DE L'INSTITUTION DIOCÉSAINE
Audi, fili mi, verha orit mei, et ea in corde tuo quasi fUndametUum constitue.
Mon fils, écoutez mes paroles, et metlei-les comme un fondement dan&Totre cœur. (Tobib, iy, 2.)
Mes chers Enfants,
Dans les cérémonies extérieures de la ReUgion, il existe ordinairement un sens caché, que les esprits superficiels n'aperçoivent pas, et que découvre le regard de la méditation. En toute chose, il y a la
lettre et l'esprit ; et quoique souvent la letti'e ait un sens bon et réel, on ne saurait le comparer pour l'étendue, Télévation et la dignité, à ces nombreuses et profondes significations qui se révèlent, à mesure qu'on monte dans les régions supérieures. On dirait que le monde matériel et le monde spûituel ont deux cordes immenses pleines d'harmonie sympathique, et que le même coup d'archet qui touche la corde inférieure, produit dans les hauteurs de la création des sons beaucoup plus doux et plus divins. Ce sont des accords que comprend à merveille celui qui a l'intelUgence de la première et de la plus excellente musique, la musique des âmes.
Ainsi, mes chers enfants, je suis venu pour bénir une maison nouvelle qui doit compléter ce magnifique établissement, si cher à notre cœur, et nous allons demander à Dieu que son Esprit se répande partout, et qu'il soit un principe de paix et de bonheur pour tous ceux qui habiteront ce bel édifice. Mais il y a une autre pensée dans mon cœur; il est un autre édifice plus riche et plus élevé, c'est celui que saint Paul appelle la construction du temple des âmes : /n qiio œdificatio omnis construcla crescit in templum
sanctum in Doniino (i). Ce sont donc vos ânaes que je veux surtout bénir, et sans exclure le premier sens, objet extérieur de mon ministère, je m'appliquerai à vous développer le second et à vous montrer, à Toccasion de cet édifice de pierres, ce que vous devez faii'e pour votre âme, qui est la vraie construction de Dieu.
La chose principale dans un édifice est le fondement : sans lui la maison la mieux construite s'affaisse bientôt sur elle-même, et elle s'affaisse d'autant plus vite et d'autant plus sûrement, que les parties supérieures sont plus élevées. Votre âme est aussi un édifice, et le plus beau, le plus élevé de tous, il doit donc avoir son fondement; j'y" placerai trois pierres principales : Dieu, le travail, la docilité.
Dieu, mes chers enfants, c'est à la fois la clef de voûte et le fondement de la création ; c'est l'alpha et l'oméga, c'est la base de toute existence, et le soutien de chaque créature. En dehors de Dieu, la philosophie ancienne vous l'a souvent appris, en dehors
1) Ephes, II, 21 .
de Dieu, ce ne sont plus des choses, ce sont des ombres , ce ne sont pas seulement des songes, ce sont des images de songes : Vmbrœ rernm somniorumque imagines (1). C'est là une vérité que la vie se charge de nous enseigner tous les jours davantage ; à mesure qu'on fait un pas, les belles apparences se déchirent, et le vide est en dessous, les feuilles les plus vertes jaunissent et tombent desséchées ; c'est-àdire, mes chers enfants, que ce monde est un théâtre où les hommes et les choses nous trompent, que les plus belles espérances sont suivies de déceptions, et que cet épisode du poète où le héros troyen poursuivait une ombre, avec l'espoir de l'embrasser bientôt comme une réalité chère à son cœur, est l'image la plus vraie de la vie, de cette vie où les hommes ont tous, les uns dans un chemin, les autres dans un autre, une ombre qu'ils poursuivent et qui s'évanouit comme le vent rapide ou le sommeil ailé : Par levi- Ims ventis, volucrique simillima somno (2). A votre âge il est difficile de comprendre ces vérités, la vie
(1) Eurip., Fragm., p. 629, éd. Didot.
