OS
nos mines s'élevait à 82,000,000 de quintaux, valant 32 millioos de francs. Ces 82 millions équivalent à 3,24o,ooo baues de charbon de bois, du poids de 9, $00 livres chaque, qui nécessitaient, pour obtenir pareille quantité de charbon de bois , la consommation de i3 millions de cordes de 4 pieds sur 8 , ou autrement 1 28 pieds cubes, produit de 50o,ooo arpens de bois taillis. Ces i5 millions de cordes, estimées seulement 8 fr. , auraient une valeur de io£ millions , dont il faut distraire les 32 millions de charbon qui remplacent le bois; d'où il résulte, pour la consommation de la France , une économie de 72 millions; et si on doublait cette exploitation, la France aurait un bénéfice annuel de'i44 millions ; mais ce revenu serait bien autrement augmenté, lorsque les bois, devenus inutiles par-là, seraient mis en culture. Les 600 fourneaux et i,5oo forges environ que possède la France, emploient annuellement pour 48 millions de bois; et n'est-ce pas un spectacle hideux de voir des forêts immenses, des départemens tout entiers affectés à l'emploi de quelques usines, qui seraient mises en mouvement par le produit souterrain de quelques arpens (1) ? On se représente la
(1) Le combustible coûte en France six fois plus qu'en Angleterre, et entre pour un quart dans toute fabrication.
quantité de blé , de vins , de fruits , de bestiaux, de population riche qui pourrait s'élever sur ces espèces de déserts f sur ces steps, condamnés à la stérilité par la routine et l'ignorance, et qu'on appelle avec fierté nos antiques forêts, auxquelles on attache une gloire barbare, comme s'il existait pour l'homme d'autres productions glorieuses que celles qui lui sont utiles , qui contribuent au bien-être de sa famille, à la richesse de son pays! Une administration toute entière est payée par l'Etat pour veiller à la conservation de cette honteuse richesse, et pas un sou n'est consacré à l'exploitation du mobile de toutes les richesses.
Qu'on ne croie pas cependant que je prétende remplacer aveuglément nos bois par des défrichemens trop rapides , et surtout avant l'exploitation facile des mines , avant la confection des canaux, pour en porter partout les produits, avant surtout que le système de plantations isolées n'ait acquis plus de vogue; mais il viendra un temps certainement où la France n'aura plus de forêts (i), et où tout le monde sera bien
(1) J'excepte toujours les grandes forêts de la couronne, dont les arbres de haute futaie sont un des plus beaux ornemens de la France et sont d'une grande utilité pour toutes les charpentes. Je yeux parler des bois communs en exploitation*
chauffé, où l'on ne traversera plus de bois, mais où on trouvera partout des arbres; alors dix millions d'arpens seront rendus à la culture , et donneront une augmentation de reyenu énorme (1). La France souterraine ajoutera des moissons inconnues à ces nouvelles moissons, des trésors sortiront partout de sou sein ; alors les usines , les manufactures, les distilleries, doubleront leurs produits , et l'homme bien vêtu, bien nourri, bien chauffé, assis à l'ombre de beaux arbres isolés et soignés près de sa demeure , ne regrettera pas plus les antiques forêts de ses pères que leurs antiques préjugés , leurs antiques vête mens , leur antique ignorance.
Que faut-il pour arriver promptément à ces «admirables résultats ? Des canaux ! des canaux !
(1) Le charbon de terre, substitué au bois dans presque tous les emplois où l'usage du feu est nécessaire, fait naître naturellement cette question : Qu'a gagné l'Angleterre il cet échange? Elle a gagné certainement au moins l'espace immense de terrain que couvraient les forêts qui lui fournissaient cette consommation -, en place de ces forêts très-peu favorables à la population , par le peu d'hommes qu'elles emploient , elle possède des champs fertiles et de riches pâturages \ il lui revient en pur profit les blés et les laines qu'elle y recueille. Avantages de la France et de la Grande-Bretagne , traduit de l'anglais de John Nickolls , i7Ô4,in-i2, p. i3a.
et avec eux l'exploitation, l'emploi du charbon. Que faut-il pour créer ces ca&aux ? Des associations qui les entreprennent , des propriétaires qui s'y consacrent , qui veuillent s'enrichir par leurs travaux , au lieu de solliciter éternellement les places du gouvernement ; mais cet essor admirable dépend , je le répète , des institutions qui fondent le crédit public et qui donnent à l'industrie particulière toute latitude , toute confiance, toute sûreté.
