‹ De l'esprit d'association dans tous les intérêts de la communauté, ou, Essai sur le complément du bien-être et de la richesse en France par le complément des institutionsChapitre 28 sur 35 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Des assQciaiions de bienfaisance.

Benigni .... estote inyicem.

f ~ Fauperi porrige manum tuam et non te pigeât visitai* •

infirmum. Eccl. , cap. vu, y. 56 et 39* Operemur bonum ad omîtes. Gai. vi, y. 10. Bt non erit omnino indigens et mendiais inter voa.

Deut. cap. i5.

Ooiitez de votre repos 9 hommes désœuvrés y inutiles au monde et à vous - mêmes ! riches de la terre , consentez à quitter un moment vos plaisirs; venez apprendre à jouir des biens de la fortune, par le spectacle de ses calamités ! et vous, que le sort a frappés d'une manière souvent plus sensible que par la perte de la richesse, qui languissez sous le poids d'une passion malheureuse , d'une ambition trompée ou d'une disgrâce injuste, venez chercher un soulagement à vos maux, ou un intérêt à votre^ existence ! sachez qu'il est une carrière glorieuse, un état assuré , que la faveur ne peut ébranler, ni l'injustice détruire > que l'ennui même* ne saurait atteindre; une profession où tous les services sont comptés ,

tous les travaux profitables, qui ne laisse ni mécompte ni regrets; un emploi merveilleux du temps y une industrie des hommes libres et des bons cœurs , la bienfaisance en un mot,» occupation pleine de charmes , science même remplie de combinaisons variées , de résultats curieux , de calculs profonds; qui semble ne devoir attacher qu'un moment» et qui bientôt absorbe délicieusement toutes les facultés !

Pour réussir dans cette carrière nouvelle, pour en sentir tout le prix, il faut seulement consentir à la connaître, à l'étudier; ne pas dédaigner de pénétrer dans les tristes demeures , dans les réduits obscurs où elle s'exerce. Le noviciat des bienfaits est sans doute pénible , il en coûte pour être initié aux secrets du malheur ; mais que de char tries compensent bientôt ces cruels momens! qu'il est doux de réparer, de prévenir les maux dont on connaît l'origine et le remède; que Ton voit disparaître comme par miracle , quand on les touche avec le zèle -du bien et les lumières de l'expérience ! De quelle noble magistrature on se sent revêtu, en rendant 'ainsi la justice aux opprimés du sort , aux victimes des imperfections de la nature ! Venez donc» courageux adeptes de la première des doctrines , venez exercer à la fois la plus noble fonction et la plus douce vertu ! Je vais ypus faire connaître en peu de mpts vos

domaines , les exemples qù'è *vôfcs pouvez suivre,' et les améliorations qu'iï Votis reste à créer dans le vaste champ du malheur.

Le plus ancien établissemefat dé bienfaisance en France, et peut-être eh Europe, est cet hospice vénérable, pïaéé près du premier temple delà capitale, comme pour montrer <jùe le lieu où Ton prie et celui où l'on souffre sont également la maison de Dieu (1). Cet édifice immense reçoit chaque année 12,000 malades environ des deux sexes; mais ces malheureux étaient jadis entassés dans des salles basses, quelquefois Luit dans un lit, ayant à peine trois toises cubes d'air à respirer, ne se couchant qu'un certain nombre d'heures alternativement , se servant des mêmes vases , sans linge , sans secours , presque sans médicament (2); l'usage des bains n'y était

(1) Voyez le rapport fait au conseil-général des hospices de Paris , par M. le marquis Pastoret : cet excellé m travail présente l'état ancien des Hospices, et lés améliorations IJu'il a éprouvées.

