‹ De l'esprit chrétienChapitre 8 sur 25 · PRONONCÉ LE 23 JUILLET 186S · texte numérisé non relu

PRONONCÉ LE 23 JUILLET 186S

Auctus est êonus tuaviUUit plenur.

Le 800 s'est développé, et il était plein de suavité. {Bccli, 50, 20.)

« n est impossible, dit saint Denis, que le rayon divin brille à nos regards, à moins qu'il ne soit enveloppé sous la variété des symboles visibles, et c'est une précaution paternelle de la Providence, qui nous a ainsi ménagé, pour arriver au vrai, le moyen le plus convenable et le mieux proportionné à notre nature (!)• »

(l)i)6 cœlest hierarc.^ c. 5., §11.

Ces paroles, mes chères enfants, renferment Fexplication de tout l'enseignement catholique : la théologie et la science liturgique ont pour but principal de dégager Tinconnu divin, caché sous des symboles extérieurs, car le divin est partout; ce vaste univers est comme un voile qui nous cache Tinvisible, et dans Tordre surnaturel, toutes les pratiques, toutes les cérémonies extérieures de TEglise sont aussi comme un transparent qui laisse échapper le rayon adouci de la lumière divine : Sacrorum varietate operimentorum anagogice obvelatus. Nos regards ne seraient pas assez fermes pour fixer la lumière pure ; Dieu la tempère en la mélangeant aux choses de ce monde ; il nous traite comme des enfants faibles, mais tendrement aimés ; il réserve pour Tâge mûr les splendeurs sans nuages,

(( Le Seigneur, dit saint Thomas, a écrit en caractères visibles, sur les créatures corporelles, ce qui existe en lui à Tétat d'idée immatérielle (1). » Aussi les Saints, qui sont les poètes de Dieu et qui ont le sens de l'infini, comprennent ce langage

(l) In Ep. ad Heb. c. 9. lect, 1.

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mystérieux de la création : chaque être matériel est pour eux une syllabe divine, chaque forme sensible cache un idéal céleste ; sous les phénomènes silencieux de la nature, ils entendent la voix de Dieu qui leur parle, ils découvrent les signes maternels de la Providence : Quasi quibusdam nutibus innuit ^ dit' saint Grégoire (1). Ce tact de Tinfini, cette faculté qui pressent et odore le divin partout, appartient essentiellement au génie chrétien.

L'Eglise, mes chères enfants, a imité le travail de Dieu : elle aussi a son écriture et son langage ; elle trace des caractères symboliques pour nous conduire à rintelligence des vérités supérieures. Elle met sous nos yeux des cérémonies, des pratiques extérieures ; elle propose à notre attention des objets visibles, non point pour arrêter notre pensée et immobiliser nos sentiments, mais pour les diriger, par une voie sagement progressive, à la méditation et à l'amour du vrai et du beau immatériel. L'Eglise se sert de la création et de tout ce qui frappe nos regards ici-bas ; elle le bénit, elle le sanctifie par la

(1) Moral 1. 25., c. 12., p, 818-819, éd. Ben.

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parole, elle le divinise par son contact, puis elle le présente à ses enfants, comme mie autre échelle de Jacob pour monter aux cieux.

Mes chëred enfants, ces idées sont peut-être ml peu philosophiques pour votre âge, et, cependant, c'est le fond du christianisme, c'est la dcRctrine de l'Eglise qui nous assure que la sainte humanité de Jésus^hrist n'est elle-même qu'un moyen pour nous élever aux choses invisibles : Ut duM visibili* ter Deum cognoscimus, per hune in invisibilium amorem rapiamur ; et vous n'aurez l'intelligence vraie de la reUgion que lorsque vous saurez briser l'écorce des choses pour arriver à la sève ; lire les lettres à l'extérieur, mais pour attirer en vous l'esprit qui vivifie. Là, seulement, se trouve le christia* nisme en esprit et en vérité : In spiritu et veritate oportet adorare (1)»

Mais j'espère, mes chères enfants, que ma pensée va successivement s'illuminer pour vos jeuned intelligences, et ce que je vais dire sera une élémentaire explication des principes étabUs. Nous avons sous

(1) Joan, 4.

