CONCLUSIONS
déterminées par les rapports de la structure-, pas un ordre ne sera accepté, s’il ne représente un degré bien marqué de complication dans la structure; aucune classe ne sera jugée digne de ce nom, à moins d’être l’expression, distincte et indépendante, d’un certain plan général exécuté d’une façon particulière et par des moyens particuliers; aucun embranchement ne prendra place parmi les groupes fondamentaux du Règne animal, s’il n’est pas la manifestation nette d’un plan tout à fait spécial et non convertible en un autre. Enfin, le naturaliste ne sera autorisé à introduire un groupe quelconque dans les systèmes, qu’après avoir prouvé : — 1° que ce groupe est naturel ; — 2° qu’il est de telle ou telle catégorie, évitant ainsi d’appeler famille ce qui serait genre ou ordre, de nommer classe ou embranchement ce qui pourrait être ordre ou classe; — 3° que les caractères par lesquels il peut être reconnu sont bien effectivement ou spécifiques, ou génériques, ou de famille, d’ordre, de classe, d’embranchement. Ainsi nos livres cesseront de présenter cette confusion incommode et trop générale qui inscrit des caractères génériques dans la diagnose des espèces, ceux de l’ordre ou de la famille dans celle des classes ou celle des embranchements (1).
On dira peut-être que tout cela ne rendra pas l’élude de la Zoologie plus facile. Sans doute; mais si l’examen attentif de ce qui a été établi dans les pages précédentes, relativement à la classification, conduit à rechercher avec plus de soin tous les rapports divers existant soit entre les animaux, soit entre eux et le monde ambiant, je croirai avoir pleinement réussi dans l’objet que je me suis proposé en entreprenant cette étude.
D’ailleurs, il est bien tempsque certains zoologistes quis’intilulent observateurs se souviennent que, pour être compris,
(tj Je no veux rien dire de personnel, et, par conséquent, je m’abstions de citations qui justifieraient ce que j’avance. Mais que ceux qui sc piquent de soin et d’exactitude, fassent l’examen critique de toutes les descriptions d'espèces, de toutes les déterminations de genres, de familles, d’ordres, de classes et d’embranchements, et ils se convaincront que des caractères de même nature sout employés indistinctement pour déterminer tous ces groupes.
les objets naturels veulent quelque chose de plus qu’un coup d’œil en passant (1). Ils devraient imiter l’exemple des astronomes qui ne se lassent pas d’observer le petit nombre d’astres faisant partie de notre système solaire, afin d’en déterminer, avec une précision de plus en plus grande, les mouvements, la grandeur, la constitution physique; ils devraient ne pas perdre de vue que tout être organisé, si simple qu’en soit la structure, présente à notre appréciation des phénomènes bien plus compliqués, bien plus inaccessibles, que tous les corps célestes réunis. Ils devraient songer que, si les chefs-d’œuvre littéraires de l’antiquité n’ont point cessé d’attirer l’attention des critiques, si nul ne s’imagine avoir encore épuisé l’étude de leur grandeur et de leur beauté à plus forte raison, les œuvres vivantes de Dieu, sphère spéciale de l’étude des zoologistes, ne cesseront jamais de leur offrir un intérêt nouveau tant qu’elles seront étudiée;, avec un sens juste. Cette étude, en effet, doit inspirer à qui s’y livre une admiration et un respect profonds pour ces productions merveilleuses.
En particulier, le sujet de la classification, qui semble tout d’abord n’être qu’un champ borné de la science des animaux, ne peut être bien et pleinement compris qu’à l’aide de connaissances embrassant tous les points que j’ai signalés dans les pages qui précèdent.
(1) La simple indication de l’existence d’une espèce est une pauvre addition à nos connaissances, lorsqu’on la met en parallèle avec les monographies où la structure, le développement d’un seul animal sont mis en pleine lumière; (l’anatomie du Cossus, par Lyonnet; de la Tortue, par Bojanus ; du Mélolonthe, par Strauss-Durckheim ; du Nautile, par Owen ; les travaux d’embryogénie de Baer, Bischoff, Rathke, Millier, Kolliker, Herold et tant d’autres). Et cependant ces documents précieux ne s’appliquent qu’à un petit nombre d’êtres ; c’est à peine s’il parait chaque année un ouvrage de ce genre. Combien de milliers d’années faudrait-il, avec les allures actuelles du progrès, pour qu'on connût convenablement, sous tous les rapports, les milliers d’êtres vivants ou éteints dont l’existence est aujourd’hui constatée ! Cela devrait refroidir un peu ces esprits bouillants qui disputent de la découverte d’un brin de laine sur une toison. Mais soupçonnent-ils seulement quelles riches moissons il y a encore à foire?