‹ De l'esprit chrétienChapitre 6 sur 25 · L'INAI}6DRÀTI0N DU CHEMIN DE FER DE LA ROCHELLE · texte numérisé non relu

L'INAI}6DRÀTI0N DU CHEMIN DE FER DE LA ROCHELLE

PIONONCÉ

Par lionselsneui* I^AIVDMOT,

Ëvèque de La Rochelle et de Saintes,

Et vidi, et eeee ventut turHnit tfeniebût ab ofuilone, et nubes magna et ignii ifnwttmw.... Ibant et non revertebantwr cum amlmlorent.,., Bt «Miie-* bam eonum aUtrum,,, ftuui ionm enU miiUiktdinii ut gonut castrorum... Cum fieret vox tuiper eaput eorum stabant. (E%echUl, c. I )

J'ai regardé, et voilà qa*iui ouragao arrivait du ebté du nord, et une grande nuée et un feu tourbillonnant.... Us nuurcbaient sans retourner sur leurs pu.... i'enlendals le bruit de leurs ailes ; il était semblable au bruit de tout un peuple ; c'était comme une armée ^ ' va au combat.... El «juand ils entendaient un cri audessus d'eux, ils s'arrêtaient.

Monsieur le Président (1), Monsieur le Préfet, Messieurs,

Un moine du XIU' siècle a écrit ces paroles éton-' nantes : « On peut faire de tels instruments pour la

(1) M. Baroclie, président du Conseil d'Etat.

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navigation, qu'un seul homme conduirait les grands vaisseaux avec plus de facilité que s'ils étaient pleins de rameurs. On pourrait faire des chariots, qui sans le secours d'aucun animal, marcheraient avec une incalculable impétuosité : Currus etiam possmt (ieri ut sine animali moveantur cum impetu inestimabili. » Puis il continue à parler d'autres merveilles qu'avait rêvées son génie inventif : il croit à la possibilité de diriger les ballons dans les airs, de faire des ponts suspendus, et d'opérer toute sorte de prodiges inouïs. Et machinœ et ingénia inaudita. Et il conclut ainsi : a Après avoir réfléchi à toutes ces choses, je ne vois rien de difficile à croire, ni dans les choses humaines, ni dans les choses divines (1). »

(1) Instrumenta navigandi possunt fîerî hominibus rem gerentibus, ut naves maxirnse fluviales et marinae ferantur unico homine gerente majori velocitate, quam siessent plenae hominibus navigantibus. Currus etiam possent fieri ut sine animali

moveantur cum impetu iAestimabili Possunt etiam fieri

instrumenta volandi, ut homo sedens in medio instrumenti, revolvens aliquod ingenium, per quod aise artificialiter cornpositse aerem verberent ad modum avis volantis. Fieri etiam potest instrumentum parvum in quantitate ad elevandum et deprimendum pondéra quasi infini ta, quo nihil utiliua est in casu . .- Possunt etiam fieri instrumenta ambulandi in mari et in fluviis ad fundum sine periculo corporali. . . Et infinita alia

DE LESPRTT CHRÉTIEN. !05

Messieurs, en voyant tout ce qui s'opère à notre époque, les merveilles vraiment inouïes et inespé-* rées dans les sciences, les arts, l'industrie ; les mon^ tagnes déplacées, les mers vaincues par la volonté de l'homme, le génie qui, semblable à l'étincelle électrique, va plus vite que le vent, et tous ces mou^ vements de l'esprit humain, dont les timides ne sa-» vent que penser, je ne puis que m'écrier avec Roger Bacon : Rien ne m'étonne, rien ne me surprendra, rien ne me sera difficile à croire pour l'avenir, et j'attends en silence, mais sans quitter l'œil de Dieu, ce qui se prépare sous le soleil.

