CHAPITRE V
Jbcs associations militaires pour la garantie des produits.
Vigiles custodiunt civilatcm ; omnes tenante» glaJios cl a»f bella doctissimi....
Ut poslea 'ilisccrcnl filii eomm certare coin hostibas, et habere qpnsucludinera pracliamli. JüD. , cap. ni, y. a.
Et sedebil vir sublus viicra suain, et subtùs ficum juarn, et noo erit ijui dclerreat. MlCH., cap. IY, y. 4-
Que le principe d'association parmi les hom-f mes présente un beau spectacle lors qu'il assure le développement de leurs facultés , le bien-être de leur famille ; qu’il devient grand et majestueux lorsqu’il étend la sphère de leurs relations au monde entier , qu’il les fait jouir des productions de tous les climats ; mais qu’il acquiert un plus grand prix aux yeux du philosophe , de l’homme sensible, du sage, s’il parvient à réunir toute la population d’un pays pour sa dé-
fense , s’il peut faire de tous ces hommes tranquilles , modestes, laborieux, autant de soldats intrépides , de guerriers généreux , s’il éloigne enfin les maux de la guerre par l’impossibilité d’y retrouver des avantages ou d’en devenir les victimes.
' La guerre , ce fléau éternel de la société , n’est point cependant, comme on le pense, une infirmité de l’esprit humain, mais une imperfection de l’ordre social ; il viendra un temps où cette hideuse calamité cessera d’avoir lieu et sera mise au nombre de ces maux causés par l’erreur et les préjugés dont le monde a trop long-temps souffert. Vêtus error abiil , dit l’Ecriture, servabis pacem'. Les hommes armés tous pour la défense de leurs travaux, offriront une masse de forces qu’il ne sera plus possible d’évaluer et que l’on n’osera pas entreprendre de soumettre : les peuples se lèveront tout entiers sur la lisière de leurs champs pour en défendre l’approche ; ils se constitueront les gardiens de leurs produits, au lieu de confier ce soin à des gens oisif» qui leur sont à charge pendant la paix et ne les protègent qu’imparfaitement pendant la guerre; qui ont servi aussi souvent d’instrumensà la tyrannie que de sauve-garde contre l’invasion, i. Isaïe, cbnp. xxvi, v. 3.
C’est an moment où les armées permanente^ sont les plus nombreuses en Europe, que les nations sentent le plus vivement et que les hommes éclairés doivent proclamer le plus haut l’inutilité , le fardeau, l’injustice des armées permanentes trop considérables.
Etaient-ce donc les gardes soldés d’un roi , ces héros de Numanceet de Sagonte , des Thermopyles, deLeuctres et de Marathon, ces Romains vainqueurs du monde, et ces guerriers du Nord vainqueurs des Romains ? étaient-ce des troupes de ligne, des soldats enrégimentés, ces paysans de Lucerne et d’Ury qui chassèrent éternellement de leurs montagnes les phalanges des souverains ; ces marchands hollandais , flamands, vénitiens, américains, qui ont constamment affranchi leur pays de la domination étrangère? était-ce enfin une armée permanente, cette levée en masse des premiers temps de la révolution qui , en sarrau ou en veste , renversa la coalition, poursuivit l’Europe jusqu’aux confins de l’Asie, mais qui, réduite à son tour à l’état d’une force régulière, fut ramenée par le même élan des peuples jusque sous les murs de sa capitale ? Tous les faits d’armes éclatans dans leurs résultats, ou intéressans dans leurs malheurs, ont été produits par la passion et l’en-
thousiasme des hommes libres qui trouvent alors dans leur énergie une force égale à la discipline; et dans le nombre une puissance supérieure au talent.
Loin de moi cependant l’idée de contester la gloire de tant d’exploits célébrés , de tant de campagnes savantes qui ont eu lieu jusqu’à nos jours ; de mettre en question les droits du courage et du génie , et de revenir sur les acclamations des siècles ! Est-ce un Français qui pourrait déchirer ainsi les plus belles pages de son histoire , et cela lorsque d’un million de braves , rentrés pauvres et modestes dans leurs foyers, il n’en reste plus qu’un bien petit nombre qui aient encore l’espoir de verser leur sang pour leur pays? Ah ! nobles guerriers, ne le croyez pas; vous auriez suffitpojur honorer cette profession cruelle, si les sacrifices qu’elle entraîne ne la purifiaient assez des maux qu’elle cause ; mais il est temps d’évaluer le prix du courage , de ne plus le livrer à l’arbitraire et au caprice. La France a passé tout entière pendant quinze ans dans vos rangs pour la conquête du monde; c’est à vous de servir aujourd’hui dans les siens pour sa seule indépendance; c’est vous qui fonderez l’union guerrière de tous ses enfans , l’association militaire de tousses habitans,doù
dépendent son repos et sa dignité. Au lieu d’une poignée de braves, témoins jadis de votre valeur, vous verrez vos frères, vos amis, tous vos compatriotes , fiers de vous suivre et de vous imiter; soldats devenus citoyens, vous commanderez à un peuple de citoyens devenus soldats, qui partageront vos dangers , et dont vous garantirez la gloire.
L’année, dans une monarchie absolue, est une masse de gens exercés au métier des armes, car les armes sont alors un métier plus lucratif que les autres, plus honoré, plus puissant. L’armée, dans un état constitutionnel, est la totalité des babitans du territoire , exercés également, mais dans un autre but et sur d’autres erremens.
Ces deux organisations produisent les guerres des princes et les guerres des peuples; les premièrés dépendant de l’ambition d’un homme , les autres produites parla nécessité seule ou par l’intérêt véritable de la communauté. La conquête, suite naturelle de la victoire dans les unes, porte à la centralisation du pouvoir; la défense, seul mérite dans les autres, est rarement un échelon au pouvoir : le despotisme s'augmente de la discipline d’une force régulière; la liberté se fortifie de l’indépendance
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d’une troupe nationale. Washington, à la tète d’une armée de bourgeois, ne pouvait dépasser ses frorffcères ni asservir son pays. Napoléon, avec des troupes réglées, et dictant la paix aux portes de Vienne, avait déjà la couronne sur la tête. Il n’y a point de despotisme possible sans une armée permanente; il n’y a point de liberté durable sans une force nationale plus nombreuse et aussi aguerrie que l’armée permanente. Plût à Dieu que tous les laboureurs fussent soldats, dit Voltaire ‘, ils en seraient meilleurs citoyens !
Le complément des associations municipales et industrielles consiste donc dans les associations militaires, autant pour la garantie audehors que pour le repos au-dedans.
Comment supposer en effet que la liberté et l’industrie pussent désirer dans leur développement d'autres gardiens que ceux qui entourèrent leur berceau ? La première pensée qui occupa ces nations devenues libres, la première demande que firent les communes affranchies, furent de se garder elles-mêmes. Toutes les villes, dit un auteur de ce temps ’, qui se for-
t . L’homme aux quarante cens , p. 184.
a. Recueil des Règlement sur les municipalités, t. I“r> p. 16a.