïdes et- les Infusoires acaléphoïdes; celles de la classe des Polypes : les Polypes infusoridés, les Polypes vrais et les Po-

lypcs acaléphoïdes; et la classe des Acalèplies contient - : les Acalèphes infusoridés, les Acalèplies polypoïdes et les Acalèphes vrais. Le type des Mollusques étant, suivant l’auteur, caractérisé par deux systèmes d’organes; l’intestin et l’appareil vasculaire, les classes des Mollusques possèdent chacune deux ordres. L’un correspond aux Animaux intestinaux, l’autre au type des Mollusques et, partant, les Acéphales comprennent l’ordre des Acéphales gélatineux et celui des Acéphales molluscoïdes; les Gastéropodes et les Céphalopodes sont, delà même manière, scindés en deux. Les Articulés sont considérés comme représentant trois systèmes d’organes : appareil intestinal, appareil vasculaire, appareil respiratoire ; par suite, chaque classe est divisée en trois ordres et il y a, dans les Vers, l’ordre des Vers gélatineux, celui des Vers molluscoïdes et celui des Vers annelés. Les mêmes divisions sont adoptées pour les Crustacés et les Insectes. Les Vertébrés ont, d’après la théorie, cinq systèmes, trois inférieurs : l’intestinal, le vasculaire, le respiratoire; deux supérieurs : celui de la chair (os, muscles et nerfs) et celui des organes des sens. En conséquence, chaque classe du type renferme cinq ordres et il y a, par exemple, des Poissons gélatineux, des Poissons molluscoïdes, des Poissons entomoïdes, des Poissons charnels et des Poissons sensuels; il en est de même pour les classes des Reptiles, des Oiseaux et des Mammifères (1).

Je n’ai exposé si longuement ces divagations d’un philosophe distingué que parce que ces idées, malgré toute leur bizarrerie, sont néanmoins et sans aucun doute suggérées par un trait du règne animal, jusqu’ici trop peu étudié. Je veux parler des analogies qui, à côté des affinités vraies, existent entre les animaux et résultent de ce que, au sein de structures rigoureusement homologues, certaines modifications viennent mêler ou joindre d’autres caractères purement analogues. A mon avis, toutefois, ce sujet des analogies est

(t) Voy. pour plus de développement la Nul ut philosophie d’Oken et son Allgemeiue Waturgeschichle, vol. IV, p. 582. Cf. encore le chapitre qui suit.

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encore trop peu connu, les faits qui portent sur cette sorte de rapprochement sont encore trop obscurs pour qu’on puisse en faire la base d’un groupe aussi important du Règne animal. Je persiste donc à considérer la complication ou la gradation de structure comme le trait qui doit régler la délimitation des ordres, si par ce mot l’on entend des groupes naturels exprimant le rang, la place relative, la supériorité ou l'infériorité des animaux dans leur classe respective. Bien entendu, des groupes ainsi détinis ne peuvent pas être regardés comme des modifications de la classe, puisqu’ils sont fondés sur une catégorie de traits tout à fait spéciale.

Familles.

Rien de moins bien défini que l’idée de forme telle que les systématisateurs la font servir à caractériser les animaux. Tantôt cela signifie un système de figures extrêmement diverses, mais ayant toutes un caractère commun; c’est ainsi qu’on dit des Zoophytes qu’ils ont la forme rayonnée. Tantôt, c’est tout trait extérieur limitant le corps de l’animal, par exemple, quand on dit : les formes animales en général, au lieu de dire simplement : les animaux. Tantôt encore, on entend par là la figure de quelque espèce individuelle. En fait, il n’y a pas dans le Règne animal un seul groupe, étendu ou restreint, depuis l’embranchement jusqu’à l’espèce, dans lequel il ne soit occasionnellement question de la forme comme fournissant un caractère. C. E. von Baer, parlant des Articulés, les caractérise d’un mot : le type à formes allongées; les Mollusques sont le type à formes massives; les Rayonnés, le type à symétrie périphérique; les Vertébrés, le type à symétrie double. Évidemment Baer prend ce mot dans l’acception la plus large, et comme exprimant les relations les plus générales qu’ont entre elles les dimensions du corps. Cuvier parle vaguement de la forme,

