A LA DERNIÈRE SÉANCE TENUE LE 10 SEPTEMBRE A LA ROCHELLE
Messieurs et chers Collègues,
Rien n'est stable sur la terre : ce qu'il y a de plus savoureux dans les festins de l'intelligence, de plus délicieux dans ce contact des esprits qui se communiquent leurs clartés, de plus doux dans des relations que le cœur voudrait continuer ; tout s'en va et se précipite avec une rapidité que l'homme
voudrait en vain diminuer. Ce ne sont pas seule-
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ment les années qui fuient devant nous, fugaces labuntur amii, ce sont les mois, les semaines, les jours et les heures ; ce sont, Messieurs et chers Collègues, les trop courts instants que nous avons passés ensemble.
En me nommant votre Président, vous m'avez presque ôté le droit de faire Téloge de vos savants travaux, et de ces joutes intellectuelles, où le vaincu, lui-même, remporte une couronne, celle de la vérité mieux comprise. Je laisserai donc à d'autres le soin de louer ce qu'il y a eu de sérieux et de varié dans vos recherches, d'ingénieux dans vos aperçus, d'utile et de pratique dans vos observations. Vous n'avez rien oublié de ce qui pouvait ajouter à l'ornement de vos réunions ; avec ce tact exquis qui dénote les esprits distingués, vous avez voulu que les fêtes de la science fussent aussi parsemées de fleurs, et après ces lectures et ces discussions sérieuses, qui trop prolongées, seraient devenues pour l'âme comme des ardeurs brûlantes, il est- arrivé, pour nous rafraîchir, des brises poétiques, semblables à celles qui, dans notre ville, tempèrent la chaleur du jour. Aussi vous avez vu avec quel empresse-
ment, à chacune de vos séances, une nombreuse députation de tout ce que La Rochelle renferme d'esprits d'élite et de natures gracieuses et élevées, a honoré nos discussions de l'attention la plus bienveillante et de l'accueil le plus sympathique. J'en suis heureux et fier pour ma ville épiscopale : nouvellement arrivé dans une famille où mon cœur a déjà pris de fortes et profondes racines, je me sens tout glorieux de pouvoir déjàmontrer par moi-même, aux étrangers, tout ce qu'il y a d'intelligent, de cordial et d'hospitalier dans ce bon pays d'Aunis. Il est certain, Messieurs et chers Collègues, que des réunions scientifiques, comprises selon l'esprit qui vous anime, doivent produire les résultats les plus heureux et les plus féconds ; l'importance de ces résultats augmentera encore, à mesure que ces réunions deviendront plus générales et plus fréquentes. Tout ce qui vit ici-bas : lumière physique et morale, sève des plantes et des esprits, a besoin de concentration et d'expansion, et c'est par le contact, par l'agitation modérée et les communications actives, qu^ l'électricité des inteUigences, comme celle des coi-ps, circule, se développe, se fortifie et
opère des prodiges. L'isolement, la solitude, l'inaction, sont des signes et des causes de mort. Personne n'a mieux compris ces grandes vérités que l'homme si plein de savoir, de zèle et d'abnégation qui est vraiment Tâme de ce Congrès, et dont j'occupe la place par une erreur de choix peut-être facile à expliquer. Soldat de la science, rien ne l'a effrayé, et lui seul pourrait nous dire tout ce qu'il en coûte de sueurs et de sacrifices pour se dévouer avec persévérance à une noble cause. Puisse, du moins, la reconnaissance des hommes d'intelligence et de cœur lui être douce, et offrir quelques dédommagements à ses peines I
Vous dirai-je. Messieurs et chers Collègues, qu'il y a encore quelque chose de meilleur que les contacts lumineux de la science. L'Ecriture a dit : Les paroles qui sortent du cœur valent mieux que les dons : Verbum melius quam datum. Oui, il y a eu dans nos relations quelque chose de meilleur que les dons de l'esprit, de meilleur que la science, quel que soit d'ailleurs son prix inestimable : il y a eu quelque chose de plus intime, de plus chaud que la lumière intellectuelle, qui est toujours un peu
froide quand elle est seule et qu elle n'a pas été réchaufTée à un autre foyer : ce sont nos bonnes paroles de cœur, nos échanges vrais et sincères d'affection, et ces relations oîi l'homme, sans s'en douter, donne quelque chose de lui-même. Les contacts du cœur sont encore plus précieux, plus doux et plus féconds que ceux de l'intelligence, car ils donnent une chose qui vaut mieux que la science et la lumière, ils donnent le parfum d'une âme.
