ANALOGIES
similitude entre ces organes comme une homologie ; en effet, ils ne sont pas de construction homologue. Mais il y a analogie entre eux ; car, malgré que la structure particulière caractéristique de l’un et de l’autre type ait été mise en œuvre pour l’exécution de ces organes, comme ils accomplissent la même fonction, ils semblent être de même nature.
Si l’on admet que ces distinctions soient fondées, les catégories d’analogie seront les mêmes que les catégories d’homologie. 11 y aura des analogies d’embranchement, de classe, d’ordre, de famille, de genre, d’espèce. Parfois celle sorte de corrélation s’observera d’embranchement à embranchement, de classe à classe, d’ordre à ordre, etc., parfois aussi les traits caractéristiques d’un embranchement ou d’une classe ne se retrouveront que dans certaines familles ou même dans quelques genres d’un autre embranchement ou d’une autre classe. L’étude des analogies devient ainsi fort difficile et extrêmement compliquée; de là, sans doute, les erreurs et les inexactitudes qu’ont eues trop souvent pour résultat les tentatives de classification du règne animal.
Analogies d'embranchement. — II y a dans le plan de structure caractéristique de chaque embranchement quelque chose de si spécial, que les analogies de la catégorie qui nous occupe ne s’étendent pas d’un embranchement à tout un autre embranchement. Au contraire, elles n’atteignent en général que les groupes mineurs d’une ou de plusieurs classes et embrassent rarement une classe entière. Cependant parmi les Mollusques, il y a, pour tous les Céphalopodes, analogie d’embranchement avec les Rayonnés, dans la disposition des bras autour de la bouche. Tous les Bryozoaires présentent avec les Polypes une analogie frappante, par la couronne qui s’épanouit à leur partie supérieure; il en est de même des tentacules d’un grand nombre d’Annélides Dorsibranches. Il y a une analogie impossible à méconnaître entre la structure de la charpente solide des Echinodermes (spécialement chez les Étoiles de mer) et le plan de structure des Articulés. C’est à ce point que Oken n’hésite pas à rapporter les Echinodermes à l’em-
branchement (les Articulés, et confond cette analogie avec une homologie véritable.
Analogies de classe . — Les voies et moyens de réalisation du plan structural, dans une classe, ont souvent des analogies frappantes avec ceux d’une autre classe. Ainsi, parmi les Vertèbres, une classe tout entière a des ailes, celle des Oiseaux ; et dans aucune autre classe les ailes ne sont construites comme dans celle-là. Toutefois, les Chauves-Souris, aussi, sont ailées; et quelques poissons, capables de s’élever au-dessus de l’eau, sont décrits comme ayant des ailes. Mais l’aile de la Chauve-Souris est homologue au membre antérieur d’un autre Mammifère ; elle est analogue seulement à l’aile des Oiseaux (}). Il en est de meme des soi-disant ailes des Poissons volants, véritable nageoire, homologue à la nageoire pectorale des autres poissons osseux, et construite d’une autre manière que l’aile de. la Chauve-Souris ou de l’Oiseau. Les ailes des Insectes sont entièrement différentes et leur analogie avec celles des Oiseaux est encore plus lointaine que chez la Chauve-Souris ou le Poisson volant, d’autant que ce n'est plus là une analogie entre animaux de deux classes du même embranchement, mais entre les représentants de deux classes appartenant chacune à un embranchement divers. La différence porte donc non pas seulement sur le mode d'exécution d’up plan commun, mais bien sur le plan lui-même.
j\nalogies d'onlre. — Les ordres sont fondés sur les complications de la structure qui caractérise la classe; dès lors, il n’est pas vraisemblable que les analogies de celte catégorie puissent se présenter entre les ordres d’une même classe. Il fout plutôt s’attendre à les rencontrer entre les ordres de deux classes voisines ou entre les ordres d’une classe supérieure et les classes inférieures du môme embranchement. Ainsi, il y a une corrélation remarquable entre les ordres de la classe des Batraciens et ceux de la classe des
(1) En tant que membres de Vertébrés, ces deux sortes d’ailes sont homologues; en tant qu’ailes, clics ne sont qu’analogues.
ANAIOPIES.
