‹ De l'esprit d'association dans tous les interêts de la communautéChapitre 38 sur 77 · La machine à battre le grain , thrashing- machine · texte numérisé non relu

La machine à battre le grain , thrashing- machine

paille et les légumes préparent le chanvre et le lin *. En diminuant de moitié les frais de

est aujourd'hui partout employée; elle consiste en un double cylindre à travers lequel on glisse les gerbes; elle retire tout le grain exactement, tandis que, par les anciens procédés, il s’en perd environ la dixième partie. On calcule que cette machine fait la différence de tout le grain nécessaire aux semailles , et quelle ne prend pas la dixième partie de temps et de main-d’œuvre : depuis qu'elle a été perfectionnée , elle gâte moins la paille. Le grain qui en sort tombe immédiatement après dans une autre machine à vanner , qui le nettoie et le rend dans un couloir de communication avec le grenier où il doit être renfermé. Ainsi toute une récolte peut être réalisée en peu de jours, et préservée des temps humides, des souris, etc., et, dans des temps de disette , être livrée sur-le-champ au marché. Ces machines sont ordinairement conduites par des courans d'eau , des pompes à feu ou des chevaux. La machine à battre le foin n'est pas moins ingénieuse , elle fait en un jour l'ouvrage de vingt fanneurs. Voyez Farmer’ s Magazine, vol. XIII , p. 379.

1. Les machines à couper la paille, les navets, etc,, sont aujourd'hui d’un usage général.

3. La machine de M. Lee a fait une révolution dans les arts mécaniques et agricoles ; elle tient lieu à la fois du rouissage et de tous les autres procédés pour la préparation si pénible du chanvre et du lin ; elle a encore été perfectionnée à Paris. Tous les autres instrumens sont également perfectionnés en Angleterre, tels que les charrues, les herses, les moulins, les charrettes, etc.

culture , elles font le même effet que si elles bonifiaient le sol et doublaient les récoltes. Les produits deviennent par là plus communs, et par conséquent d’une acquisition plus facile pour les cultivateurs pauvres, sans diminuer le profit du propriétaire ; ou , si le commerce permet de les vendre à l’étranger , et par conséquent de hausser leur prix, il en résulte une augmentation de fortune pour le propriétaire, qui est à même alors de rev erser dans la circulation plus de capitaux, d’augmenter les salaires; et, en définitif, ce sont toujours les classes inférieures qui profitent de ce surcroit d’aisance et de rétribution.

C’est donc une grande erreur que la prévention où l’on est encore partout contre les machines, non-seulement dans le peuple, mais parmi les trois quarts des gens instruits; on croit toujours qu’elles diminuent la maind’œuvre et font mourir de faim les classes ouvrières, tandis qu’en définitif c’est un bien-être qui tend à se répartir principalement parmi elles Une des causes de cette erreur, qui a

i . 1 .lorsque le duc de Clarcnce visita la Monnaie à Paris, il demanda à l’un des principaux employés s'il ne se servait point de la pompe à feu pour taire mouvoir icsbalan-

échappé aux écrivains d’économie politique* est l'habitude de confondre toujours l’ inaction avec le loisir / l'une est, sans doute, une peite pour le pauvre, mais l’autre fait partie de la fortune du riche, et l’introduction des machines tend à multiplier le loisir sans jamais créer l’inaction, c’est-à-dire qu’elles se bornent à élever chaque ouvrier à un rang plus haut d’industrie qui le rapproche de 1 aisance, et a ne reporter l’inaction qu’au sommet de la hiérarchie sociale, où alors elle est un loisir, un repos justement acquis. L’invention de la charrue, qui est la première de toutes les machines, n’a pas retranché un individu du travail, niais elle a permis de cultiver le double de terrain , de doubler les récoltes , par conséquent de mieux payer les cultivateurs; celle du laminoir dans les forges n’a pas fait renvoyer un seul homme, mais elle a produit le décuple de fer en barres, et enrichi un plus grand nombre de personnes, qui ont acquis comme loisir tout le temps que

ciers. «Dieu merci, Monseigneur, lui répondit celui-ci , nous avons en France assez de bras pour nous passer de machines, v Le duc aurait pu lui répondre : Dieu merci , Monsieur, nous avons en Angleterre assez de machines pour éviter d’employer des bras partout où cela n est pas nécessaire.

