LA BÉHÉDICTIOH DE LA CHAPELLE DES CAUÉUTES
DE Là HOCHËDLE Prononcé le 9 février 1859.
Jubilate Deù omnit terra : tervite Domino in loUUia. Introite iri conspcctu ejutin exuUationeA. . introite atria ejus in hymnis (Psalm. 99;.
Que toute la terre se réjouisse : servez le Seigneur duis Tallégresse; entrez dans sa maison avec des hymnes de joie.
L'âme juste est le plus beau temple de Dieu ; les constructions de pierre les plus riches et les plus splendides ne sont qu'un emblème, un souvenir de cette vérité première et fondamentale, consacrée par le langage de l'Ecriture et des maîtres de la religion :Vos estù templum Dei vivi... (1). Templum
(1) II. Cor. VI. 16.
Dei sanctum est, quod estis vos (1) : « Vous êtes le temple du Dieu vivant : le temple de Dieu est saint, et ce temple c'est votre âme. Un temple, une église, une chapelle, c'est donc l'empreinte extérieure d'une idée immatérielle, et telle est la puissance et la grandeur du Christianisme, qu'il tend à spîritualiser toute chose , en sorte que de tout objet matériel touché par la religion on puisse dire en un sens : c'est un corps spirituel : Corpus spiriiale (2). Le Christianisme veut des éléments matériels dans son culte ; il les taille, il les polit, il leur donne la forme que réclame un art ingénieux , mais il ne les emploie que comme symboles , que comme indicateurs d'une doctrine céleste* Otez ce spiritualisme continuel de la religion^ cette lumière mystérieuse qui projette un jour divin même sur la matière^ et le Christianisme sera réduit à une sorte de formalisme extérieur; il deviendra semblable à un corps dont le souffle vital aurait disparu.
Vous m'avez invité,mes chères Filles, à bénir votre chapelle et à sanctifier, par les prières de la religion,
(2) I. Cor. III. 17.
(1) I. Cor. 15.
ces tabernacles du Dieu vivant, afin que votre ftme puisse désonnais s'y reposer et y verser des prières avec des larmes d'amour : Oratiê cum lacrymis (1). C'est avec une joie toute paternelle que je me suis rendu à votre invitation, et c'est un bonheur pour votre Évêque de bénir lui-même ce petit coin du ciel (2), comme l'appelle sainte Thérèse, où les âmes fatiguées viendront trouver uû abri, et d'où s'élèvera continuellement l'encens d'une prière pure et toute puissante sur le cœur de Dieu. Mais je dois vous prévenir qu'après avoir accompli les rites sacrés du culte extérieur, ma pensée première et principale se porte ailleurs. Ce sont vos ftmes que je viens bénir solennellement; ce sont vos âmes que je viens installer, au nom du Seigneur, dans ces demeures de la paix et de la solitude ; car vos âmes, c'est le plus beau temple de Dieu : Vos estis templum Dei idvi • DU, pour parler encore comme sainte Thérèse^ c'est un ciel où Dieu demeure d'une manière toute spéciale et a sa place de choix (3).
(l) Judith, 13.
(1) En este cielo pequegno (Chemin, c. 28. n<» 5).
(1) Châtea/u. 7, demeure, cl.
168 DE LESPKIT CHRÉTIEN.
Il me semble, M. T. C. F., que dans ce moment j'ai sous les yeux deux temples : l'un matériel, l'autre construit par le souffle de Dieu,^ et portant l'empreinte vivante de cette céleste inspiration ; et mon discours ne serait point dirigé par le discernement de la sagesse, si je vous entretenais seulement de la pierre et du bois. J'avais d'abord rêvé une sorte de parallèle entre un temple et l'âme d'une Carmélite; je voulais suivre les cérémonies principales et la destination des différentes parties de cette chapelle, pour remonter ensuite dans les régions surnaturelles et y faire de mystérieuses applications. J'aurais voulu vous dire, par exemple : dans une Eglise on chante des cantiques, on prie, on offre des sacrifices, le cœur se nourrit de l'amour le plus pur et le plus vrai, et c'est un emblème de tout ce qui se passe dans la vie des filles de sainte Thérèse; mais le temps ne me permet pas tous ces développements, où nous aurions puisé les leçons de la plus haute et de la plus large philosophie mystique.
Arrêtons-nous aujourd'hui à ces deux pensées : Dans une église on chante des cantiques; c'est l'image de la vie du Carmel. (
Je ne sache rien d'aussi grand que la philosophie chrétienne, quand elle jette son regard et sa pensée sur les choses de ce monde pour les relever et leur rendre un caractère divin. A celui qui calomnie les dons de Dieu répandus partout, elle répond en les glorifiant, et elle répète cette parole de l'ange de l'école : ce Diminuer la perfection des créatures, c'est accuser la perfection de la vertu divine : Detrahere perfectioni creaturarurn , est detrahere perfectioni dtvinœ virtutis (1). »
Que fait-on dans les Eglises ? On chante des cantiques ^ et les airs retentissent des accents de l'harmonie (2). Mais la musique n est-elle pas une chose profane ?
La musique, M. T. C. F., et par ce mot j*entends
toute modification cadencée et harmonique de l'âme quand elle chante ses pensées et ses affections, la
(1) S. Thomas, ConL GenUs 1. 3. c. 69,
(2) Plusieurs Dames de la Rochelle avaient bien voulu organiser une fête musicale pour cette réunion de famille.