(2) jEneid., II, 794.
est partout verdoyante, rimagination, prisme radieux, colore tout de ses teintes riantes et richement nuancées. Comment concevoir l'hiver, quand on n'a encore vu que le printemps avec ses prairies émaillées et ses fleurs odorantes? Mes chers enfants, queL que confiance que vous puissiez avoir dans les pensées et les espérances de votre âme, encore jeune et inexpérimentée, veuillez, je vous en conjure, déposer mes paroles dans votre âme comme le fondement de votre vie. Conservez toujours au fond de votre cœur la pensée et l'amour du Dieu de votre jeunesse, du Dieu qu'on vous a appris à bénir et à aimer dans ce pieux asile, du Dieu dont votre bouche aimait à balbutier le nom sur les genoux de votre mère. Vous ne savez pas maintenant combien cette pierre angulaire sera peut-être un jour nécessaire pour soutenir votre vie, pour relever vos espérances, pour réjouir votre jeunesse ou revêtir de parfums la couronne de vos cheveux blancs : « La crainte du Seigneur, dit le Sage (et je dirai surtout l'amour du Seigneur), est la véritable gloire, c'est une source de joie et une couronne d'allégresse (1) . . . . Elle rassasie ceux qu'elle (1) EccU., I, 11.
possède de Tabondance de ses firuits : elle comble toute leur maison de ses fruits de bénédiction (1). » 0 mon Dieu, qu'elle est triste d'abord, mais qu'ensuite elle est heureuse, cette époque de la vie, où Tâme comprend le néant de tout ce qui l'environne ; où la pauvre voyageuse, dépouillée de tout et sentant le vide autour d'elle, s'assied comme le mendiant sur la pierre du chemin, ne sachant plus oH diriger ses pas I A cette heure solennelle, où se fait la grande éducation de l'âme, c'est vous, ô mon Dieu, qui apparaissez à l'âme , comme son véritable et principal ami, comme le soutien de la vie, comme l'appui du cœur. Si cette âme ainsi éprouvée vous a connu dès sa jeunesse, si elle a tenu toujours votre main comme celle d'un père, avec quelle tendresse vous essuyez ses larmes, avec quelle facihté et quelle joie elle vous reconnaît dans la plénitude de votre amour I 0 mon Dieu, soyez pour ces chers enfants ce père tendre et bien-aimé : restez dans leur vie comme le fondement de l'édifice, et quand peutêtre de nombreuses constructions humaines auront
(l)Eccli.| 1,20-21.
été élevées, richement décorées, puis subitement détruites par un coup de vent, restez, ô mon Dieu, comme la base et Tappui de ce qu'il y a de meilleur, de plus divin, de plus profond.
Le second fondement de votre vie sera le travail... Le travail ! mes chers enfants, c'est pour l'homme à la fois une gloire et un châtiment : une gloire, car c'est une imitation du travail de Dieu ; c'est, dans l'ordre intellectuel surtout, l'activité féconde d'un esprit qui sillonne le champ de ses facultés et le retourne pour y jeter la semence de la divine vérité. C'est aussi un châtiment, au moins dans sa forme actuelle, car il est accompagné de peines, de sueurs, de fatigues de corps et d'âme ; et depuis le jour de la chute, la terrible sentence pèse sur nous, elle s'exécute sur l'homme de la campagne penché sur sa charrue, et sur le savant courbé sur ses li- \Tes : a La terre vous donnera des ronces et des épines, et vous mangerez votre pain à la sueur de votre front... Vous mangerez les fruits de la terre dans les labeurs de votre vie : In laboribus comedes ex ea. » Et la sentence semble se promulguer de nouveau chaque matin, car le texte sacré ajoute :
Cela aura lieu tous les jours de votre vie : cunctis diebus vitœ tuœ (1). Mes chers enfants, vous le savez déjà par votre expérience, la parole ne s'applique pas seulement au laboureur et à l'artisan : il est des sueurs de Tâme qui sont plus abondantes que celles du corps, et elles épuisent Tètre tout entier : il est des épines dans les sentiers de la vérité, et souvent l'intelligence semble y laisser des traces de sang. Pour parler sans figure, mes chers enfants, j'aimerais mieux quelquefois le travail du corps que celui de la pensée, et s'il fallait choisir au point de vue de la soufiTrance et de l'ennui, il est des moments dans cette vie de labeur intellectuel et de préoccupations morales où Ton sortirait de sa chambre avec précipitation, où l'on irait prier l'homme des champs de vouloir bien nous céder sa herse ou sa charrue. — Mais si le travail intellectuel est plus pénible parfois, que de nobles jouissances ne nous procuret-il pas 1 Quelle joie dans ces sillons de lumière, quels tressaillements dans ces découvertes du vrai ! Quelle dignité et quelle gloire dans cette âme au-
(1) Gen., III, 17-19.