(3) Les détails consignés dans, l'outrage de M. Tenon* publié en 1785 , le rapport a rassemblée constituante pa* M. le duc de Liancourt , celui dé M. Cuvelier, font frémir. .On se refuse k croire les effets de ce qu'on appelait alors la bienfaisance. Les hôpitaux étaient des espèces de lazarets, établis dans la seule intention de séparer du reste des babitans lés malheureux attaqués de maladies conta-

( 49* ) point èorinû , et la malpropreté y était révoltante. Aujourd'hui les malades oÂcbàcun leur lit; du linge en abondance , et tous les soins leur sont prodigués; des sœurs de la charité, ces héroïnes de là religion et de l'humanité , se consacrent entièrement à eux, et suffisent à leurs Besoins (i). Leurs salles, ont été agrandies, aérées; de vastes terrains leur Servent de promenoirs et de moyens de convalescence; il en

|}éu$es , et on s'triquiétait peu dé ce qti*ik devenaient après; Cet état de chbstes porta quelques personnes chari tablée à entreprendre de fonder à Paris quatre grands hôpitaux nouveaux ; mon père souscrivit pour 4oô,ooo liv. , et sans la révolution ils auraient été bâtis. Il ne faut pas cependant croire qu'on n'avait pas fait quelque progrès dans la bienfaisance , quand on pensé que cent ans avant il y avait èttèoVè flëfe btdônfiancèà qttf coWfdntââietti à Iftre péridiii Bes mâlàdëd qui entraient dans les villëà; qtfon né connaissait d'autres moyens de Soulager les aliénés qu'en les rouant de coups , le* teigneux qu'en leur arrachant subitement la peau de la tête, et les gens attaqués de la rage en les étouffant. C'était là "le bon vieux tempe qui paraît si reerettat le à tant de personnes ! .

(i) î/riôtel-Dieu , fondé da*ns le huitième siècle ,, fut toujours desservi par des frères et soeurs de la Charité oit autrement Hospitaliers, dont l'institution se perd dans la nuit des temps* La généalogie de la bienfaisance remonte presque aussi haut que celle du malheur , mais elle ne présente de héros et de héroïnes que depuis l'introduction dé la religion chrétienne.

(4^) est de même de l'hospice de la Pitié , sorte d'annexé à UETôtel-Dieu ; des hospices dp la Charité, de iSfecker, de Beâujon, de Cochin, auxquels on a rendu leur revenu et le nom de leurs respectables fondateurs. Tous sont adrni-* nistrés à peu près de même , servis par les mêmes sœurs, et. améliorés dans la même proportion. Plusieurs autres hôpitaux sont consacrés spécialement à certaines maladies, que de savans professeurs étudient alors dans toutes leurs nuances , dans tous leurs symptômes ; ils sai- ' sissent ainsi le mal sous. toutes ses formes, et apprennent à le dompter dans toutes ses divergences. Cette institution sert à la fois à mieux étudier les maux pour les guérir, et à les réunir pour les mieux étudier; quelques-uns d'entre eux, tels que les hôpitaux Saint-Louis (1), Saint-Jacques, sont de «véritables collèges d'enseignement qui ont fait Fadmiration des étrangers.

(1) Cet hôpital est fort remarquable par le classement des malades qu'on y reçoit. Il est destiné à toutes les maladies $le la peau et de la lymphe. Le savant docteur Alibert qui le dirige, y fait constamment un cours pratique de ces maladies terribles, et il a beaucoup avancé la science par ce moyen. Il apporte même dans ses leçons un enthousiasme extraordinaire. Un jour qu'il professait deyant ses nombreux élèves et plusieurs étrangers > une porte s'ouvrit dans la salle , et une foule d'exemples vivans des catégorie»

(493) Ce sont là les asyles des infirmités passagères \l tjes misères humaines transitoires; mais il en est de longues, d'éternelles, qui commencent avec la vie, ou devancent de long- temps la mort, auxquelles les soins momentanés seraient insuf* fisans , que le temps seul et la persévérance peuvent adoucir, et c'est par les étàblissemèns de ce genre que brille la capitale de la France, de temps immémorial ; l'enfance y est surtout l'objet d'uoe attention particulière. Là seulement ces innocentes victimes de la faiblesse de leurs parens passent , des mains de la Providence , qui a voulu les mettre au monde , à une autre Providence qui veut leur y donner un asyle , les y rendre heureux ; des soins touchans devancent leur naissance, afin qu'elle ne soit pas troublée dans la personne de leurs malheureuses mères. Un édifice isolé, avec de grands jardins, a été destiné à l'accouchement; toutes les femmes ayant terminé le septième mois de leur grossesse , ou qui, sans l'avoir terminée, se sentiraient près cfaccou-