170 DE LESPKIT CURETIEZ .
musique est, en elle-même, une chose divine. Elle est divine, parce que c'est une mélodie, et Dieu est une mélodie éternelle; la conversation des trois personnes de la sainte Trinité forme une continuelle harmonie dans la diversité de leurs augustes relations. La musiqiie est divine, parce que Dieu gouverne tout par rharmonie, que toute harmonie dans les sons, dans les couleurs, dans les formes, dans les proportions, est un écho affaibli, un pâle reflet des beautés mélodieuses qui sont cachées en Dieu (i). Les siècles , dit saint Augustin , se déroulent devant lui comme un concert qui nous ferait tombei' en extase, si nous pouvions l'entendre : Qtmsi sentiremus^ delectatione ineffabili mulceremur (2). La musique est divine, parce qu'elle nous porte à la paix et à la joie, et que la vie de Dieu est une béatitude infinie dans les éternelles voluptés d'un bonheur auquel rien ne peut s'ajouter. La musique est
(1) Quid illâ (musîcâ) prsestantius , quse cœli machinam sonora dulcedine, et naturse convenientiam ubique dispersam virtutis suse gratia comprehendit ? (Cassiod. Variar., 1. IL c. 40).
(2) S. Aug. EpisU 166, n^ 13. *
DE LESPRTT CHRÏCTIEN. 171
divine, parce que, sur les âmes bien disposées, elle produit un effet divin : elle réveille dans leur cœur des fibres qui sommeillaient; elle les excite par je ne sais quel mouvement électrique , et les soulève de terre; alors Fâme rêve aux choses du ciel; il lui semble qu'une intelligence céleste lui a fait signe pour lui parler de choses qu'on ne connaît pas sur la terre, et Tentretenir dans un langage d'autant plus profond qu'il n'est pas articulé et qu'il ouvre à l'esprit des horizons indéterminés. C'est ce qui fait dire à saint Augustin, que les sentiments de l'âme ont une relation mystérieuse avec les intonations de la voix, que les nuances des pensées sont exprimées dans la variété des notes et leur correspondent par de secrètes sympathies: je ne saurais autrement traduire les magnifiques paroles de cette âme si intelligente, oix le sentiment de tout ce qu'il y a de musical et d'harmonieux dans la création semblait s'être condensé : Omnes affectus spiritus nostri pro sut diversitate habere proprios modos in voce alque cantu , quorum nescio qiia occulta familiaritate excitentur (1).
(1) Cor>f., 1. 10, c. 33.
172 DK L ESPRIT CHRÉTlExN.
Aussi, quels que soient les abus des chants et de la musique, l'Eglise les a maintenus et en conserve la tradition ; on dirait qu'elle veut, par cette conduite ferme et éclairée , prouver que l'abus n'atteint pas le don de Dieu, et aussi purifier par un saint usage ce que l'homme a le triste talent de profaner.
L'EgUse a remarqué que la musique réjouissait le ccBiir de l'homme, et comme un des buts principaux du Christianisme est de réjouir le cœur par de saintes voluptés (1), l'Eglise fait appel aux ressources de rharmonie; son intention est que les ministres du culte organisent dans les temples des fêtes où le corps et l'âme trouvent une légitime satisfaction : Cor nieum et caro mea exultaverunt in Deum vtwim (2). Comme ce langage peut sembler nouveau à plusieurs, entendons la doctrine des Pères.
ce Nous aimons tellement les chants, dit saint Chrysostome, que les petits enfants qui pleurent se calment aussitôt, à la suavité d'une voix harmonieuse ; les nourrices le savent : aussi emploient-elles cet innocent stratagème. Cette influence du chant se
(1) S. Léon, de Jej. 7.. menais, s. 4.
(2) Ps. 83.
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remarque sur les animaux privés de raison, et les conducteurs chantent pour adoucir les sueurs de leur attelage. Le cultivateur, celui qui recueille le raisin au temps de la vendange, tout homme qui travaille aime à chanter. Le nautonnier accompagne de sa voix les cadences de. la rame, et les femmes elles-mêmes veulent que le mouvement harmonieux de leurs voix suive le mouvement de leurs mains qui s'agitent en travaillant. Pourquoi cette loi générale ? C'est que Tâme sait, par un instinct mystérieux, que le chant adoucit toute chose, et que le travail devient plus facile quand la musique semble
le soulever Aussi, voyant que cet amour du
chant était dans le fond même de nos entrailles : Hoc genus delectationis nostrœ animez valde innatum, et voulant paralyser le mauvais effet de la musique dangereuse, Dieu a introduit dans les Eglises les chants sacrés, afin que Tâme y trouvât réunis le plaisir et Futilité : Vt ex ea re simul caperetur voluptas etutilitas.... lia voulu aussi enlever ce quil y a de trop sérieux dans la méditation des choses divines, rendre ce travail facile, et même faire disparaître jusqu'au sentiment de la peine qu'il pour-
roit renfermer : Volcns graliorem laborem efficere, et fatigationis sensum prœscindere (1), »
Admirez, M. T» C, F., la tendresse materaeile de l'Eglise, cette infinie condescendance qui se proportionne à nos désirs et se mêle à nos plaisirs pour les sanctifier et nous attirer à Dieu. On dirait que la religion étudie continuellement notre nature, épie nos inclinations, surveille nos désirs, pour e^
(1) Noos citous en entier cet admirable te;i(te ;