Au milieu de ce mouvement des choses, des hommes et des idées , de cette rénovation du mçnde

posaunt ôeri, ut pontes ultra âumina Bine columna, vel aliquo sustentacolo, et machina et ingeniainaudita.., Posaunt etiam sic figurari perspicua, ut longissime posita appareant propinquissima, et e contrario ; ita quod ex incredibili distantia legeremua Utteras minutissimas, et numeraremua rea quantumcumque parvas, et stellas faceremus apparere quo vellemua.... Posteaquam hujusmodi perspexi, nihil mihi difficile est ad credendum, quando bene considero, neo in divinis, aicut nec in humanis. {Roger Bacon, Epistola de secretis operibus artis et naiurœ^ tiré de la Biblioth, Chemica 70, Jacob, Mangeti. t. I. c. 4, S et 6. p. 649-6 W, Genevœ. i70S,)

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matériel, de ce broiement des institutions, de cette poussière que font partout les ruines, on a plusieurs fois regardé l'Eglise catholique avec ce coupd'œil qui interroge ; on a semblé lui dire : Que pensez-vous de toutes ces nouveautés ? Voyez-vous comme le sol est labouré de toutes parts et retourné dans toutes ses profondeurs? N'avez-vous pas de tristesses sur le passé, et ne désirez-vous pas autre chose pour l'avenir ? Messieurs , les Catholiques n'ont de vraie tristesse que sur le mal ; ils ne désirent qu'une chose : le bien. Tout ce qui se fait de bien à notre époque , l'Eglise l'admet ; elle vous demande même à le bénir ; vous y consentez, vous en êtes heureux, et l'Eglise aussi, car c'est du moins un signe de rapprochement. Oui, nous appelons de tous nos vœux et nous favorisons, autant que notre vocation le permet, tout ce qu'il y a de beau dans les aspirations de notre âge, tout ce qui conclut au bien, à la paix, à la charité, tout ce qui contribue surtout à améliorer les hommes. Nous ne regrettons que les progrès du mal ; et quelle est l'âme honnête qui ne les regrette pas, qui ne déploi^e cette division des esprits dont les tendances se se-

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parent en même temps que se.multiplient les moyens de réunion matérielle ? ^

Je dirai plus : Catholiques, nous avons encore un autre privilège dans notre philosophie : nous croyons que les choses mêmçs dont l'homme abuse, conservent,;malgré lui, une rectitude normale, et une vraie beauté naturelle qui rend gloire à Dieu. Nous croyons que tout ordre ici-bas* vient de Dieu, que toute vérité, toute beauté, même extérieure, sont un hommage au Créateur ; qu'il y a, dans leur existence et leur évolution, une harmonie indépendante de la volonté de l'homme, et qui redit un hymne dans les sphères élevées, semblable à cette musique dont les sons, quelque peu discordants quand on les écoute de trop près, deviennent une ravissante mélodie dans le lointain. Je n'invente rien ; je traduis en ce moment et je résume quelques pages de la belle théologie de saint Augustin. Ce grand Docteur parlant des hommes distingués qui n'ont pas la foi chrétienne, dit que le Seigneur se sert d'eux pour faire le bien, et cela de deux manières : il leur accorde, comme un don, la nature humaine qui est si belle et capable de tant et si grandes choses, et, alors

même qu'ils abusent cfe tout, il les emploie pour embellir la marche régulière de ce monde (!)•

n y a donc, Messieurs, dans ce monde, uiî ordre qu'il n'est pas donné àrhomme de troubler. Que disje ? malgré lui, l'homme travaille, en un sens, à perfectionner cet ordre : Et ex eis ordincm sœculi prœsentis exornat ; et Dieu, comme un sublime ouvrier, aprfes avoir broyé tout ce qui s'oppose à lui, tous les crimes, toutes les scélératesses, sait en composer un extrait qui guérit les nations. Ce monde est le navire de Dieu ; la Providence conduit le vaisseau. L'homme a beau marcher sur le pont en sens contraire, le navire va où Dieu veut, et en marchant il

(1) Est manifestam non rem ullam, cum ea quisque maie utitur, sed ipsum maie utentem esse arguendum , . . . quse (res hujusmundi) quanquam in ordine suo recte locata sint^ et suam quamdam pulchritudinem peragant, perversi tamen animi est et inordinati^ eis sequendis subjici, quibus ad nutum snum ducendis potius divino ordine ac jure prselatus est. [Augvbst» de liber, arhit. l.4*c, 46^ t. J.) Neqiie enim in pravis moribus naturae dona culpanda sunt (De Gen. nd litt. h 10. r» JS.) Non enim quemquam eorum (qui non sunt justi) Deus temere ac fortuite créât, aut*quid de illis boni operetur ignorât : cUm et liocipso bonum operetur, quod in eis humanam créât naturam, et ex eis oHinem seculi prœsentis exornat (Conf. Jnlinn. h 5. c. 4» t, 40, p. 4407, ed, Gaume:J