les machines ont gagné sur la masse du travail . Une partie même de ce loisir s’est arrêtée dans les classes inférieures pour diminuer leur fatigue. Il s’établit toujours insensiblement une diminution de travail avec les mêmes salaires quand un produit augmente, ou une augmentation de salaire lorsque le travail devient plus productif Ce qui a lieu pour les particuliers tourne également au pront de l’État , et on peut dire que les machines n’établissent pas une. inaction dans la société, ce qui serait une perte, mais augmentent la masse du loisir, ce qui est une acquisition ; elles semblent être , dans toute espèce d’industrie, autant d’individus qui travaillent sans manger, comme si l’homme possédait cette quantité de bras et de jambes qu’on voit aux divinités indiennes , et dont chacun est employé à quelque chose. En effet , si Dieu avait

i . L’invention des machines à filer de M. Arkwrigh , loin de diminuer l’emploi des bras industrieux , tripla les ouvriers nécessaires aux fabriques et améliora leur jsort , parce qu’elle tripla en même temps la consommation des étoffes en les produisant à meilleur marché. Les machines ont toujours fait l’effet d’élever le prix des salaires et de baisser celui des étoffes. Dans les manufactures de coton , les salaires s’élevèrent de ï à 5 , et les étoffes baissèrent de i5 à 7. Annales des arts et manufactures , t. XVI, p. 8.

voulu que nous eussions sur le dos deux mains qui tricoteraient des bas pendant quo les autres conduiraient une charrue, il n’y aurait rien de ridicule, et ce serait très avantageux. Il est peu d’opérations matérielles qui ne laissent la pensée libre, et par conséquent une seconde action disponible, si les mains étaient là pour l'exécuter. Les femmes de la campagne filent en gardant les vaches, en instruisant leurs enfans ou en querellant leurs maris. On se figure aisément que Voltaire aurait pu composer la moitié de ses ouvrages eu tournant des tabatières ou des pommeaux de cannes. Saint Benoit d’Aniane dictait bien les siens en faisant la cuisine, et il est difficile de penser que ses ragoûts ne valussent pas ses écrits '.

La France, ainsi que nous l’avons dit, est extrêmement arriérée dans la perfection de l’agriculture. A l’exception de la Normandie et de la Flandre, provinces qui, par leur voisinage de l’Angleterre et des Pays-Bas , ont participé à leurs lumières, la plus grande partie de notre

i. Acta S. Bcncd. monast., tom. Irr , p. aoo. Rétif de la Bretonne , qui était ipjprimeur, imprimait ses ouvrages sur-le-champ en les composant , sans manuscrits ; à peine corrigeait-il les épreuves.

territoire est livrée à l’ignorance, à la routine' et ne rapporte pas la moitié de ce qu’il pourrait produire; de vastes étendues de terrains, trop éloignées des habitations et affermées par des baux trop courts pour être cultivées avec soin sont encore livrées au système honteux de jachères, plus connues sous le nom de sombres et si bien qualifiées de paresse périodique ' tondis que les autres sont divisées en petites métairies mesquines, qui peuvent à peine nourrir leur propriétaire et hmrs métayers, où les

capitaux d’epargnes ne peuvent pas se former et par conséquent aucune amélioration s’intro^ duire; une race de troupeaux grêles, chétifs,

.. M. Birkbeck, dans son Voyage agronomique en France en 18.4, est., ne que le q„a,.t environ de la «erre est encore , «productif, par le défaut d'engrais e, c système de jachères en labour ou de pures jachères • su •

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ternto,re les deux prem.eres. seulement ont une rota-

u,n continue de produits, et encore cependant une a-

chere en six ans; ma, s les autres les ont habituellement

f oyez BMcck ajourner through France, Londres, ,8,5'

in-8. Le produit des terres, sous les Romains était de

4 pour . ; en France il est de 6, en. Angleterre de q

quoique le terrain et le climat de ce dernier pays soient'

moms favorables que ceux des deux autres P 7

est clair-semée sur cette surface immense ' ; et si quelquefois on rencontre des parties plus soignées, telles que la Limagne, le Grésivaudan, la Touraine, etc. , c’est pour faire regretter davantage la négligence des autres; dans la moitié de la Bourgogne, de la Champagne, de la Franche-Comté, on ne sait ce que c’est que de faire parquer les moutons, on ne connait point de prairies artificielles; tout est livré aux récoltes épuisantes ou à la rotation de mauvaises herbes *; on connait à peine l’art de distiller les grains et les plantes farineuses 5 ; les dents des

i . Je ne parle pas des belles races de Normandie et de quelques autres provinces, mais de la généralité. Nonseulement les bestiaux, en France, sont d’une petite espèce, mais il y en a peu; jusqu'en 1785, on en tirait de la Suisse et des Pays-Bas. Colbert, en 1667, lit des lois pour leur conservation , en défendant qu’ils pussent être saisis.

a. Il n’existe point, à vrai dire, de jachères, car la terre recèle toujours quelques germes qu’elle fait éclore ; et lorsqu’on ne la cultive pas, ce sont de mauvaises herbes qu’elle produit , et qui la fatiguent à peu près autant , et on a de plus la peine de les ôter.