(( Cum Deus vidisset multos homines esse socordiores, nec ad legenda spiritualia lubenteraecedere, nec qui in eo capitur laborem tolerare, volen» gratiorem laborem efficere, eju«<jue sensum prsescindere, admiscuit prophétise melodiam, ut omnes cantici modulatione delectati, cum magna animi alacritate sacros et hymnos emittant. Nihil enim animam seque ezigit, alatamque quodammodo efficit, atque a terra libérât, et ex- Bolvit a. vinculis corporis, amoreque sapientiae afficit, et ut res omnes ad hvie vitam pertinentea irrideat, perficit, ut cantui modulationis, etdivinum canticum numéro compositum. Nostra certe natura usque adeo delectatur canticis et carminibus, ut Vel infantes ab uberibus pendentes, si fieant et afflictentur, ea ratione sapiantur, Nutriqes certe quae eos gestant in ulnis, ssepe abeuntes et redeuntes, et qusedam puerilia eis carmina décantantes, supercilia eorum ita sopiunt. Quocirca ssepe quoque viatores meridie agentes jugalia animalia, hoc faciunt canentes, itineris molestiam illis canticis consolantes. Nec solum viatores, sed etiam agricolse uvas in torculari calcantes, ▼indemiantes, et vîtes colentes, et quodcumque allad opuB
sayer de leur donner une léptime satisfaction, et s'en servir ensuite comme d'un pont pour nous conduire au ciel. L'homme aime l'harmonie ; la chant est pour lui un plaisir si vif, qu'il le mêle à toutes ses oeuvres, et quand l'homme ne chante plus ou n'est plus disposé à chanter, c'est une preuve que la vie morale s'éteint en lui. L'Eglise, avec l'instinct d'une mère, a vu cette tendance et ce dé-
facientes, aœpe cantant. Nautao qaoque remos impellentei hoc faciunt.. Jam vero mulieres quoque texentes, et confusa stamina radio diflcementes, saepe qoidem, et par se singulse, saepe autem etiam omnes concorditer unam quamdam melodiam concinunt. Hoc autem faciunt mulieres, viatores, agricol» et nautse, qui ex opère faciendo suscipitur, laborem cantu consolari yolentes, utpote cum anima, si carmen et canticum audierit, molesta et difficilia sit facilius toleratura. Quoniam ergo hoc genus delectationis est nostrse animœ valde innatum, ne dsemones lasciva et meretricia cantica introducentes, omnla eyerterent, psalmos Deus opposuit, utexea re simul caperetur Yoluptas et utilitas. Ex externis enim canticis damnum, et exitium, et multa gravia invehuntur : nam cum quse sunt in his canticis lasciviora et iniquiora, partibus animœ insederint eam imbecilliorem reddunt et moUiorem : ex canticis autem spiritnalibus lucri quidem plurimum, maxima autem utilitas insignisque sanctiôcatio, et omnis Philosophiœ occasio pro« cessent, cum et verba animam expient, et Sanctus Spiritus in canentis animam celeriter advolet {In PsaUn. XLL — Edit. Ganme,tom. V:p. 156-156).
sir du cœur : elle s'en empare pour les diviniser ; elle veut qu'on chante dans les églises, afin que le plaisir de l'homme soit divinement satisfait.
Continuons à entendre l'enseignement de notre grand Docteur, et nous verrons que la religion ne se propose pas seulement le plaisir, mais l'utilité de l'âme, ce Rien, dit-il, n'élève l'âme comme la s\Tnphônie et les hymnes divins disposés en chants rhythmiques. » M. T. C. F., n'êtes-vous pas entrés quelquefois dans une église avec des. pensées terrestres et des sentiments charnels ? Vous avez pris place dans l'enceinte, mais votre âme était ailleurs : elle était sur terre, dans la fange peut-être. Ecoutez et faites silence ; je parle du silence intérieur. Une voix, plusieurs voix ont retenti ; échos d'une âme chrétienne, elles ont retenti comme ^ la voix d'en haut, elles ont suivi les cadences des notes ; elles se sont élevées ; elles ont disparu, et il y avait dans leurs derniers accents quelque chose qui disait qu'elles allaient au ciel porter l'hommage de la création. Qui que vous soyez, âmes de terre qui avez entendu ces voix, vous avez été soulevées malgré vous; vous êtes peut-être retombées aussitôt sous
DK l'esprit chrétien. 177
vos ehaînes, mais vous avez été soulevées, ne fûtce qu'une seconde, et dans cet instant fugitif, voua avez dit conune malgré vous : Il y a donc quelque chose qui vaut mieux que la chair et le sang ; le divin existe donc I Oui, et il est plus beau que le monde visible. — Mais, M. T. C. F., si Tâme, au lieu d'être- ensevelie dans la chair, est chrétienne et pure, ces chants de TEglise la soulèvent immédiatement, lui donnent des ailes, Farrachent à la prison du corps, la prosternent devant le trône de Dieu, et l'amour de la sagesse glisse avec l'harmonie dans son cœur : Alatam animam quodammodo efficity atque a terra libérât, et exsolvit a vinculis car-» ports. • . amoreque sapientiœ afficit. Alors l'âme monte et descend, comme un nuage promené quelque temps par la brise, et qui finit par se perdre dans les cieux ; elle suit le mouvement de la voix ; elle sent, presque à son insu, que chaque flexion, chaque variété d'intonation va réveiller des sentiments presque inconnus sur l'échelle de ses affections ; elle voit ces sentiments naître, se développer, grandir ; elle laisse la musique leur créer des ailes et
les entraîner vers les cieux : Alatam animant efficit.
