‹ De l'esprit d'association dans tous les interêts de la communautéChapitre 58 sur 77 · Idem, c. XXIX · texte numérisé non relu

Idem, c. XXIX

pierre monumentale ' ; que de plus l’entrepreneur jouit, pendant un certain nombre d'années, d’un péage dont personne, comme en Angleterre, pas même le roi ne serait exempt , du vectigal peregrinum , auquel les empereurs’ à. Rome, étaient soumis. Ne pourrait-on pas rétablir aussi la charge honorifique de grand- -voyer de France que possédait Sully , et ne la confier qu’à un homme très habile chargé d’instruire le monarque de tous les travaux in qr rtans de ce genre qui auraient lieu dans le royaume aux frais des particuliers, des communes ou des départemens ? L’amour-propre se joindrait alors à l’intérêt en faveur du bien public.

L’entretien des grandes routes , vite regales serait seul encore à la charge de l’État , comme’ c est 1 usage partout; mais celui des autres serait aux frais des propriétaires dans chaque circonscription de territoire, et leur surveillance confiée à ces comités des conseils généraux et mu-

Nec taccant moiuimenta viæ qua Tuscula tellus Candidaque antiquo detinet alba lare ;

Namque opibuscongesta tuis, hic glarea’dura Sternitur, hicapla jungiturarte silex.

Tibul. , Iib. I, éleg. 8.

nicipaux , qui représenteraient si bien par leur üèle, leur désintéressement, les survcyors of high-ways en Angleterre 1 , les œdiles des anciens 1 , et les magistrats des pays d’état avant la révolution. Les propriétaires riverains devraient être tenus , sous peine d’amendes très fortes , d’entretenir les fossés , les plantations des routes; alors on verrait partout des communications faciles , si importantes dans un pays industrieux , si honorables dans un grand État 3.

Outre les entraves que met le mauvais état des routes au commerce et à l’industrie, il em-

i . Ces magistrats sont nommas par le juge de paix sur une liste de dix personnes faite par les constables : on ne peut en refuser l'emploi, qui est gratuit et assez pénible. Ce sont eux qui fixent, comme chez les Romains, la répartition des prestations en nature et en argent pour les réparations, et qui ont également la police des routes contre ceux qui les pourraient détériorer.

a. Digest. loc. ædiles de via publ. , et Sicul. Flac., lib. de cond. agr. Suet. in Aug. et in Claud. Capitol, in Ant. Bergier , grand Chemin de l’Empire.

3. Qu’on voyage dans tous les pays, dit l’abbé Raynal, et partout où on ne trouvera pas des communications faciles d'une ville à un bourg, ou même d’un village à un hameau , on pourra prononcer que le peuple est barbare, et on ne se trompera que sur le degré de barbarie.

pèche de se former aucun de ces établissement de voitures légères qu’on trouve partout où les chemins sont bons; car les voitures publiques ont toujours une forme relative aux chemins , comme les bateaux ont une grandeur proportionnée aux canaux. En Angleterre, elles sont légères, commodes, et bon marché' ; en France, au contraire, ce sont encore de lourdes masses, quoique supérieures à ce qu’elles étaient autrefois, et dignes de l’horrible pavé sur lequel elles roulent. Les charrettes que l’on a eu tant de peine à soumettre à des roues plus larges, ont conservé leurs moyeux saillans qui’ accrochent d’un bout de la route à l’autre : leur charge est toujours disproportionnée à la force

i . Le premier statut pour le rétablissement des routes, en Angleterre , par l’administration municipale, est de 1 555 ; mais avant 1748 elles furent toujours en mauvais état; les voitures étaient aussi fort peu commodes. Ce qui est singulier , c’est qu’on les tirait presque toutes de la- France. Ce fut un sellier d'Edimbourg qui réussit assez bien pour rattacher à l’Angleterre ce genre d’industrie. ( Creeeh’s letlcrs on Saint-Clair s statist. acc. 0/ Scotland , p. 5q3.) On les fit plug légères, à mesure que les chemins furent plus soignés. Ce fut seulement en 1784 qu’un nommé Palmer introduisit l’usage de porter les lettres par les voitures publiques , ce qui fut d’une grande économie pour l’État. (Anderson, tom. IV, p. 54-)

des malheureux animaux qui les traînent. On a beau exiger le pesage des voitures, celte mesure n’est relative qu’au poids de la charge pour épargner le chemin , et non à la faiblesse des animaux; et l’emploi d'un dynamomètre serait plus charitable à leur égard que celui du pont à bascule.

Celte cruauté envers les bêtes, à laquelle on a eu de tout temps une propension particulière en France *, provient, plus que l’on ne le croit, du mauvais état des routes et des difficultés de les parcourir. On ne peut traverser un village , en France, dans la mauvaise saison, sans ren-

i. I. es juges du comté de Valois, en ]3i3, firent le procès à un taureau qui avait tué un jeune homme d'un Coup de corne, et le condamnèrent, sur la déposition des témoins , à être pendu. La sentence fut confirmée par arrêt du parlement de Paris, du 7 février 1 3 1 4- (Recueil des Arrêts, tout. VII, pag. 77.) Ceci rappelle les anciennes lois absurdes contre les pierres et le Lois qui avaient frappé des hommes. Le maréchal de Saxe disait qu’il s’était fort occupé de chercher, dans les querelles des charretiers et des chevaux, quels étaient ceux qui avaient tort, et qu’il avait trouvé presque toujours que c'étaient les charretiers. Il est certain que dans la cavalerie française on n’a pas autant de soin des chevaux qu’en Allemagne, et qu’en général on est très négligent sur ce point.

