Simond, voyez en Angleterre, tom. I
il ne fait que surveiller sa marche, réparer ses fautes; et, par ce moyen , il produit quarantehuit aunes de toile dans le même temps qu’il lui aurait fallu pour en faire quatre par le procédé ordinaire. »
Le génie , qui sait ainsi créer l’adresse , produit ailleurs la force. Le travail trop délicat pour les doigts les plus fins, soulève des masses au-dessus de tous les efforts; des grues saisissent des arbres entiers aussi légèrement que le fil , les placent dans la direction nécessaire à la forme qu’on veut leur donner; des scies, des rabots, des vrilles immenses les façonnent, les préparent, et en font spontanément les mâts des plus gros navires avec la précision que l’on peut donner à une queue de billard ; d’autres morceaux de bois informes, jetés dans les intervalles d’une roue, sont broyés, macérés et polis par des instrumens tranchans , et sortent de cette même roue formés en poulies régulières et précises : soixante se fabriquent ainsi en une minute, et remplacent le travail d’un millier de bras *. La pompe à feu se place sur
i. Machines à enlever les bois de construction à Chatham , et une autre à construire les poulies du célèbre mécanicien français, M. Brunei, y oyez Recta CyclnpcAia.
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le batardeau, et suffit pour épuiser en un moment l’enceinte de la pile d’un pont ou d’une écluse ; elle creuse les ports , bat le pilotis , fait tourner les moulins, broie la poudre, les os, exécute à elle seule tous les travaux des brasseries , charge et décharge les navires , imprime ce livre que vous avez sous les yeux pendant moins de temps qu’il vous en faut pour le lire; enfin, elle ajoute à la population de l’Angleterre environ trois millions d’individus incorporels qui sont sous la dépendance des autres sans leur rien coûter.
Cette admirable combinaison du travail et du génie multiplie tous les produits, rend toutes les jouissances usuelles sans diminuer l’emploi des ouvriers , puisque , dans les fabriques comme dans l’agriculture, elle ne remplace queledernieréchelon de la société, que le temps, pour ainsi dire, de la fatigue et de l’apprentissage; elle laisse en entier à l’homme des travaux dignes de lui et proportionnés k ses organes ; elle lui laisse surtout la faculté de réfléchir, d’observer , et par conséquent de concevoir. L’invention d’une machine met sur la roule de cent autres ; car la plus compliquée , comme la plus simple, n’est jamais autre chose que l’imitation des travaux manuels de l’homme,
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réduits, par la division du travail, à un petit nombre de mouvemens qu’il est facile de connaître et de remplacer par une puissance matérielle. La conduite et la direction de ces bras supplémentaires restent toujours les mêmes; et, ainsi que nous l’avons prouvé plus haut, ce n’est point le travail qui diminue, mais la production qui augmente
La France est loin sans doute encore de ces grandes combinaisons ; mais elle a fait cependant plus de pas pour y parvenir qu’il ne lui en reste à faire. L’énergie du travail et de l’invention s’est développée à mesure que les entraves, les règlemens *, les prohibitions dispa-
i . Voyez au chapitre de l'agriculture, tona. I" , pages 378 et 379.
a. L’édit de 1 583 , sousHenri III , déclare que la permission de travailler est un droit royal et domanial. Une ordonnance du même temps détermiue l’ampleur des chausses. Deux conciles, en 1212 et 1 365 , s’occupèrent a défendre les souliers à la poulaine. Le règlement du 3o mars 1700, sur les fabriques de bas, contient ce qui suit : « Contre notre intention , les fabricans font sur leurs métiers des ouvrages très grossiers , et ils y emploient des laines d’une qualité très inférieure , de sorte qu’il est à craindre que la multiplication et les progrès de ladite fabrique ne causent la ruine entière de la fabrique des bas au tricot; en conséquence, il est ordonné que le
raissaient : la révolution , destructive des privilèges, des richesses, de la propriété même, a semblé respecter les produits mobiliers du travail ; ses magistrats éphémères sortaient presque tous des classes industrieuses; et ou sait que les hommes conservent toujours une prédilection pour la profession qu'ils ont exercée;
travail du métier sera resserré dans des bornes convenables et réglé de la manière la plus propre à perfectionner les ouvrages. » Voyez Forbonnais, p. u4, ton». II. La conséquence d’une semblable mesure était que les étrangers qui auraient acheté nos bas fabriqués au métier , à cause du bon marché , étaient obligés de les aller prendre ailleurs , ou que les Français devaient les acheter chez eux. L’arrêt du 3o mars 1700 fixe à dix-huit villes seulement la permission de travailler au métier , afin , dit l'arrêt , que les particuliers travaillant au tricot ne reçoivent pas trop de préjudice de cette sorte de fabriques.