Elle s'écrie avec saint Augustin : ce 0 mon Dieu ! à ces hymnes, à ces cantiques célestes mon âme est ébranlée, et les suaves accents de votre Eglise me font verser des pleurs délicieux. Les chants coulent dans mon oreille, et la vérité, liqueur divine, s'épanche avec eux dans mon cœur : Voces illœ influebant in aurihus meis, et eliquabatur veritas in cor meum (1). Ils soulèvent en moi les plus vifs élans d'amour ; mes larmes coulent en abondance, et j'aime à les voir couler : Et corruebant lacrymœ, et bene mihi erat cum eis.
Saint Chrysostome ajoute deux pensées que je ne veux pas laisser sans commentaires : les chants purifient l'âme, et l'esprit de Dieu se précipite sur les ailes de l'hannonie pour entrer dans le cœur : Yerba animant expiant, et Sanctus Spiritus in canenlis animant celeriter advolat. — Ne l'avez-vous jamais éprouvé, M. T. C. F. ? une bonne parole purifie l'âme. Quand le cœur est flétri, quand il sem-
(1) Conf., 1. 9, c. 6.
ble décoloré, la parole d'une âme vraie, d'un cœur ami, fût-eïle austère, semble nous purifier par son contact et nous rendre un peu de vie. La parole est le souffle de l'âme, et l'âme étant comme le souffle de Dieu, tout se conçoit dans ce sublime et quotidien mystère. Aussi, très-souvent, une bonne conversation suffit à rendre un homme meilleur, à le relever à ses propres yeux ; une seule parole produit quelquefois uij incalculable résultat. Cette parole semblera d'abord comme un parfum déposé dans un lieu inmionde; mais, quelques heures après, le lieu est purifié, on commence à y respirer l'odeur de la vertu, et la pensée de l'Ecriture est accomplie : Ufigiiento et variis odoribus deledatur cor, et bonis amici consiliis anima dulcoratur (1). Mais le. chant surtout produit cet effet de purification, et cela tient sans doute aux cordes harmoniques qui sont dans notre être physique et moral, et se soulèvent, par instinct, conrnie les cordes d'un instrument qui, placé loin de l'artiste, résonne naturellement au premier coup d'archet (2). Le chant a une
(1) Prov. 27.
(2) Ubi (in chorda) tanta vocum collecta est sub diversitato
puissance toute particulière de conquête sur F âme : il la prend, à moins qu'eUe ne résiste ; il la prend, il la soulève de terre, et, en la soulevant, on dirait qu'il la purifie : Verba animam expiant.
D y a, en outre, dans le chant sacré (1), une vertu de sanctification qui tient à son élément surnaturel, et que Dieu lui a donnée comme il a donné à la plante sa vertu curative, à la fleur son parfum. L'esprit de Dieu est un esprit de joie, d'amour et de confiance, et il aime la musique joyeuse et divine, parce qu'elle exprime, sous des intonations variées, la souveraine béatitude de Dieu. L'Esprit-Saint aime la joie et les chants joyeux, comme l'esprit des ténèbres aime la tristesse et les chants lugubres ; car
Côncordia, ut vicina corda pulsata alteram facîat sponte contre aiiscere, quam nuUum contigitattigisse. Tanta enim vis est coùvenientise, ut rem insensualem sponte se movere faciat, qtiîa ejus sociam constat agitatam (Cassiod. Vatiar., 1. 2. G. 40),
(1) (Musica) Tristitiam noxiam jucundat... excitât ignaviam soporantemque langorem..; sanat mentis tsedium bonis cogitationibus semper adversum... etquod heatum genus curationis esti per dulcissimas voluptates expellit animi passiones. Ineorpoream animam corporaliter mulcet, et solo auditu ad quod vult deducit fCaasiod. Variar. 1. 2. c. 40.)
la joie prédispose Tâme à la vertu, comme la tristesse conduit à l'iniquité (1). Je ne fais qu'indiquer cette pensée qui m'entraînerait trop loin ; qu'il me suffise de dire qu'elle forme la base de la mystique des Docteurs de l'Eglise (2) : d'après leur enseigne-
(1} NuUus humor magis qnam hic (melancholicns) opportunus est diabolo, ut homines vexet, tentet, incitetque ad znœrorem, inTidiam, iram, desperationem. Quare dœmon qai agit per causas naturales, maxim utitur humore melancholico ad homines adigendum in angores, dissenaionest aversiones, odia, rixas, etc.. Vis ergo naturalis masices et cithar» David, leniens melancholiam Saulis consistebat in duobns : primo quod diyerteret ejus phantasiam a tristium rerum cogitatione, ad attendendum Isetis musices sonis et canticis; secundo, quod ipsa Yoluptas. cantus eum exhilararet, itaque melancholiam abigeret, vel minueret... Verum potior vis hujus cithar» erat flupematuralis, etc. (ComeL a Lap, in 1. Reg. c. 16.)
(2) Citons seulement les paroles de. saint Antoine rapportées par saint Athanase {ViU ÀnU c. 36) :
<c Malorum (spiritaum) incursus et phantasia cum tumultu, Btrepitu, sono et clamore obvenit ..Undeexoritur animi pavor^ turbatio et confusio cogitationum, tristitia, mœror animi... Cum itaque quibusdam conspectis timoré corrîpiemini, si statim timor auferatur, et ejus loco mox consequatur ineffabile gaudium, alacritas , fiducia, animi recreatio, cogitationum tranquillitas, robur animi item et Dei amor, confidite et orate : gaudium enim et ille animse status prœsentis sanctitatem indicat. Sic Abraham Dominum videns exsultavit; sic Joannes édita a Deipara Maria voce exsultavit gaudens.
ment, le chant harmonieux ouvre l'âme, et TEspril- Saint s'y précipite en pacifique vainqueur. Les anciens Prophètes connaissaient cette vérité. Faites venir un chanteur, disait Elisée ; et quand le chanteur fut venu, l'Esprit de Dieu reposa sur le Prophète (i) ; et quand Saiil était saisi de l'esprit malin, la musique contribuait à le rétablir dans la tranquillité de la raison (2).
