UNE PROFESSION DE REUGIEUSES
Rencvabitur «t o^uilA /ui^fid» tua.
Votre jeunetM m renouYellera comme celle de Taigle.
Mes Chères Filles,
La fable nous a conservé une délicieuse histoire, dont la réalité est plus que problématique, mais dont l'idéal est ravissant : c'est l'histoire du phénix. <r Cet oiseau est unique dans l'univers, disent les anciens ; on lui donne la taille de l'aigle, un plumage éclatant comme l'or autour du cou ; du reste pourpré, une queue d'azur entremêlée de plumes roses, des crêtes
(*) Prêché à la ProTÎdence de la Rochelle, le 22 août 1860. — &la Providence de Saintes, au mois de septembre.
SOUS la gorge et une huppe qui pare sa tète... En Arabie, il est consacré au soleil... Devenu vieux, il se construit un nid avec des branches odoriférantes, il le remplit de parfums, il meurt dessus, et de ses cendres,.il renaît un nouvel oiseau (1). Cet oiseau, disent d'autres auteurs, ne vit que des larmes de l'encens et du suc des parfums... Après avoir rempli sa longue carrière, il monte sur un bûcher, et il finit sa vie au milieu de flammes odorantes : Scandit odoratos Phœnix felicior ignés (2)
Il vous semblera peut-être étrange que je commence une cérémonie religieuse par une histoire empruntée à la fable : je répondrai, avec saint Clément de Rome, que l'histoire du Phénix est un signe merveilleux : Signum mirabile (3). Ce grand Pape y voyait le symbole de la résurrection ; il nous sera bien permis d'y voir le symbole de la vie religieuse.
La vie religieuse n'est autre chose qu'une renaissance : Renovabitur ut aquilœ juventus tua. Conunent
(1) Pline X, 2.
(2) Oy. Met. 45, Stac. Silv. 2, 4.
(3) Ep. L ad Cor., c. 25.
faut-il entendre ces paroles ? C'est ce que je me propose de vous développer brièvement.
L'âme humaine, sortie des mains de Dieu, était pure et belle ; son intelligence était ornée de force et de lumière, son cœur d'amour et de suavité, et l'imagination, comme une abeille mystérieuse, était chargée de recueillir, pour le cœur et l'intelligence, toutes les richesses de la nature. Tous ces dons merveilleux étaient soumis à l'action supérieure de Dieu, et il en résultait, dans les puissances de l'âme, une admirable harmonie, qui est le cachet des œuvres divines. Dieu, l'âme , le corps , les objets extérieurs : Dieu commandant en père ! L'âme soumise à Dieu, gouvernant le corps, et reine de la création ! Alors tout était beau, parce que l'ordre était partout.
Le péché est un désordre, c'est-à-dire que c'est un dérangement de parties régulièrement ordonnées. n s'est glissé dans l'œuvre de Dieu, et le contre-
284 DE L'ESPBIT CHRÉTIEN.
coup s'en est fait sentir dans les régions les plus intimes et plus profondes de l'âme. Le désordre s'est introduit dans l'intelligence, dans le cœur, dans la volonté, dans la mémoire, dans l'imagination. L'&me humaine est devenue une ruine, comme ces débris des vieux monuments qui accusent une royale grandeur, mais une grandeur semblable à ces colonnes brisées, dont il est nécessaire de retrouver, çà et là, les tronçons. L'or de l'âme a perdu sa couleur : Obscuratum est aurum (1). Des parties étrangères se sont mélangées au métal primitif ; elles se sont agglutinées, elles se sont soudées , c'est-à-dire qu'elles ont pénétré dans l'intérieur, et semblent ne plus faire qu'un seul corps.
Quelle est la mission du Christianisme ? sinon de rendre à l'âme sa beauté première, sa pureté originelle, et de la suspendre de nouveau à la voûte du ciel, comme ces encensoirs d'or remplis de parfums, dont il est parlé au livre de l'Apocalypse. Mais, dans le monde, combien peu de chrétiens entendent ces maximes I La plupart se contentent d'un Christia-
(l)Thren. 4.