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les yeux un travail habilement exécuté ; ce métal dur et massif s'est harmonisé sous rinspiration de r artiste ; l'airain brillant et sonore va bientôt faire retentir les. airs de ses chants joyeux. Mais ce son clair et mélodieux est pour moi un symbole, c'està-dire qu'il me fait penser à autre chose ; il me fait rêver h un autre son qui doit se prolonger jusqu'à vos âmes et revenir à mes oreilles pour me raconter des choses intimes. Je voudrais frapper cet airain avec ma parole et entendre ce qu'il nous répondra ; je voudrais lui dire : Nouvel habitant des airs, pourrais-tu me faire connaître ton histoire, le lieu de ton origine ^t les détails de ta naissance ? Es-tu l'œuvre naturelle de la création ? Viens-tu, comme la perle, sur le bord des mers, ou bien, semblable au diamant, as-tu pour mère le sein de la montagne? Qu'es-tu venu faire ici , et que réclames-tu de notre ministère? — L'airain m'a répondu, mes chères enfants, et savez-vous ce qu'il m'a dit ? Il prétend qu'il est le symbole de votre vie, et que, son baptême reçu, il sera le type d'une éducation par*faite : quelques minutes de réflexion m'ont prouvé^

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et vont peut-être vous prouver à vous-mêmes que l'airain dit vrai.

Il y a quelques années, cette CBuvre de Fart était une pierre brute, égarée dans le filon de je ne sais quelle montagne inconnue. Détachée par le marteau intelligent du mineur, la pierre a été transportée dans le laboratoire d'un de fies vastes ateliers, où tout se transfonne en se purifiant. Là, cette masse informe et mélangée à d'impurs éléments, a été brisée, lavée, broyée, jetée au feu ; au milieu des pétillements et des cris de la nature souffrante, elle s'est fondue, puis elle est arrivée, comme de Feau docile, pour se mettre à la disposition de l'artiste, auquel elle a semblé dire : Maintenant je suis réduite ; faites de moi ce que vous voudrez. L'artiste a examiné, et a répondu avec un sourire presque d'incrédulité : L'œuvre n'est pas finie, elle est à peine ébauchée. Quel son mélodieux, grave, clair et argentin, pourrais-je obtenir avec un métal opaque et sans sonorité ? Je ne ferai rien sans un mélange : à l'œuvre donc ! Commandons à d'autres substances de se rendre à mon appel, et de produire, par une fusion réciproque, un instrument qui

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emprunte à la musique son harmonie, à T orateur sa doctrine, au tonnerre sa majesté, et au chant de r oiseau sa grâce aérienne ; car la cloche renferme tout ce qui est gracieux et grave, magistral et tendre, solennel et simple. L'œuvre terminée, Tartiste envoie au temple ce travail, qui est comme V enfant de son génie ; il l'envoie pour recevoir une sorte de baptême et une consécration surnaturelle ; il réclame la grâce d'en haut, figurée par le sel, l'huile sainte, l'eau, les parfums, la myrrhe et l'encens. Puis l'airain est placé sous le dôme préparé pour sa demeure ; il mêle sa voix à tous les soupirs de l'âme, à l'heure de la naissance, de la vie et de la mort ; il est comme une voix d'en haut qui parle toujours une langue, et jamais celle de la terre.

Voilà, mes chères enfants, en deux mots, l'histoire de ce métal artistement travaillé : me permettrezvous d'y voir l'histoire de votre âme et l'abrégé de votre éducation?

Qu'est-ce qu'une jeune enfant qui commence à ouvrir son âme à la vie, et qu'on envoie dans une pension chrétienne, sinon un précieux métal, renfermé dans une argile plus ou moins grossière ?

iSO m L ESPRIT CHRÉTIEN.