Nous conserverons tous, Messieurs et chers Collègues, le souvenir du Congrès de La Rochelle, mais, avant tout, le souvenir de notre fraternelle cordialité. J'espère que nous aurons prouvé une fois de plus la vérité de la maxime si connue: Il est des hommes qui gagnent à se rapprocher, qui s'aiment et s'esttiment davantage, à mesure qu'ils se connaissent mieux.
Tout passe et se flétrit ici-bas, même la science ; cependant il est une chose qui demeure au milieu du naufrage des choses humaines : c'est, après Dieu, le souvenir des âmes qui se sont touchées par quelque fibre du cœur.
DISCOURS
DE
MoBselgnenr l'Evéque de I^a B#chelle et de SalmteSt
PRONONCÉ AU PORT DE ROCHEFORT Le 27 mars 4867
A l'occasion de la BÉNÉDICTION ET DE LA MISE A L'EAU OU VAISSEAU I^'AIJElLAlVDIifi.
Me insulœ expectant et naves maris in principio.
{IsaU, 60, 9.) Les îles m'attendent, mais turtoat les Taisseaox de la mer.
Monsieur l'Amiral, Monsieur le Préfet, Messieurs,
Les paroles les plus simples de l'Écriture ont un sens mystérieux, et souvent, quand la chaleur de l'âme a fécondé les germes qu'elles contiennent, elles éclatent en gerbes d'or, et paraissent aux yeux de
rintelligence comme ces feux brillants qui se décomposent en mille coulem-s varices. Que veulent dire ces paroles énigmatiques : Les îles nCali&iident^ mais surtout les vaisseaux de la mer : Me insulœ exTpectanty et naves maris in principio ? Il me semble que les âmes seules ont le droit d'attendre le ministre de Dieu : car les âmes sont pour lui un héritage, et le magnifique empire sur lequel il doit exercer son pouvoir : Da mihi animas, cœtera toile tibi (1) : Donnez-moi les âmes ; rien ne me touche qu'autant qu'il intéresse le bonheur et la perfection des âmes. Donnez-moi les âmes et prenez le reste. Comment donc les îles et les vaisseaux peuvent-ils attendre le pasteur des âmes ? Je comprends que les âmes l'attendent : elles ont un si pressant besoin des grâces et des bénédictions du Ciel ! Elles se dessèchent tous les jours, et quand le vent quotidien des angoisses et des passions les ont brûlées, elles demandent le rafraîchissement et le salut à ces mains divines que la Providence a rendues dépositaires de ses plus riches trésors ! — C'est vrai: les âmes ont besoin de la main que Jésus-Christ a chargée de (1) Gen. 14, 21
bénir, et si maintenant tant de cœurs sont desséchés, c'est qu'ils ont peur de tout ce qui vient du ciel. Mais c'est précisément parce que les îles contiennent des âmes, que les vaisseaux doivent renfermer des âmes, et qu'il se forme en eux comme un gémissement de désir et un appel prophétique à l'effusion de la miséricorde divine : Omnis creatura ingemiscit,,. non solum autem illa{l). Savez-vous ce que c'est qu'un navire ? C'est un palais flottant et mobile qui doit suivre les inspirations et la volonté des âmes. Un jour, l'homme s'est trouvé trop à l'étroit dans ces maisons qui ne remuent pas; il a trouvé que sa pensée ne jouait pas assez à l'aise dans ces édifices pétrifiés, et il s'est demandé s'il ne pourrait pas se faire une maison mobile comme sa pensée, vaste comme le désir par l'étendue de ses mouvements. Il s'est demandé s'il ne pourrait pas s'ajouter un nouvel et gigantesque organisme, pour promener les rêves de son génie et son ardeur conquérante, pour exercer partout ses fonctions de roi dans la création. Il a trouvé qu'il ne respirait pas assez sous ces toits de pierres immobiles, et il s'est (1) Rom. 8.