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rend gloire à Dieu. Ceux qui savent se tenir à une certaine hauteur sur la rive, admirent le mouvement majestueux et progressif : c'est à peine s'ils découvrent les stériles agitations du pygmée qui croit imposer sa volonté au pilote, parce qu'il aura fait quelques pas en arrière. Quand on a l'œil sain et vigoureux, dit saint Chrysostome, on découvre les splendeurs du beau qui planent au-dessus de ce qui parait désordonné (1).

Vous devez entrevoir, Messieurs, la réponse à la question qu'on m'adressait tout à l'heure : Catholiques, que pensez-vous de tout le mouvement qui se fait autour de vous? Ne tren^)lez-vous pas d'être écrasés sous les roues qui s'agitent dans tous les sens?

Ce que nous pensons ! C'est que l'honmie est dans

(1) Quemadmodum oculus cum segrotat, in meridie clarissima videbit tenebras et alla pro aliis... bene autem valens et firmus, ad vesperum etiam secure corpus ducere poterit ; sic et mentis nostrse oculus, donec firmus erit, etiamsi cernât quse confusa videri possint, tanquam pulchra intuebitur : si autem fuerit corruptus, etiamsi in ipsum cœlum eum induxeris, eorum quse ibi sunt magnam perturbationera accusabit ("S. Chrij- S08t. Eclog, de Provident, t. i2. p. 675' 674. éd. Gaume.)

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son droit quand il remue le monde , parce que rhomme est le prince de ce monde et que, de droit divin, il a été établi ici-bas le représentant de Dieu, Pourvu que Thomme ne néglige pas son âme, et qu'il la cultive au moins autant que le jardin de l'univers, nous n'aurons qu'à applaudir à ses succès, à couronner ses glorieuses conquêtes. Ecoutez plutôt une autre voix ; il est bon que vous le sachiez, je ne tiens pas ici un langage de circonstance : « Ce que Dieu est dans le ciel, dit saint Chrysostome, Thonmae doit l'être sur la terre, en ce qui concerne la principauté (1)... Dieu lui a donné précisément cette mission.... Hoc illum in terra constituens^ quod ipse esset in cœlo (2). Ecoutez encore,' et voyez s'étendre l'ampleur et la magnificence de cette doctrine : ce De

(1) Quod Deus est in cœlo. hoc est homo in terra, quod inquam attinet ad principatum : et sicut homo dominatum obtinet in omnibus quse sunt in terra, ita Deus dominatum obtinet in omnibus quse sunt in cœlo et in terra [S. Chrysost», in Ep. ad Hebr. hom. 2. t. U. p. ^4.)

Rationabili naturse, utpote ad similitudinem Dei conditse, omnium rerum imperium (Dominus) tradidit. Acceptaque ab homine divinae imaginis \irtute, ut rex omnium est Deus, ita homo terrenorum omnium constitutus est princeps (S. Athan. Exp, inPs.,8. t. 1.3. p. 40i.)

(2) AdStagir. t. 1., p. 193*

DE l'esprit chrétien. lli

peur que la distance des lieux ne séparât les hommes, Dieu a étendu la mer autour des terres comme un chemin plus court, afin de faire de ce monde une seule maison, de cendre faciles et fréquentes nos relations et ces échanges réciproques, qui mettent à la disposition de tous les richesses de chaque contrée. Ainsi, Tunivers devient comme une table richement servie autour de laquelle circule chaque convive, et il suffit de tendre la main pour recevoir le tribut de l'affection (1). »

Ce n'est pas assez, Messieurs : voilà l'ouvrage de

(1) Etiam ne itinerum longitudo nos a mutuo consortio averteret, breviorem nobis viam, mare scilicet, ubique per orbem Deus diffudit, ut in orbe toto quasi in domo una habitantes, sic fréquenter possimus alii alios adiré, ut sua quique commoda proximis suis singuli tradentes, aliéna mutuo recipiant, et parvam terrse portionem occupantes, omnibus ubique positis bonis quasi domini potiantur : quemadmodum in lauta mensa singulis convivis, quae ante se posita sunt aliis longe remotis dare, et ab illis, quse pênes se habent, extensa solum manu, accipere licet fS, Chrysost., de Compunctione, n° 5. t. I. p. i82'i83.)