Aussi je ne m'étonne pas d'entendre un savant abbé du moyen-âge appeler la musique sacrée ce une pieuse invitation à l'Esprit-Saint, » et affirmer ce que l'Esprit de Dieu, se rendant à cet appel, ébranle aussitôt les entrailles de l'âme, et y verse avec une douce violence ses plus abondantes bénédictions (3). »
On dira peut-être que je fais un cours de musique en ce moment, et que mon auditoire attendait d'autres paroles. Mon excuse serait alors dans les
(1) 4 Reg. 3.
(2 I Reg. 16.
(3) Ut abundantius sedificet, pleraque oratio Ecclesiae music<e dulcedinis suavitate condita est. Valet enim auditus music» dulcedinis psallendo atque orando ad invitandam sive excitandam in pectore nostro Spiritus Sancti gratiam , secundu:.: Elisœi prophetse exemplum = . . Non dubito plerosque esse, qui
Gopgle
DE L* ESPRIT CHRÉTIÊX. 183
autorités que nous avons invoquées , et aussi dans .l'obligation où nous sommes de faire connaître aux fidèles les intentions de l'Eglise dans les cérémonies de son culte, et la manière simple et facile de sanctifier toutes choses en les sumaturalisant. Nous sommes depuis longtemps convaincu qu'une helle exposition de la philosophie catholique, à commencer par le grain de sable, serait une ravissante doctrine qui préparerait la conversion du monde. D'ailleurs, il y a autre chose que de la musique dans mes paroles : tout en instruisant les fidèles, j*ai préparé mon second point, et ce qui précède est une figure de ce qui va suivre : Hœe autem in figura facta mnl (1). L'harmonie des chants indique la mélodie intérieure et la joie de Tâme religieuse.
hujus rei experimentum quantulumcumque assecuti sunt et seciindum illud exemplum nonnunquam persenserint in auditu sive decantatione laudis, quod ijîsorum viscera concuteret impdtos Spiritas Sancti, innndans affectns divinœ inspirationis, etc. (Rupertus, w Math, 1. 5. Migne, PatroU t. 168, p. 1426 et Beq.).
(1) I. Cor. 10.
Reprenons l'enseignement des Pères, afin qu'on comprenne que ces allégories ont un solide fondement, ce L'harmonie des chants sacrés, dit saint Grégoire de Nysse (1), est sans doute la cause qui nous porte à en parler avec tant de bonheur ; maïs il y a quelque chose de plus grand et de meilleur encore : c'est la philosophie profonde qui se cache dans la mélodie des paroles et dans l'accord des chants ; elle renferme une énigme mystérieuse, et cette énigme, c'est la mélodie de l'existence, c'est la vie organisée comme un chant harmonieux : Vitœ concinnitas quam mihi tacite per œnigmatum umbras suadere vtdetur melodia (2). »
- (1) In Psal, Tract. 1, c. 3, p. 162-164, passim.
(2) Musicaperomnes actus vitse nostrae diffunditur : primum si Creatoris mandata faciamus, et puris mentibus statatis ab eo regalis serviamas. Quidquid enim loquimur, vel intrinsecus venarum pulsibus commovemur, per musicos rhythmos karmoniœ virtutibus probatur esse sociatum : musica quippe est scientia bene modulandi ('Cassiod. de Muicca^ t. 2. p. 1269. édit. Mignej.
Je vous applique ces paroles, mes chères FiUes, et je reviens à vous. Qu'est-ce qu'une Carmélite, et que doit être sa vie ? Elle doit être un chant : elle doit être un chant, car elle est une harmonie et un cantique de joie. Indiquons légèrement ces deux points ; ces touches de la musique des âmes sont encore plus délicates que celles de l'instrument à cordes,
La Religieuse, et surtout la Carmélite, doit être une symphonie : Symphonialis est anima^ disaient les Saints.