3. Invention admirable qui fixe la valeur précaire des denrées , mobilise les produits, concentre dans un petit espace et un faible poids des valeurs souvent périssables sans ce moyen.

herses sont en bois; les charrues, comme il y a quatre cents ans , et on n’a même d’autre manière de broyer le chanvre que de le rompre brin à brin avec les doigts, ce qui s’appelle tiller. Les fermiers y sont, comme les cultivateurs, des paysans grossiers, ne sachant ni écrire ni compter, mangeant toute l’année du pain noir , et ne surmontant que par le courage leur triste destinée.

Cette division du territoire, trop étendue dans un point, et trop partagée dans l’autre, cette absence de lumières et de capitaux , qui arrêtent toute amélioration, existeront jusqu’au moment où les hommes riches et éclairés se livreront , comme en Angleterre , à la culture en grand 1 , les uns par la passion si noble de l’utilité, d'autres pour améliorer leur fortune, d’autres enfin par la considération que l’opinion attachera un jour aux services de tous genres rendus à l’humanité *.

». Dès le quinzième siècle , les nobles, en Angleterre , regardaient comme au-dessous d’eux d’habiter dans les villes ; ils vivaient retirés dans leurs domaines , qu’ils faisaient exploiter sous leurs yeux. Poggi Opéra, p. 69. Ce Poggi habitait l’Angleterre et vivait chez le cardinalévêque de Winchester.

a . Optima itercoratio, disaient les anciens, grcssus domini.

De cette impulsion parmi les classes élevées, naitra dans les provinces une race de fermiers bourgeois ou hommes d’affaires de culture, qui porteront dans les lieux de leur exploitation des capitaux, et qui, encouragés par de longs baux' , enrichiront à la fois leur famille, leur propriétaire et leurs provinces. La terre, en Angleterre , est une grande matière première qu’un riche manufacturier exploite avec ses ouvriers , où il applique son génie, ses machines , ses capitaux , dont il échange les nombreux produits avec d’autres objets manufacturés. En France, au contraire, les propriétés sont de petits com-

i . |t faut que les baux soient asset longs pour que l’intérêt du fermier soit de rendre à son propriétaire les terres en bon état , et que par conséquent il ait eu le temps d’en jouir avant ; on voit en Angleterre la différence des baux à volonté ou des baux à terme par la manière dont les terrains sont cultivés. Un fermier, dans ce pays, est un homme du monde {gentleman— former) , qui est habillé à la mode , qui prend son thé le matin , visite à cheval ses champs , a un comptoir pour tenir scs registres, critique Arthur Young, chasse le renard l'hiver, fait apprendre la musique à ses filles, influe sur les élections et quelquefois fait banqueroute comme un banquier; il est ardent à défricher, à perfectionner la culture, et le mouvement qu’il donne, les capitaux qu’il répand , activent tontes les affaires du voisinage.

partimens où chaque famille fait paître une vache, récolte quelques grains, ramasse un peu de bois, sème du chanvre pour faire ses vêtemens, et a été, au bout de l’an, mal nourrie, mal vêtue , mal chauffée. Les Anglais manufacturent des blés, des bœufs, des moutons, commedudrap etdes toiles. Les Français cultivent des bas et des toiles, comme des choux et des carottes. Le temps, sans doute, est employé également chez les deux peuples , mais la division du travail fait que l’un parvient plus vite à la richesse que l’autre n’atteint le bienêtre. En France, on est grand ou petit propriétaire, deux états stationnaires; en Angleterre, on est entrepreneur ou ouvrier, deux professions ascendantes

i. Les cultivateurs, en Angleterre, ont une petite maison et un jardin , mais ils ne portent pas plus loin leurs vues , et , en effet , le gain qu'ils font dans une grande exploitation est bien au-delà du produit de quelques misérables arpens qu’ils auraient beaucoup de peine à cultiver ou à faire cultiver ; ils acquièrent alors des capitaux qui leur servent à entreprendre bientôt quelque chose par eux-mêmes. Une famille vivant seule sur une ferme , produit de quoi nourrir vingt familles dans d’autres professions ; mais lorsque cette ferme se répartit entre elles , il faut que les vingt familles cultivent à la main le même champ qu’une seule exploitait, et alors tout le temps et le travail qui étaient employés par elles

Une passion irréfléchie de la propriété, une ambition prématurée d’indépendance ont précipité les cultivateurs dans une fausse direction pour satisfaire un moment leur orgueil. D’ouvriers dominateurs de la terre , ils sont devenus ses propriétaires esclaves. En détruisant les centralités de culture, ils se sont placés éternellement sous le joug du travail manuel et des privations.

