EXAMEN GÉNÉRAL DES PRINCIPAUX SYSTÈMES
et celui des Vers. Une classification basée, comme celle-ci, exclusivement sur les changements que subit le jaune, ne peut vraisemblablement pas être l’expression naturelle des rapports multiples qui existent entre les animaux. De fait, aucun système ne peut être conforme à la nature s’il est fondé sur la considération d’une seule partie ou d’un seul organe.
Ces remarques générales une fois faites, il ne me reste plus qu’à exposer sur quoi je fonde ma conviction qu’il n’y a, dans le Règne animal, que quatre groupes fondamentaux, ni plus, ni moins.
Et, d’abord, pour ce qui est des Protozoaires, on doit bien reconnaître que, en dépit de l’étendue des recherches modernes sur les Infusoires et les Rhizopodes, la véritable nature de ces êtres reste encore fort indécise. On a fait voyager les Rhizopodes d’une extrémité à l’autre de la série des Invertébrés sans pouvoir trouver une place qui, de l’aveu de tous, exprimât bien leurs affinités vraies. La tentative faite pour les séparer de toutes les autres classes avec lesquelles on les avait si longtemps associés et pour les ranger, avec les Infusoires, dans un embranchement distinct me paraît aussi malencontreuse que tous les arrangements antérieurs. Je ne crois même pas, en effet, que leur animalité soit prouvée d’une façon incontestable, bien que j’aie moimême suggéré autrefois l’idée qu’il serait possible d’établir un rapport défini entre eux et les Gastéropodes inférieurs (1). Puisqu’il a été reconnu avec une suffisante rigueur que les Corallines et les Nullipores sont de véritables Algues contenant plus ou moins de chaux dans leur structure, et puisqu’il n’y a guère de groupe, parmi les plantes et les animaux inférieurs, qui ne renferme des individus simples doués de locomotion aussi bien que des sociétés, soit libres, soit adhérentes au sol, je ne vois pas qu’il soit impossible d’associer les Rhizopodes aux Algues. Cela semblerait presque naturel, quand on considère que les vésicules de quelques
(1) Cf. chap. I, sect. xix, p. 120.
I)E LA CLASSIFICATION
Fucus contiennent une substance visqueuse, filamenteuse, tellement semblable à celle qui s’échappe du corps des Rhizopodes que l’examen microscopique le plus minutieux ne fait pas découvrir la plus légère différence de structure entre elles. La découverte, par Schullze (1), de ce qu’il considère comme les granules germinaux de ces êtres ne tranche pas la question, puisqu’il y a chez les Algues des masses ovoïdes analogues et que, chez ces plantes, les formes douées de locomotion sont aussi très-nombreuses (2).
A l’égard des Infusoires, j’ai depuis longtemps exprimé la conviction que c’est une combinaison des êtres les plus disparates. Un grand nombre d’entre eux, les Desmidies et les Volvocines sont des Algues locomobiles, et des investigations récentes semblent avoir complètement mis hors de question qu’il en est de môme de tous les Infusoires anentérés d’Ehrenberg (3). Les Entérodèles, toutefois, sont bien des animaux, mais ils appartiennent à deux types fort distincts, car les Vorticcllidés diffèrent entièrement de tous les autres. Dans mon opinion, ce sont les seuls animaux indépendants de ce groupe, et ils sont si loin d’avoir la moindre affinité naturelle avec les autres Entérodèles, que leur véritable place est, je n’en doute pas, parmi les Mollusques, à côté des Bryozoaires, comme j’essayerai de le prouver. Les observations isolées que j’ai été à même de faire sur le Pararnecium, l’Opalina et autres semblables, m’autorisent à supposer que ces genres font connaître la véritable nature de la généralité du groupe. J’ai vu, par exemple, un Planaire pondre des oeufs d’où sont nés des paramécies qui ont passé par tous les changements particuliers à ces animaux avant qu’ils se contractent en une
(1) M. S. Schullze, Poltilhalamien, eic., cité p. 24.
(2) Les recherches d'Ehrenberg et de Millier, citées, p. 120, n. 4, indiquent une affinité très-étroite entre les Thalassicoles, les Polycystincs et les Rhizopodes. Plus j'examine ces corps énigmatiques, plus je suis porté à leur croire, avec les Algues inférieures et les Eponges, une affinité bien plus grande qu’avec n’importe quel type du Règne animal.
(3) Voy. les ouvrages cités, p. 120, n, 4.