‹ De l'espèce et de la classification en zoologieChapitre 87 sur 93 · OBSERVATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

organisés n'ont pas pu apparaître tous sur un seul et même point dès l'origine, ils ont pu présenter, et fort probablement ils ont présenté une diversité analogue à celle dont rendent témoignage les fossiles trouvés dans les formations les plus anciennes. Tout ce qui sort de ce domaine spécial des faits est hypothèse. Tout ce qui exclut l’ensemble de circonstances que l’apparition première des animaux implique nécessairement est inadmissible. Tout ce que nous rencontrons d’analogue à cet état primitif probable doit, dans une saine philosophie, nous servir à établir les conditions qui ont vraisemblablement accompagné les premiers temps du Règne animal, jusqu’à ce que l’observation nous en ait appris davantage. Or, la Paléontologie nous dit que partout où l’on a trouvé des indices de la vie animale dans les profondeurs de la terre, on y a trouvé des êtres différents; la Paléontologie nous dit que, entre eux, ces êtres divers n’offrent pas les rapports que nous reconnaissons entre le père et les fds ; la Paléontologie nous dit que, à toutes les époques, on découvre des organismes d’un certain type supérieurs à ceux de même type qui leur ont succédé. J’en conclus que la manière dont on applique les idées de Darwin à la classification n’est pas admissible, pas plus que la doctrine de ce naturaliste estimable n’est fondée.

Observations générales.

Avant de terminer cette esquisse des systèmes zoologiques, je ne dois pas perdre l’occasion d’ajouter une remarque générale. Quand on songe combien complètement les recherches de K.-E von Baer ont été indépendantes de celles de Cuvier, combien diffèrent les points de vue d’où ces deux hommes ont traité le même sujet, — l’un préoccupé spécialement du mode de développement des animaux, l’autre envisageant presque exclusivement la structure ; — quand on considère en outre quelle étroite concordance il y

a dans les résultats généraux auxquels ils sont parvenus, il est impossible de ne pas éprouver une confiance profonde dans l’opinion qu’ils soutiennent tous deux : à savoir, que le Règne animal présente quatre divisions primaires, dont les représentants sont organisés d’après quatre plans différents de structure, et croissent suivant quatre modes différents de développement. Cette confiance s’accroît encore lorsqu’on s’aperçoit que les nouveaux groupes primaires proposés depuis ne sont pas caractérisés par d’égales différences de plans, n’ont point, dans le mode de développement, une distinction fondamentale, et représentent simplement des différences en plus ou en moins. C’est en effet une tendance fort malheureuse que celle qui règne actuellement chez presque tous les naturalistes, à l’égard de tous les groupes d’animaux, quelle qu’en soit la valeur, embranchements ou espèces. Ils séparent de suite les uns des autres tous les types quelconques, pour peu qu’il y ait entre ceux-ci des différences marquées, sans se préoccuper en aucune façon de savoir si ces différences sont de nature à justifier une telle séparation. Dans nos systèmes, l’élément quantitatif de différenciation l’emporte trop sur l’élément qualitatif. Dès que ces distinctions sont présentées sous des noms sonores, elles ont très-grande chance d’être adoptées, comme si la science gagnait quelque chose à dissimuler une difficulté sous un mot latin ou grec, ou faisait un pas de plus en se surchargeant du fardeau d’une nomenclature nouvelle ! Une autre pratique d’utilité fort contestable consiste à changer les noms ou à [modifier la portée et le sens des dénominations anciennes sans ajouter un renseignement ou une idée à ceux qu’on possède. Si l’on ne renonce pas à cette pratique, on finira par faire de l’Histoire naturelle une pure affaire de nomenclature au lieu d’en fortifier le caractère • hautement philosophique. Nulle part cet abus d’une inutile multiplication des termes n’est aussi sensible que dans la nomenclature des fruits des plantes, laquelle n’exprime ni une vue profonde de la morphologie végétale, ni même une observation exacte des faits matériels.

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