ORDRE D’APPARITION DES CARACTÈRES
Voyons s’il ne serait pas possible d’introduire un peu plus de précision dans le problème. Si ce que j’ai dit des caractères propres aux groupes naturels du Règne animal est exact, on a : 1° quatre grands embranchements ou types, caractérisés par autant de plans différents de structure; — 'i° de3 classes, caractérisées par les voies suivies et les moyens employés pour l’exécution du plan ; — 3 ° des ordres, caractérisés par la simplicité ou la complication de la structure ; — 4° des familles, caractérisées par la différence des formes ou des particularités de la structure qui déterminent la forme; — 5 ° des genres, caractérisés par les détails particuliers de la structure des parties; — 6“ des espèces, caractérisées par les rapports et les proportions des parties, les rapports des individus soit entre eux, soit avec le monde ambiant; — on trouve enfin les individus qui, pour le moment, représentent nonseulement l’espèce avec toutes ses variétés et toutes les variations d’âge, de sexe, de taille, etc., mais encore tous les traits caractéristiques des groupes supérieurs. Voilà donc, à un bout de la série, les catégories de la structure animale les plus compréhensives et, à l’autre bout, des individus. L’individualité d’un côté; de l’autre, le groupe du règne animal qui embrasse davantage. Or, pour commencer par les extrêmes notre examen critique de la marche de la vie dans ses manifestations successives, n’est-il pas évident, grâce à tout ce que l’Embryologie nous apprend, que l’individualisation est le vœu de toute multiplication ou reproduction ? Un germe (ou un certain nombre de germes), œuf ovarien ou bourgeon, est tout d’abord individualisé. Il est formé et rendu distinct, en tant qu’individu, du corps de son parent, avant d'avoir assumé soit le caractère de son embranchement, soit ceux de sa classe, etc. C’est là un fait d’une grande signification et qui montre bien l’importance qu’a l’individualité dans la nature. Après cela, il est vrai, nous apercevons généralement les linéaments du plan structural avant que la manière dont ce plan sera exécuté ne devienne apparente. Le caractère de l’embranchement est
RE La. classification.
indiqué par les traits les plus généraux avant que ceux de la classe puissent être reconnus avec quelque précision, et l’on peut baser là-dessus une des généralisations les plus importantes de l’Embryologie.
On a soutenu, dans les termes les plus généraux, que les animaux supérieurs passent, durant leur développement, à travers toutes les phases qui caractérisent les classes inférieures. Ainsi formulée, celte proposition est tout à fait contraire à la vérité; et cependant il y a, dans de certaines limites, Une correspondance positive entre les phases embryonnaires du développement des animaux supérieurs et les caractères permanents d’autres animaux d’un degré inférieur. Eh bien ! le fait signalé plus haut permet de marquer âvec précision les limites dans lesquelles celte correspondance peut être circonscrite. En tant qü’œufs, dans leur condition primitive, tous les animaux se ressemblent. Mais aussitôt que l’embryon commence à montrer quelques traits caractéristiques, ceux-ci présentent des particularités telles que ïfe type peut se distinguer. On ne peut donc pas dire qu'il y ait chez l’animal certaines phases de développement qui ne rentrent pas dans les limites de son propre embranchement. A aucun moment, un Vertébré n’est, un Articulé ou ne lui ressemble; jamais Un Articulé n’est un Mollusque; ni un Mollusque, un Rayonné ; et vice vcrsâ. Quelque correspondance qu’on puisse noter ehtrc le jeune d’un animal supérieur et l’état parfait d’un anima! inférieur, elle est toujours contenue dans le cercle des représentants d’un même embranchement. Par exemple, les Mammifères et les Oiseaux, aux premiers degrés de leur développement, présentent certains traits propres aux classes inférieures des Vertébrés : Reptiles et Poissons ; les Insectes rappellent les Vers par quelques-unes de leurs phases primitives, etc. Mais cela demande quelques explications, sur lesquelles nous aurons occasion de revenir un peu plus loin. Quoi qu’il en soit, il est déjà bien évident qu’aucun animal supérieur ne traverse une suite de phases rappelant tous les types inférieurs du règne animal, mais qu’il subit simple-