nisme de superficie ; ils en mettent une couche sur leur âme ; c'est du chrysocale, mais cela fait de l'effet, et cela suffit. — Le but principal des communautés religieuses est de prendre le Christianisme au sérieux ; c'est d'atteindre l'intelligence, le cœur, la volonté, et de renouveler toutes les parties intérieures de l'âme : Renovaminispiritu mentis vestrœ (1). Là commence cette œuvre mystérieuse, ce travail souterrain, qui s'ébauche pendant les mois du noviciat et qui ne se termine qu'au ciel. Il faut dépouiller le vieil homme : exspoliantes veterem hominem (2) deponere veterem hominem (3) : Déposer le vieil homme! Et encore, si ce vieil homme n'était qu'un vêtement, semblable à ceux qu'on quitte le soir, pour en prendre un autre le lendemain I Malheureusement, ce vieil homme n'est pas un vêtement extérieur, il ne forme pas seulement la peau de l'âme : il s'est glissé dans le sang, il s'est infiltré partout, et ses moindres atomes sont allés se souder à ce qu'il y a de plus intime dans notre vie. Il vit en nous,
(1) Ephes. 4, 23.
(2) Col. 3, 9. /
(3) Ephes. 4, 22.
comme un autre nous-mêmes : il s'appelle l'orgueil, Famour-propre, l'attache à ses idées personnelles, la sensualité, la concupiscence, l'amour des biens de ce monde. Vous me demandez son nom ? je le trouve dans l'Evaligile : il s'appelle légion (1).
Comment détruire ce vieil homme, tout en respectant ce que sa nature primitive a de bon ? Comment isoler ce qui est devenu tellement partie de nous-mêmes que nous ne distinguons presque plus l'un de l'autre ? — Il n'y a guère qu'un seul moyen : c'est une combustion, c'est une fusion, c'est l'histoire du Phénix. Cet unique oiseau se fait un nid de parfums, il monte sur le bûcher odoriférant, il se consume, et il renaît de ses cendres. Ainsi fait l'âme qui veut devenir une bonne reUgieuse : pendant son noviciat et toujours (car le noviciat, dit saint François de Salles, doit durer toute la vie), elle se construit un nid de matières odorantes qu'elle recueille chaque matin au pied de la Croix : comme le Phénix, elle ne vit que des larmes de l'encens et du suc des parfums : toutes ces subtances
(1) Marc. 5.
mélangées-s'échauffent au soleil de la grâce et forment comme un bûcher où elle s'étend, où elle se consume, où elle brûle à petit feu. Et tant qu'il demeure dans Tâme un seul coin que la flamme n'a pas atteint et purifié, l'opération n'est point complète ; c'est le Phénix dans sa vie première, ce n'est point le Phénix ressuscité plus beau et plus vigoureux.
La combustion spirituelle, mes chères filles, la fusion intérieure sont donc le vrai moyen de dépouiller le vieil homme et de nous isoler de tout ce qui n'est pas assez divin. C'est, d'ailleurs, une loi des matières où il entre de l'alliage ; elles ne se séparent que lorsqu'un coup de feu intervient et que le corps entre en fusion. Alors, chaque substance s'isole, parce qu'elle est liquéfiée, et l'or nous apparaît entièrement dégagé.
Laissez-vous, mes chères filles, laissez-vous ainsi brûler au feu de la grâce, laissez la flamme aller paiiiout, dans l'esprit et dans le cœur; il y aura, dans le principe surtout, souffrance, angoisse, cris, agitation : mais ayez le courage du sacrifice, laissez la flamme aller partout, ne vous bornez pas aux étages supérieurs, laissez-la descendre dans les
caves les plus profondes : partout, il y a de l'alliage dans l'âme humaine ; partout, il faut la combustion, partout la liquéfaction. Il faut que l'esprit se détache de lui-même, de ses curiosités, de ses intempérances de savoir, de ses lumières trop personnelles et trop exclusives : il faut que le cœur subisse la plus douloureuse, mais aussi la plus vivifiante des opérations, qu'il se détache de tout ce qui ne serait pas assez divin, qu'il s'en détache, au moins, pour le purifier : il faut qu'il amène sur le bûcher toutes ses sensualités, tous ses liens trop mondains, toutes ses recherches trop humaines, tous ces calculs de passé, de présent et d'avenir, toutes ces mailles artistement travaillées, où il se perd si souvent, où il demeure prisonnier I Oui, il faut que tout cela brûle, et ce qu'il y a de plus effrayant pour la nature, personne ne viendra éteindre le feu. Mais, il y a quelque chose de plus cher encore, de plus difficile à brûler : c'est l'enfant gâté du cœur I On consentirait à tout jeter par la fenêtre, àtoutjeteraufeurmais cet enfant, si délicatement choyé, on demanderait grâce au moins pour lui 1 Cet enfant, c'est le moi, c'est le tendre moi ; c'est le fonds de l'être; c'est
l'attache déréglée à soi, à ses idées, à ses goûts, à sa volonté. Malheureusement pour la nature, c'est ce moi qui doit être l'objet principal de la combustion divine : c'est la première et la dernière matière du feu : il faut commencer et finir par là. Tant que le moi n'est pas brûlé dans le sens que nous indiquerons plus bas. Dieu continue et renouvelle son incendie.