L'enfant a de$ germes d'intelligence, mais ce sont comme les étincelles de feu cachées dans la pierre dure : son ccBur contient un filon d'or ; mais, pour y arriver, combien il faut détacher de fragments abruptes qui le recouvrent ! Son caractère sera peut-être un jour, comme un beau vase, Tomement de la maison ; mais combien de fois il aura fallu l'assouplir et lui donner par un contact ferme, quelquefois par un froissement énergique, ce poli et ce brillant tempéré d'une éducation soigneusement cultivée ! — Ce métal, que nous avons sous les yeux, avait donc raison de me dire tout à l'heure, qu'il était le symbole et le modèle de votre vie. Quand on Ta tiré de la carrière, il s'est laissé travailler, il n'a opposé aucune résistance à toutes les opérations qui ont préparé son avenir. Et vous aussi laissez les mains habiles auxquelles vous avez été confiées , laissezJes vous dépouiller de toutes les matières terrestres qui environnent votre âme, c'est» à-dire de tous ces mauvais instincts dont le germe existe dans les meilleures natures, de toutes les tendances de la vanité, de l'amour-propre , de cet 6p:oïsme sî subtil, qui se glisse comme une liqueur

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volatilisée dans le cœur de la jeune fille, et qui devient plus tard une semence d'amers poisons pour toutes les pensées et toutes les affections de la fenome. Laissez briser tous les angles du rocher, c'est-à--dire ces aspérités de caractère, ces duretés d'âme, ces raideurs de nature ; laissez broyer votre être tout entier, laissez-le jeter au centre d'un feu régénérateur, et sortez de ce bain purifiant avec une nature rajeunie, séparée de la matière, forte et énergiquement trempée. C'est ainsî que se fait la véritable éducation. Malheureusement, nous vivons dans un siècle de molle tendresse, où une affection inintelligente n'a pas le courage d'entreprendre ces opérations vigoureuses. On caresse les défauts, au lieu de les corriger ; on laisse la terre s'unir de plus en plus à l'or précieux, et quand la jeunesse arrive à l'âge mûr, elle offre un triste mélange de qualités et de vices opposés, qui afflige le cœur et déconcerte l'œil le plus exercé. Qu'il n'en soit pas ainsi parmi vous, mes chères enfants : aidez le tra^ vail si difficile de vos excellentes maîtresses, favorisez leur action par votre concours dévoué, et rendez-leur, en affection filiale, tout ce que la formation

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de votre âme leur a coûté de sueurs et de larmes invisibles.

Ce n'est pas assez de ce premier travail : il faut de rharmonie dans l'éducation. Nous l'avons vu : quand le métal est fondu, l'artiste y mêle d'autres substances, et. c'est l'union de ces corps divers qui forme une harmonie de sonorités différentes et combinées dans un merveilleux ensemble. On dit • même que, le mélange préparé, il y jette parfois quelques atomes d'argent, afin de donner au son cette clarté et cette limpidité qui rendent la mélodie plus douce et plus pénétrante. Gracieuse image de l'harmonie des âmes dans l'éducation ! Il y a en vous, mes chères enfants, une riche variété de substances métalliques, je veux dire de qualités intellectuelles et morales : la force, la douceur, la flexibilité, la constance, la souplesse, l'énergie, la vivacité de l'intelligence, la tendresse du cœur, l'élévation d'âme, le charme du caractère. Tout cela est en germe dans votre être, et peut être dégagé, cultivé, perfectionné ; mais il faut que ces belles qualités soient jetées dans le creuset, agitées par une main habile et discrète, et l'on doit laisser cristalliser le

mélange, à cette heure, difficile à trouver, où la dose de chaque élément s'est unie dans la proportion qui forme un être complet. C'est cette fusion d'éléments harmonisés et combinés avec sagesse, qui fait le plus beau succès de l'éducation. — Et, de même que chaque cloche a un son différent et toujours mélodieux, chaque âme d'enfant, après ce broiement et cette fusion de son être par l'éducation, doit avoir un son particulier, une résonnance qui lui appartienne ; et cependant ce son doit toujours être juste. Il faut que chaque âme soit coulée dans le moule primitif de son caractère, soit travaillée selon le type idéal qui lui a été désigné par la Providence. Ce type, ce moule primitif, sont indiqués à la maîtresse clairvoyante par un ensemble d'aptitudes, par le mouvement instinctif et spontané de ces germes intellectuels et moraux déposés au fond des jeunes âmes : germes divins qui demandent à voir la lumière, qui se développent par une culture proportionnée à leurs besoins, et appellent, en se développant, une vie toute spéciale. Aussi tout le secret de l'éducation est de cultiver chaque être dans ses germes, et de conserver, à