Ces canaux, destinés un jour à rendre inutile la quantité de bob qu'il y a en France; serviraient long-temps avant à leur exploitation» aux usages si importons de la navigation > de la «narine , qui s'en trouvent aujourd'hui privés > pendant que les arbres périssent sur pied dans les montagnes , ou coûtent plus de transport et d'exploitation qu'ils n'ont eux-mêmes «de valeur» Ces canatix seraient joints entreeux(i), ousecon* dés par des chemins de ter, si utiles pour servir d'embranchement , sorte de navigation sèche, dans laquelle un cheval fait l'office de 20 chevaux, et qui , perfectionnée, pourrait être adaptée même au charron nage en grand dans les lieux où les canaux seraient impraticables (1).
(1) Ce genre de navigation a été inventé en Angleterre «ni 680, et perfectionné en 17S8; il eât établi quelquefois
Une des institutions les plus utiles en France serait l'organisation d'une compagnie générale, des canaux , qui se chargerait d'exécuter à mesure tous les ouvrages de ce genre qui présentent un bénéfice considérable et bien assuré. Cette compagnie se composerait , je suppose , de cent mille actions à mille francs chacune , ce qui ferait cent millions, mais dont les fonds ne seraient comptés qu'à mesure" des besoins et de l'exécution progressive des travaux , ainsi que le chose a lieu en Angleterre. Copie de tons les plans et devis des canaux commencés et projetés en France serait remise au secrétariat de la compagnie par le conseil des ponts et chaussées, et la compagnie serait autorisée à traiter pour chacun d'eux avec l'administration, et à profiter > soit pour l'acquisition des terrains, soit pour les péages , de toutes les lois rendues en faveur de ces entreprises faites par l'autorité. Sitôt que
imr une grande étendue de terrain* La route en fer de Carly a a5 milles, celle.de Senhoroe 28, de Surey 26. Dans quelques lieues , les chariots sont mus par une machine à yapeur qui les précède sur des roues. Un cheval qui ne traînerait qu'un millier, en voiture aisément dix de cetle manière sur un terrain de niveau, et vingt lorsqu'il y a une pente quelconque. On peut donc calculer que le transport par ce moyen est comme de un à vingt, «t par des canaux comme de un à soixante.
cette compagnie serait constituée, elle entreprend drait un ou deux, au plus trois de ces opérations , dans des provinces différentes ,. sur lesquelles elle porterait tous ses capitaux, toute son activité; etlorsqu'elles seraient achevées,. eHë passerait à d'autres, ne faisant à ses actionnaires des appels de fonds qu'à mesure de la mise ett valeur des ouvrages. Elle serait autorisée alors à rétrocéder , par le moyen d'actions spéciales , les travaux terminés et les concessions de péages qui lui auraient été accordés ; elle rentrerait r par ce moyen , dans ses fonds , avec les bénéfices considérables qu'ils auraient produits, et passerait à d'autres opérations. Je suppose qu'elle commençât par le canal de Bourgogne, qui nécessite encore une dépense de. 18 millions , et qui présente un revenu assuré de 6 ou 7, l'appel de fonds serait alors pour les actions du cin* quième ; et sitôt que ce canal serait terminé , il serait créé des actions portant le nom du canal, rapportant un dividende quelconque , et qui seraient mises en circulation par la compagnie 011 feraient fonds de caisse» Cette institution aurait l'avantage de porter sur une opération tous les capitaux et tous les efforts , de n'être arrêtée ni par le manque d'argent, ce qui a lieu ordi* nairement dans les provinces que ces travaux intéressent ,. ni par les lenteurs de l'administra*
( 39° > tton , ou les oppositions locales de quelques particuliers. Un des inconvéniens des ouvrages exécutés aux frais de l'administration , est detie s'opérer que par des crédits annuels; ce qui restreint la masse du travail et retarde indéfiniment les opérations. Les entrepreneurs, dans l'incertitude de leurs paiemens , n'osent se mettre en avance, et sont même toujours inquiets sur les ouvrages qu'ils ont terminés , et qui ne sont pas encore réglés; tandis qu'avec une compagnie, dont les fonds sont prêts, tout s'exécute sans» interruption, les ateliers sont constamment en activité, et l'hiver même est employé à l'approche des matériaux. Je ne parle pas ici des difficultés, des chicanes des bureaux , des lenteurs des conseils de préfecture, lorsqu'il fout juger Quelques différends , et des incertitudes de paiemens à la trésorerie ; toutes choses qui font que souvent un entrepreneur perd tous ses bénéfices , par les seuls retards qu'il éprouve, et par les intérêts qu'il est obligé de payer à ses bailleurs de fends (i).