L'homme du monde, qui n'a point le sens chrétien, est presque toujours en désaccord ; c'est un instrument que l'humidité de l'air a vicié, ou que ia sécheresse a contracté. D a des pensées, mais elles se heurtent ensemhle : il a des affections, mais elles luttent les unes contre les autres ; son âme est partagée en deux : la portion divine veut monter, l'autre l'entraîne et veut demeurer à terre. De là une lutte de tous les instants : l'être raisonnable et chrétien combat l'être animal ; l'âme est tyrannisée par la chair, et le frottement continuel de ces parties en désaccord forme à l'intérieur un bruit qui
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ressemble à tout, excepté à une symphonie. Prenez encore une femme du monde, ayant tous les goûts du monde, la vanité du siècle, et toutes ces préoccupations où s'épuise la vie mondaine : y a-t-il, dans sa vie, un jour où l'âme ne soit pas un instrument qui crie ? Ses facultés, son intelligence, son cœur, sa mémoire, ses désirs, tout en elle est ^l'é* tat de fibres mal accordées, qui déchirent malgré elle les oreilles du cœur. A l'heure où eU<i semblera la plus soiurianta dans le monde, elle cache peut-être la contraction de l'intérieur, et elle fiât des efforts sur elle-même, afin que personne n'aperçoive le bruit qui la fatigue au-dedans ; sa pensée se dresse comme une montagne, son cœur bouillonne comme la lave. Ce désaccord de l'âme avec elle-même, qui est le plus grand supplice de la vie, peut exister partout, dans les positions les plus brillantes connue dans les existences les plus vulgaires : l'âme humaine se retrouve partout avec ses qualités et ses défauts a
Mais l'âme d'une Carmélite doit être une symphonie ; et pourquoi ? Parce que tout en elle est ordonné et divinement réplé. Ne.pensez pas que l'har-
monie dont je parle se produise par rétouffement : rharmonie intérieure suppose un mouvement continuel dans les notes de Tintelligence et du cœur. L'âme d'une Carmélite doit être l'âme la plus active, la plus féconde, la plus riche de toutes les âmes de femme. Je ne serai point compris sans doute de celles qui pensent que toute l'activité de la femme se réduit à promener sa vie de visites en visites, pour apprendre et dire beaucoup de choses, dont la moindre mal consiste souvent à n'être que des riens, pour épuiser son intelUgence dans la science des petites intrigues et des petites nouvelles. Aux âmes qui ont monté leur vie sur ce diapason, il sera difficile de persuader que la vie d'une Carmélite ne soit pas au moins très-ridicule ; mais mon langage sera entendu de toutes celles qui savent, par l'expérience ou la sympathie de leur cœur, que certaines âmes de femme ont besoin d'autre chose, précisément parce qu'elles sont grandes ; qu'elles ont besoin, conojne les artistes célèbres, de se retirer de la foule pour rêver à leur art, à leur symphonie ; et la symphonie principale de l'âme est de se régler soi-même, de se mettre d'accord avec soi-même, et
de mettre surtout son âme d'accord avec les chants du ciel. La Carmélite s'est dit à elle-même : J'ai une âfiie plus grande que la terre, et dont les notes supérieures touchent le ciel. Je suis loin de blâmer les femmes chrétiennes qui vivent dans le monde, mais }e remercie Dieu de m'avoir montré quelque chose de plus haut ; j'ai entendu des chants dans le ciel, et je me suis dit : Yoilà la musique qui me convient ; c'est à ce diapason que je vais régler ma vie, — Vous le savez, M. T. C. F., il est des vocations de peintre qui se sont décidées à la vue d'une belle figure de Raphaël, et certaines notes musicales, égarées dans les airs, sont allées dire à des âmes d'enfant : Toi, tu seras musicien, n est aussi des notes qui tombent du ciel, et qui disent à certaines âmes privilégiées : Ta musique, à toi, est encore supérieure à celle qu'on entend dans les églises ; viens dans la solitude et je te l'apprendrai. — Ces âmes obéissent ; elles passent leur vie à s'accorder, à se développer dans Tharmonie ; elles prennent les fibres les plus secrètes de leur cœur, les suspendent pour toujours à la voûte du ciel ; un vent céleste s'y promène constam-
ment ; elles résonnent comme les harpes éoliennes ; et si cette âme est une âme de sainte Thérèse, elle arrive à un développement d'intelligence et de cœur que ne décrira jamais la fièvre du romancier.
Mais comment s'opère ce prodige ? L'âme de la Carmélite est tout entière soumise à Dieu, et c'est la cause principale de la grandeur et de l'harmonie de son existence. Si je vous disais en ce moment : Rêvez un homme complet, oti tout se trouve, grandeur, noblesse, simplicité , cœur et intelligence ; mettez sous le soufffe de cette âme une autre âme qui se développera harmoniquement sous son inimence : que Tune devienne un sceau pour l'autre, et que la cire amollie reçoive l'empreinte ; ce serait l'idéal de l'éducation pour une âme. Mais quand c'est Dieu qui devient le diapason de l'âme, le sceau pour cette cire du cœur qui se fond à sa chaleur
puissante (1), oii sont les paroles qui puissent nous faire entendre la grâce, la force et le mouvement
(1) « On peut dire que Dieu marque alors les âmes de son sceau, sans qu'elles sachent de quelle sorte cela se fait. Elles sont comme de la cire molle, sur laquelle on imprime un cachet; mais il n'est pas en leur pouvoir de l'imprimer, ni de
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contmu de cette fusion, de cette harmome ? L'&me soumise à Dieu se rend peu à peu maîtresse de ses organes, elle les assouplit, elle les modère, elle les règle comme les notes d'une octave inférieure qui doivent avoir leur unisson. Dieu, devenu le m^tre souverain de l'âme, donne k l'intelligence sa clarté, au cœur sa vie ; il se promène sur des touches infi-» niment variées, et il y produit comme un apaise* ment de toutes choses dans un accord divin. Il y a vie, et vie active, vie féconde, vie surabondante, mais vie dans le calme de la paix. Sans doute il faut à Tâme des efforts pour en arriver là. : il existe un noviciat d'épreuves ; souvent le musicien tend el( détend les cordes ; mais, avec k grâce, le novice fait des progrès successifs, et Tâme finit par ressembler à. quelque chose que le abonde connidt peu, et que je pourrais définir par cette simple parole ; cette âme est un concert.