à propos de ses quatre grands embranchements, comme d’une sorte de moule pour ainsi dire, dans lequel les différents types auraient été coulés. 11 en est aussi question pour caractériser les ordres; par exemple pour distinguer, parmi les Crustacés, les Brachvures des Macroures et pour distinguer encore les Ophidiens, les Sauriens et les Chéloniens. On la cite comme un trait distinctif dans plusieurs familles : les Cétacés, les Chauves-souris, etc. C’est par elle que dans une même famille sont établies les différences qui séparent certains genres des autres; et il n’y a peut-être pas une description d’espèce, surtout lorsque l’espèce est considérée isolément, où la forme ne soit indiquée par le menu. N’y a-t-il pas dans cet emploi indistinct d’un même terme une confusion d’idées, un défaut de précision dans la détermination de ce qui doit être appelé forme et de ce qui pourrait recevoir un autre nom ? 11 me semble que si.

Et d’abord, quand on considère la forme comme caractéristique des Rayonnés, des Articulés ou de quelque autre des grands embranchements du Règne, il est évident qu’on ne veut pas désigner par là un certain trait extérieur défini, une figure parfaitement déterminée, mais que cette expression est alors synonyme de plan. En effet, qui pourrait songer à dire que le corps tubulaire d’une Holothurie offre, comme caractère, une ressemblance de forme avec le corps de l’Euryale. Comment établir l’identité, à cet égard, d’un Echinus et d’une Astérie? Qui ne voit que, pour ce qui est de la forme, l’Holothurie ressemble aux Vers plus qu’à n’importe quel Échinoderme, tandis que, en ce qui concerne la structure, c’est bien véritablement un animal Rayonné, qui n’a rien de commun avec les Articulés ?

D’ailleurs, il suffit de jeter un coup d’œil, même superficiel, sur l’une ou l’autre des classes du Règne animal pour s’apercevoir que chacune d’elles renferme des animaux de formes extraordinairement diverses. Se peut-il quelque chose de plus différent que les Chauves-Souris et les Baleines, les Hérons et les Perroquets, les Grenouilles et les Sirènes, les Anguilles et les Turbots, les Papillons et les Punaises,

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les Homards et les Bernacles, le Nautile et les Calmars, les Limaces et les Conchifères, les Huîtres et les Ascidies composées, le Penlacrinus et le Spalange, le Béroé et la Physalie, l’Actinie et la Gorgone? Et cependant tous ces animaux pris comme je viens de les citer, deux à deux, appartiennent à la même classe. 11 doit être évident, pour tout le monde, que la forme ne peut pas être un élément caractéristique des classes, si, par là, on entend quelque chose de défini.

Mais la forme a une signification déterminée, partout comprise, quand on applique le terme à des animaux bien connus. Ainsi, l’on dit la forme humaine; une allusion à la forme du Cheval ou à celle du Bœuf fait naître à l’esprit une idée distincte. Tout le monde reconnaît que la forme de l’Ane est semblable à celle du Cheval, et sait distinguer, par leur forme, ces animaux des Chiens ou des Chats, des Phoques ou des Marsouins. Ainsi comprise et définie, la forme correspond aussi à ce qu’on appelle le port quand on parle de l’Homme et de la Femme. C’est dans ce sens exclusif que je vais maintenant examiner quelle est sa valeur comme caractéristique d’animaux différents. On vient de voir quelle ne pouvait pas être mise au nombre des caractères de l’embranchement ou de la classe, il faut examiner maintenant si elle peut en fournir un pour l’espèce. Une rapide revue de quelques-uns des types les mieux connus du Régne animal, embrassant des genres bien définis dont chacun compte plusieurs espèces, montrera de suite que la chose est impossible, car ces espèces, en général, ne présentent pas la moindre différence à cet égard. Ni les nombreux Ecureuils, ni les vraies Souris, ni les Belettes, ni les Ours, ni les Aigles, ni les Faucons, ni les Éperviers, ni les Passereaux, ni les vrais Pics, ni les vrais Lézards, ni les Grenouilles, ni les Crapauds, ni les Raies, ni les Requins proprement dits, ni les Turbots, ni les Soles, ni les Anguilles, ni les Maquereaux, ni les Chaboisseaux, ni les vraies Crevettes, ni les Écrevisses, ni les Sphynx, ni les Géomètres, ni les Hannetons, ni les Taupins, ni les Ténias, ni les Calmars, ni les Limaçons, ni les vraies Astéries, ni les