Il ne faudrait point tant de capitaux pour par-
(1) J'ai vu vendre des liquidations en ordre, des arrêtés de compte, à i5 et 20 pour 100 de perte, à cause des difficultés que l'entrepreneur craignait de rencontrer, tandis que ces mêmes liquidations étaient payées sur-le-
( 39i ) Tenir à de si grands résultats ; il y a en France plus de bras et de denrées qu'il n'en faut à la culture. Que le crédit mette en mouvement les uns et les autres ; que le gouvernement accorde aveuglément, sous peine de déchéance, Texploitatîbn des mines et la confection des canaux; qu'A honore ceux (1) qui s'en occuperont; qu'il appelle avec confiance , et sans préjugé, les étrangers à y prendre part (2); il n'aura pas plus tôt enrichi quelque compagnie, qu'il s'en présentera 100, et que le pays acquerra «ne prospérité dont il est difficile de se former aujourd'hui une idée.
champ entre les mains du concessionnaire qui savait mieux s'y prendre: sorle d'abus qui n'aurait pas lieu arec une •compagnie qui aurait intérêt à conserver son crédit parmi ses fournisseurs, afin de pousser très-vite ses opérations.
(1) Les lettres* pateu tes du canal de TBriare, art. 20, anuoblissaient les sieurs Boutheroue et Guvon , entrepreneurs; de même celles du canal dePescaire, près du Rhône, art. 19 , et du cariai de Cosne. Voy. Lalande , préf. XII.
(2) Henri IV et Sully appelèrent des Hollandais pour dessécher les marais de la Saintonge ; une compagnie de ces mêmes Hollandais offrit de creuser un canal du Havre à Paris.
SECTION in.
Des routes.
Non ibimui per agros , née per vineat , %ti gradienrar via publica donec transeamiu termine*.
^ Num., cap. 20, v. 17.
Ubi est perfectio viarum tuarum. Job., cap. iv, y. 6»
Louis XIV, voulant compléter l'éducation du duc de Bourgogne, ordonna qu'il lui fût rendu compte de l'état des provinces ,• de leur agriculture, de leur industrie, de leurs édifices, et surtout des routes qui les traversaient. On ne le savait pas, on s'en inquiétait peu ; chaque particulier réparait bien ou mal le chemin qui passait sur son champ, et souffrait avec peine que l'autorité intervînt pour l'y forcer. Le duc de Nemours fit tirer sur les premiers ouvriers qui travaillèrent au canal de JBriare : il y avait peu de goût deperfeciï- . biliték cette époque ; et les provinces, à rexcep-*. tion des pays d'état, étaient plus étrangères les unes aux autres que ne le sont aujourd'hui les royaumes les plus éloignés. L'impôt odieux de la corvée désolait les campagnes sans remédier au mal. Henri IV av^it cependant senti l'importance des communications, de ce grand moyen de la
(«9») prospérité des peuples ; mais son règne fut trop court, et celui de ses successeurs trop agité pour remédier à un inconvénient aussi grave.
C'est à Louis XV qu'était réservée la gloire de tracer les magnifiques routes qui, dans tous les sens, divisent, joignent, parcourent, embellissent aujourd'hui la France; travaux dont la dépense fut grande, mais dont les avantages sont cent fois supérieurs. Vingt • huit routes principales , sous le nom de routes de première classe, partent du centre de Paris, comme jadis du milliaire doré de Rome, pour aboutir aux frontières en ligne presque droite, sur un développement d'environ trois mille cinq cents lieues ; quatre-vingtdix routes de moindre importance unissent cellesci entre elles, et servent d'embranchemens à tous les chemins de troisième classe et aux chemins vicinaux. Si l'entretien de ces nombreuses commu nie a lions était aussi soigné que le fut leur première construction, il n'y aurait rien à désirer ; mais il n'en est pas ainsi : les grandes routes sont fort négligées , les autres réduites à quelques réparations partielles et momentanées; et, quant aux chemins vicinaux , ce sont des cloaques ou des escaliers de pierre impraticables. Dans beaucoup de provinces même , ils n'existent point du tout , et on ne peut voyager qu'à cheval.