Ut autem eos qui procul sunt facile adiré possemus, mare in medio extendit, et ventorum dédit celeritatem, sic faciles reddens peregrinationes (J<i. in Epist L ad. Cor, h, S4, t, 40, p. 368.)

Dieu; voyons celui de Thomme. Creusons encore la mine inépuisable de la tradition catholique, et nous allons y trouver la raison de tout ce que vous faites peut-être sans le savoir. Dieu, en créant son œuvre, Ta laissée imparfaite; ainsi la mer ne réalise pas plainement la pensée du Créateur, et, depuis les steppes de la Sibérie jusqu'aux Pyrénées, elle ne peut parfaire ce magnifique banquet des nations dont parlait tout à Theure l'archevêque de Constantinople. L'œuvre de Dieu est donc en un sens incomplète, et îly a de cette imperfection plusieurs motifs; mais un des principaux est celui-ci : Dieu n'est point jaloux de son autorité, et si l'Ecriture a fait ce bel éloge du peuple Romain : C'est un peuple facile dans les relations, parce qu'il est fort (1) que dirons- nous de Dieu qui est la force et la grandeur infinies ? Il est souverainement généreux dans ses concessions à la nature humaine; il est Ubéral et facile en accommodements raisonnables, parce qu'il n'a rien à craindre : Acquiescunt ad omnia, quia sunt potentes viribus. Aussi il a donné

(1) Mach. 8.

à l'homme une puissance de délégation sur ce vaste univers; il aurait pu tout faire par lui-même, il ne Ta pas voulu; il a même laissé à dessein des choses imparfaites en son œuvre, afin que l'homme les achevât. Il veut non-seulement que l'homme soit hon, dit saint Thomas, mais il veut que l'homme, ce qui est un degré supérieur de bonté, devienne i cause de bien, opère le bien autour de lui, et soit une source qui s'arrose elle-même et se verse ensuite sur les autres. Il lui a confié, dit TertuUien, le soin de donner une seconde forme au monde par les arts, l'industrie , les aptitudes diverses , les affaires, le commerce. Ainsi, par l'action de l'homme, la vie reçoit la saveur et l'assaisonnement. Annon istis (hominum sensibus) universa conditio subministratur ? Annon per istos secunda quoque mundo instnictto accessit ? Tôt artes, tôt ingénia, tôt studia, négocia, officia, commercia... Totum vitœ saporem condierunt (1).

J'irai plus loin, dût mon lapgage paraître. audacieux; mais les Saints m'ont appris à oser beaucoup

(l) De Anima, c. 17.

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en parlant de la bonté et de la munificence du Seigneur. Dieu semble vouloir s'effacer quelquefois devant la puissance accordée à Thomme; il laisse les grandes choses à l'exercice de notre volonté; il s'est réservé les choses de moindre valeur, et il nous a concédé parfois les plus importantes et les plus difficiles. Ainsi, pour nous renfermer dans notre sujet, le Seigneur a tracé des voies faciles sur la mer, oîi les montagnes mobiles s'abaissent d'ellesmêmes par une courbure douce et gracieuse : Il a tiré les vents de leurs réservoirs (1), et maintenant ces agitateurs aériens peuvent facilement se jouer sur les plaines qui leur ont été données comme empire. Le plus difficile, j'oserai le dire , restait à faire : il restait à percer ces montagnes de granit qui paraissent insensibles à l'action du marteau, à couper ces crêtes de sable qui s'affaissent sur elles-mêmes, et deviennent un obstacle plus grand encore. Il restait à enchaîner cet élément capricieux et violent qu'on appelle la vapeur, à lui commander , à lui faire un règlement qui serait

