‹ De l'esprit d'association dans tous les interêts de la communautéChapitre 56 sur 77 · SECTION III · texte numérisé non relu

SECTION III

Des routes.

Non ibimus per agros, ncc per vineas, jcd gradicmur via publica donec transeamus lcrminos.

Nam. cap. xx, v. 17.

Ubi cal perfectio viarum tuarum? Jqb., cap. tv, v. 6.

Louis XIV, voulant compléter l’éducation du 4uc de Bourgogne, ordonna qu’il lui fût rendu compte de l’état des provinces , de leur agriculture, de leur industrie, de leurs édifices , et surtout des routes qui les traversaient. On ne le savait pas , on s’en inquiétait peu ; chaque particulier réparait bien ou mal le chemin qui passait sur son champ, et souffrait avec peine que l’autorité intervint pour l’y forcer. Le duc de Nemours fit tirer sur les premiers ouvriers qui travaillèrent au canal de Briare : il y avait peu de goût de perfectibilité à cette époque ; et

cos mômes Hollandais offrit de creuser un canal du Havre à

les provinces , à l’exception des pays d’état étaient plus étrangères les unes aux autres que ne le sont aujourd’hui les royaumes les plus éloignés. L’impôt odieux de la corvée désolait les campagnes sans remédier au mal. Henri IV avait cependant senti l’importance des communications, de ce grand moyen de la prospérité des peuples; mais son règne.futjtrop court, et celui de ses successeurs trop agité pour remédier à un inconvénient aussi grave.

C’est à Louis XV qu’était réservée la gloire de tracer les magnifiques roules qui, dans tous les sens, divisent, joignent, parcourent, embellissent aujourd’hui la France ; travaux dont la dépense fut grande, mais dont les avantages sont cent fois supérieurs.- Vingt-huit routes principales , sous le nom de routes de première classe, partent du centre de Paris, comme jadis du milliaire doré de ltome, pour aboutir aux frontières en ligne presque droite, sur un développement d’environ trois mille cinq cents lieues ; quatre-vingt-dix routes de moindre importance unissent celles-ci entre elles , et servent d’embranchemens à tous les chemins de troisième classe et aux chemins vicinaux. Si l’entretien de ces nombreuses communications était aussi soigné que le fut leur première cons-

truction , il n’y aurait rien à désirer ; mais il n’en est pas ainsi : les grandes routes sont fort négligées, les autres réduites à quelques réparations partielles et momentanées; et, quant aux chemins vicinaux, ce sont des cloaques ou des escaliers de pierre impraticables. Dans beaucoup de provinces mêmes , ils n’existent point du touj, , et on ne peut voyager qu’à cheval.

C’est un contraste singulier qui s’observait jadis en France, en Espagne et dans plusieurs monarchies absolues , entre la beauté, la grandeur des travaux exécutés par l’autorité, et la pauvreté , l’imperfection de tout ce qui sortait des mains des particuliers : lorsque les gouvernemens de ces pays exécutent quelque chose, c’est avec la richesse et les lumières de la puissance ; et lorsque ce sont les communes , c’est avec la misère, l’ignorance de la servitude. Il n’en est point ainsi dans les états où les hommes ont acquis une intervention directe dans leurs intérêts; leurs opérations n’ont alors que le degré nécessaire de grandeur et d’éclat , mais elles se multiplient à l’infini. Nos routes ont soixante pieds de largeur, et nous en avons vingt-huit; celles de l’Angleterre n’en ont que vingt-quatre , et il y en a mille. On voudrait ,

disait dernièrement M. Laine, pouvoir découper comme un ruban nos grandes routes en deux, et distribuer une des bandes à droite §t à gauche; observation très juste. Encore, Sur cette inutile largeur, si les places étaient marquées pour tous les genres de voyageurs qui s’en servent , si la part était faite à chacun sur une telle étendue , on regretterait moins le terrain et la dépense ; mais on s’est arfrangé pour que tout le monde fût également mal. Ceux qui vont en voilure prennent le pavé, qui n’a que la largeur suffisante pour deux voitures; et, pour peu qu’ils soient obligés de se détourner promptement, ils tombent du côté du rebord qui est ordinairement d’un demi-pied plus bas que raccollemenl, et ils versent; les gens à cheval ne peuvent passer sur les accotlemens, qui sont des plaines de boue, ni sur le pavé, où ils sont sans cesse dérangés par les voilures; enfin, si on est à pied , il faut nécessairement aller dans les champs, de l’autre côté des fossés, chercher un troisième passage qui n’existe pas, pour éviter la boue d’une part et le danger des voitures de l’autre. Voilà soixante pieds bien employés , et surtout lorsqu’ils sont sans cesse interrompus par les villes ou les villages dont les rues n’en ont que douze,

cl où l’on se trouve resserré un à un comme dans le passage d’une écluse en sortant d’un grand canal.

Il est moins important cependant de diminuer la largeur des grandes routes, que de les perfectionner, d’y pratiquer des trottoirs comme chez les Romains, margines ', que de les planter , de les entretenir ; que d’améliorer surtout les chemins vicinaux, fléaux des campagnes , du commerce, et même de l’agriculture *. C'est ici encore que l’on sent l’importance de donner

1. Vias sternendas, marginandas<\\ic locavcrunt. Tit. Liv. XL! , 37.

2. La réparation et l’entretien des roules, dit Voltaire, est un objet important. Le gouvernement s’est signalé par la confection des voies publiques, qui sont à la fois l’avantage et l’ornement de la France; il a donné des ordres très utiles pour les chemins de traverse , mais ces ordres ne sont pas si bien exécutés que ceux qui regardent les grands chemins. Le même colon qui voiturerait les denrées de son village au marché voisin , en une heure de temps, avec un cheval, y parvient à peine avec deux chevaux en trois heures, parce qu’il ne prend pas le soin de donner un écoulement aux eaux, de combler une ornière, d’y porter un peu de gravier; et ce peu de peine qu’il s’est épargnée , lui coûte à la fin de très grandes peines et beaucoup de dommages. Dict. philos., loin. IV,

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