Celui qui inventa en F rance le métier à bas fut persécuté sous le même prétexte ; cet artisan passa en Angleterre et j fut accueilli ; les métiers y devinrent communs, et les F rançais furent obligés de le faire revenir secrètement. Beausobre , i*r vol., p. 200. Il en fut de même de Nicolas Briot, qui inventa le balancier pour battre la monnaie, en 1617; les ouvriers furent au moment de l’assommer ; il passa en Angleterre où il construisit différentes machines , et ce ne fut qu’en 1 645 que le chancelier Seguier parvint à faire adopter sa découverte.
ils peuvent faire des fautes dans d’autres opérations, mais ils en font rarement dans celle qui leur est familière et à laquelle ils s’intéressent. De là cette prodigieuse activité, cette singulière perfection de notre industrie au milieu des guerres, des révolutions : les mêmes gens qui brûlaient des châteaux élevaient des fabriques, appelaient des savans à les diriger, les ouvriers à les remplir, et détruisaient les obstacles à leur réussite. Ces obstacles consistaient surtout dans les corporations ', qui arrêtaient toute concurrence, toute innovation utile, qui resserraient les bornes des efforts, consommaient beaucoup de temps, et n’étaient avantageuses peut-être que sous le rapport de la police et comme obstacle à l’arbitraire. Aujourd’hui que nous avons d’autres garanties de la liberté, et d’autres moyens de police et d’oi>dre dans les fabriques * , il est inconcevable
i. On croit rêver en lisant les anciennes lois des jurandes et maîtrises. Un ouvrier ne pouvait entrer en apprentissage avant quinze ans; il ne pouvait être maître, c’est-à-dire exercer véritablement, avant cinq ans d’apprentissage et autant de compagnonnage , c’est-à-dire dix ans, quelque talent qu’il eût. Un étranger devait le recommencer , et une femme ne pouvait travailler au métier. Un teinturier eu fil ne pouvait teindre en soie, etc.
a. Cette police consiste dans la nécessité de prendre
qu’on ait parlé de les rétablir' ; et fort heureux qu’on n’y ait pas réussi!
La nature de l’industrie en France, avant la révolution , était celle d’un peuple adroit , mais dépendant; d’ouvriers intelligens, mais isolés et timides, fixés machinalement sur leur métier comme les cultivateurs sur leurs charrues ; tout s’y faisait, mais en détail et avec peine , rarement en masse; à l’exception de quelques grandes manufactures de productions de luxe, tout le reste était une sorte d’industrie de ménage. Les objets les plus utiles , la lime , la scie , toute la quincaillerie, venaient de l’Angleterre et de l’Allemagne ; la filature et le tissage du coton , le travail des cristaux , de l’acier, des métaux lami-
une patente (loi du ta mai 1791 ); pour les ouvriers, d'avoir un livret (9 frimaire an XII); dans la création de chambres de manufactures qui éclairent l'administration (loi du as germinal an XI); d’un tribunal de prud’hommes qui jugent les différends entre les maîtres et les ouvriers ( décret du 18 mars ) S06 ), et d’autres mesures utiles qui assurent la bonne espèce de fabrication ( 30 floréal an XIII, i4 décembre 1810). Voyez Costaz, Étal de F industrie en France, 1 vol. in-8".
1 . Requête au Roi sur le rétablissement des jurandes et maîtrises, par M. Levacher-Duplessis , in-4". Observation à ce sujet, par M. Pillet, in-8°.
nés, étaient à peu près inconnus; les marteaux, les soufflets dans les forges, étaient encore tels que les décrit Virgile dans le 8" livre, la tannerie comme du temps d’Homère On ne voyait dans la chimie qu'une science de curiosité, de spéculation , qui aurait dédaigné de s'appliquer aux arts mécaniques. Colbert avait sans doute essayé de donner à l’industrie un essor; mais il n’avait pu se soustraire à la manie réglémentaire et à la direction fausse vers les objets de luxe ; l’organisation inème de la société entraînait à cet inconvénient; la France était composée d’une noblesse riche, d’une bourgeoisie pauvre et d’un peuple industrieux; elle devait donc employer ce peuple à manufacturer de préférence ce qui plaisait à la classe aisée , et peu s’inquiéter des objets qui concernaient l’aisance générale. La fabrication est toujours en raison de la demande , et la demande relative à la situation des individus : c’est ce qui fait que le traité de 1786 eut lieu naturellement, et ne fut point, comme on le repète toujours, l’effet de la faiblesse ou de la surprise ; on accorda à la France la libre exportation de ce qu’elle fabriquait et de ce qu’elle vendait aux autres, à la