Anémones de mer, ne peuvent être distingués l’un de l’autre par la forme seulement. II peut y avoir entre eux des différences dans les proportions des parties, mais le patron de toutes les espèces appartenant à un genre.bien défini est si complètement identique que jamais on n’en peut tirer les caractères spécifiques. Il y a, dans les systèmes zoologiques, des genres qui, tels qu’ils sont maintenant établis, pourraient être cités comme exemples du contraire. Mais ces genres sont fondés sur des traits qui donnent encore lieu à discussion, et vraisemblablement on finira par découvrir qu’ils ne sont qu’une association forcée d’espèces hétérogènes. En tout cas, les progrès récents de la Zoologie ont conduit graduellement à limiter de plus en plus les groupes de cette catégorie. Les espèces appartenant au même genre montrent de moins en moins une différence de forme et doivent finir par présenter à cet égard une même physionomie.

Les genres naturels se distinguent-ils davantage par ce côté? Y a-t-il une certaine différence appréciable, dans la forme générale, entre les genres des familles les plus naturelles? — je dis avec intention la forme générale, car un museau plus ou moins saillant, des oreilles plus petites ou plus grandes, des griffes plus courtes ou plus longues, etc., ne modifient pas essentiellement la forme. Est-ce que, par exemple, les Ours, les Blaireaux, les Gloutons, les Ratons, ces genres de la famille des Ursins, différent par la forme? Les Phocoïdés, les Delphinoïdés, les Falconidés, les Turdinés, les Fringillinés, les Picinés, les Scolopacinés, les Chélonioïdés, les Geckonins, les Golubrins, les Sparoïdés, les Élatéridés, les Pyralidoïdés, les Échinoïdés, etc., présentent-ils, entre eux, plus de diversité sous ce rapport? Assurément non. Il est bien vrai que, dans une certaine mesure, il y a des différences entre les représentants d’un genre comparés à ceux d’un autre genre, mais à bien considérer, ce ne sont là, au fond, que des modifications d’un modèle-type. Tout comme il y a des ellipses plus ou moins allongées, nous voyons que les Blaireaux ont la forme plus ramassée que les Ours, les Ratons, ou les Gloutons, que ces

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derniers sont plus allongés que les Ratons; mais chez les uns et chez les autres il y a, dans l’ensemble des traits, quelque chose d’aussi absolument typique que ce qui se découvre chez les Viverrins, ou chez les Canins, les Bradypodidés, les Delphinoïdés, etc. On doit par conséquent ne pas comprendre la forme au nombre des traits caractéristiques d’un genre naturel, ou tout au moins ne l’y introduire qu’à litre de modification du type extérieur des familles naturelles.