n me souvient d'avoir rencontré dans ma vie de ces âmes harmonieusement accordées, et je suis
8'amollir eUes-mémea; tout ce qu^ellea peuvent, o^est de recevoir cette imprescdou sans résister. 0 bonté infinie de Dieur I » /ISainte Thérèse. ChâteaUy odeœ., c. 5A
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convaincu, M. T. C. F., que le même bonheur vous est arrivé. Quel calme I quelle paix ! quelle harmonie céleste I Une parole de ces hommes est un discours, et un discours qui pacifie ; leur con* versation est une suite de notes harmonieuses qui expriment la musique de leur âme ; on ne les quitte jamais sans une impression de paix, et quand on les a quittés il se fait dans le cœur un prolongement de leurs voix, semblable à celui des chanteurs montagnards dont la parole semble expirer dans un son qui s'éloigne. Comparez cette conversation avec celle qu'on rencontre souvent dans le monde, et je ne parle pas de cette conversation dominée par une artificielle harmonie, oii le cœur proteste souvent contre tout ce qui se fait à l'extérieur ; j'en- ' tends un entretien oti l'on est mis en rapport avec des âmes. Alors, quand c'est l'âme qui parle, cette parole vous blepse, vous fatigue, et Ton ne sait pas toujours pourquoi. La raison vraie tient aux mystères que j'explique en ce moment : ces âmes n'ont point les fibres secrètes en harmonie, et comme l'âme qui écoute a des cordes symphoniques, ces cordes viennent se heurter contre les sons qui par-
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tent d'un instrument en désaccord avec lui-même et sans qu'on le sache. Mais Tâme religieuse, ayant toujours une musique au fond de, son cœur, nous donne facilement plaisir et avantage : Voluptas et utilitaSj comme dit saint Cbrysostome : plaisir, car sa parole est un accord, et l'accord réjouit naturellement ; avantage, car, par cette mystérieuse sympathie de la vertu, elle tend à nous mettre mieux avec nous-mêmes; et elle nous donne la pensée de nous mettre bien avec Dieu : Exterior harmonia interiorem illam et spiritalem harmoniam ei ad memoriam reduxit, et audita melodia, avdientis animum ad assueta gandia revocavit atque levavit (1). La musique qui se fait dans les églises est donc un symbole de l'accord qui s'étabUt dans Tâme de la Carmébte, et qui devrait aussi s'étendre dans d'âme de tous les chrétiens. Ne pensez pas que ces rapprochements soient des choses arbitraires : nous sommes au contraire au centre, le plus intime du Christianisme, qui ne touche jamais une chose visible sans en faire une échelle pour monter au divin.
(1) Rich. P. Victor, Benjam, maj., 1. 5, c. 17.
érDieu, dit saint Athanase (1), a voulu que Fharmonie spirituelle de rame fut représentée par la modulation des chants, et c'est une des principales raisons qui a fait établir le chant dans les assemblées des fidèles... Modulatio estsignum harmoniœ cogitationum animœ; harmonicaque lectio indicium est animœ recte compositœ alque tranquillœ. »
L'âme ainsi réglée est en paix, en paix avec Dieu, avec eUe-même, en paix avec le monde exté* rieur, au moins en ce qui dépend d'elle. Mais cette âme, instrument de vie, doit chanter après avoir été accordée : que chante-t-elle ? Des cantiques de joie, autre caractère de la vie du CarmeL
La joie, c'est la vie chrétienne, et on ressent cette joie, cette sérénité dans la dilatation, à mesure qu'on avance dans la perfection. c< Je voudrais, disait saint François de Sales (2), que nous chantassions partout, n faut, dit saint Augustin, toujours chanter en servant Dieu, c'est-à-dire toujours le servir avec joie (3). »
(1) Epist ad Marcell, no» 28 et 29.
(2)Ie«re98. . ' ^ '
(3) Cantare in iUo (decachordo) opus est, non portare psalte-
Nous touchons ici, mes chères Filles, à ce qu'il y a de plus intime et de plus énigmatique dans votre vie, et souffrez que je dise au monde le secret de votre existence. Heureux s'il me comprend I Les honames de la terre, avec les fêtes, les honneurs, les positions brillantes, arrivent presque toujours à l'ennui, à la tristesse, au dégoût, et souvent au remords. Où trouverez-vous un vieillard qui, après avoir joui de la vie comme on l'entend dans le monde, n'en soit réduit à cette parole expirant sur ses lèvres : J'en ai assez ! — Et voilà que Dieu a fait un prodige sur la terre : Creavit Dominus novum super terrant (1) ; voilà une âme que le monde appelle une folle si vous voulez, qui s'en va dans la solitude, renonce au siècle, aux fêtes, aux plaisirs, vit dans une cellule, couche sur un lit assez dur, n'a pour ameublement qu'une chaise et quelques
rium. Nam et Judaei habent legem; portant, non psallunt. Qui sunt qui psallunt ? Qui operantur. Parum est : qui operantnr cum tristitia, nondum psallunt. Qui sunt qui psallunt ? Qui cum hilaritate faciunt bene. In psallendo enim hilaritas est... Quidquid facis, cum hilaritate fac : bonum tune et bene facis. Si autem cum tristitia facis, fit de te, non facis; et portas magis psalterium, non cantas {In Ps. 91 n^ 5.) (1) Jérém. 31 .
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vieilles images des temps anciens ; et cette ftme, dès le début, et surtout à mesure qu'elle avance, trouve la paix, la joie, le bonheur intime et vrai. Raisonnez tant que vous voudrez : c'est un fait que je certifie pour l'avoir vu et expérimenté sur plusieurs âmes : quand une femme est appelée à la vie religieuse, et qu'elle y entre généreusement, il se fait en elle un apaisement progressif qui l'étonné elle-même ; elle se détache, et c'est ce détachement qui l'élève dans la région de la paix sereine. Elle monte toujours, et dans les états plus élevés, dit saint Jean de la Croix (1), « elle va de fête en fête, elle a une immense jubilation en Dieu, et elle chante un cantique parfumé d'allégresse et d'amour. » Sans doute, cette âme bienheureuse ft ses croix, car la croix est partout sur la terre, et quand on n'en a pas d'autres, on a celle de se porter soi-même. Mais dit sainte Thérèse (2), ces croix n'inquiètent pas, et elles passent comme la vague ; la paix et la foie augmentent toujours et, selon une autre pensée
(1) Flamme, Cant. 2. v. 6.
