DU PETIT SÉMINAIRE DE MONTLIEU
Le l«raoût 1865
Mes chers enfants,
Je vous le disais, il y a quelques aimées, j'ai un reproche à faire au Petit Séminaire de Montlieu : il est trop loin de La Rochelle ; et, quelle que soit mon affection paternelle, il m* est impossible de vous voir aussi souvent que mon cœur le désirerait. C'est là un vrai chagrin pour moi, et je m'en consolerais à peine, si nous n'avions l'espoir prochain d'un chemin de fer qui me permettra, à la rigueur, de venir le matin vous demander quelques heures de joie et
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^ar contre ses adversaires.
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Quel mot Je viens de prononcer, mes chers ftn* ftnts I comme il fait tressaillir votre cœur ! Vous p«Mez peut-être que Je vais prendre la parole pour comprimer en vous un désir si natorel à votre âge, et dont le bonheur anticipé fidt déjà palpiter vos jeunes poitrines. Non, tel n'est point mon dessein , je viens au contraire voua dire, en combinant
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(1) Eccli., iiï, L — Mftrc, vn, 37.
de bonheur, et de retourner le même jour à ma ville épiscopale. J'avoue que Je ne suis pas de ces censeurs chagrins qui ne trouvent rien de bon à notre époque, pas même les chemins de fer ; j*aime beaucoup ce nouveau moyen de transport, qui donne à l'homme la vélocité de Taigle ; mais le jour où le chemin de fer étendra sa ligne rapide' jusqu'aux extrémités de mon Diocèse, je ressentirai pour lui une double affection, et je lui promets de le défendre avec une nouvelle ardeur contre ses adversaires.
En attendant ces jours de prochaines et plus faciles réunions, j'ai voulu venir, cette année, présider moi-même votre distribution des Prix, vous voir et vous bénir, et verser aussi mes bénédictions sur ces semaines si longtemps attendues et désirées qu'on nomme les vacances.
Quel mot je viens de prononcer, mes chers enfants I comme il fait tressaillir votre coeur ! Vous pensez peut-être que je vais prendre la parole pour comprimer en vous un désir si naturel à votre Age, et dont le bonheur anticipé fait déjà palpiter vos jeunes poitrines. Non, tel n'est point mon dessein , je viens au contraire vous dire, en combinant deiii
DK l'£S>RIT chrétien. 411
passages de TEcriture, que chaque chose a son temps, que la perfection consiste à bien faire ce que Ton fait, et qu'aujourd'hui il ne saurait y avoir rien de plus parfait pour vous que de jouir, avec la sage modération du chrétien, de ce temps de repos fixé par votre règle et ménagé par la Providence. OmtUa tempos habenL., bene omnia fecit (1). Dans quelques semaines, si j'avais à vous entretenir, je vous dirait : Le temps de la retraite, d'un plus grand silence, d'une étude plus sérieuse, le temps de former votre intelligence et votre cœur d'une manière plus spé^ ciale, le temps de la vie de séminaire est revenu : et vous devez, pour être fidèles à notre principe, faire consister toute votre perfection à vous soumettre à une vie de règle, qui, si elle a ses contraintes et sa sévérité, sait néanmoins les tempérer avec l'art merveilleux de l'affection. C'est ainsi, mes enfants, qu'il faut entendre la piété : bien faire chaque chose, et la faire en son temps. Si la piété était toujours ainsi comprise et pratiquée dans la vie chrétienne, elle serait mieux appréciée et moins
(1) Eccli., iiï, 1, — Mftrc, vn, 37.
sujette aux accusations de ceux qui ne la connaissent pas«
J'ai l'intention, mes chers enfants, de vous donner quelques avis sur la manière de passer heureusement et saintement le temps de vos vacances ; je n'embrasserai pas mon sujet dans toute son étendue, j'omettrai beaucoup de choses : car je dois être court, pour ne pas fatiguer votre attention. La pensée qui présidera à mon choix est tout entière dans ces paroles de l'Apôtre bien-aimé : « Je vous donne ces avis, afin que vous soyez dans la joie, et que votre joie soit pleine et entière : Hœc scribmus vobis ut gaudeatis^ et gatidium vestrum sit plénum (1). » Je voulais d'abord vous indiquer, conune disposition à bien passer le temps de vos vacances, la joie du cœur et l'amour de la famille ; mais les pensées se sont pressées si abondantes sous ma plume, que je me bornerai à la première réflexion.