(l) Jérém.51.

exécuté avec la sévère attention de la sentinelle à son poste. Il restait à compléter l'œuvre de la mer, à établir partout des voies faciles aux nations, à faire de l'univers une seule maison, un seul banquet fraternel : Ul in orbe toto quasi in domo una habitantes.., et quemadmodum in lauta mensa... 'Et ce sont tous ces prodiges qu'a entrepris et merveilleusement exécutés le génie de l'homme : Magnas res Deus arbitra nostri effecit; ac minora sibi ipsi relinquens majora nobis concessit {\) Je ne sais vraiment ce qu'il faut le plus admirer, la bonté de Dieu, ou la grandeur et la puissance accordées à l'homme. Telle est la réponse du Catholique aux questions qui lui sont posées. L'homme, en remuant le monde, use de son droit : la terre est vassale et l'homme souverain. Il faut, d'ailleurs, que le régisseur de Dieu ait quelque chose qui rappelle la grandeur du midtre : j'aime à le voir, comme son souverain, c( marcher sur les ailes des vents , se servir des fluides connue de messagers pour sa pensée, faire du feu un esclave docile, commander aux montagnes

(1) S. Chrys, in Ep.S» ad Cor. h, SO.

qui s'élèvent, de descendre dans la plaine: J'aime à le voir quand la nuée du charbon enflammé se V fonne et disparaît à son commandement; j'aime à écouter ce Très-Haut de la terre quand il fait entendre sa voix, et qu'il force ces rochers, qui sont comme les fondements du globe, à lui ouvrir un chemin (1). » Sans doute, l'homme est grandement coupable, alors qu'usant de son droit sur la nature, il refuse lui-même de reconnaître le souverain domaine de Dieu, et de lui rendre hommage par une vie sérieusement chrétienne. Mais Dieu est si bon et ses libéralités tellement indépendantes, que l'ingratitude n'amène pas la révocation du pouvoir accordé ; et si l'homme continue toujours à être ingrat, la bonté de Dieu n'est pas encore, n'est jamais vaincue : elle prend tous ces dons profanés, elle les jette dans la fournaise de la Providence, et,

(Ij Qui ambulas super pennas ventorum ; qui facis amgelos

tuos spiritus, et ministros tuos ignem urentem Ascendunt

montes et descendunt campi in locum quem fundasti eis... Prse fulgore in conspectu ejus nubes transierunt, grande et carbones ignis Et intonuit de cœlo Dominus, et Altissimus dédit

vocem suam Et revelata sunt fundamenta orbis terrarum

("Ps. 40S, Ps, 47.)

GoDgle

tout en résenrant sa juste punition au prévaricateur obstiné, elle fait avec les œuvres du génie de Flionime, des ornements pour la décoration temporaire de ce monde : Etordinem prœsentis sœculi exomat.

Voyez, d'ailleurs, connue toutes ces inventions ont quelque chose de merveilleux, et pourraient devenir lôs instruments les plus énergiques du bien entre les mains des nations vertueuses ! Le chemin de fer, je viens de le dire, complète le service de la mer, et Ton dirait que Dieu , en offrant à Thomme le spectacle de la plaine liquide, lui indiquait à l'avance ces autres plaines que devait ouvrir le génie* des découvertes : ainsi , les maîtres commencent un modèle et font signe à leurs disciples de continuer. Le chemin de fer me rappelle encore autre chose : il est, dans Tordre matériel, Timage et le complément du génie. Le génie marche, conune la vapeur, dans Tordre des idées, et, tandis que le vulgaire se traîne dans les chemins tortueux delà subtilité dialectique, le génie procède par bonds, et, arrivé sur la hauteur, il voit tout d'un seul coup-d'œil. Ainsi le chemin de fer : tandis que le pauvre cocher se débat encore avec les harnais de sa monture, le wagon part, ou

plutôt a arrive. Il rapproche l'espace, comme Tintelligence rapide rapproche la distance dans la région des esprits. Mais le chemin de fer n'est pas seulement l'image du génie, il en est, avant tout, l'auxiliaire et le complément. Autrefois le génie, osait, mais son bras se mouvait lentement; aujourd'hui son levier a une espèce de toute-puissance, par cette rapide locomotion qui semble le transporter en plusieurs lieux à la fois; il a quelque chose du pouvoir de Dieu qui fait tout en même temps : Creavit omnia simul. C'est comme une image mobile et de plui^en plus parfaite de l'éternité, ce point infini et instantané qui correspond à tous les temps, à tous les espaces.