C'est un contraste singulier qui s'observait
(394) ' jadis en France, en Espagne et dans plusieurs monarchies absolues, entre la beauté, la grandeur des travaux exécutes par l'autorité , et la pauvreté, l'imperfection de tout ce qui sortait des mains des particuliers : lorsque les gouverne* mens de ces pays exécutent quelque chose , c'est avec la richesse et les lumières de la puissance; et lorsque ce sont les communes, c'est avec la misère, l'ignorance de la servitude. IL n'en est point ainsi dans les états où les hommes ont acquis une intervention directe dans leurs intérêts; leurs opérations n'ont alors que le degré nécessaire de grandeur et d'éclat, mais elles se multiplient à l'infini. Nos routes ont soixante pieds de largeur, et nous en avons vingt-huit ; celles de l'Angleterre n'en ont que vingt-quatre , et il y en a mille. On voudrait , disait dernièrement M. Laine , pouvoir découper comme un ruban nos grandes routes en deux , et distribuer une des bandes à droite et à gauche ; observation trèsjuste. Encore, sur cette inutile largeur, si les places étaient marquées pour tous les genres de voyageurs qui s'en servent , si la part était faite à chacun sur une telle étendue, on regretterait moins le terrain et la dépense ; mais on s'est arrangé pour que tout le monde fut également mal. Ceux qui vont en voiture prennent le pavé, qui n'a que la largeur suffisante pour deux voitures -,
(595) et , pour peu qu'ils soient obligés de se détourner promptement, ils tombent du côté du rebord qui est ordinairement d'un demi -pied plus bas que l'accotement, et ils versent; les gens à cheval ne peuvent passer sur les accotemens, qui sont des plaines de boue, ni sur le pavé, où ils sont sans cesse dérangés par les voilures; enfin, si on est à pied, il faut nécessairement aller dans le champs, de l'autre côté des fossés, chercher un troisième passage qui n'existe pas 9 pour éviter la boue d'une part, et le danger des voitures de l'autre. Voilà soixante pieds bien employés , et surtout lorsqu'ils sont sans cesse interrompus par les villes ou les villages dont les rues n'en ont que douze, et où l'on se trouve resserré un à un comme dans le passage d'une écluse en sortant d'un grand canal.
Il est moins important cependant de diminuer la largeur des grandes routes, que de les perfectionner, d'y pratiquer des trottoirs comme chez les Romains, margines (1) ; que de les planter, de les entretenir; que d'améliorer surtoutles chemins vicinaux , fléaux des campagnes , du commerce et même de l'agriculture (2). C'est ici encore que
(1) "Vias steruendas marginandasque locayerunt. Tit. Liv. xli, 27.
(2) La réparation et l'entretien des routes, dit Voltaire, est un objet important. Le gouvernement s'est signalé par
l'on sent l'importance de donner plus de latitude aux conseils généraux de départemens , aux conseils municipaux, d'attirer à leurs fonctions les grands p1 opriétaires , d'intéresser leur amourpropre à entreprendre des chemins, de rendre même pour eux cette entreprise utile , en leur -accordant proportionnellement des péages. De tout temps , le soin des routes fut une prérogative et un bienfait des gens riches et puissans. Le sénat ? d'Athènes s'en réservait la surveillance,, Epaminondas, Jules-César (i) et Auguste, né dédaignèrent pas d'en prendre l'administration» Ce dernier fit réparer la voie Flaminienne à ses frais (2) y et engagea les plus riches citoyens d'en»
la confection des voies publiques, qui sont à la fois l'avari- ' tage et Pornement de la France ; il a donné des ordres très-utiles pour les chemins de traverse , mais ces ordres ne sont pas si bien exécutés que ceux qui regardent les grands chemins. Le même colon qui voi tarerait les denrées de son village au marché voisin, en une heure de temps, avec un cheval, y parvient à peine avec deux chevaux en trois heures, parce qu'il ne prend pas le soin de donner un écoulement aux eaux , de combler une ornière , d'y porter un peu de gravier \ et ce peu de peine qu'il s'est épargnée lui coûte à la fin de très-grandes peines et beaucoup de dommages. Dict philos., tom. IV, pag. 254, voy. Routes.
