Le shake-hands de ce temps , àTri^saOv. II. x
a. Qui procurait L’oubli des maux. Odyss. IV, 5o.
d'animaux du plus beau choix et soignés pas des gens mal vêtus, mais qui paraissaient heureux; un petit écrivain nous accompagnait, qui notait sur des tablettes toutes les observations de son maître; bientôt nous descendîmes dans la plaine : c’était au moment de la moisson ; de tous côtés s’élevaient des meules de grains, on entendait les chants des moissonneurs , et la campagne était couverte d’enfans rassemblant pour leur famille les épis oubliés. Cet homme respectable , appuyé sur le bras de sa jeune fille et entouré de ses nombreux serviteurs, retraçait l’image de ces patriarches de l’Écriture , de ces pasteurs des hommes dont parle Homère; les paysans se prosternaient de tous côtés sur son passade , ils baisaient le bas de la robe de leur jeune maîtresse. Un sourire de cet ange les consolait de leurs maux; les paroles obligeantes du vieillard les rassuraient sur leur sort ; le petit écrivain prenait note de toutes les demandes qui étaient faites au seigneur, et ces bonnes gens reportaient dans leurs chaumières le dictame de tous les maux, la consolation et l’espérance.
Ah ! que nos provinces éloignées auraient besoin d’être ainsi habitées par des hommes capables d’y porter des conseils et des exemples,
d’y paraître brillans des lumières de leur siècle et des améliorations inventées chez leurs voisins, d’y être à la fois bons citoyens et grands seigneurs, comme le disait Louis XV du duc de Rohan! Triptolèmes nouveaux, ils régneraient par les moissons; ils connaîtraient combien ces hommages volontaires des hommes, la considération des lumières et des bienfaits, sont supérieurs aux froids égards rendus à la naissance et à la fortune; ils rappelleraient les hauts faits de leurs pères par de nouveaux services rendus aux hommes, leur amour de la gloire par l’amour du bien, plus nécessaire encore. Tous les héros jadis furent utiles, tous les grands hommes ' brillèrent par leurs travaux autant que par leurs exploits. Allez dans vos terres , dit Henri IV, c’est là où vous pouvez faire du bien, où vous pouvez vous montrer ce que vous êtes; et rendre service à votre pays '.
1. Utilitas magnos hominesque deosque efficif, dit Ovide. Thésée se jetait sur les méchans sans qu'ils lui eussent fait du mal, uniquement pour le bien des autres. (Plutarque, tom. I" , p.37. ) Les chevaliers modernes se distinguaient de même, non orbem concupiscendo , sed vindicando. (Sénèque, de Ben., lib. I*r , cap. i3.) Ils protégeaient les femmes, les prêtres, les voyageurs. C’étaient les compagnies d'assurances de ce temps.
a. Péréfixe, Vie de Henri IV, Voyez Olivier de Serres.
Mais si cette existence convient aux favoris de lafortune, que de dédommagemensn’offre-t-elle pas à ceux qu’une déviation quelconque dans la ligne des partis a éloignés de celui qui domine? Est-il une plus noble indépendance que celle du travail dans une belle campagne? Que demandait Ovide dans son exil ? Quelques champs labourables qu’il aurait pu cultiver de ses mains Que regrettait Pétrarque dans le temps de sa faveur? Les lieux tranquilles où il vivait avec ses pensées et ses souvenirs :
Du! cia i^rseleritæ rénovant suspiria vil* *.
Sous cette voûte céleste, au milieu de l’air libre des champs , l’homme industrieux sent naître son courage , développer ses facultés. Qu’il soit propriétaire , intendant ou fermier de la terre qu’il cultive, il porte dans ses travaux les lumières, les connaissances acquises par l’éducation et ce zèle ardent des améliorations. L’intérieur de sa maison offre le soin d’un homme du monde, et ses champs sont labourés, ense-
j . Ipse ego , ne solitis insistant pectora curia,
Ducara ruricolas sub juga panda boves.
Ovid., lib. I, ep. 8, v. 53.