REMARQUES SUR LES PRINCIPAUX SYSTÈMES ZOOLOGIQUES
Observations générales sur les systèmes modernes.
Sans prétendre faire ici un exposé historique des traits principaux qui distinguent tous les systèmes zoologiques, je crois utile d’établir une comparaison critique entre l’œuvre des naturalistes modernes et les principes que je viens de discuter. Pour cela il ne serait pas absolument nécessaire de nous reporter au delà de la publication du Règne Animal , n’était que Cuvier lui-même est représenté par quelques naturalistes, spécialement par Ehrenberg (1) et d’autres zoologistes allemands, comme inclinant à diviser l’ensemble du Règne animal en deux grands groupes : les Vertébrés et les Invertébrés. Or, en réalité, c’est Cuvier qui, le premier, répudiant ses propres vues antérieures, a introduit dans la classification du règne animal la division en quatre embranchements, devenue le point de départ de tous les progrès de la Zoologie moderne. Le premier il a fait voir que les animaux, loin de différer seulement par les modifications d’une structure même et unique, sont au contraire construits sur quatre plans distincts d’où résultent les groupes
(i) C. G. Ehrenberg, Les coraux de la mer Houge. Berlin, 1834, in-4, p. 30.
naturels et distincts qu’il a nommés Rayonnés, Articulés, Mollusques et Vertébrés.
Il est bien vrai que les subdivisions secondaires de ces groupes principaux ont subi quelques changements depuis la publication du « Règne Animal ». Plusieurs d’entre elles, des classes entières même, ont été reportées d’un embranchement dans un autre; mais il est aussi très-vrai que l’idée caractéristique qui forme la base de ces grandes coupes a été, pour la première fois, aperçue par ce maître, le plus grand zoologiste de tous les temps.
Ce que je me propose en ce moment ce n’est pas d’examiner si la circonscription de ces grands groupes a été tracée par Cuvier avec une suffisante exactitude, et s’il y a lieu de leur assigner d’autres limites plus vraies; c’est de décider s'il y a ou non, dans le Règne animal, quatre groupes fondamentaux basés sur les différences de quatre plans de structure distincts, et s’il n’y en a ni plus ni moins que quatre. C’est un point qu’il est fort à propos de discuter, puisque les zoologistes modernes, et spécialement Sieboldt, Leuckart (1) et Vogt, ont proposé de combiner les classes en des groupes supérieurs qui différent essentiellement de ceux de Cuvier. Il n’est que juste de reconnaître, quant à Leuckart, qu’il a fait preuve, dans la discussion de ce sujet, d’une connaissance profonde de toute la série des Invertébrés et qu’il y a lieu de prendre en sérieuse considération les changements qu’il indique. Ils sont fondés sur la distinction critique de différences qui ont une grande valeur; mais je pense néanmoins qu’il en a exagéré l’importance. Quant aux modifications introduites par Vogt, elles me semblent, au contraire, basées sur des principes tout à fait anti-physiologiques quoique inspirées, en apparence, par un guide excellent, l’Embryologie.
Les divisions adoptées par Leuckart sont celles-ci ; Protozoaires (groupe sur lequel il ne s’est pas livré à un exa-
(1) R. Leuckart, Ueber die Morphologie und die VerwandtshaftsverhdUnisse der wirbellosen Thiere. Brunswick, 1848, 1 vol. iti-8.