Le sage a dit : Faites tout avec rapidité : In omnibus operibns luis esta velox (1). Le chemin de fer est la solution de ce problème dans l'ordre matériel. Nous pouvons faire vite, et, si à la vitesse se joignent l'ordre et la sagesse, c'est la perfection; nous nous rapprochons ainsi de la vélocité de Dieu dans. ses œuvres : Dixit et fada sunt (2). En

(1) Eccli, 31.

(2) Ps. 32.

DE l'esprit chrétien. H9

Dieu, Taction suit la parole, et la parole suit la pensée.

Ne me demandez plus ce que je pense du chemin de fer. Je pense que c'est une grande et belle invention, et, qu'entre les mains des peuples vertueux, il peut devenir un merveilleux instrument de civilisation chrétienne : et,- pour répondre à certaines objections, je dirai encore : malgré les abus de rhomme. Dieu n'a-t-il pas fait la mer et les fleuves, et provoqué ainsi la réunion facile des peuples ? Aux yeux des esprits étroits qui s'arrêtent à des grains de sable, sans voir les grands résultats, la mer n'est-ellé pas dangereuse comme les chemins de fer , comme du reste , la liberté, et tous les grands dons que Dieu a faits à l'homme ? Qui oserait, cependant, reprocher à Dieu d'avoir fait l'Océan, et les fleuves, et la liberté, et le soleil, et la vie ? — Oui, nous en avons la confiance, si Dieu bénit nos prières, et si les nations se montrent dignes des bienfaits du ciel, le chemin de fer fera des peuples de l'Europe cet immense banquet que Saint Chrysostome a prévu et chanté à l'avance, banquet de frères, où chacun tendra à son voisin la main de la

charité et du secours mutuel : Quemadmodum in lauta mensa singulis convivis, qiiœ ante seposita mnt aliis, longe remotis dure et ab Mis quœ pênes se habent, extensa solum manu, accipere licet.

Mais je prévois encore une demande et une objection : Hommes religieux, ne tremblez-vous pas à la pensée des changements qui peuvent survenir, qui surviendront nécessairement dans les mœurs, les idées , les habitudes des peuples ? — Non, Messieurs, nous ne tremblons pas : dussé-je paraître téméraire au jugement de certains esprits, je le dirai avec toute la confiance de la vérité. Nous, Catholiques, nous sommes assurés contre la foudre et la tempête; notre compagnie d'assurance est dans le ciel, et son passé, au besoin répondra de son avenir. Nous regardons faire , Messieurs ; nous agissons même avec vous, et nous n'avons point d'inquiétudes. Si , parfois , des secousses arrivent , nous nous rappellerons que les cheveux de notre tête sont comptés. Nous levons les yeux au-dessus du présent où tout est triste, et nous lisons dans le ciel la prochaine sérénité de l'avenir. Voyez le Pape, celui que , malgré, tant de calomnies, nous respectons

comme notre Chef et que nous aimons comme notre Père : il fait aussi des chemins de fer; il n'a pas peur; il vous attend avec sa figure sereine; il vous invite à aller le voir ; il voudrait vous bénir. Et c'est sans doute là une des raisons providentielles qui trace des lignes de chemin de fer vers la ville étemelle : il faut qu'à une époque donnée on puisse aller voir son Père, comme autrefois on allait à sa maison de campagne. — Mais le Souverain Pontife a-t-il bien considéré les bases de son trône, et quand le flot populaire arrivera de tous les points de l'Europe, cette base ne chancellera-t-elle pas ? Messieurs, le Vicaire de Jésus-Christ est tranquille, précisément parce q'il n'attend pas sa principale sécurité des secours humains : il est assis sur la chaire de saint Pierre, qui porte sur les fondements de l'éternité : Fundamenta œterna supra petram (1). n ne craint rien ; bien plus , il est heureux de tout ce qui pourra vous rapprocher de lui : son cœur va encore plus vite que vos fils électriques, et vous n'en préviendrez jamais les mouvements par la vélocité de vos inventions.