Fâme qui nous est confiée, ces intonations diverses qui lui viennent de la nature, et que h grâce doit perfectionner. Le dernier complément de cette œuvre H belle et si difficile, consiste à mettre une harmonie hiérarchique entpe les tendances si va*' riées de^la nature humaine, de paanière que le son du cœur domine celui de l'intelligence, et qu© la mélodie de Tâme et du caractère commande l'intelligence et le oœur ; car Tâme et le caractère sont la plus belle et dernière forme de l'être raisonnable; c'est le souffle qui anime et perfectionne Fintellî^ gence et le cœur ; c'est l'attitude morale qui donne à la statue de l'humanité sa pose pleine de majesté et de douceur. '— « En toutes choses, disent le$ Pères, la beauté c'e^t l'harmonie ; et la beauté de l'âme en particulier, c'est la symphpnie de ses facultés : Rei cujusque putchritudo est concinnitas

décor animœ, potentiarum ejus symphonia (1). »

Saint Ghrysostome semble indiquer be but de Fé* ducation, par cette belle et profonde parole : « Nous devons harmoniser notre âme de telle sorte qu'eilQ

(1) Greg. Naz. Carm, 1. 1. §, II. n» 35; Didym. Alex, in Ps, 59.

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n'ait point de àons discordants ; Sic nostram compommus animamy ut non clamet (i). » Combien d*âmes dont les facultés ne sont point équilibrées, et ressemblent aux roues des chars qui marchent en criaot! Elles avaient peut-être tous les éléments d'un caractère tempéré ; mais leur éducation a été manquée, et elles demeurent à Vétat d'instruments mal accordés qui fatiguent les oreilles. Quelle douce joie, au contraire, et d'autant plus douce qu'elle est rare dans la vie, de rencontrer de ces âmes où tous les éléments de bien sont fondus dans une juste pro*portion, où chaque corde de l'intelligence et du cœur a une résonnance spéciale et ordonnée dans rénsemble ! Heureux caractères, dont chaque fibre conserve sa vibration, et dont la résultante est une harmonie : Qmnia sonumsuum custodiunt (2). Belle parole empruntée à nos Livres Saints, et qui convient merveilleusement à ce sujet si grave et si délicat. Oui, chaque âme a un son et doit avoir un son particulier, comme la cloche, comme l'instrument de musique, et, pour peu qu'on ait l'oreille attentive

(2) In Ep, ad Fphes. c. 4. hotn. 16, t. II. p. 132. (1) Sag. 19. 17.

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en ce monde, on distingue le son des âmes ; on les touche et elles vibrent, et quelquefois elles vibrent alors que tout paraît silencieux en elles. Où sont les âmes qui aient le son divin, et dont on puisse dire cette autre parole de TEcriture : « On obtient, en les faisant résonner, de douces et divines modulations : In sona eorum dulces fecit modos ? » (1).

Continuons l'histoire de la cloche : quand Tairain est devenu un instrument de musique, on Tapporte au temple, afin qu'il reçoive une sorte de baptême ; là, il réclame la grâce d'en haut, figurée par le sel, l'huile sainte, les parfums, la myrrhe et l'encens.

Mes chères enfants, il n'existe pas d'éducation sérieuse sans une consécration surnaturelle : si l'âme de l'enfant n'est, comme la cloche, baptisée par l'action de la grâce ; si elle ne reçoit, pour la conserver, l'onction de l'huile sainte ; si elle n'est parfumée avec la myrrhe religieuse, il est grandement à craindre que les plus belles quaUtés de l'ordre naturel ne deviennent un danger et une cause de malheur. Il y a toutefois cette différence, dans la

(l)Eccli. 47.