dit : Puisque j'ai le génie de Faigle, il faut aussi que j'en aie les mouvements rapides. — De cette idée féconde et ardente est né le vaisseau, d'abord simple pirogue, puis forteresse ambulante, où le prince de l'univers se promène, lançant les foudres de sa puissance, versant les trésors de son industrie, ou, ce qui est plus divin, appelant les nations sauvages aux bienfaits de la civilisation chrétienne. Car telle est la puissance d'un navire : il est un tonnerre pour la justice des nations ; et, comme Dieu lui-même a son tonnerre pour faire respecter sa puissance, un grand peuple doit aussi posséder ses foudres; il ne doit les employer qu'au triomphe de la justice; mais quand l'heure de la violation du droit a sonné, les héros du peuple se lèvent, et ils ne rentrent dans Je port que quand le règne de l'équité a été rétabli. Le navire est aussi le bras des nations pour répandre, d'une manière variée et réciproque, dans l'univers tout entier, les richesses de l'industrie, du commerce et de l'agriculture. Dieu a donné à chaque sol des propriétés différentes et une fécondité spéciale; les terres les plus riches sont obligées de réclamer ailleurs les trésors qui leur manquent. Le
DE l'esprit chkéïie:s. 35
Créateur a voulu établir ainsi des relations nécessaires entre les parties du monde les plus éloignées, et c'est le besoin, cet effroi des âmes intelligentes, qui a créé le commerce et fait sentir aux honunes le devoir de se rapprocher. Le même ordre s'observe dans le monde spirituel : chaque âme a son produit, chaque esprit a sa richesse et son indigence, et la vie complète s'opère par la communication et la fusion réciproques ; partout , Tharmonie résulte de -la pauvreté relative qui s'enrichit au contact d'un autre être. Le navire est dans la vie des peuples, comme une immense artère qui complète, en les mélangeant, les trésors de chaque tribu. Le chemin de fer, quel que soit son avenir glorieux, n'aura jamais un empire aussi étendu que le vaisseau : la mer refusera toujours de recevoir des chaînes d'airain sur sa crinière agitée; elle ne se laisse adoucir que par les montagnes flottantes ; quelquefois , elle voudrait leur opposer des montagnes de vagues, mais, malgré sa fureur, elle est obligée de tolérer ce frein mobile, et l'abîme, lui-même, finit par consentir à former cpmme un vêtement autour des flancs de celui qui l'a dompté : Abyssus, sicut vesti-
mentum amictus eyus^ {ï). Le navire porté par Tonde
frémissante, va donc partout conune le messager des
nations; il donne et il reçoit, et la vie des peuples se
renouvelle. Le prophète a exprimé cette vérité avec
sa concision ordinaire : Ils descendent dans la mer
sur kilrs navires, et ils font leurs opérations sur les
grandes eaux : Qui descendunt mare in navibus,
facientes operationem in aquis multis (2). H n'est pas
jusqu'à la petite nacelle, égarée' à la source des
rivières, ou sur les lacs des montagnes, qui ne soit
Ist messagère de la même pensée : c'est une petite
veine dans le corps social, mais c'est toujours du
sang qu'elle porte aux extrémités.
Ce n'est pas assez, et nous n'avons pas vu encore
la plus belle gloire du vaisseau. Qu'ei^t-ce donc qu'un
navire, puisqu'il paraît attendre avec tant d'anxiété
la bénédiction du Prêtre ? Me expectant naves. Un
navire est destiné souvent, alors même que personne
ne s'en doute, à contenir le germe divin qui forme
l'espérance du genre humain : Spes orbis terrarum ad ratem confugies (3). C'est un navire qui portait
(1) Ps. 103.
(2) Ps. 106.
(3) Sap. 14.
DE l'esprit CUHÉTIEN. , 37
le cœur de Saint Paul d'îles en îles, de royaumes en royaumes, et qui, par lui, disséminait la semence de la régénération sociale : Semen nativitatis (1). Ce sont des vaisseaux qui ont porté la bonne nouvelle jusqu'aux extréiiiités du monde; et, comme si la vue de la mer était un horizon plus convenable pour cette parole qui a la largeur de Téternité, c'est sur un navire que Saint Paul aimait à prêcher, et que Jésus évangéUsait souvent la foule : Et iterum cœpit docere ad mare. . . ita ut navim ascendens sederet mmari.,.et docebat eos (2). C'est encore sur des navires que la semence de T éternité voyage tous les jours et va renouveler la vie chez les nations infidèles. Je comprends msdntenant pourquoi ce vaisseau semble me regarder et me dire dans son langage prophétique : Bénissez ce morceau de bois, afin qu'il devienne un instrument de salut : Bene^ dictum lignum per quod fit justitia (3).