(1) EccU 26.

Non seulement nous n'avons pas peur, mais nous espérons beaucoup, et, malgré les prophéties de ceux gui ne sembleraient pas croire au bien infini, nous conservons, comme dit admirablement Clément d'Alexandrie, cette immobilité pacifique, qui proclame la Providence toujours belle, toujours bonne et sainte, et. découvre , à la lumière d'une science supérieure, de merveilleuses harmonies jusque dans les luttes et les oppositions (1). Nous espérons, mais , en qui ? En l'homme ? Non, Messieurs : instruit par une lumière divine, nous avons peu de confiance en l'homme (2); mais nous avons une confiance souveraiûe en Celui qui gouverne l'humanité. Nous le savons, les hommes s'agitent comme des fourmis, vous me pardonnerez cette expression.

(1) Fuerit autem perfecta pacifîcatio, quse in quocumque casu pacifîcum servat immobilem, sanctamque et honestam dicit administrationem, posita in rerum divinarum et humanarum scientia, per quam eas quae in mundo sunt repugnantias, creationis pulcherrimam existimat harmoniam et concordiam [Çlemens Âlexandr. Stromat. l. 4., c. 6.)

(2) Ipse autem Jésus non.credebat semetipsum eis, eo quod ipse nosset omnes : et quia ei opus non erat ût quis testimonium perhiberet de homine ; ipae enim sciebat quid esset in homine fJoan. SJ.

elle est d'un Saint et elle est vraîe (1) : les esprits timides tremblent en voyant une paille remuée par les fourmis; mais, pour celui qui comprend avec quelle facilité Dieu prend une autre paille pour détruire les desseins les plus habilement combinés, il y a paix et sécurité d'avenir.

Ne remarquez-vous pas, Messieurs, que Dieu fait vite à notre époque; il marche à pas précipités, il gouverne sur les ailes des vents : Ambulas super pennas ventorum. Il brise les individuaUtés , les obstacles de peuples, de races; il va chercher les vieux préjugés, il les usent et les broie sous les wagons des chemins de fer. Tout ce qui est particulier, et je dirai même, en un sens , ce qui est national, s'en va; l'avenir appartient à ce qui est universel. Et voilà pourquoi nous espérons ! L'empire Romain a servi autrefois à la propagation de l'Evangile; le chemin de fer fera encore mieux. Il y a tïop longtemps que la vérité est isolée , il y a trop longtemps que la vérité s'est faite anglaise, américaine, russe et allemande: l'heure a sonné;

(1) Formicarum more nobis viri super terram ire videntur (S. Chrysost, ad Pop. Ant. h, i5. n° 5).

il faut qu'elle redevienne ce qu'elle est , qu'elle redevienne catholique. Le chemin de fer , en abattant les forêts , en coupant les montagnes, en redressant les vallées, prépare d'autres merveilles dans le monde des âmes. On ne dira plus : vérité en deçà des Pyrénées , erreur au-delà. On dira : vérité sur toute la terre ; jet quaad cette parole sera dans les cœurs, les hommes qui, jusqu'alors, n'avaient pas compris, se tourneront avec amour vers celui que Jésus-Christ a constitué son Représentant sur la terre, et lui diront : 0 Père bien-aimé, nous sommes de votre bergerie; veuillez bénir tous vos agneaux : Fiet unum OviU et unus Pastor (!)• C'est donc avec de saintes espérances dans l'âme et une noble confiance en l'avenir, que nous élevons la voix pour dire à ces redoutables machines : roues de fer, vapeur, chariots trgdnéspar.des chevaux de feu : Currus igneus et equi ignei (2) ; chariots dont les rênes sont aussi de feu : Igneœ habenœ currus (3) ; dragon qui marchez en repliant vos

(1) Joan. 10.

(2) 4 Reg. 2.