contrer partout des charrettes pesantes, mal faites, traînées par de petits chevaux sales, grimpant avec peine des rochers glissans, ou haletant dans une boue épaisse sans pouvoir avancer. Si l’on voyage en poste, on est étourdi des coups de fouets perçans dont les postillons sillonnent le cheval de brancard, ou bien secoué des coups que le malheureux animal reçoit sur la tête et sur le nez: tantôt on a le spectacle de chevaux essoufflés gravissant une hauteur aux cris et au bruit des charretiers , et prêts à tout moment de tomber d'épuisement; tantôt on les voit glisser des quatre pieds en diagonale pour descendre cette même hauteur, et obligés de soutenir, par un autre genre d'efforts également disproportionné , la charge énorme qu'ils ne pouvaient traîner un moment avant. Que dirais-je de ces voitures de veaux qu’on ne rencontre qu’en F rance, où ces pauvres bêtes, la tête penchée à travers les barreaux, lonl retentir l'air de leurs cris, et souffrent plus que la mort, long-temps avant elle; de ces attelages de chiens traînant toute une grosse famille; de ces étables humides et sales dont, une fois l’an à peine, on retire le fumier; de cette habitude de laisser les chevaux en sueur attachés pendant des heures entières «à des barreaux

de fenêtres, pendant que leurs conducteurs sont à boire au cabaret *, et une foule d’autres pratiques cruelles envers les animaux, qui doivent nécessairement endurcir et disposer à la cruauté? Quel homme ferait jamais tort à un autre, dit Plutarque *, s’il était affectionné aux animaux? Les Anglais excluent du jury les bouchers, à cause des habitudes cruelles de leur profession. L’Ecriture recommande le soin des animaux s. Chez les anciens , ils étaient protégés parles lois 4; ils ont même encore des

i . Le grand Frédéric, en passant un jour devant un cabaret, vit plusieurs chevaux attachés ainsi à la porte; il fit appeler les conducteurs, qui étaient à boire au cabaret , et les fit attacher de la meme manière, avec un sac sur le dos, pendant autant de temps qu'ils avaient laissé souffrir les chevaux. Cette auccdote était renouvelée d'une autre semblable du sultan Murad. Voyages de Théeenol, lib. L , et Leyser, Méditât, ad Pandcctas, spec. If.

a. OEuvres morales, tom. I, et Vie de Caton. Montaigne, chap. X, de la Cruauté. Montesquieu , Esprit des I.OÎ8 , liv. XXIV, c. aa.

Ptiranmque a crlf ferra rt un

ltira>ui»«c puto macuUium «Misaine (érrum. Ovid Mifr

3. Pccora tibi sunt , attende illis. Gènes., c. IX, v. 5 et J>. S. Matth., îa, 1 1, i4, 5. S. Luc., 6, ali, i3 et i5.

Deutcron., aa , 7.

/{. O11 connaît l'histoire de ce jeune homme qui fut

hôpitaux dans l’Orient En effet, les animaux en liberté sont plus forts que nous ; ils ne sont plus faibles que lorsqu’ils sont soumis : il faut donc les traiter avec générosité comme des ennemis vaincus, ou avec bonté comme des esclaves utiles. La cruauté envers eux ressemble à celle qu’on aurait pour des femmes et des enfans; et, quand cet affreux défaut ne nous aurait valu que la Saint-Barthélemy *, ne seraitce pas assez pour se prémunir contre lui? Je voudrais que les sociétés d’agriculture proposassent des prix pour ceux qui auraient conservé le plus long-temps et en meilleur état leurs

puni par l'aréopage pour avoir tué un moineau qui setait réfugié dans son sein. Un des trois préceptes de Triptolème était le soin des animaux. Porphyre , de Âbst. , lib. IV.

1. Les Turcs ont de plus des fondations pour nourrir les chiens erra ns , et ils mettent du grain sur les minarets pour les tourterelles sauvages. Voyez Tallicn , Mém. sur l'Egypte, liv. III.

a. De Thou attribue la cruauté de Charles IX à sa passion pour la chasse , et son plaisir à maltraiter les bêtes. Il allait tuer, dit Brantôme , le mulet de son favori Lanjac, lorsque celui-ci le retint, et lui dit :« Eh ! sire, quelle querelle est donc survenue entre votre majesté et ma mule? » Mém. sur l'IIist. de Franco.

bestiaux et leurs chevaux' ; qu’il y eût quelques lois en leur faveur, comme en Angleterre *. Mais, en attendant, une des choses qui contribuerait le plus à l’amélioration de leur sort, serait le bon état des chemins, rétablissement des canaux : ce qui prouve que rien n’est étranger à la morale et aux bons sentimens, même les travaux des ponts et chaussées.

1. L'Institut, dans l’an il, proposa un prix sur les movens d’améliorer le sort des animaux ; mais ce mouvement charitable n'eut aucun effet.

2. Un boucher fut condamné, en Angleterre, à six mois de prison pour avoir coupé une cuisse à une brebis sans l’avoir tuée. (Archenhols, Ann. der Brit. Geschichte, liv. V, sec. 8. ) Pareille sentence fut rendue par la faculté de droit de Leipsick contre trois individus qui avaient été cruels envers les animaux , par la raison que ceux qui tourmentent les bêtes doivent être bientôt cruels envers les hommes. Voyez Hammel., Rhapsodie» , liv. XI, p. a5G.

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