(1) Plutarque in Jul. Caes. , c. 8.
(2) Suet. in Aug. , c. 3o.
( 397 ) * faire de même (1): plusieurs, tels queLepidus Laurus et Balbus, imitèrent son exemple. Je ne doute pas qu'il ne fût également suivi en France, si on y attachait les mêmes honneurs et les mêmes avantages : il faudrait que tout capitaliste ou toute compagnie qui se présenterait pour exécuter un nouveau chemin fût accueilli , et que la création de cet ouvrage public si méritoire fût consignée aux deux bouts de la route sur une pierre monumentale (2) ; que de plus l'entrepreneur jouît, pendant un certain nombre d'années, d'un péage dont personne , comme en Angleterre , pas même le roi , ne serait exempt , du vertigal peregrinum, auquel les empereurs , à Rome , étaient soumis. Ne pourrait-on pas rétablir aussi la charge honorifique de grand-voyer de France que possédait Sully, et ne la confier qu'à un très-grand seigneur chargé d'instruire le monarque de tous les travaux importans de ce genre qai auraient lieu datos le royaume aux frais des particuliers , des communes ou des départemens? L'amour-propre se joindrait alors à l'intérêt en faveur du bien public.
(1) Idem 9 c. 29.
{2) Nec taceant monumenla viae qùa Tuscula tellus Candidaque antiquo detinet alba lare ; Namque opibus congesta tuis , hic glarea dura Sternitur, hic apta jungitur arte silex.
Tibul., 11b. 1, éleg. 8.
L'entretien des grandes routes, vice regales , «erait $eul encore à la charge de l'État , comme c'est l'usage partout ; mais celui des autres serait aux frais des propriétaires dans chaque circonscription de territoire, et leur surveillance confiée à ces comités des conseils généraux et municipaux , qui représenteraient si bien par leur zèle, leur désintéressement, les surveyors of high-ways en Angleterre (1), les œdiles des anciens (2) , et les magistrats des pays d'état ayant la révolution. Les propriétaires riverains devraient être tenus , sous peine d'amendes très-fortes > d'entretenir les fossés, les plantations des routes; alors on verrait partout des communications faciles, si importantes dans un pays industrieux , si honorables dans un grand État (5),
(1) Ces magistrats sont nommés par le juge de paix sur «ne liste de dil personnes faite par les consUbles : on nef peut en refuser l'emploi, qui est gratuit et assez pénible. Ce sont eux qui fixent, comme chez les Romains, la répartition des prestations eu nature et en argent pour. les réparations, et qui ont également la police des routes, contre
• ceux qui les pourraient détériorer.
(2) Digest. loc. aediles de via publ., et Sicul. Flac. , lrb. de cond. agr. Suet. in Aug. et in Claud. Capitol, in Ant. Bergier, grand Chemin de l'Empire.