Recommander à de jeunes séminaristes qui vont en vacances la joie et le bonheur, semblera peutêtre inutile et presque dangereux ; je crois même
(1) Ep. Joan., c. i, v. 4.
entrevoir une figure austère qui se dresse devant moi avec le ton du reproche. — Veuillez, mes enfants, me prêter quelques instants de bienveillante attention ; j'espère éviter la censure à la fois des esprits austères et des caractères légers.
J'ai cru remarquer, dans mes rapports avec les jeunes gens, qu'une chose surtout les éloignait de la piété. Cette auguste Reine est regardée souvent comme l'ennemie naturelle de tout ce qui réjouit et dilate le cœur ; on se persuade qu'elle n'offre rien que de dur, de triste, de sauvage ; qu'elle ôte au caractère son affabilité, au cœur sa naïve et confiante sensibilité. On se plaît, par une méprise toute gratuite, à revêtir la piété de je ne sais quels habits lugubres: et naturellement cette conviction, gravement erronée, entretient contre elle une secrète aversion ; car, dit le Docteur angélique, « l'esprit humain ne peut pas supporter longtemps ce qui est triste (1). » — Ainsi, mes enfants, pour appliquer ces réflexions à notre sujet, un élève se dira : Je voudrais bien continuer à être pieux pendant les
(1) In Ethiq. l YIÏ, lect, vi, p, UI. 4cl, Yemaa,
414 DE {«'esprit CHRÉTIEfî.
vacanceSy mais vraiment la chose me sera impossible, et ma résolution est impraticable ; car, pendant les vacances, quand ce ne serait que pour sauver et protéger contre d'injustes empiétements k signification granunaticale du mot, il faut bien so livrer au repos, à la joie, è l'expansion d'une liberté si chèrement achetée par dix mois de travail assidu. Or, la piété ne saurait se concilier avec de semblables projets, elle est toujours au moins en demideuil ; et cette seule pensée, à quinze ou dix-huit ans, fait un peu frissonner le cœur. — Mon enfant, si j'étais à votre place, je ferais un raisonnement tout opposé, et je dirais : le temps des vacances est un temps de bonheur vrai, de gaieté franche ; et c'est précisément pour cela que, pendant les vacances, je serai, s'il est possible, encore plus pieux qu'au séminaire. — Et ce raisonnement serait parfaitement juste : car j'ose défier tous les sentiments humains de donner à l'âme autant de gaieté franche, de bonheur intime, d'épanouissement extérieur, autant de cordialité expansive, que la piété vraie, intelligente et sagement dirigée.
Saint Bernard adressait un jour des paroles de
m LKSPfilT CHKÉTIEN. 41S
congratulation à ses religeux. Vous croyez peut« être qu'il va les féliciter de leurs mines sévères et de leurs physionomies pleines de langueur et de tristesse ; écoutez plutôt : € Votre physionnomie me plaît, s'écrie-t-il, votre visage est plus ouvert et plus riant;... votre obéissance est verdoyante et frcdche comme une prairie arrosée par des sources abondantes. On dirait que vous portez toujours des fleurs dans vos mains, en signe de joie : Vultu^ hilarior.., actiLs obedientiœ vestrœ lœtm intueor, non murmure telros.non tristitiâ subobscuros..,, sedquodam spiri-' tualigaudio jucundos etfloridos. Sic sunt,acsisùmper flores gestetis in manibus (!)• » — Si saint Bernard parlait ainsi à des religieux voués par état à la pé-* nitence et à la mortification, à combien plus forte raison puis-je vous adresser les mêmes conseils, à vous, mes enfants, dont la vocation est différente, dont la vie s'épanche à pleins bords et appelle la joie et la dilatation. Oui, je me sens pressé de vous dire, [en commentant les paroles du saint Docteur : Que votre physionomie soit toujours ouverte et riante ;
(1) In Cant» serm. lxiii, n^ 6, — Serm. lviii, n» U.
ayez tonjoors des fleurs à la main, les fleurs de la paix, de la joie, de la confiance. Que votre âme si vive, si ardente, si impétueuse, s'épanouisse à l'intérieur comme une prairie arrosée par des sources limpides et fraîches. Avec de pareilles dispositions, vous aimerez la piété, car elle ne vous effraiera plus ; vous la prendrez pour votre compagne, et elle fera le bonheur, non-seulement de vos vacances, mais de votre vie tout entière. Vous deviendrez aussi ud gracieux ornement pour la Religion, et votre vue seule aura je ne sais quoi d'angélique, qui attirera les flmes à Dieu.