Ainsi, de tous les groupes naturels du Règne animal, il ne reste plus que les familles et les ordres à la distinction desquels on puisse employer la forme comme critérium efficace. Mais ces deux sortes de groupe sont précisément ceux sur lesquels les zoologistes sont le moins d’accord, si bien que difficilement trouverait-on une division que les naturalistes voulussent, d’une entente unanime, accepter comme exemple d’un ordre naturel. Faisons, par conséquent, de notre mieux pour fixer le débat et supposons, pour un instant, que ce que nous avons dit plus haut à l’égard des ordres est bien fondé; que les ordres sont des groupes naturels caractérisés par le degré de complication de la structure, et entre lesquels se manifeste, dans leurs classes respectives, une hiérarchie. Dès lors, il nous sera plus aisé d’en indiquer un petit nombre susceptibles d’être acceptés par tous comme naturels. La plupart des naturalistes conviendront, je pense, que parmi les Reptiles, les Chéloniens constituent un ordre naturel ; de même les Raies et les Requins, parmi les Poissons. Que si quelqu’un soutient la nécessité de joindre à ces derniers les Cyclostomes, ce n’en sera que mieux pour mon dessein. Les Ganoïdes, même circonscrits dans les limites plus étroites que celles que je leur ai assignées, et peut-être en les réduisant au groupe restreint proposé par J. Muller, pourront encore nous servir d’exemple. J’y consens; quoique, en réalité, il me reste plus d’une objection à faire contre cette limitation; mais cela importe peu pour mon but actuel. Tout le monde reconnaîtra, je crois, les Décapodes comme

un ordre naturel de la classe des Crustacés et il m’est indifférent que d’autres familles leur soient annexées pour compléter l’ordre le plus élevé de la classe. On considérera comme tels, je n’en doute pas, les Bryozoaires, les Tuniciers, les Brachiopodes, les Lamellibranches, dans la classe des Acéphales. On m’accordera non moins aisément que les Crinoïdes, les Astérioïdes, les Échinoïdes et les IIolothurioïdes sont, parmi les Échinodermes, des groupes de cette catégorie; de même, parmi les Acalèphes, les Béroïdes et peut-être les Discophores et les Hydroïdes, et encore, parmi les Polypes, les Halcyonoïdes par opposition aux Actinoïdes.

Examinons ces ordres au point de vue des formes caractéristiques qu’ils comprennent. Les formes des Testudo vrais, des Trionyx, des Chelonia sont très- différentes, et cependant peu d’ordres sont aussi bien circonscrits que celui des Chéloniens. La classe entière des Poissons fournirait difficilement des différences de forme plus grandes que celles qui s’observent entre les Requins ordinaires, les Scies, les Raies communes et les Torpilles, sans parler des CyclostomeseldesMyxinoïdes, à supposer qu’on veuille aussi ranger ces deux familles dans l’ordre des Placoïdes. 11 est impossible de restreindre les Ganoïdes dans des limites plus étroites que celles proposées par J. Millier. Cependant, même ainsi circonscrit, cet ordre contient des formes aussi disparates que celles des Esturgeons, des Lépidostées, des Polyplères, des Amies, et d’une légion de genres et de familles éteints. Les familles que je leur ai associées et que le professeur Müller en sépare, si on les comprenait parmi les Ganoïdes, augmenteraient encore les éléments hétéromorphes de cet ordre. Parmi les Décapodes il suffit de rappeler les Homards et les Crabes, pour convaincre que ce n’est pas la ressemblance des formes qui les réunit dans le même groupe naturel. Et quelle disparité, sous ce rapport, chez les Bryozoaires, les Brachiopodes et les Tuniciers ! Quiconque a jamais accordé la moindre attention à ces animaux en a été frappé.