Mes chères filles, quand l'âme ne se livre pas ellemême, et volontairement à la flamme, rien n'est plus douloureux à la nature que ces coups de feu divins. Dieu charge ses anges d'allumer les coins qui voudraient s'éteindre, il commande au vent, et quand l'incendie est fini d'un côté, il recommence ailleurs ; c'est un purgatoire continuel que ces âmes toujours en feu. Mais quand on imite le Phénix, quand on se place soi-même sur le bûcher et qu'on y demeure tranquille, le Seigneurcommande aux flammes de devenir odorantes : il établit, au milieu delà fournaise, un courant d'air frais : In medio fornacis ventum roris flantem (1), et l'âme brûle avec bonheur,
(1). Daniel 3.
parce qu'elle finit par brûler d'amour. — Mes chères filles, la «Religieuse doit être un Phénix chaque matin ; car, tous les jours, il y a au moins de petites pailles à brûler dans l'âme : tous les jours, à son oraison, ou après la communion, quand le cœur de Jésus-Christ devient lui-même le bûcher, elle doit se soumettre à la flamme et se laisser consumer. Cette combustion finit par être si douce, si suavement amoureuse, qu'elle devient facile et nécessaire comme la respiration : car la respiration, selon les données de la science, n'est elle-même qu'une combustion, qui s'opère continuellement dans notre poitrine et devient, ainsi, la sourbe de la vie toujours renouvelée.
Cette dernière pensée nous ouvre un nouvel horizon. — La mort spirituelle de la Religieuse est comme la mort du Phénix,, un principe de vie nouvelle et plus active.
Dieu, mes chères filles, c'est le beau, le bien, le
vrai ; c'est la lumière, la chaleur, la vie dans Finfini ; c'est tout ce que vonjs pouvez rêver et au-delà ; c'est l'idéal que le cœur embrasse à ses jours de dégoût des choses de ce monde, ou bien à ces heures déhcieuses où le ciel semble descendre en nous. Que doit opérer la combustion spirituelle ? Elle doit simplement détruire ce qui est un obstacle à l'union divine : elle doit, par conséquent, donner plus d'activité à l'intelligence, plus d'énergie à la volonté, plus de vie au cœur ; c'est l'or purifié, il n'est que plus propre à tous les usages de la vie. Aussi l'âme, devenue pleine de Dieu, est plus complètement à toutes les choses bonnes et vraies de la terre ; elle n'est point absorbée par Dieu en ce sens qu'elle ne puisse songer aux détails de la vie, ni aimer les légitimes objets de ses affections : il n'y a que la créature dont l'amour déréglé absorbe ainsi et semble pétrifier pour le reste. L'amour de l'être infini absorbe et rend moins exclusif : il semble vouloir tout prendre pour lui, et cependant, il rend à l'âme dont il a pris possession, il lui rend, pour elle et pour ses frères, beaucoup plus qu'elle ne recevait .auparavant. Il ôte à l'intelligence ce qu'elle avait
de désordonné, mais il lui rend plus de largeur et de fixité : il enlève au c;œur ses puériles amours, mais dans quel océan de flammes pures, vivifiantes, ne le plonge-t-il pas ? Il ravit à la volonté cette sorte de liberté capricieuse qui fait son tourment, mais il lui rend dans les sphères élevées la liberté de l'aigle, qui peut voler où il veut vers les régions de la lumière, pourvu qu'il ne descende point. Vous dirais-je que quelquefois cet amour de l'âme purifiée a une influence sur le corps et lui rend comme un souvenir de sa première immortalité ? Ecoutez sainte Thérèse (1) : ce 0 vie de toutes les vies, vous ne tuez aucun de ceux qui se confient en vous, et qui veulent vous avoir pour ami. Que dis-je ? en donnant la vie à l'âme, il vous plaît de donner au corps une nouvelle vigueur. »
La vie religieuse n'est donc pas un tombeau; ou bien c'est le tombeau du Phénix qui renaît plus beau, plus jeune, plus vigoureux : Renovabitur ut aquilœ juventus tua. Entendons cette doctrine : elle est capitale ; elle est nécessaire pour ne point établir
(1) Sa vicy c. 8.