qu'il avait indiquées vinrent appuyer ses raiftonnemens; uu autre jour,' il .donna k déjeuner au docteur Franck de Vienne , dans le jardin de cet hospice , et, à l'étonnement, peut-être même à l'effroi de ce docteur , tous les individus qui portaient les plats ou qui servaient à table étaient distingués par une maladie particulière' qu'il appelait des cas rares, et qui servirent à entretenir la conversation»

cher, y sont admises ; on reçoit leur déclaration ^ plais sans l'exiger; leur $ecret est Respecté, ou gardé inviolable me nt\, et leur malheur est la seule condition qu'oji exige pour les secouriï; ellep sont placées loin de? regards publics, et les administrateurs eux-mêmes n'y viennent que lorsque leur devoir les j appelle ; des ouvrages leur jsont distribués, et le salaire leur en est payé régulièrement: plus de deux mille de ces infortunée? font leurs couches dans cette maisçn ^nn utilement (1) , la pimpant y laissant leurs enfans.

C'est alors que commence , pour ces êtres in- Jéresôans, upe ?qite de précautions, de sçins, qu'op ne pourrait attendre que d'une fàtnille dévouée; ils reçoivent tout le linge dont ils ont )>e§qin , ils ont chacun un berceau propre et une PQurj&e jaine qui les soigne dans l'ho^piçe même, pujesçopdnjt à la cpippagne dan? sop ipén^ge.

{/lioppice (les enfans trouvés est un des plus ^eajix.étyblissemens qu'il y ait en Eprqpe. Û.fqjt çpipmencç sous le règne .de JUouis XHL Une femme pieuse avait fait dans sa maison l'asyle 4$s .enfans ^b^donnés; mais sa fortune ne pouvant suffire à ce généreux emploi, le digne Vin-

(1) Voyety clans l'excellent rapport de M. Pastoret, la différence de l'état ancien de ces hôpitaux et du nouveau ? pag- 92.

cçnt-de-Jfoul assembla les personnes riches , les mères bienfaisantes, et obtint d'elles toute l'assis-' tancç nécessaire: les sœurs de la Charité furent instituées, le? epjaos trouvés eurent un hospice; le xpi .encouragea depuis cette institution , et pas pn enfanj ije court le risque aujourd'hui detre réduit à la charité, particulière , et surtout aux chances affreuses d'un rejet (1). La totalité des enfans exposés, et de ceux qui sont conduits 4 l'hospice quelque temps après leur naissance, dépasse le nombre de 6000 annuellement: ce serait la moitié de toutes les naissances , parmi les classes inférieures de la société; mais il est vrai de dire qu'une partie de ces enfans arrivent des départemens environnant la capitale , et souvent même de fort loin. Les enfans nouveaunés sont rangés dans l'hospice avec un ordre, une propreté et un soin touchant; leur vue seule inspirerait la bienfaisance. Ces pauvres êtres n'ayant point à partager leurs affections avec des parens injustes ou malheureux , ont le cœur tout entier ouvert à la reconnaissance; ils savent gré à leurs bienfaiteurs des moindres dons , des moin-

(1) Lorsque Saint-Vincent-de-Paulè vînt à Parie, où vendait les enfans trouvés,, à raison de vingt sous chacun, sur le parvis de Saint-Landry , et on les donnait quelquefois pour rien à des femmes malades qui avaient besoin de faire sucer un lait corrompu.

dres services. Sitôt que le premier âge de l'enfance est passé , ils passent -à d'autres hôpitaux destinés aux orphelins ; là ils apprennent un métier et à Kre et écrire : la Providence, qui à pris soin de leur naissance, ne les quitte que lorsqu'elle leur a procuré le moyen et le désir de se passer de ses dons; les noms qui leur ont été donnés, et des signes pour les reconnaître, ont été établis de manière à pouvoir servir d'indication à leurs parens , et beaucoup en effet viennent les réclamer.