comparaison, que le travail surnaturel ne doit point survenir à la fin de l'œuvre si importante de Téducation, mais l'accompagner dès Forigitie, et pénétrer, en Jes sanctifiant, les premières pensées et les plus jeunes affections de l'enfant. Dans notre siècle, on a presque peur de l'influence surnaturelle dans Féducation ; on redoute l'action religieuse, ou bien on ne l'admet qu'avec une souveraine défiance. Sans doute, on peut abuser de tout : une direction religieuse inintelligente et exagérée peut faire dévier la vraie formation de l'homme et du chrétien ; mais Tabus n'a jamais rien prouvé contre la perfection d'un principe. Appliquez la pensée catholique à l'éducation, avec ce tact éclairé et cette mesuf-e des grands maîtres de la religion, et vous obtiendrez toujours les meilleurs résultats. Les facultés naturelles se développeront merveilleusement, l'intelligence s'épanouira dans sa force native, le cœur s'ouvrira plus large et plus pui'', et le caractère, expression animée de l'être vivant, aura une perfection relative que fera ressortir, en la conservant, l'action supérieure de la grâce. Oh ! quelle est admirable l'œuvre vivifiante de la piété chrétienne, quand, rencontrant

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une âme heureusement flouée, elle la cultive conune une tendre fleur et lui verse chaque matin la rosée du ciel I La nature ne perd rien à ce sublinae travail ! elle se complète tous les jours ; les défauts disparaissent, et tous les germes de bien sortent h la lumière, avec d'autant plus de confiance, qu'ils ont à rintérieur un arôme divin pour les préserver de la corruption. Que les modulations de cette âme sont merveilleuses, qu'elles sont variées et délicates I Et cependant le son est toujours le même, toujours divin : In sotio eorum dulces fedt modos!{l).

Mais combien de larmes n'ont pas versées, et ne versent pas tous les jours, les parents aveugles qui ont fait appel aux seules forces de la nature dans l'éducation de leurs enfants I La nature ! Ah ! quand mépie elle serait toujours bonne et pure, l'homme a une. vocation supérieure, puisqu'il est appelé à jouir de Dieu, et jamais la nature ne isuffira à élever l'homme qui a reçu le baptême. Mais la nature, telle que nous la montre une triste expérience,

(l) Eccli.47. 11.

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qu'est-elle, sinon une source empoisonnée où viennent prendre naissance les plus dangereux instincts ? Et ses plus généreuses tendances ne sont-^Ues pas, elles-'mèmes, trop souvent perverties, quand la re^ ligion ne tend pas une main amie et secourable à cette humanité si faible et si malade ? Aussi, quand le jeune homme ou la jeune fille n'ont eu que la nature pour éducateur , ils nourrissent de fruits amers la vieillesse de leurs parents, et font souvent le déshonneur de la famille.

Votre avenir, mes chères enfants, nous offre de plus consolantes perpectives. Vous deviendrez un jour des femmes parfaites et d'une nature excellente, précisément parce que, dès vos premières années, vous vous serez maintenues de parfaites chrétiennes, et qu'une piété douce et sincère aura continuellement arrosé votre âme. Plus tara, on fera de vous ce qu'on fait des cloches bénites : on vous élèvera dans les airs, o'est-à-dire qu'on vous donnera votre position dans la société. Votre cœur sera comme la cloche, toujours suspendu au-dessus de la terre, et le son de votre âme sera toujours clair et élevé,

arce que Tâme eUe-méme sera toujours pure et

chrétienne. Oh ! qu'ils sont beaux, purs et purifiants les sons de la cloche argentine I Mais qu'ils sont plus beaux, plus purs et plus purifiants les sons qui partent du cœur de la femme chrétienne ! Ils ne sont semblables h aucun autre. Les sons du cœur de l'homme sont plus mâles et plus vigoureux, mais ils n'ont pas cette sonorité céleste et délicate que donne le cœur de la femme pure. Ne lui demandez pas des sons qui abaissent : elle connaît seulement ceux qui élèvent, ceux qui parlent de Dieu ou des grandes et nobles choses; car parler de ce qui est grand et noble, c'est en un sens parler de Dieu. En elle, je trouve la vivante application des paroles du Pontifical que je vais prononcer en quelques instants : Et cum melodia illitis auribus insonnuerit populorum, crescat in eis devotio fidei : la mélodie de son âme arrive aux oreilles des peuples et augmente en eux le sentiment de la piété. Elle me rappelle encore une pensée de saint Jérôme, que je traduis avec une légère modification : « Tout en elle a une voix ; le mouvement, la démarche et la pose tout entière; elle rend le son du bien et du bien embelli par son cœur : Et gressîis ejus^ et motus^ et universa

DE LESPRIT CHRÉTIEN, 161

vocalia sint : veritatem mente concipiaty et toto eam habitu resonet et ornatu (1).