d'antagonisme dans les œuvres de Dieu, antagonisme que plusieurs, dont le zële n'est point selon la science, semblent vouloir en pratique.
a Quand Dieu a créé l'homme, dit saint Cyrille d'Alexandrie, il lui a donné une très-parfaite beauté de nature : Perfectissimam naturœ pulchritudinem ; il l'avait rendu participant de son esprit, et la volonté de Dieu le Père est de nous ramener par le Christ à cette antique beauté : Adantiquam pulchritudinem naturam hominum reduci (1). » — Ce n'est pas assez ; le même Père dit ailleurs, que par le Christ nous sommes appelés à des choses incomparablement meilleures : Ad incomparabiliter meliora de integro formamur (2). Dans l'œuvre de la régénération spirituelle, dit saint Grégoire de Nysse, nous ne perdons rien des nobles attributs de la nature humaine ; le mal seul est détruit, et même il se fait dans l'âme une transition à des choses meilleures : Malis notis et signis eic anijna nostra deletis , fit transitus ad id quod est melius (3).
(1) In Math. c. 24. t. V. p. 446. éd. Migne.
(2) In Joël, n- 35. t. IV. p. 379.
(3) Orat. Catechet.c. 40.
Voilà la vcaie perfection : destruction du mal, culture, développement du bien naturel et perfectionnement par la grâce de tout ce qu'il y a de bon en nous. Mais la vie religieuse, qu est-elle sinon la perfection du Christianisme ? Elle devrait donc être ici-bas, autant que le permet l'infirmité humaine, une sorte d'achèvement de l'homme primitif. Elle doit cultiver les âmes comme des plantes du paradis terrestre : les redressant, leur rendant la fraîcheur et la vivacité des teintes qu'un air malsain leur aurait fait perdre, mais ne modifiant rien à la forme primitive, à l'élégance, à la force, à la délicate stature, sinon pour changer tout en mieux, parce que dans ce nouveau jardin tout est arrosé par des vents qui viennent du ciel et qui portent sur leurs ailes une féconde humidité : Fit transitus ad id quod est melius. — Ne nous lassons point d'entendre les Pères de l'Eglise : « Le palmier, dit saint Cyrille, est un arbre toujours vert, qui a de nombreuses racines et une haute stature. C'est un excellent cordial, il est odoriférant et son fruit a de la suavité. Telle est l'image de l'âme juste (1). »
(1) In Ps. 92. V. 13. t. II. p. 1227.
C'est l'arbre du Liban, dit-il ailleurs ; elle a. de profondes racines en terre, mais dans la hauteur elle dilate au loin ses rameaux, elle est toujours verdoyante et couverte de fruits : elle est engraissée parles irrigations célestes. C'est l'Esprit-Saint qui la cultive, et la rosée vient d'en haut : Ros enim desuper cadit (1).
Saint Grégoire de Nysse vient parachever le tableau, en disant que la vie de l'âme juste devient umbrosa et roscida (2). Ces deux mots ne peuvent bien se traduire que par une description empruntée aux objets de la nature, dont ces expressions nous offrent l'image. Voyez, dans les chaleurs de l'été, ce berceau ombragé : les branches se recourbent gracieusement, et forment une allée pleine de fraîcheur où l'on respire à l'aise. C'est l'image de la vie du juste, au milieu des sécheresses et des difficultés de la route ; il a dans son âme des allées ombragées, où il prend le frais, où il le fait prendre à ceux qui le visitent. Oh I qu'il fait bon rencontrer dans la vie de ses cœurs ombragés, de ces âmes formées en
(\) In Oseom. c. 161-164. t. IV. p. 322. (1) In Cant. ham. 2,
berceau, où Ton peut respirer quelque temps ; elles sont rares, mais aussi quelles délicieuses soirées elles procurent ! — Saint Grégoire dit encore que la voie du juste est couverte de rosée, roscida. — Cette parole me rappelle quelques-unes de mes plus anciennes courses dans les montagnes : sur des plateaux élevés et marécageux, je rencontrais une petite fleur, qu'on appelle du nom de la rosée et de la lumière (1). Charmante petite miniature du règne végétal ! Je lui dois presque un souvenir de cœur, en échange des douces émotions quelle m'a plus d'une fois procurées. Elle a de johes feuilles rondes; garnies de poils, et à l'extrémité de chacun de ces poils, une goutte de rosée qui brille au soleil : c'est sa provision probablement, et aussi la provision des petits êtres auxquels elle peut offrir l'hospitalité. — C'est encore un symbole de l'âme juste ; il ne suffit pas d'être ombragé, en ce monde, il faut encore avoir de la rosée pour se nourrir et se donner un peu de fraîcheur : Vmbrosa et roscida. Je vous souhaite aussi de rencontrer quelquefois, dans la
(1) Ros^ rosée; Sol^ solis^ le soleil.