Je me suis rendu à ton invitation, citadelle du génie de l'homme, et c'est Dieu qui m'envoie vers
(2) Marc 4.
(3) Sap. 14.
toi pour te dire : Reçois la bénédiction duTxès-Haut, et marche, non plus seulement sur les ailes des vents, 2nai(3 sur les ailes que l'intelligence humaine 9, su te èréer* Sois digne de ta mission : fais respecter partout le grand nom de la France, et que les ennemis de la justice tremblent à la vue de tes flancs terribles prêts à vomir la mort ! Que les vents te soient favorables : porte aux nations étrangères l^s richesses de notre sol et de notre industrie; demande-leur, en échange, ce que la nature prévoyante a préparé pour nous dans les contrées lointaines; que cette mutuelle communication soit un symbole de cette fraternité et de cet échange d'affection que nous désirons entretenir partout. Si quelquefois, un missionnaire de la bonne nouvelle monte à ton bord, offre-lui toujours une généreuse hospitalité, et sois heureux de porter avec lui la parole qui est la vraie richesse des nations, Va donc en toute confiance, nouveau pèlerin de la mer; que la vague te respecte comme un objet béni; que la Providence marche devant toi, et te prépare toujours une route très-sûre au milieu des flots : Inter fluctiis
semitam iutissimam (1). Et si jamais tu reviens en oes contrées, puisses-tu nous raconter tes exploits, les grandes actions que tu auras faites pour Thonneur de la patrie et de la civilisation chrétienne. N'oublie jamais la gloire de tes frères d'Orient; sois comme eux fier et intrépide, et porte avec un saint orgueil le drapeau de la Prance et l'étendard de la foi. Quand tu seras vieux, car tout s'use ici-bas, la gloire et la force, puissions-nous lire sur tes flancs respectés et le nombre de tes assauts glorieux, et celui de tes nobles victoires : victoires contre les ennemis de la France, s'il s'en rencontre encore, victoires contre les fureurs de la vague et les ravages du temps, ce grand ennemi de toutes les œuvres de l'homme* Reviens alors parmi nous; tu nous raconteras les dangers de ta vie, et nous te saluerons toujours avec bonheur, comme un de ces vieux amis dont la rencontre nous rappelle les émotions d'autrefois : Qui nagivat mare , dit l'Esprit-Saint , enarret pericula eyus (2).
Je dois vous remercier^ Monsieur TAmiral, de
(1) Sap. 14.
(2) Eccle. 43.
m' avoir convoqué à cette fête maritime : il suffisait d'un désir de votre part, et mon cœur était trop intéressé à cette invitation pour ne pas m'y rendre avec empressement. Vous êtes au milieu de cette famille de nobles marins, comme cette enfant d'Israël dont la prophétie a célébré la glorieuse mission : vous animez vous-mêmes les travaux par une présence qui donne l'activité et le bonheur : Zabulon in littore maris habitabit, et in statione navium (1). Votre cœur éminemment reUgieux a voulu que la bénédiction du ciel vînt consacrer cette œuvre si belle de vos travailleurs, et lui assurer les chances d'un avenir glorieux. Vous vous êtes rappelé que, selon la parole de nos Livres Saints, la Providence, qui a l'administration de toutes choses, s'est réservée d'une manière toute spéciale le gouvernement de la mer : Tua, Pater, providentia gubemat^ quoniam dedisti et in mari viam (2). Cette boussole surnaturelle n'est pas moins utile que l'aiguille aimantée. Puisse donc le Seigneur combler les désirs de votre âme, et prendre, sous
(1) Gen. 49.
(1) Sap. 14.