Reptiles vrais (1). On en ppiR dire autant, dans la classe des Mammifères, de l’ordre des Cétacés comparé avec la classe entière des Poissons, ou de l’ordre inférieur des Insectes (les Myriapodes) comparé à la classe des Vers, et de l’ordre inférieur des Acalèphes (les Ilydroïdes) comparé à la classe des Polypes (2). Une connaissance bien nette de cette sorte d'analogies est de la plus haute importance, pour l’étude des alïinilés véritables. Mainte et mainte fois, en se méprenant sur la valeur réelle de ces traits de la structure, les zoologistes ont fait fausse route et établi des groupes d’après une interprétation erronée de ces ressemblances- C’est ainsi que, au commencement du siècle dernier, on réunissait les Cétacés aux Poissons; et, de nos jours encore, nous voyons les Ilydroïdes, qui sont de vrais Acalèphes d’un.ordre inférieur, confondus en une seule classe avec les Polypes.
Analogies de famille. — 11 n’est pas besoin d’une connaissance très-familière du Règne animal pour savoir quelle forte ressemblance il existe parfois, quant à la forme, entre les animaux qui appartiennent à des types absolument différents. Mais, comme leur physionomie n’est pas déterminée par des traits identiques de la {structure, ces animaux ne peuvent certainement pas être considérés comme de formes homologues. Quelque étroite que puisse être la ressemblance extérieure, il suffit d’un effort pour distinguer entre les formes analogues et les formes homologues. Cela ne peut manquer d’ajouter à la précision des recherches zoologiques. Quand, par exemple, on compare la forme des Vers à celle dps Holothuries, il faudrait avoir présent à l’esprit que, en raison du plan de leur structure et de leur homologie avec les autres Articulés, les Vers ont, pour plus long diamètre, le diamètre longitudinal. Au contraire, sur les Holothuries, qpe les homologies identifient aux Rayonnés, le grand diamètre est le vertical. 11 n’en faut pas davantage pour prouver que, malgré la très-grande ressemblance des deux formes,
(1) Voy. Contributions, etc., vol. I, sect, ni, p, 252.
(2) Voy. Contributions, etc., t. 111.
celle des Holothuries est seulement analogue à celle des Vers.
Les limites de l’homologie entre formes semblables s’élargissent beaucoup et s’étendent au delà du cercle de la classe. Il y a certainement homologie de formes entre les Lézards et les Salamandres, qui appartiennent à deux classes différentes. D’un autre côté des formes semblables, dans la même classe, ne sont pas nécessairement homologues : par exemple, le long museau du Syngnathe et celui de la Fistulaire, la tête plate du Lophius et celle du Scaphirhvncus ne présentent qu’une analogie lointaine ; il y a en effet une différence complète dans la structure de ces organes. On a si imparfaitement étudié les formes des animaux, on a tenu si peu compte des éléments de la structure qui les déterminent, qu’essayer de préciser quelles sont les analogies et les homologies de forme, serait peut-être prématuré. Si l’on a égard à leur position, les six paires d’appendices articulés qui sont placés sur les côtés de la bouche du crabe piedde-cheval (Limule) sont positivement homologues aux mâchoires des Crustacés supérieurs; mais si l’on considère leur forme, c’est aux pattes thoraciques de ces animaux qu’elles ressemblent; d’un autre côté, en tant qu’appendices des anneaux typiques d’un Articulé, toutes ces parties sont homologues. Ici, par conséquent, il faut se représenter que, en ce qui concerne la forme, les appendices buccaux du timule sont simplement analogues aux pattes des Décapodes, tandis que les unes et les autres sont cependant homologues en tant que parties du corps d’un Articulé. Ce cas et d’autres semblables peuvent montrer quel large champ de recherches offrent encore l’étude et la distinction des analogies et des homologies de forme.