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A moins, donc, que la forme ne soit chose trop vague pour pouvoir caractériser un groupe quelconque dans tout le Règne animal, il faut bien quelle soit le trait saillant de la famille. J’ai déjà fait remarquer que les ordres et les familles sont les groupes sur lesquels les zoologistes sont le moins d’accord, à l’étude et à la caractérisation desquels ils ont donné le moins d’attention. Cela ne viendrait-il pas simplement de ce que, d’une part, on n’a pas compris la différence qui existe entre les caractères de l’ordre et ceux de la classe, n’y voyant qu’une question de degré, et, d’autre part, on a méconnu l’importance de la forme comme caractère prédominant des familles? En effet, très-peu de familles animales sont bien caractérisées ou môme simplement caractérisées ; néanmoins on ne peut pas ouvrir un ouvrage moderne de zoologie consacré à une classe quelconque, sans y trouver les genres rassemblés en plus ou moins grand nombre sous le titre d’un nom générique à terminaison en ides ou mes, qui indique la distinction de familles et de sous-familles. Or la plupart de ces groupes, quoique de valeur inégale à un point de vue absolu, sont positivement naturels, encore qu’ils soient bien loin de représenter toujours des familles, et constituent le plus souvent des ordres et des sous-ordres. Ils portent ainsi témoignage de la facilité qu’il y a à former, presque sans études, les groupes intermédiaires entre les classes et les genres. Cela vient, dans mon opinion, de ce que la ressemblance de famille est, dans le règne animal, exprimée d’une manière trèsfrappante par la forme, et de ce qüe la forme est un élément qui tombe aisément sous les sens, même d’un observateur superficiel. Mais en même temps, c’est chose très difficile à décrire exactement; c’est pourquoi la plupart des familles sont mal caractérisées et l’on substitue constamment aux particularités spéciales et exclusives de ce groupe des traits qui ne lui sont point essentiels. J’en appelle à l’expérience des naturalistes. Quand nous voyons un nouvel animal, est-ce que le premier coup d’œil, c’est-à-dire la première impression faite sur nous par sa forme, ne fait pas naître

immédiatement en nous une idée exacte de sa parenté la plus proche? Avant tout examen de sa structure nous apercevons si un Escarbot est un Carabicin, un Longicorne, un Élatéridé, un Carculionide, un Chrysomélin; si un Lépidoptère est une Noctuélite, une Géométride, une Pyralide; si un Oiseau est une Colombe, une Hirondelle, un Oiseau-Mouche, une Pie, une Bécasse, un Héron, etc. Tandis que, avant de pouvoir déterminer le genre d’un de ces animaux, il nous faut étudier la structure de quelques parties caractéristiques ; avant de combiner les familles en groupes naturels, nous avons à faire un examen approfondi de la structure tout entière et à comparer sous ce rapport une famille avec toutes les autres. Ainsi c’est la forme qui caractérise les familles; et, après une étude minutieuse de ce sujet durant plusieurs années, pendant lesquelles j’ai passé en revue le Règne animal tout entier à cette intention spéciale ainsi qu’à tous les points de vue relatifs à la classification, je puis ajouter que c’est elle qui caractérise essentiellement les familles (1). Je ne dis pas les contours extérieurs, mais la forme telle qu’elle résulte de la structure; ce qui signifie que les familles ne peuvent pas être bien définies, ni circonscrites dans leurs limites naturelles, sans un examen approfondi de tous ces traits de la structure intérieure qui se combinent pour déterminer la forme.

La manière dont j’ai caractérisé les Chéloniens de l’Amérique du Nord (2) pourra faire voir comment ce sujet doit être traité. J’ajouterai seulement que si, tout d’abord et sans difficulté, l’impression générale faite sur nous par la forme des animaux nous met sur la voie de ce que nous devons appeler leurs familles, on ne parvient que lentement à déterminer la portée naturelle des modifications d’un type de

(1) Ces investigations, qui m'ont conduit aux plus intéressants résultats, ont retardé, jusqu’ici, la publication de la partie systématique des Principes de Zoologie, ouvrage entrepris eu commun avec mon ami le docteur A. A. Gould. Elle ne verra pas le jour avant que j'aie pu reviser le règne animal tout entier à ce nouveau point de vue, afin d’introduire autant de précision que possible dans sa classification.