(2) ChaU 7. dem. c. 3 et 4,
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de saint Jean de la Croix, Tâme finit par ressembler à une muraille toute bâtie avec les moellons de la paix (1).
La vie de cette âme bienheureuse devient donc un cantique de joie continuelle ; ses affections, ses pensées, ses souvenirs sont comme autant de notes joyeuses, qui répètent le matin et le soir, le jour et la nuit, le chant du prophète : Je me réjouis à la parole que j'entends ; nous sommes dans la maison du Seigneur (2). 0 mon Dieu, que vos tabernacles sont aimés I L'oiseau a trouvé un nid pour y déposer ses espérances : Turtur nidum sibi^ ubi ponat pullossîLos (3),.
n est des hommes dans le monde, et peut-être des chrétiens, qui croi'ent que la vie reUgieuse consiste à se retirer dans la solitude, et à vivre dans la tristesse et les humeurs sauvages, comme l'oiseau de nuit dans sa caverne silencieuse. J'aimerais mieux dire et je serais dans le vrai, que l'âme religieuse devient comme le rossignol qui ne chante jamais
(1) Cmt. 24.
(2) Ps. 121.
(3) Psalm. 83.
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mieux et n'est jamais plus gai et plus heureux que dans la solitude. Cëk ce que me semble indiquer le grand Pape saint Léon, quand il affirme que a le but des exercices religieux consiste à retrancher les plaisirs mauvais, pour se liquéfier aux ardeurs des délices spirituelles ; » et encore je n/B puis rendre complètement la force de l'original : Ad hoc nobis tradita sunt exercitia christiana, ut resecata omni e Uecita voluptate, in sancias et spirituaUs delicias œsiuemus (1). — Les saintes joies de la liberté spirituelle et de l'union à Dieu, telle est donc la conclusion de ce qui effraie les hommes dans la vie du cloître !
Aussi, mes chères Filles, parmi les saints, les plus élevés en grâce* étaient les plus sereins, les plus joyeux ; rien ne les troublait, du moins dans la partie supérieure, et leur physionomie réfléchissait cette douce et gracieuse attitude de l'âme : ils étaient des instruments toujours bien accordés et qui ne savent que des chants de joie. Tel était, en particulier, votre bien heureux Père Jean de la Croix. A la fin de sa vie, il vivait dans les cam-
(1) Dt Jejtm. 7. mens. serm. 4.
pagnes, au milieu des beautés de la nature ; il avait besoin de chanter, et d'ailleurs les hommes, par leurs petitesses, avaient fatigué cette âme si belle et si pure. Il chantait donc au milieu des rochers, et c'est là qu'il a composé ces merveilleuses strophes de l'amour divin, qu'on ne peut Ure sans attendrissement, qu'il faudrait toujours chanter pour leur conserver toute l'harmonie du poète qui les a composées. Que ces livres, mes chères Filles, soient Femblèmè de votre vie ! Soyez heureuses toujours, et de ce bonheur qui vient du ciel I Soyez de vraies musiciennes, mais de cette musique supérieure à toutes les autres et dont les traditions se perdent en ce monde ! Que votre vie soit un accord, un chant, un cri de joie et d'amour ! El quand on nous demandera : Que font ces âmes ? Nous dirons : Elles chantent conrnie les oiseaux du paradis ; elles chantent, mais de cette joie qui ne fait de mal à personne, et que tous, plus ou moins, peuvent se procurer par la vertu. Il y a tant de mines sombres et tristes en ce monde, il y a tant de cœurs flétris qui portent leurs flétrissures sur leurs traits ! Permettez donc au moins à Dieu de se réserver de ces physio-
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nomies angéligues qui réfléchissent la paix et la joie du ciel. Il y a tant de cris discordants sur la terre : cris de l'orgueil, de la jalousie, de l'aigreur, de la vengeance I Au milieu de tant de cris sauvages, Dieu a placé quelques oiseaux solitaires, qui ne doivent avoir qu'un chant, celui de la joie et de l'amour divin.
0 Seigneur ! bénissez ce petit coin du ciel, comme l'appelle sainte Thérèse. S'il se trouve, dans mon Diocèse, quelques âmes qui aient besoin de ce ciel pur, préparez les voies à votre règne complet sur leur cœur. Les autres, et c'est l'immense majorité, pourront venir s'édifier quelquefois, et entendre de loin cette musique des âmes, comme ceux qui, n'ayant pas de place dans la salle d'un concert, en saississent de loin quelques accents. Que pour tous cette sainte maison soit un signe de paix, et comme un rameau d'olivier que Dieu aurait laissé tomber sur cette ville, et qui, venant se joindre au tronc vigoureux des autres Communautés, complète leur œuvre et soit un nouveau symbole de charité I Qu'il n'y ait de plus en plus qu'un cœur et qu'une âme dans l'unité de l'Esprit de Dieu, et aussi dans la variété
de ses dons infinis : car chaque Ck)mmunauté a reçu son don, et c'est Dieu qui, par le ministère de chacune d'elles,' opère le bien d'une manière différente. — Vnusquisque propritim dotium habet a Deo (1). Hœc autem omnia operatur unus atque idem s'piritus, dividens singulis prout vult (2).
(1) I. Cor. 7.
(2) I. Cor. 12.
DISCOURS