Si l'enfance reçoit de si tendres soins, là vieillesse , cet âge des infirmités , cet état intermédiaire entre H vie et la mort, n'a pas moins de secours ; deux édifices immenses , sorte de petites villes contenant chacune 6000 habitans environ , ont été bâties aux portes de la capitale pour recevoir, accueillir, soigner les vieillards infirmes, les femmes âgées, qui n'ont besoin pour y être admis que de remplir les tristes conditions de l'âge, des infirmités ou du malheur. Jadis ces deux maisons renfermaient en même temps les prisonniers, les fous, les filles publiques, les aveugles; elles sont aujourd'hui consacrées uniquement à la vieillesse ; la première, destinée aux femmes, nommée la Salpêtrière, est partagée en grandes divisions; l'une contient les femmes qui, ayant passé leur vie à soigner les autres,

(*97) ont droit à être soignées elles-mêmes: réconv*

pense méritée de leurs travaux; l'autre aux aveugles paralytiques octogénaires ; la troisième au» septuagénaires ; la quatrième aux malades de toute* ces classes; la cinquième aux aliénés et aux épilep tiques , etc. ; etc. Pour multiplier les bienfaits, les femmes que Ton admet dans cette maison peuvent la quitter lorsqu'elles trouvent un autre àsyle et reçoivent alors une pension de 120 ftv pour les valides , et de 1 80 ftv pour les infirmes, quileur sert à payer leur dépense dans leur famille ou chez les gens qui les accueillent en province- Cette utile mesure laisse un plus grand nombre de places vacantes dans 1- hospice , et le moyen d'y recevoir chaque année quiûze cents nouveaux, admis» ". •"

L'hospice de Bicêtré est organisé de la même* manière pour les hommes, et ne rappelle que par. son nom l'horrible demeure où naguère les; orir minels, les fous:, les malades, étaient, confondus» Les maisons destinées aux aliénés, aux épileptiques, offrent les mêmes soins, les mêmes précautions, et les hommes habiles qui les dirigent emploient rarement aujourd'hui ces traitement cruels qui doublaient les douleurs de ceâ malhett^ reux sans diminuer leurs infirmités* , - . >

. D'autres asyles, où Ton pjayè de modiques pen-* • sions, servent de refuges , d$ retraites tranquilles,

aux gens d'une fortune aisée , qui veulent s'éloi-* gner du . monde et cependant n'être pas à la charge du public," d'autres sont institués pour les aveugles, les sourds et muets, ces éternelles infirmités que le génie est parvenu à rattacher aux jouissances et aux talens même. de la société.

Tous ces établissemens seraient cependant iusuflisans au milieu d'une immense population , si les mêmes mains qui les dirigent n'y ajoutaient encore d'autres secours che tous genres, non moins généreux et plus actifs, qui se répandent dans tous les pauvres ménages , et qui vont chercher 'le malheur ou les infirmités au lieu de se borner à les accueillir. De chacun dés édifices dont nous avons parlé , et d'une pharmacie centrale , partent à profusion des remèdes , des consultations, des secours à domicile, qui triplent, quadruplent les bienfaits.

Chacun des douze arrondissemens de Paris a un bureau de bienfaisance qui tient un état de tous les pauvres, les infirmes , ceux qui ont droit à des secours ou- des eneouragemens dans leur {froféssioft malheureuse, et, oserais^je . le dire, 100,000 individus de cette capitale, formant près du sixième de la population, sont inscrits sur ces tristes registres;» 100,000 personnes reçoivent kpsiift, la viande * le linge > des remèdes, et sont. visitées;par les ministres du culte et par les hommes

de l!art dans leurs maladies. Une'tthànté pte* voyante, active, pénètre dans les plus obscurs réduits, pour devancer, prévenir ou appaiser te besoin. Un ordre admirable règne dans cette administration si compliquée, qui ne peut être surpassé que par le désintéressement de ceux qui la dirigent.

Quels sont donc ces magistrats, ces adminis-. trateurs intègres qui président ainài aux affaires du pauvre , et à qui sont dus tous ces changemens heureux dans l'empire du malheur? Ces modèles de la bienfaisance et de la philantropife , qui sont^ils? je lai déjà dit, et il est doiix pour moi de le répéter , il est satisfaisant de voir les principes énoncés dans Cet ouvrage* illustrés par leur noble exemple et à jamais consacrés; eh bien» ces magistrats , ces administrateurs ne sont que de simples habitans de la capitale, des citoyens vertueux > unis par le lien dé l'association et l'amour du bien public, mais par ce principe seul élevé bien au-dessus des prétendues hiérarchies administratives , et c'est ainsi que toute administration quelconque prospérera' et fera prospérer le pays où elle sera établie , lorsqu'elle sera de même confiée à des hommes indépendans, éclairés et zélés pour le biem