Analogies de genre. — Ce qui caractérise les genres, ce sont certaines particularités de la siructure, limitées à telle ou telle partie de l’animal; les analogies de genre doivent donc se réduire à la ressemblance de certaines parties du corps et ne pas s’étendre à l’aspect général. Les genres doivent, sans doute, comme parties de la famille, présenter
ANALOGIES ü’ESPfcCE.
la même forme, combinée à la complication de structure propre à leur ordre; mais lorsque des analogies de genre se produisent entre animaux de familles différentes, la forme générale de ces genres analogues peut se trouver fort dissemblable. De même, leur structure peut offrir, quant à la complication, des combinaisons entièrement diverses, reposer même sur un mode d’exécution tout à fait différent, si ces genres sont de classes ou d’ordres différents. Elle peut, en outre, être édifiée sur des plans absolument distincts, dans le cas où ils n’appartiennent pas au même embranchement. Rien de tout cela n’empêche que des animaux aient une certaine ressemblance dans quelques-unes de leurs parties, et ce sont là précisément les analogies de genre.
Donc, c’est entre animaux de familles très-diverses, appartenant à des ordres, même à des classes et à des embranchements distincts, que les analogies de genre se manifestent le plus souvent. C’est ainsi qu’il y a une analogie de genre bien marquée entre la denture des Insectivores, qui appartiennent à la classe des Mammifères, et celle des Chara- ' <
cins qui font partie de la classe des Poissons. Même analogie s’observe entre quelques genres de la famille des Sparoïdes, et de celle des Chromides; entre certains genres de la famille des Insectivores et d’autres de celle des Rongeurs; entre quelques-uns de h famille des Bombyx et quelques-uns de celle des Papillons, etc.
Analogies d’espèce. — Si les caractères de l’espèce ont pour réel fondement les rapports des individus, entre eux ou rivée le monde ambiant, et les proportions ou l’ornementation des parties, on ne peut manquer de découvrir des analogies spécifiques, résultat de ces relations diverses, chez des animaux de genres, de familles, d’ordres, de classes, ou d’embranchements différents. Par cela seul qu’ils sont aquatiques, des animaux qui appartiennent à des genres dans lesquels on compte aussi des espèces terrestres ont les uns avec les autres une certaine analogie. Tous les animaux qui vivent par couple, ou en troupe, ou isolément, peuvent être considérés comme ayant, de ce chef, de l’analogie; surtout
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s’ils appartiennent à des genres dont plusieurs espèces ont entre elles ces divers rapports. Mais c’est dans les proportions relatives des parties chez des espèces de genres difTérenls, soit d’une même famille, soit de familles distinctes mais d’une seule classe, et dans l’ornementation extérieure, qu’on observe les plus nombreuses analogies spécifiques. J’ai déjà dit que des homologies d’espèce peuvent résulter de la longueur relative de la tête, du cou, de la queue, etc. Mais il y a seulement analogie spécifique entre le Zerda, espèce de Chien qu’on rencontre dans l’intérieur de l’Afrique et que caractérise la longueur extraordinaire des oreilles, et ces espèces de lièvre, vivant aussi dans le désert, qui ont les oreilles plus longues et plus grosses que les lièvres de bois et de maraisi Cette analogie provient sans doute de ce que, dans les circonstances où sont placés ces animaux, une plus grande acuité de l’ouïe leur est nécessaire; quoi qu’il en soit, ils appartiennent à des ordres différents de la même classe; voilà donc une analogie d’espèce. Le type du dessin et de la couleur peut aussi donner lieu à une analogie de même nature; c’est ce qui est produit par les bandes de la peau du Tigre et de la peau du Couagga, par les taches du Léopard et de la Girafe. L’analogie est si frappante dans le dernier cas qu’elle a suggéré le nom de l’animal : — Camé- * lopard.
Il est inutile d’indiquer ces analogies d’un bout à l’autre du Règne animal. Les quelques exemples donnés suffisent pour appeler l’attention sur ce sujet et montrer l’intérêt d’une recherche soigneuse de toutes les catégories d’analogie. Mais il y a peut-être utilité à placer ici quelques remarques encore pour bien établir la distinction entre les traits homologues et les traits analogues. Etendues ou restreintes, les homologies sont rigoureusement circonscrites dans les groupes de même sorte. Conséquemment, lorsqu’un trait quelconque, observé sur un animal, n’est pas commun à tous les représentants du groupe dans lequel on l’observe, il y a de bonnes raisons pour soupçonner que ce n’est point une homologie véritable, mais plutôt une analogie quelconque.