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tour de laquelle les pensées brillantes, les vérités primordiales viennent se réunir, comme pour lui former une couronne de splendeurs 1 C'est comme un rejaillissement de cette puissance infinie qui décréta par un mot la création du plus noble des êtres matériels : Que la lumière soit : Fiat lux. Mes chers enfants, le travail a été de tout temps nécessaire pour réussir ; c'est une des conditions indispensables, c'est une loi de la Providence, et l'arrêt est ijmnuable : In sudore vullûs tut... in laboribus comedes. Mais à notre époque cette nécessité est plus impérieuse que jamais : partout les carrières libérales sont obstruées, et les intelligences se précipitent aux alentours, comme ces habitants de la mer qui arrivent par bandes compactes et en bataillons serrés. Le mérite des ancêtres a peu de valeur aujourd'hui, les richesses ne suffisent pas à ouvrir la porte à l'ignorance, et les noms illustres ont besoin d'être rehaussés par les talents et la capacité de ceux qui les portent. Sans doute la faveur humame ne sera jamais complètement éloignée de certaines distributions, et les plus belles théories sous ce rapport viendront échouer devant les faits
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et les leçons les plus assurées d'une expérience quotidienne. Cependant il est \Tai de dire que, d'après les tendances générales de notre époque, c'est le mérite individuel, c'est la valeur personnelle qui est une des conditions principales de succès. Or, mes chers enfants, c'est surtout à votre âge qu'il faut apprendre à travailler ; il faut secouer cet assoupissement intellectuel et moral qui est un des fléaux de la jeunesse. Considérez votre intelligence comme un champ couvert de- ronces et d'épines, mais dont le fonds est excellent ; levez-vous chaque matin avec le courage et l'énergie du laboureur, arrachez les mauvaises herbes, retournez le sol, ensemencez le terrain fertile , prenez des graines partout , ici dans Homère, là dans Virgile', le lendemain dans Bossuet, dans Fénelon et les grands auteurs du Christianisme, promenez la semence dans toutes les directions. Ne cherchez pas à la voir lever et surtout fructifier immédiatement. A votre âge, fussiez-vous bachelier, ce n'est encore que le printemps ; la saison d'automne, c'est-à-dire la saison où le travail profite, où la graine devient un arbre, c'est la vie toute entière, et plus vous aurez semé dans
DE l'esprit ghaétien. 333
votre jeunesse, plus votre verger sera nombreux et riche en fruits... Puissiez-vous un jour comprendre, par la douce expérience de votre vie, cette parole de nos Livres Saints : ce Celui qui laboure sa terre sera rassasié : Qui operaiur terram suam satiabitur (1). » Votre terre, mes chers enfants, c'est votre âme, c'est votre intelligence, c'est votre mémoire, c'est votre imagination, c'est votre cœur, car le cœur est partout, même dans un travail aride. Cultivez votre terre, et que jamais on ne puisse dire de ce sol divin ce que le Sage disait de la terre du paresseux : ((J'ai passé par la terre du paresseux, et par la vigne de l'homme insensé, et j'ai trouvé que tout y était plein d'orties, que les épines en couvraient la siu'face, et que la muraille de pierre était abattue (2).» Que l'on dise, au contraire : J'ai passé par le champ et la vigne du jeime horome laborieux, il n'y avait point d'épines, ni de mauvaises herbes, les épis étaient nombreux et pleins de substance ; les raisins étaient [suspendus plein de maturité à
(1) Prov., XXVIII, 19.
(2) J&tU, XXIV, 30-31.
toutes les branches ; et des murailles élevées servaient à protéger partout cette riche propriété.