Dès le milieu du seizième siècle, le gouvernement de la misère publique avait été confié par

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les souverains à un conseil composé de ci lo je ni, notables et des premiers magistrats de Paris, sous le nom de grand bureau des pauvres ; ces administrateurs remplissaient cette fonction avec un désintéressement, égal à leur amour pour les pauvres; aussi distinguait-on leur administration sous le nom de régime paternel. La révolution abolit cette institution et la remplaça par des gens payés et nommés par l'intrigue et la corruption ; les intérêts des pauvres furent sacrifiés , leurs biens mis en vente, et un tel discrédit Frappa tellement leurs établissemens,que personne ne voulait plus leur faire aucune avarice, et on fut enfin obligé de revenir au principe d'association gratuite qui seule convient à ce mode de gestion. La nouvelle, organisation fut supérieure à l'autre ; elle sépara {'action de la pensée;, l'activité que demande le mouvement journalier, et la réflexion qui le prépare ; on vit dans le conseil général des hospices l'image de nos conseils généraux , pour la délibération et la conception, et, dans la commission administrative, l'exécution et la discipline comme dans les magistrats de l'ordre et de l'autorité; les premiers furent composés de propriétaires riches, éclairés , indépendans , ne recevant aucun salaire, dirigeant, sans entraves, sans contrôle, les biens des pauvres, et les autres , d'administrateurs actifs, zélés, recevant un traitement modique du conseil,

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mais le gagnant bien par l'emploi total de leur temps , de leurs efforts, dans les fonctions les plus pénibles et les plus assujétissantes. Dès la première année de cçtte excellente organisation , les dépenses se trouvèrent diminuées d'un cinquième qui put être consacré sur-le-champ aux améliorations et, depuis cette époque , chaque année a Vu s'opérer quelque changement utile.

Ainsi verra-t-on tous les rouages de l'administration se grandir , se perfectionner, sitôt qu'ils passeront en des mains intègres , et à des hommes ardens pour le bonheur public et la véritable gloire de leur pays. Si la gestion de 8 millions de? revenu, répartis à plus de 120,000 individus, si les complications qu'entraînent tant de détails, tant de misères humaines , sont gérées avec un tel ordre, une telle intelligence, un tel désintéressement, ne doit-on pas croire que les intérêts faciles des communes, bornés à des intérêts locaux, aux réparations des routes, à des combinaisons avantageuses, mais toujours positives, ne pourraient pas de même être confiés à des hommes éclairés, habitant sur les lieux, choisis par leurs concitoyens, plus intéressés que personne à leur propre bien-être et à se rendre dignes de leurs commettans? Non, ces préjugés ridicules, ces sottes traditions' de la cupidité et de l'ignorance /sont à jamais détruits; ils pourront encore

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subsister par les abus, priais ils sont d'avance $upT primés-. par la raison ,et l'opinion suffira pour en faire justice un jour.

Qu'il serait doux de pouvoir rencontrer, dans foute la France, la même perfection dans le ré* gime des hôpitaux et des secours aux pauvres.! nous n'aurions alors rien à proposer , et ce sont les autres pays qjui devraient nous prendre pour modèle, Malheureusement il n'en est point ainsi, et hors de la capitale il semble que l'on soit reculé aux confins de l'Europe, ou reporté à cinq siècles antérieurs* Les institutions sont nulles dans les départemens ; et, à l'exception de quel-» ques villes principales de France , qui conter» vent encore quelques fondations , le malheur est abandonné à la bienfaisance individuelle, à la charité de la maison voisine , sans point de centre, sans disposition particulière ,, sans association philantrqpique. L'action administrative mémo qui pourrait y suppléer, et faire par-là au moins oublier ses abus , est sans force pour, le bien. L'impulsion des bureaux de Paris ne s'affaiblit pas, mais se restreint à mesure qu'elle s'éloigne >' et ne conserve plus de puissance que dans les seuls intérêts du fisc. Etrangers les uns aux autres, riches et pauvres, bourgeois et cultivateurs, ç^ont point l'habitude de se consulter ,, le besoin fe s'entendre sur leur situation. Le gouvçr^

nèmént central s'est chargé du monopole dû bien, des prérogatives delà charité; nobles a t+ tributions, s'il savait s'en rendre digne , mais dont il s'est de tout temps montré incapable.