En Angleterre , on chercheà agrandir les fermes pour éviter les faux frais d’exploitation ; en France, au contraire, on détruit à présent les fermes pour en vendre en petites parties les terrains 1 . La révolution , avec son grand rabot de nivellement et la loi du 1 7 nivôse , ont encore plus divisé les propriétés , et la bêche bientôt remplacera la charrue. L’agriculture igno-

dans d’autres opérations qui leur procuraient un moyen d’cchange au-delà de leurs besoins, est consommé improductivement.

1 . D’après une correspondance fort curieuse entre le chef de la caisse hypothécaire fondée autrefois par M. de Leuze, et les maires et juges de paix de plus de mille communes dans les différens départemens delà France, il résulte que les biens-fonds emménagés se vendent un tiers environ moins que leur valeur, et les arpens séparés plus d’un tiers en sus de cette même valeur, d'où résulte le profit de ce honteux dépècement qui a lieu partout.

rante ou livrée trop exclusivement aux subalternes, empêche le développement de l’industrie et la création des richesses ; car la paralysie des capitaux dans l’agriculture se fait sentir également au commerce et aux manufactures ; les propriétaires éclairés peuvent seuls arrêter cette tendance dangereuse en s’adonnant à l’amélioration de leurs biens , en y occupant fortement leurs pensées ; les cultivateurs des environs, employés par eux, deviendraient alors des ouvriers aisés , au lieu d’être des propriétaires pauvres , et les gens du monde seraient des cultivateurs industrieux ou des fermiers éclairés au lieu d’être des consommateurs oisifs.

J’ai vu le moment où ce changement désirable avait lieu et allait devenir général. En 1804 et i8o5, après la loi d’amnistie, les émigrés rentrés ne pouvant occuper d’emplois militaires ni civils , privés d’ailleurs depuis longtemps du plaisir de la propriété , s’attachèrent fortement à celle qu’ils retrouvèrent ou aux biens de leur famille. Chacun voulut s’industrier à en tirer un meilleur parti , pour , à la fois, augmenter son aisance et occuper son temps. La mode des moutons mérinos se répandit partout; on ne parlait plus que de laine et de clavelée dans les salons , comme aujourd’hui

de buget el de pensions; les parcs, long-temps inutiles, devinrent productifs par le pâturage des troupeaux ; bientôt la nécessité de nourrir ces animaux, l’hiver, à l’étable, fit réserver, dans les baux des fermiers , un certain nombre d’arpens pour cet effet; et quelque temps encore de cette passion, on en serait venu à faire valoir la ferme entière pour y trouver plus d’avantages. Une mesure impolitique du gouvernement d’alors arrêta cette tendance des idées, qu’il serait bien heureux de voir reparaître.

Est-il en effet une plus noble existence que celle d’un propriétaire retiré dans ses terres, employant son esprit, ses soins, à multiplier autour de lui les belles et utiles productions de la nature, imposant à ses subalternes un nouveau genre de respect par un nouveau genre de supériorité, consolant la faiblesse par un partage, sinon égal, du moins semblable de ses travaux, faisant honte au désœuvrement par une activité volontaire, à l’ignorance par des produits plus considérables, à l’orgueil enfin par la dignité des lumières et des bienfaits ?

Je n’oublierai jamais une circonstance qui m’arriva en Pologne lorsque je servais dans l’armée autrichienne; voyageant avec mes chevaux , je traversai un village dominé par un

château dont le propriétaire avait la manie de faire inviter à dîner, sans les connaître, les voyageurs qu’il apercevait sur la grande route à cette heure ; ayant reçu son message , je m’y rendis par curiosité et fus introduit dans une grande salle où je trouvai beaucoup de monde rassemblé. Ud homme âgé , la tête rase , vêtu à la polonaise , vint au-devant de moi et m’accueillit d’un Salve, hospes , à la manière des anciens; un moment après entra une jeune personne de dix-huit ans environ , fort belle et dans un costume moitié français, moitié oriental , qui lui allait à merveille ; elle dit un mot obligeant à quelques personnes, et présenta, suivant l’usage du pays, de la liqueur à tout le monde. Je me croyais transporté dans ces temps anciens de l’hospitalité; le vieillard ne retraçait pas mal Ménélas 1 serrant la main de l’étranger, et la belle Hélène lui offrant le fameux né~ penches *. Après le dîner, le vieux Polonais sachant que j’étais Français, me prit en affection, et voulut me faire voir son habitation ; il me conduisit dans des écuries immenses dépendantes de ses haras, dans des étables pleines

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