‹ De l'espèce et de la classification en zoologieChapitre 49 sur 93 · ANALOGIE ET HOMOLOGIE · texte numérisé non relu

ANALOGIE ET HOMOLOGIE

Par exemple, la corde dorsale étant un trait fondamental de la structure des Vertébrés, toute disposition, sur l’axe longitudinal, dont la structure n’est point identique avec celle de la corde dorsale, ne peut pas être l’homologue de cette corde. Elle peut tout au plus en être l’analogue. C’est, par exemple, le cas de la bande médiane qui apparaît lors du développement initial de l’embryon des Crustacés. Chez les Vertébrés, les progrès ultérieurs de la formation de l’épine font apparaître des arcs au-dessous et au-dessus de la corde dorsale ; tandis que, chez les Crustacés, il ne s’en développe que dans un sens. Nous devons donc considérer les arcs solides des Crustacés comme une structure analogue seulement et non pas homologue à celle des Vertébrés ; et encore tout au plus, car ces arcs renferment non-seulement le système nerveux comme chez les Vertébrés, mais aussi tous les viscères. Le système d’articulation chez les Articulés présente, par conséquent, une analogie d’embranchement avec le système vertébral des Vertébrés, mais nulle homologie vraie. La classe des Poissons est éminemment caractérisée par la présence de branchies ; or, les Crustacés ont aussi des branchies et de même les Céphalopodes, beaucoup de Gastéropodes, la plupart des Acéphales. Mais la structure de ces branchies est extrêmement différente dans ces différentes classes. La présence de ces organes ne constitue donc qu’une analogie et ne révèle aucune affinité réelle. Au contraire, les soi-disant poumons des Gastéropodes terrestres ont, quant à la structure, la plus étroite ressemblance avec les branchies des autres Mollusques et dénotent ainsi une affinité réelle entre les uns et les autres; mais la structure de ces poches à air, rappelant celle des branchies, n’établit qu’une analogie entre eux et les autres animaux à respiration pulmonaire. On pourrait ainsi poursuivre, à tous les degrés, sous toutes les combinaisons, à travers le Règne animal tout entier, les analogies et les homologies; on serait sûr d’arriver à des résultats satisfaisants, pourvu qu’on se souvînt toujours que les analogies sont les traits d’un groupe combinés aux caractères d’un autre groupe, et les homolo-

DE I.A CLASSIFICATION

gies (les ressemblances circonscrites dans le cercle du même groupe.

* Conclusions.

L’importance d’une recherche comme celle dont je viens de présenter les résultats ne peut être méconnue de personne. Tous les groupes divers introduits dans le système naturel doivent avoir une signification définie; chacun d’eux exprime, entre les êtres vivants, un rapport défini, fondé dans la nature, et aussi peu susceptible d’être modifié arbitrairement que n’importe quelle autre loi, formulant les phénomènes naturels; enfin les limites naturelles de ces groupes peuvent être fixées à l’aide d’une recherche consciencieuse. Si j’ai bien fait comprendre ces vérités, si je les ai rendues évidentes, l’étude de la classification ou de la systématisation des affinités existant entre les êtres organisés va reprendre un vif et nouvel intérêt, après avoir cessé d’exciter l’attention des observateurs voués aux recherches sérieuses et originales. Les liens nombreux qui, rattachant en un grand tout les animaux et les plantes, en font l’expression vivante d’une conception grandiose réalisée dans le cours du temps, une sorte d’épopée immense qui a l’âme et la vie, ces liens vont être examinés avec un soin nouveau, déterminés avec une précision plus grande, exprimés avec une propriété et une clarté croissantes. Les classifications fantaisistes et artificielles perdront graduellement leur puissance sur une communauté mieux informée, et les travailleurs se garderont de mettre au jour des observations précipitées et insuffisantes. Le savant ne prêtera aucune attention aux caractères d’une nouvelle espèce, si elle n’a pas été étudiée avec soin et comparée à celles qui lui sont le plus étroitement alliées; aucun genre ne sera admis que les particularités de sa structure n’aient été clairement et distinctement exposées; nulle famille ne sera considérée comme bien fondée, sans présenter un système distinct de formes intimement combinées et

Page 1