Ces maximes ont toujours été celles de l'Église; toujours elles ont été enseignées par les Écritures, par les maîtres de la foi et les pieux instituteurs de la jeunesse : « Le cœur du juste, dit l'Esprit-Saint, est dans un festin continuel (1). » — « Les chrétiens, dit saint François de Sales, sont des hommes qui ont des cœurs angéliqùes, ou des anges qui ont des cœurs humains ;... leurs visages sont beaux et gais, d'autant qu'ils reçoivent toute chose avec douceur
(1) EccU., XXX, 21,
DE LESPRlï ClIHÉTIEN. 417
et suavité (1). » — «Nos jeunes élèves, disait un vénérable Religieux du moyen-âge, doivent faire paraître au dehors les fruits odorants de la gaieté et des consolations célestes : car il n'est rien de pins agréable dans une âme qui professe la piété, qui désire mener une vie spirituelle et angélique, que de montrer dans toutes ses actions la face souriante et heureuse d'm ange. Je ne croirai jamais que ce soit un bon signe, de voir un élève qui affecte un air sombre et suit les fantaisies de son imagination. 11 doit obéir à ceux qui ont la charge de le conduire, et apprendre à être gai et joyeux pendant le temps d'une honnête et sainte récréation. Saint François d'Assise recommandait à ses frères d'avoir toujours un air gai et de ne jamais donner accès h la tristesse qui est meurtrière pour l'esprit et le corps (2). »
Or, mes enfants, si tel doit être l'état général do votre âme et de votre physionomie pendant toute l'année, il me semble que je suis en droit d'appli-
(1) Vie dévote, l^^ part., c. ii.
(2) Cité dans les Ages de foi^ par Digby, tr. Danielo ; t. I^', p. 199.
418 DE l'esprit chrétiex.
quer spécialement ces principes au temps des vacances. Là, ^lus que jamais , sans négliger vos autres devoirs et en accordant à l'étude un temps raisonnable, vous devez vous livrer à la douce expansion de cette joie pure, qui est comme le rayonnement perpétuel de Tàme juste. Là surtout vous devez montrer toujours, selon la parole de ce saint Religieux, la face souriante d'un ange, afin que tous ceux qui vous verront soient édifiés et se sentent doucement attirés à Dieu ; afin que vous-mêmes vous ayez une piété plus vraie, plus solide, plus inébranlable. Si, au contraire, égarés par une tendance fâcheuse ou une piété mal entendue, vous alliez vous condamner à une vie triste et sombre, vous deviendriez pour votre entourage une source d'ennui et de fatigue ; et vous-mêmes vous finiriez peut-être par vous détacher d'une piété sèche et stérile, qui ne donnerait aucun soulagement h votre cœur, aucune expansion à un caractère vif et aimant ; car, n'oubliez pas le principe de saint Thomas : c( L'esprit humain ne peut pas aimer longtemps ce qui est triste. » C'est cette pensée, plus profonde que vous ne pouvez le soupçonner à votre
âge, qui m'engage à vous adresser ces conseils. Mon désir le plus ardent est de vous voir conserver vos habitudes de piété pendant les vacances, et voici mon raisonnement : pour être pieux longtemps, il faut aimer la piété ; pour aimer la piété il faut qu'elle soit aimable ; et elle ne saurait être aimable surtout à votre âge, si elle n'est joyeuse et pleine d'expansion. Â vous surtout il faut appliquer la maxime du Docteur angélique et dire : un jeune homme ne supportera pas longtemps ce qui est triste. C'est donc travailler efficacement au bonheur et à la sanctification de vos vacances, que de vous dire avec saint Bernard : Que votre physionomie, expression de l'état de votre âme, soit toujours gaie ; que la vie joyeuse de l'intérieur soit comme une fleur belle et délicate qui se projette sur les traits du visage : Jucundoset floridos... ac si semper flores gestetis ; de vous dire avec TEsprit-Saint î « Que votre cœur soit toujours conraie dans un festin perpétuel ; » ou bien encore avec saint François de Sales : « Je voudrais que nous chantassions partout (!).)>
(1) Lettre xcviii.
i20 DE L ESPKIT CURÉTIKN.