(3) Nahum. 2.

anneaux sur vous-mêiûe et portant au loin T effroi par ces sifflements plus horribles que ceux des tigres dans le désert, écoutez ma parole : Audite vocem Meam (1). Vous m'avez appelé pour vous bénir ; et moi je vous dirai d'abord : C'est à vous de bénir Dieu, en exécutant, avec une sévère ponctualité, les ordres de ceux qui vous commandent, et à qui la Patrie livre, tous les jours, la vie de ses enfants, pleine de sécurité et de confiance en leur zèle intelligent et dévoué. Cette Compagnie généreuse a semé l'aumône et les bienfaits devant elle , et c'est une raison divine qui doit vous faire respecter davantage la sécurité de ses marches quotidiennes, au milieu de dangers imprévus.

C'est donc à vous, coursiers de fer et de feu, à bénir Dieu dans vos œuvres, par votre fidélité à accomplir votre mission. Quand un p^re, une sœur, une épouse attendront, avec l'anxiété de l'amour, les objets les plus chers du cœur, soyez fidèles et ne trompez jamais leurs espérances. Rendez-leur toujours,avec l'exactitude que commande la religion du

(1) Isaie 32.

dépôt, un époux, un frère, des enfants bien-aimés ! Pendant la route, garantissez-les des intempéries de la saison; car maintenant vous avez tout pouvoir, et on demandera beaucoup à celui qui aura reçu beaucoup. Qu'ils reviennent frais et dispos; qu'ils soient reçus avec bonheur dans les bras de rafiTection. Que tout être vivant qui suivra cette ligne, puisse redire, comme une vérité, cette devise de la ville de La Rochelle : Sous l'égide et la direction de Dieu, j'ai trouvé la vie et le salut : Servabor, rectore Deo. C'est ainsi que vous-mêmes, vous bénirez Dieu dans vos œuvres : car tout être qui fait le bien et évite le mal, bénit le Seigneur. Allez donc fièrement, roues et char de feu; c'est à ces conditions que je vous bénis au nom du Tout-Puissant. Puissiez-vous porter avec vous la paix , la joie ,. la richesse, la vie ! Spiritus enim vitœ erat in rôtis (1).

Mais surtout devenez pour les nations un instrument de salut; en rapprochant les distances, réunissez les esprits. Ayez une bienveillance toute spéciale pour ces apôtres de la parole, que vous porterez aux

(l)Ezech.l.20.

sauvages lointains, et quelquefois à ces frères de l'intérieur qui sont presque barbares au milieu de la civilisation chrétienne. En vous parlant ainsi, je crois entrer dans les vues d'un sage et fort Gouvernement, qui comprend de plus en plus la nécessité des idées religieuses pour fixer, d'une manière solide, l'avenir des peuples. Là civilisation extérieure ûe suffit pas, quel que soit son nom : à chaque grande ligne de chemin de fer devrait correspondre une large direction de pensées et de sentiments chrétiens, pour contenir les âmes, leur donner une impulsion divine, et empêcher les explosions plus terribles que celles de la vapeur.

Rappelez encore aux hommes, par votre mouvement rapide, que nous sommes des voyageurs ici-bas; que la vie va aussi vite que la roue du wagon, et qu'il est nécessaire, au milieu de ces mouvements précipités de l'existence, de tenir toujours son âme ' prête à subir la vue de Dieu. Oui, le chemin de fer est, pour tous, l'image de la vie : on arrive à la gare avec un bagage plus ou moins embarrassant, on prend le train, on s'arrête plus ou moins en chemin; on voudrait s'arrêter plus longtemps, mais il se

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trouve aussi des inspecteurs dont les. ordres sont inflexibles ; il faut remonter, et tout-à-coup, au milieu d'un sommeil peut-être, un sifflement se fait entendre : c'est rheure de l'arrivée. Heureux ceux qui, pendant la route, n'ont point perdu de vue leur vraie patrie, et au milieu de la variété prodigieuse des objets et des hommes, ont tenu leur cœur dans cette disposition oîi la mort n'est que le passage à un monde meilleur et le réveil sur la terre des vivants !

DISCOURS

POUR

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