Le troisième fondement que je voudrais donner à votre vie est la docilité. La docilité, mes chers enfants, est pour la jeunesse ce qu'est la ductilité pour le métal. Un métal est ductile, quand on peut le travailler, l'étirer, Fallonger ; quand il se met, pour ainsi dire, à la disposition de l'artiste. Il prend alors toutes les formes qu'on lui donne, et si le coup de feu vient aider la main du travailleur, il peut en résulter des chefs-d'œuvre. Une des principales imperperfections, un des premiers défauts de la jeunesse de notre époque, est la raideur d'âme, qui la rend impropre à une sérieuse' éducation. A peine arrivée à cet âge périlleux, où la jeunesse ressent comme les premiers élans de la force virile et d'ime nature qui essaie son ardeur, à cette heure solenne et critique, où elle semble, conmie le cheval de Job, odorer le combat de la vie, odoratur bellum (1), le jeune coursier se cabre aussi, il prend la mutinerie pour de la force, il confond l'ardeur téméraire avec l'énergie ; l'in-
(1) Job, xxxix.
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dépendance lui paraît de la sagesse, et la présomption une meilleure entente de la vie. Il méprise les conseils de ses maîtres, l'afFection la plus pure et la plus désintéressée lui semble ime tyrannie odieuse, les leçons de l'expérience lui sont suspectes : ce sont tout au plus les répétitions usées de personnes parfaitement intentionnées, mais qui ne soupçonnent pas les [progrès du siècle. — Mes chers enfants, je viens de vous signaler une des plaies principales de la jeunesse de nos jours, imdes plus grands obstacles à y os vrais succès, et au bonheur de votre avenir. Ah ! je vous en conjure, gravez profondément dans votre âme une maxime qui peut ne pas convenir à l'orgueil, mais qui est Texpression de la vérité, et la vérité est la meilleure amie de l'homme. Dites-vous souvent à vous-mêmes : A notre âge on sait peu de choses, surtout dans la grande science de la vie. A notre âge on ne voit guère que les apparences, et rien n'est Iplus trompeur : la logique de la vie ne s'apprend pas sur les bancs, et souvent le vieillard en étudie les derniers chapitres aux bords de la tombe. — Répétez-vous chaque jour cette vérité, mes chers enfants, et vous serez sages, parce
que vous vous défierez de vous-mêmes, parce que vous serez docfles, c'est-à-dire que votre âme sera comme le métal plein de ductilité, ou mieux encore, comme la cire molle ; elle recevra, elle sera disposée à recevoir toutes les bonne impressions, toutes les leçons de la sagesse, qui lui arriveront de toutes parts. Vous ressemblerez alors, selon une belle comparaison de saint Basile (1), à un ruisseau qui commence à couler, et qui n'a point la folle prétention de se croire un fleuve tout d'abord ; il marche progressivement, il reçoit tous les affluents de la route, il grossit avec le temps, et quand il arrive près de la mer, il mérite de recevoir le nom qu'il ambitionnait. Ainsi votre âme, encore toute pleine de l'heureuse et habile direction qui vous est donnée dans cette maison, s'élancera dans le chemin de la vie : timide ruisseau qui grossira aux affluents de la sagesse répandue partout, et qui, un jour, riche des trésors accumulés dans son sein, pourra, à son tour, en se rendant à la mer, fertiliser les campagnes qu'il rencontrera sur son parcours. Alors vous de-
(1) Discours aux jeunes gens, sv/r Vétude des auteurs païens.
viendrez d'autant plus grands que vous aurez paru plus humbles dans l'origine, vous deviendrez d'autant plus riches que vous vous serez crus d'abord plus pauvres ; mais, si malheureusement quelquesuns d'entre vous n'écoutaient point mes conseils, tout me fait craindre qu'aux jours de l'automne des âmes, à cette heure de la maturité de la vie, oiiTon demande des fruits aux jeunes plantes bien cultivées, tout me fait craindre qu'ils ne réahsent la triste prophétie de Montaigne, et qu'ils ne deviennent semblables à ces épis, qui ne relèvent si fièrement la tête que parce qu'ils sont vides, et qu'ils ne contiennent peut-être pas un seul atome de pur froment.
a Mon fils, dit l'Esprit-Saint, écoutez les avis et recevez les instructions, afin que vous soyez sage à la fin de votre vie (1). » Et, pour montrer que ce conseil embrasse la vie tout entière, l'Ecriture ajoute : « Mon fils, ne cessez point d'écouter ce qu'on vous enseigne : Nonce$seSyfilijaudiredoctrinam{2). » L'âme,
(1) Prov., XIX, 20.