Je ne me lasse point, mes chers enfants, de vous rapporter la conduite et les paroles des saints. Écoutons encore saint Philippe de Néri : sa doctrine est trop précieuse pour n'être point recueillie avec un pieux respect ; ses conseils sont trop doux et trop sages pour n'être pas savourés avec un religieux empressement. Saint Philippe de Néri a été un des saints les plus admirables, les meilleurs, et, j'oserai dire, les phis maternels de ces derniers temps. Il s'était dévoué, d'une manière toute spéciale, à l'éducation de la jeunesse ; il aimait beau* coup les enfants, il se plaisait à les réunir autour de lui : avec la bonté d'un père et une gracieuse affabilité, il les excitait à jouer et à se livrer à leurs joyeux ébats ; quoique déjà vieux et cassé par les ans, il prenait part lui-même à leurs jeux. H ne pouvait souffrir, dit l'historien de sa vie, qu'ils s'abandonnassent à la tristesse. S'il apercevait parmi eux quelque visage abattu, il s'approchait, et, le frappant doucement de sa main paternelle, il l'exhortait à la joie. Une longue expérience lui avait appris que les cœurs joyeux embrassaient plus facilement la vertu : Longo enim experimento didicerat
hilarem multo facilius quam tristem ad chriÈtianam virtutem perduci. Aussi il avait trne bienveillance toute iq^éciale pour les caractères gais et épanouis : Hilarês atque jucundos singulari quadam benevolentia complectebatur (i). Un jour il reçut la visite d'un homme, auquel, pour réprouver, il adressa les reproches les plus amers ; et, comme celui-ci ne perdit pas un seul instant sa joie et sa sérénité, saint PhiUppe l'embrassa avec affection, lui fit de gracieux présents, et le congédia en lui disant : a Courage, mon fils, continuez à vivre ainsi joyeux : la joie est certainement le meilleur chemin pour nous conduire à la vertu : Per^e, fili, cum tm istiusmodi lœtitia : hœc enim profeeto optima est ad virtutem via (1). »
(I) Quamvis affecta jam ennet œtate, viribusque admodttm infirmis, tamen caritate animos viresque suffîciente, ssepisaime per Urbem incedentem vidisses stipatum gregibus juvenum, modo hune, modo illum ftnatiier alloquentem de iia rebtis, quse uûicuique eoram congruere videbatur. Ssepe etiam in apartum eos deducebat, atque ut sese jactis laterum fragminibus aliisque hujusmodi honeatis lusibus recrearent, hilariter hortabatur ; quia et ipsemet ludum auspiciabatur. — 6oUAad.i Vita S. Philip,, 26 mai., c. xvi, n» 202.
(â) BoIIand., Vita S. Philip., 1^ mai., c. xvi. û* 205.
Ajoutons quelques conseils pour mieux pratiquer cette belle doctrine.
La joie que je vous recommande doit être calme et modérée. En vous parlant de la joie du cœur et de son rejaillissement sur la physionomie , je H*ai point voulu faire Féloge de la légèreté ni de la dissipation. La joie d'une âme chrétienne doit toujours être décente et réservée ; il n'y a rien dans ses rires, dans ses gestes, dans ses paroles, qui sente Tévaporation et qui soit l'expression d'un plaisir immodéré. Elle prend part aux amusements honnêtes, mais toujours avec la convenance d'une personne qui se respecte ; la modestie de son bonheur en rehausse l'éclat aux yeux du monde, et j'oserai dire qu'elle en augmenté ou qu elle en prouve la vérité : car la joie, conune du reste tous les autres sentiments, est d'autant plus vraie et sincère, d'autant mieux sentie, qu'elle est calme et ordonnée : c'est comme un de ces lacs profonds et limpides, dont on ne mesure bien toute la profondeur que lorsque les eaux en sont tranquilles, et leur calme immobile est luimême une preuve de la profondeur. Ainsi, mes chers enfants, pendant vos vacances, tout en pre-
nantpart aux joies et aux parties de plaisir ménagées par les circonstances ou par la tendresse de vos pa-*rents, n'oubliez jamais les règles de la bienséance ; livrez-vous, en présence de Dieu, à une joie douce et sereine ; qu'il n'y ait point d'arrière-pensée, point de nuage qui troublent la fête de votre âme. Mais aussi que tout respiré en vous le sentiment des bienséances ; que tout annonce ce tact de l'âme chrétienne, qui sait s'arrêter, surtout dans les démonstrations extérieures, et qui reçoit le plaisir innocent, comme une eau limpide, qu'il faut verser sans précipitation, pour ne point la troubler.