(2) Contributions à l'Mstoire naturelle des États-Unis, vol. I, p. 317-366.

familles.

forme quelconque et les particularités de structure qui en sont le fondement. Peu d’études exigent d’aussi patientes comparaisons. L’anatomie comparée a laissé trop complètement de côté tout ce qui se rattache à la morphologie ; les investigations des anatomistes tendent trop uniformément à une appréciation générale des connexions ou des homologies présentées par les systèmes organiques. Aussi lorsqu’on s’applique à bien saisir quelle est la valeur des formes, quel en est le fondement véritable, celte science fournit à peine un renseignement, si ce n’est, çà et là, quelque considération sur les relations téléologiques des organes.

Admettons donc que les ordres sont des groupes naturels caractérisés par la complication de la structure, et que les différents ordres d’une classe expriment les degrés de cette complication. Admettons encore que les familles sont des groupes naturels caractérisés par la forme, telle qu’elle est déterminée par les particularités de la structure. 11 s’ensuit que les ordres sont une sorte de division supérieure; car nous avons vu que plusieurs divisions naturelles, généralement considérées comme des ordres, contiennent chacune plusieurs groupes naturels caractérisés par des différences de formes, c’est-à-dire constituant autant de familles distinctes.

Après cette discussion, il est à peine nécessaire d’ajouter que les familles ne peuvent en aucune façon être regardées comme les modifications de l’ordre auquel elles appartiennent, puisque les ordres sont caractérisés par la complication de la structure et les familles par la forme. Je ferai remarquer d’ailleurs qu’il y a, à l’égard de la forme des animaux, un point auquel je n'ai pas touché ici, et qu’il serait plus important encore d’examiner s’il s’agissait des plantes : c’est le mode d’association des individus faisant partie d’une communauté plus ou moins nombreuse, comme cela s’observe, particulièrement, chez les Polyes et chez les Acalèphes. Ces agrégations n’ont pas, au point de vue de la forme, la même importance que les individus simples qui les composent, et, par conséquent, elles peuvent rarement fournir

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des caractères de famille dignes de confiance. Mais c’est une question qu’il sera plus opportun de traiter dans l’ouvrage spécial que je me propose de consacrer aux Hydroïdes de l’Amérique du Nord (1).

J’ai déclaré plus haut que les Botanistes ont defini les familles naturelles des végétaux avec plus de précision que les Zoologistes n’ont su le faire pour celles des animaux; j’ai fait remarquer en outre que la plupart d’entre eux ne font pas de distinction entre les ordres et les familles. Le caractère particulier du Bègne végétal en est sans doute la cause; ce règne, en effet, n’est pas établi sur des plans de structure aussi complètement différents que ceux des divers embranchements zoologiques. Au contraire, il est possible de tracer parmi les plantes une certaine gradation, et il est plus facile que dans le Règne animal de s'élever progressivement d’un type inférieur à un type supérieur bien distinct, quoique les Végétaux, pas plus que les Animaux, ne constituent une série simple. Il me paraît néanmoins que si les Cryptogames, les Gymnospermes, les Monocotylédonées et les Dicotylédonées peuvent être considérées comme des embranchements du Règne végétal, analogues aux Rayonnés, aux Mollusques, aux Articulés et aux vertébrés parmi les animaux, des divisions comme celles des Fungus, des Algues, des Lichens, des Mousses, des Hépatiques, des Fougères dans l’acception la plus large, pourraient être envisagées comme des classes. Les Diatomacées, les Conlerves, les Fucus seraient des ordres; les Mousses et les Hépatiques des ordres ; les Equisétacées, les Fougères proprement dites, les Hydroptérides et lesLycopodiacées, des ordres encore. Toutes ces plantes présentent en effet différents degrés de complication dans la structure. C’est au contraire par la forme ou le port que se rapprochent le plus leurs subdivisions naturelles, qui peuvent être regardées comme des familles. Les familles naturelles végétales se distinguent généralement par le port, comme les familles animales par la forme. On n’a qu’à voir

(1) Voy. 3* et 4 e vol. des Contributions, etc.

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