DE l'esprit chrétien. M
sa protection particulière et le port de cette ville, et les navires et les marins qui en sortent : et aussi, car notre cœur français doit embrasser tous les enfants de la France, et aussi toute cette glorieuse famille de marins répandus partout sur les côtes de la mer, qui forment l'armée de la patrie quand la patrie marche sur les flots I
Je ne puis oublier la présence du premier magistrat de ce département : elle donne à cette fête un caractère encore plus touchant de fraternité. Elle prouvera aux yeux de tous, que le concours des autorités maritimes, militaires, civiles et reUgieuses est acquis au bien de la patrie, dans ce département de la Charente-Inférieure qui revendique si justement l'honneur d'avoir eu, le premier, une de ces inspirations que le Ciel a bénie pour le salut de la France. Elle prouvera que, si notre action s'exerce dans une sphère différente, elle arrive au même but par la force d'une communauté de pensées et d'affection, et que nous avons le même étendard : Religion et Patrie. Il m'est bien doux. Monsieur le Préfet, de dire ici, en public, toute la part d'estime et d'affection que vous vous êtes faite dans mon
cœur. Avec vous et avec le concours si éclairé et si bienveillant de M. TAroiral, de M. le Sous;;Préfet, de M* le Maire, et aussi de tout ce Clergé si dévoué, le bien nous sera facile dans une cité qui a tant d'avenir, et où, je l'espère, l'ouvrier comme le savant secondera nos désirs. Quand les volontés et lés cœurs de ceux qui dirigent sont réunis en faisceau, il en résulte dans les ressorts de l'administration une agilité de mouvements qui opère avec un merveilleux succès. Tout y gagne : le bien, le cœur, l'intelligence elle-même; et dans ces régions élevées, où l'administrateur doit se retirer pour avoir un peu de cette vie propre qui est nécessaire à l'homme, il règne un contentement et une fraîcheur d'âme, que j'appellerai la vraie brise de mer au milieu des labeurs et des pesantes agitations du gouver-^ nement.
Peuple de Rochefort^ vous nous aidei'ez dans cette œuvre du bien public ; vous nous donnerez cette immense consolation que nous sommes en di*oit d'attendre de votre excellent esprit ; nous vous la demandons au nom de vos plus chers intérêts. Veuillez comprendre, tous les jours davantage, que
DE t'ESPKIT CHRÉTIEN. 43
pour votre dignité, votre gloire et votre bonheur, il ne suffit pas de courber la tête, de travailler le bois ou la pierre, de remuer ce lourd métal qui finît par appesantir les cœurs et les volontés. L'âme aussi est une cité, l'âme est un palais dont la Religion est l'artiste, et malheur aux peuples qui usent leurs forces à polir la matière, à porter des sacs d'argent, et qui ne songent pas à élever leur âme, à sanctifier leur cœur ! Ah ! puissé-je, au moment oii ce géant de la mer va oublier sa pesanteur pour marcher au souffle du conunandement, puissé-je avoir la force devons soulever aussi de terre, et vous indiquer au moins, si je ne vous le donne pas encore, ce glorieux équipement qui convient à votre sublime destinée ; car tout est symbolique dans les fêtes de la Religion, toute cérémonie matérielle renferme une idée divine, et le véritable esprit chrétien consiste à l'y découvrir et à la dégager. Ce vaisseau, ces instruments, ces rivages, me rappellent qu'il est aussi un navire qui se travsdlle dans le chantier de la vie. L'épreuve est plus ou moins douloureuse, et l'humanité'est un vaste port toujours en construction; là, les âmes attendent et se construisent sur le
rivage; chacun a sa forme et son degré de perfectionnement : les unes, timides nacelles, ne connaîtront que les bords tranquilles des rivières ignorées; les autres iront, avec leurs mâts et leurs voiles, affronter l'Océan. Le jour du départ arrive, le grand jour oîi l'âme, sa course achevée, retourne à la mer de l'éternité, qui descendunt mare in navibus{l). Vous me permettrez, N. T. C. F., de terminer par une bénédiction des a plus ffectueuses pour vos âmes dont ce navire est le symbole. Puissentr-elles s'édifier, se former tous les jours au contact des choses de cette vie, comme les flancs du navire que frappe le marteau du travailleur ! Puissent-elles descendre tranquillement le fleuve qui nous sépare de l'Océan des âmes, et s'y reposer dans le calme d'un bonheur infini !
(1) Ps. 106.
DISCOURS