11 faut en second lieu que votre joie soit pure, et elle sera pure, si vous vivez dans la crainte de Dieu. Le plus grand ennemi de la vraie joie est le péché. Quand l'âme est bien avec Dieu, elle demeure toujours calme et heureuse, et ce bonheur intime rejaillit sur tous les traits de la physionomie. Qui pourrait la troubler, puisque Dieu est avec elle ? — Le nuage du péché assombrit l'âme ; il répand dans l'intérieur je ne sads quelle teinte obscure, triste et noire, qui décolore toutes nos pensées. C'est une loi divine, dit saint Augustin : la conscience crimi-
uelle est h ella-méme son propre bourroaa. Ott peut s'étourdir quelques instants, on peut simuler au de* hors un bonheur de convention ; mais le cœur est blessé et traîne avec lui le fer meurtrier. — Conservez donc toujours votre âme pure, si vous voulez garder au fond du cœur une fontaine toujours fraîche de joie et de bonheur. Fuyez Tapparence même du péché ; h votre âge, il faut si peu de chose pour troubler la sérénité du cœur ! une pensée, un geste, un regard? et la source est altérée. Oh I mes chers enfants, si vous saviez combien c'est une belle chose que la ^pureté de vos ftmes, vous les conserveriez toujours blanches comme cette aube que le jeune prêtre revêt pour dire sa première messe ; et cette angélique sainteté maintiendrait toujours en vous la joie si naturelle, si nécessaire à votre âge, et si chrétienne quand le cœur est pur. Saint Bernard Ta dit avec beaucoup de raison : ce Un air sombre, un visage où se peint la tristesse, montrent que la piété ne règne plus dans le cœur : Nebulosa corporis cmpositio et fades tenebris obscurata tristiiiœ devotionem ab anima recessisse significant (1). C'est comme
(1) De virtute obedient.
DE l'£SPrit chrétien. 425
un arbre dont le centre est attaqué par Tinsecte rongeur : peu à peu il perd son feuillage verdoyant, ses fleurs et ses fruits, ornements de sa féconde jeunesse.
Mes chers enfants, l'éducation parfaite est une harmonie : c'est Taccord de l'intelligence, du cœur, de la volonté, de l'imagination, sous la haute direction de la sagesse, et la joie doit être comme l'expression de cette harmonie ; c'est le chant de l'âme toujours joyeuse, c'est l'accompUssement de la parole de saint François de Sales : « Je voudrais que nous chantassions partout. « Dans cette pieuse maison, sous la direction si patemAle et si dévouée de votre bon Supérieur et de ses dignes collaborateurs, tout est combiné pour cet heureux développement de toutes les facultés. Puisse le Ciel bénir leurs ef ' forts et leur donner en votre personne et plus tard au Diocèse tout entier, de ces' élèves qui sont une gloire et un bienfait, dont le fond est excellent, dont la nature est riche à l'intérieur, et dont la face, pour rappeler les paroles du bon Père Franciscain, est souriante et heureuse comme celle d'un ange. Je ne saurais rien souhaiter de meilleur à vous, à vos
excellents maîtres, et au Diocèse dont vous devez être la couronne d'honneur, la fleur odorante et le fruit savoureux. Gloria, et gloriatio, et lœlitia, et corona exultationis (1). — Suavitatem odoris et frwtus honoris (2). »
(1) Eccli., I, 11.
(2) Eccli., XXIV, 23.
DISCOURS
POUR
IjA distribution ides pkix