Vous vous maintiendrez toujours dans cette position, mes chères enfants, et vous verrez s'étendre autour de vous une heureuse influence pour le bien. Dans le monde, comme dai\s ce pieux asile, vous resterez semblables à la cloche : vous habiterez toujours une sphèi*e élevée. Quand une âme, troublée du bruit de la terre et des clameurs discordantes, voudra obtenir un son divin pour réjouir son oreille fatiguée, elle ira vous trouver ; elle vous frappera de son contact affectueux, et elle entendra sortir de vous une poésie musicale qui lui parlera de l'infini : Quasi Carmen musicum. Il me serait facile, mes chères enfants , de choisir sous mes yeux des exemples pour confirmer ce que je viens de dire. Je pourrais en trouver, non plus le symbole, mais la vérité, dans ces deux vénérables familles (2) qui ont bien voulu laisser leur nom à cette touchante

(1) Ad Fabiol. de Veste Sacerdot,

(2) M. Boffinton, Préfet de la Charente Inférieure,

et M°^e Boffinton.

M. Titon, Receveur général, et M™® Titon.

cérémonie; maÎB les sons intimes de certaines âmes veulent être sollicités d'une manière si délicate, qu'il vaut mieux ne les point troubler par d'indiscrètes révélations.

Vous dirai-je, pour terminer mon allégorie', que la cloche a toujours un son joyeux : ce son est plus ou moins grave, plus ou moins solennel; mais, dans sa majestueuse splendeur, il est toujours joyeux, en ce sens, du moins, que tout ce qui élève fait trouver la sérénité. Ainsi doivent être vos âmes : conservezleur toujours un son joyeux, c'est celui de la vertu. L'homme de la terre, étourdi par les bruits de la foule et blessé par toutes ces flèches qui se promènent dans l'air vicié, l'homme de la terre doit être triste souvent; mais l'âme vraiment chrétienne a toujours une corde céleste avec un refrain joyeux. Telles ont été la disposition générale, le tempérament, et, si j'ose le dire, la sonorité habituelle des Saints. Il y avait toujourp en eux une vibration pure et sereine; leur âme était une lyre pacifique en mouvement, et l'oreille qui les approchait, distinguait facilement ces ondulations calmes et joyeuses qui se prolongeaient à travers les nuages tristes et froids, et les humides

vapeurs de ce monde. N'esIN^e pas ce que voulait dire saint François de Sales , quand il reconunan^ dait de tenir toujours son âme eii posture de suavité, ou bien qu'il s'écriait : « Je ne sais comment les âmes qui se sont données à la divine bonté, ne sont pas toujours joyeuses... Moi , je voudrais que nous chantassions partout (1). »

Un poète allemand a fait le chant de la cloche : notre point de vue était différent, et nos pensées n'ont point dû marcher d'une manière parallèle. Mais la conclusion, je l'adopte en partie, et je répète avec lui : « Venez, baptisons la cloche; que Concorde soit son nom ! Quelle ne rassemble la communauté que pour des réunions de paix et d'affection !... Que sa bouche d'airain ne soit occupée qu'aux choses graves et éternelles !... Qu'elle nous répète que rien ne dure en ce monde; que toute chose terrestre s'évanouit comme le son que la cloche fait eptendre et qui bientôt expire !... Maintenant,

(1] {Lettres 346 et 98.) N'est-ce pas aussi le sens de cette parole de saint Jean Damascène : Merito Anna divino spiritu plena^ lœto hilarique animo personat. Saint Jean Damascène, Brev. romain; sainte Anne, 26 juillet.)

qu'elle s'élève dans les airs !... Que ses premiers accents soient des accents de paix ! (1) »

(1) Schiller, Chant de la Cloche.

DISCOURS

POUR

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