(3) Qu'on voyage dans tous les pajs, dit l'abbé Raynal , ft partout où on ne trouvera pas des communication*
( 599 ) Outre les entraves que met le mauvais état des routes au commerce et à l'industrie , il empêche de se former aucun de ces établissemens de voitures légères qu'on. trouve partout où les les chemins sont bons ; car les voitures publiques ont toujours une forme relative aux chemins, comme les bateaux ont une grandeur proportionnée aux canaux. En Angleterre, elles sont légères, commodes, et bon marché; elles épar-* gnent à l'État la dépense énorme du transport des lettres (1). En France, au contraire, ce sont
faciles d'une ville à un bourg, ou même d'un village à un hameau , on pourra prononcer que le peuple est barbare, et on ne se trompera que sur le degré de barbarie. #
(1) Le premier statut pour le rétablissement des routes,
en Augleterre, par l'administration municipale, est de
i555; mais avant 1748 elles furent toujours en mauvais
état, les voitures étaient aussi fort peu commodes. Ce qui
est singulier, c'est qu'on les tirait presque toutes de la
France ; ce fut un sellier d'Edimbourg qui réussit assez
bien pour rattacher à l'Angleterre ce genre d'industrie»
{Cre,echy8 letters on Saint- Clair' s statist. ace. of Scotland>
p. 593.) On les fit plus légères, à mesure que les chemins
furent plus soignés. Ce fut seulement en 1 784 qu'un nommé
Palmer introduisit l'usage de porter les lettres par les
voitures publiques, ce qui fut d'une grande économie pour
l'État. (Anderson, tom. IY, p. 54.) On ne conçoit pas
comment cet usage n'est pas établi en France. N'est- il
pas honteux de voir d'immenses et lourdes carrioles, con*
( 4oo )
encore des coches hideux, de vrais tombereaux dignes de l'horrible pavé sur lequel ils roulent* Les charrettes, que Ton a eu tant de peine à soumettre à des roues plus larges , ont conservé leurs moyeux saillans qui accrochent d'un bout de la route à l'autre : leur charge est toujours disproportionnée à la force des malheureux animaux qui les traînent. On a beau exiger le pesage des voitures , celte mesure n'est relative qu'au poids de la charge pour épargner le chemin , et non à la faiblesse des animaux ; et l'emploi d'un dinamomètre serait plus charitable à leur égard que celui du pont à bascule.
Cette cruauté envers les bêtes, à laquelle on a eu de tout temps une propension particulière en France (1), provient, plus qu on ne le croit, du
nues sous le nom de malles, attelées de trois forts chevaux, et traînées uniquement pour porter les lettres et des pâtés de foie gras adressés à messieurs les directeurs généraux ? Avec un cheval de plus, on aurait des voitures légères à six places, commodes aux voyageurs , d'une grande utilité pour le commerce, et qui ne coûteraient rien à l'Etat; mais il faut des siècles en France pour arriver à la moindre amélioration.
' (1) Les juges du comte de Valois , en i3i 3, firent le procès à un taureau qui avait tué un jeune homme d'un coup de corne, et le condamnèrent, sur la déposition des témoins, à être pendu. La sentence fut confirmée par arrêt du parlement de Paris, du 7 février i3i4. (Recueil des
• (4oi) •
mauvais état clés routes et des difficultés de les parcourir. On ne pQxït ttaversier un village, ea France, dans la âiâuvàisfe safisonysans Rencontrer partout des charrettes pesantes, mal faites, traîkiéôs par de petits chevaux sales , grimpant avec peine des rochers glissans , ou haletant dans une bôùeépaisse sans pouvoir avancer. Si Ton voyage en poste , on est étourdi des coups de fouets per> cans dont les portillons sillonnent le cheval de brancard, o« bien secoué dés coups que le ttialheuteox àniifeal reçoit sur" là tête et sur le fcëzj*" tantôt oh:>a' lé spectacle de chevaux eswnfftés gravissait U<ie hauteur aux cris et au bruit déscHarretiers, et près à tout moment <îe tomber* d'épuisement, tantôt on les voit glisser des «jtaàtre |)ieds en diagonale pour descendre cette même hauteur, et obligés de soutenir, par un autre genre d'efforts également disproportionné, la change énorme qu'ils ne pouvaient traîner mu
Arrêta , toin. VII, pag, 77.) Ceci rappelle te» anciennes lois absurdes contre les pierres et le bois qui avaient frappé des hommes, te. maréchal de Saxe disait qu'il s'était fort occupé de chercher , dans les querelles des -charretiers et des chevaux , quels étaient ceux, qui avaient tort, et qu'il avait trouvé presque toujours que c'étaient les charretiers. Il est certain que dans la cavalerie française on n'a pas autant de soin des chevaux qu'en Allemagne, et qu'en général on est très-négligent sur ce point.