vie, de ces âmes pleines de rosée céleste ; de ces âmes dont presque chaque pensée, chaque sentiment contient, à l'extrémité, une goutte de rosée. Ces âmes sont comme les rossolis de la montagne ; on ne les trouve guères dans les vallées de ce monde : il faut gravir ces sommets chrétiens, où la grâce entretient toujours de l'humidité çt une rosée qu'on chercherait en vain sur la terre.
Je viens, mes chères filles, d'expliquer ce que doit être votre vie : la vie du Phénix ressuscité. Vous trouverez, peut-être, que nous sommes bien loin du triste tableau que nous tracions d'abord, et de la combustion, et de ces flammes qui pénètrent le cœur, et de ces angoisses qui liquéfient l'âme. C'est vrai, dans un sens, mais il est bon de remarquer que la combustion n'existe que pour arriver à ce second' état. Quiconque n'entend pas cette doctrine n'aura jamais qu'un œil dans les choses de Dieu (1). Oui, l'âme commence à être brûlée pour être purifiée, mais si elle s'arrêtait à la combustion, elle resterait cendre inutile ; tandis que des cendres, ainsi consu-
(1) li mihi nihil a luscis differre videntur. (Greg. N. Orat. 43, 12.)
mées, il doit sortir un Phénix plus radieux et plus vivant que le premier. Dans cette vie nouvelle, tout est divinisé, tout est surnaturel, dit saint Grégoire, l'action, le mouvement, la volonté, le discours, le regard : Spiritualia omnia sunt, actio, motus, voluntas, sermo, incessus,..., atque ocvHorum motus {i). Et Bossuet va jusqu'à dire que « toutes les fonctions même de la nature commencent à devenir des opérations de la grâce (2). » L'homme du monde sourira peut-être à de pareilles maximes : il est, cependant, incontestable que, par suite des hautes opérationiâ de la grâce, quelque chose de céleste, de surhumain se glisse dans le regard, dans le marcher, dans le sommeil de l'âme juste ; il ne saurait en être autrement. « Ces âmes, dit saint Grégoire, sont fiancées au Verbe ; elles deviennent semblables à Dieu, elles reçoivent le Verbe, elles le retiennent, elles en jouissent, elles le montrent aux autres.... elles saisissent Dieu : Arripiamus Divinitatem ; elles se baignent dans la première et très-pure lumière :
(1) Greg. Naz. orat. 11. c. 6.
(2) Prof, de M»»® de La Vallière.
Arripiamus primum et purissimum lumen (1) / » Mes chères filles, vous qui êtes Fobjet spécial de cette fête de famille, je vais vous placer sur le bûcher ; j'y vais mettre le feu, vous brûlerez comme le Phénix, au milieu'des flammes odorantes ; mais vous n'oublierez pas que chaque jour de votre vie, chaque matin, l'opération devra recommencer ; parce que, chaque matin, vous aurez quelque chose à brûler, chaque matin vous aurez à renaître comme le Phénix. Cet oiseau sera le signe merveilleux de votre vie : Signum mirabile^ comme dit saint Clément. — Soyez donc l'unique oiseau de l'Arabie, ne vivez plus que des larmes de l'encens et du suc des parfums, c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus pur et de plus élevé dans les communications de la grâce et de l'amour. Et il arrivera une heure, où Dieu luimême vous construira un nid avec des matières plus odoriférantes encore : il y mettra le feu ; ce feu nouveau deviendra la vie de votre âme, et vous irez dans une nouvelle terre et sous de nouveaux cieux, où l'on ne vit plus de larmes, fussent-elles les lar-
(1) Greg. Naz. orat 39. c. 10, orat 40, c, 37.
mes de Tencens : on y vit de la rosée qui tombe du cœur même de Dieu, de la lumière de sa vie, du pain de son amour : Cibabit illum pane vitœ et intellectûs (1).
(1) Eccli. 15.
DISCOURS
PRONONCÉ