ORDRE D’APPARITION DES CARACTÈRES
n’est-il pas vrai encore de l’Agneau, du Chevreau, du Poulain, du Lapereau, du Souriceau, de beaucoup d’Oiseaux, de Reptiles, de Poissons, d’insectes, de Mollusques, de Rayonnés? Et pourquoi? Simplement parce que les proportions des parties, qui constituent les caractères spécifiques, sont reconnaissables avant l’achèvement des détails de la structure, qui caractérisent le genre.
Ces faits me paraissent de nature à avoir quelque influence sur les progrès à venir de la Zoologie. Ils nous permettront désormais de démêler, de plus en plus nettement, les traits sur lesquels se fondent les différences et la subordination des groupes du Règne animal. Cette analyse de leur ordre d’apparition contrôle, pour ainsi dire, mes précédentes assertions sur la valeur respective et les caractères saillants de ces divisions. L’épreuve est favorable et cette circonstance ajoutera, je pense, à la probabilité de leur exactitude.
Mais cela a une autre portée très-considérable et que j’ai déjà signalée en commençant ces remarques. Pour que l’Embryologie puisse fournir les moyens de résoudre quelques-uns des difficiles problèmes de la Zoologie, il est indispensable de bien déterminer d’abord ce que sont les caractères de l’embranchement, de la classe, de l’ordre, de la famille, du genre et de l’espèce. Or, si l’on suppose que ces caractères apparaissent nécessairement dans l’ordre de leur subordination, pendant le développemenl embryonnaire, il n’y a rien à apprendre â cet égard dans les monographies embryologiques. 11 est bien rare que les embryologistes se préoccupent d’un point si utile à connaître pour le zoologiste. D’autre part, tant qu’on ignore qu’est-ce qui constitue positivement les caractères des groupes qui viennent d’être nommés, il est impossible de découvrir les caractères d’un genre dont on ne connaît qu’une seule espèce, d’une famille ne possédant qu’un genre, etc. Par la même raison, on prétendrait vainement arriver à un résultat légitime, en ce qui concerne la limitation naturelle des genres, des familles, des ordres, etc. ; et, sans cela, pourtant, on ne . doit pas même songer à entreprendre une classification
permanente du Règne animal. Encore moins pourrait-oh espéreT d’établir une base Solide pour la comparaison générale des animaux actuellemenl vivants «veft cettx qui ont peuplé la surface du globe, aux anciens âges géologiques.
Ce n’esl pas le hasard qui m’a engagé dans celle élude, mais bien la nécessité. Chaque fois que j’âi voulu comparer, par groupes plus ou moins compréhensifs, les animaux de la présente période avec ceux des âges antérieurs, ou les premières phases du développement d’animaux supérieurs avec l’état adulte d’animaux inférieurs, j’ai constamment été arrêté dans ma marche par des doutes sur l’égale valedr des mesures que j’employais. A la fin, j’ai fait de cés mesures elles- mêmes l’objet d’investigations immédiates et très-étendues, qui ont embrassé un champ beaucoup plus vaste qu’on ne le croirait eh lisant ces observations. En effet, j’ai, pour la commodité de mes études^ revu, d’après ces principes, presque tout le Règne animal; et j’ai introduit presque pour chaque classé des changements tout à fait inattendus dans la classification.
J’ai déjà exprimé (1) la conviction où je suis qu’il h’V a qu’un système vrai : celui de la nature ; et que, par conséquent, personne ne doit avoir l’ambition d’élever un système à soi. Je n’essayerai pas même de présenter ici ces résultats sous la forme d’un diagramme. Je me borne à exprimer la conviction que tout ce que nous pouvons véritablement faire de mieux, c’est de traduire, avec l’imperfection du langage humain, les pensées profondes, les relations sans nombre, la signification insondable, du pian que manifestent et réalisent les objets naturels eux-mêmes. El ma plus haute récompense serait de constater, un jour, que j’ai contribué à maintenir les observateurs dans la voie de la Vérité.
1) Voy cliap. 1, scct l, p. 7-9.