moment avant. Que dirais-je .de ces voitures de veaux qu'on ne rencontre qu'en France, où ces pauvres bêtes* la tête penchée à travers les barreaux , font retentir l'air de leurs cris ,. et souffrent plus que la mort, long-temps avant elle ; de ces attelages de chiens traînant toute une grosse famille ; de ces étables humides et sales dont, une fois Tan à peine, on retire le fumier; de cette ha*
bitude ^e laisser les chevaux en sueur attachés
pendant des heures entières à des barreaux de fenêtres, pendant que leurs conducteurs sont à boire au cabaret (1) , et une foule d'autres pratiques cruelles envers les animaux, qui doivent nécessairement endurcir et disposer à la cruauté? Quel homme ferait jamais tort à un autre, dit PluT , tarque (s) , s'il était affectionné aux animaux? Les
(1) Le grand Frédéric, passant un jour devant un cabaret, vit plusieurs chevaux attachés ainsi à la porte; il fit appeler les conducteurs, quittaient à boire au cabaret, et les fit attacher de la même manière, avec un sac sur le dos, pendant autant de temps qu'ils avaient laissé. souffrir les chevaux. Cette anecdote était renouvelée d'une antre semblable du sultan Murad. Voyages de Théyenot, lib. i , .et Leyser, Méditât ad Pandectas , spec. n.
(a) Œuvres morales; tom. I , et Vie de Caton^Mon» .taigne, chap. io,.de la Cruauté. Montesquieu, Esprit des Lois, liv. 24, c, 22.
Fnmumque a ctede ferrarum Iocaluisfe puto maculatuni laogume farina* Ojts« Ma*
Anglais excluent du jury les bouchers y à cause des habitudes cruelles de leur profession. I/Ecriture recommande le soin des animaux (1). Chez les anciens, ils étaient protégés par les lois (2); ils ont même encore des hôpitaux dans l'Orient (5). En effet , les animaux en liberté sont plus forts que nous; ils ne sont plus faibleÀ que lorsqu'ils sont soumis : il faut donc les traiter ayec générosité comme des ennemis vaincus , ou avec bonté comme des esclaves utiles. La ëruauté envers eux ressemble à celle qu'on aurait pour des femmes et des enfans.; et, quand cet affreux défaut ne nous aurait valu que la Saint-Barthélémy (1), ne serait-ce pas assez pour se prémunir contre lui? Je voudrais que les sociétés d'agriculture propo-
(1) Pecora tibi sont, attende illis. Gènes. , c. ne , v. 5 tet6. S. Math., 12,11, i4, 5. S. Lac, 6,26/136115.
Deuteron. y 22, ?»
* (2) On ' connaît l'histoirje de ce jeune homme qui fut puni par l'aréopage pour avoir tué un moineau qui s'était réfugié dans son sein. Un dès trois préceptes deTriptolème était le soin dés animaux; Pof phyre , de Àbst. , lib. 4.
(3) Les Turcs ont de pliïs dés fondations pour nourrir •les chiens errànfc, et ils mettent <du grain sur les minarets pour les tourterelles sauvages. Voyez Tallien , "Mém. sur l'Egypte, liv. 3.
(4) De Thou attribué la cruauté de Charles IX à sa passion pour la chasse , et son plaisir à maltraiter les bêtes. U allait tuer ^ dit Brantôme, le mulet de sou favori
àassent des prix pour céuxqui auraient conservé le plus long-temps et en meilleur état lents bestiaux et leurs cheraux (i) ; qu'if y eût quelques lois en leur faveur, comme en Angleterre (2). Biais, en attendant, une des choses qui contribueraient lfe plus à l'amélioration de leur sort , serait le bon état" dès chemins, l'établissement dë$ canaux : ce qui prouve que rien n'est étranger à la morale et aux bons sentimens, même tes travaux des ponts et chaussées»
Lânjae, lorsque celui-ci le retînt, et lai dit: eh! sire, quelle querelle est donc survenue eàtre votre majesté et ma mule? Mém. sur l'Hist. de France,
(1) L'Institut , dans" Tan m, proposa uo, prix sur les moyens d'améliorer le sort des animaux \ mais ce mouvement charitable n'eut aucun, effet. •
(2) Un boucher fut condamné , ea Angleterre* àv six mois de prison pour avoir coupé une cuisse à une brebis Bans l'avoir tuée. (Archenhols, Ann. dcr tint. Geschichte , liv. 5 j' sect 8.) Pareille sentence fut rendue par la faculté de droit de Leipsick contre, trois individus qui avaient été cruels envers les animaux» par la raison que ceux, qui
• tourmentent les betes doivent être bientôt cruels envers les hommes. Voyez HammeL , Rhapsodiea, liv* u*
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