(2) IHd,, V, 27.
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en effet, doit être ductile toute la vie, elle doit être souple et capable de s'élargir indéfiniment, car toujours il y a à apprendre, toujours il reste à déchiffrer dans Talphabet humain, et Dieu seul a le droit d'avoir les idées tellement fixes et arrêtées sur toute chose, que rien ne puisse s'élargir dans son intelligence. Dieu n'apprend rien, parce qu'il sait tout et d'une manière infinie ; mais l'homme a toujours à apprendre, parce qu'il sait peu de chose, et que même» comme on l'a dit très-justement, il ne sait le tout de rien. Chaque pas dans la vie est, pour l'homme réfléchi^ comme le détour d'une science nouvelle.
Je dois ajouter un dernier conseil qui se rapporte à notre sujet, ou plutôt c'est l'Esprit-Saint qui va encore le formuler : a Ne négligez point les discours des sages vieillards... car vous apprendrez d'eux la sagesse et la doctrine qui donne la véritable intelligence (i). » — Vous est-il jamais arrivé de vous reposer sous un chêne antique, et de lui demander un peu de fraîcheur, pendant que vous vous laissiez al-
(1) Eccli., VIII, 9-10.
1er à vos rêveries ? Ce chêne qui a vu les aimées couler à ses pieds semble vous instruire dans son silence : son vieux tronc, ses rameaux noueux, ses branches chargées de mousse et de vétusté, tout parle et parait nous redire les choses du passé : on se relève avec des pensées plus graves et plus mûres. C'est une impression analogue et bien supé. rieure encore que j'ai quelquefois éprouvée auprès de ces chênes vénérables de Thumanité, qu'on appelle les vieillards : et d'autant plus qu'ils sont la vraie réalité de ce que la fable nous raconte des chênes de la forêt sacrée de Dodone ; ils parlent un langage prophétique et plein de sagesse. — Respectez donc les vieillards, mes enfants, c'est un signe de sagesse, c'est la preuve d'un esprit bien fait. Respectez surtout votre vieux père, votre mère, déjà courbée sous le poids des ans : vous savez peut-être un peu de grammaire et de mathématiques, mais ils ont une science incomparable et bien supérieure à la vôtre, la science du bon sens, de l'expérience, et ce je ne sais quoi d'exquis que donnent à l'âme la vertu et la maturité de la vie.
Voilà, mes chers enfants, les trois fondements de
la construction que je viens bénir en vos âmes : làdessus bâtissez les murailles de votre avenir, à futirdamento tisque ad summitatem parietum (1), comme parle encore TEcriture. — Oui, que l'édifice, si telle est la vocation de la Providence, s'élève à une grande hauteur, et alors même qu'il ne devrait pas dépasser le niveau des constructions ordinaires, il aura du moins une qualité inappréciable, il sera solide, et il sera solide parce que Dieu avec les vertus qu'il inspire en sera le fondement, posuit fundamentum super petram (2). — Qu'il en soit ainsi, mes chers enfants, c'est le meilleur souhait que je puisse faire pour le bonheur de votre avenir.
0 mon Dieu, vous nous apprenez, dans les saintes Lettres, que si vous ne bâtissez vous-même- la maison, tous les efforts sont inutiles (3). Soyez donc l'architecte et le restaurateur d'un édifice plus beau que toutes les constructions matérielles ; posez le fondement, élevez les assises les unes sur les autres, que chaque pierre reçoive de vous ce fini du travail
(1) III Reg., VII, 9.
(2) Luc, VI, 48.
(3) Pb. cxxvi.
et ce poli d'un ciseau divin qui perfectionne la nature première ; qu'un jour, ô mon Dieu, je puisse, en votre présence, vous les consacrer pour une dernière fois, comme les pierres vivantes de la Jérusalem céleste, et ipsi tamquam lapides vivi superœdificaminidomus spiritualis (1).
(1) I Petr., II, 5.