La bienfaisance de Louis XIV fftt fastueuse comme sa gloire , comme ses conquêtes ; le dôme doré des Invalides s'élevait en mêtae temps que Versailles et Mari y , et les provinces de la Franco ne connaissaient l'existence de ces édifices que par les sommes qu'elles devaient payer pour stfb* venir à leur construction. Ce siècle fut sans doute fécond en merveilles , qui apprenaient aux peuples qu'une puissance suprême veillait à leur in* térêt ; mais cette tutelle ne s'étendait pas a leur* • besoins particuliers : tin canal superbe unissait les deux mers, soixante* forteresses couvraient les frontières, dix palais décoraient les abord $\ de la capitale , et il n'était pas possible de commune quer d'une ville à l'autre, de se procuver pour la disette d^irae province les grains qui se gâtaient dans une autre; les ouvrages étaient grands , mais peu nécessaires et peu multipliés (1). Du moment où les peuples ont pu goûter l'apparence seule* ment de la liberté , ils ont dû vouloir se sous** traire à cette dépendance qui absorbait leurs &*

(i) Magna magis, quam neceaaaria , quam muUa. Suet. ia Claud»

cultes, ets'affranchir d'une bienfaisance maladroite comme d'une oppression injuste ; ils le veulent aujourd'hui , et, le gouvernement itiunicipal est le vœu .du pauvre comme du riche, de l'infirmé comme de celui à qui il ouvre tous les chemins de la richesse; autant il est utile pour acquérir le. bien-être et l'aisance, et nous croyons l'avoir démontré , autant il est favorable au malheur même. Lés hommes qui se gouvernent par leur propre choix, sont obligés d'étudier tous les accidens de Tordre social, de connaître toute* ses infirmités , comme ils jouissent de tous ses avantages ; il n'y a plus alors de ces individus séparés

. des autres par la. richesse ou la naissance , qui ignorent à quel prix la, nature accorde ses bien-» faits, et quelle triste compensation de maux ella impose; il s'établit parmi les hommes, instruits des choses de la société, un sentiment réparti-» tçur qui tend à balancer le désavantage que quelques-uns éprouvent, à acheter le repos par le hiçn~être général, ou du moin* à ne pas le voir troubler par l'aspect de la trop grande mi* sère. Ainsi la part du malheur se forme du superflu de toutes les richesses. Tant que quel-

. qu'un manque du nécessaire, dit Rousseau , quel honnête homtae a du superflu (t)? Aucune règle

(i) Pçnsées, i."vo!vp. 99. No^seulement,4UBl*$k«»

fixe n'a lieu à cet égard; elle dépendues temps , des récoltes, des guerres, des événemens politiques. La misère est un impôt naturel sur l'aisance, un dividende dans le luxe, qui rétablit une sorte d'égalité, jus œquatorium f dans la jouissance au moins du stricte ^nécessaire , ainsi que l'explique si parfaitement l'Ecriture (1). Mais il est des moyens d'adoucir cette charge sociale , de la rendre même quelquefois inutile , c'est d'établir pour la bienfaisance cet admirable système d'association - que nous avons proposé

atone, la loi protège la vie de chaque individu, mais elle fournit tout ce qui est nécessaire à son existence, car il n'est aucun indigent , aucun malheureux , qui ne puisse exiger, de la partie la plus opulente de la communauté ui* secours qui comprend toutes les nécessités de la vie , c'est à quoi pourvoient les divers statuts passés en faveur des pauvres. Cette prévoyance humaine, quoique dictée par les principes de la sociabilité , n'entrait pas dans le système des lois romaines. Jjistinien n'admet point dans son Code les édite des empereurs Constantin et Théodose , qui mettaient à la charge du public les eufans que leurs parens ne pouvaient ni nourrir ni élever. Blackstone, lib. i.cr, cap, i*T.

(1) Il faut, dit l'apôtre, que celui qui a beaucoup donne à celui qui a peu., et qu'il y ait égalité, et fiât vsqualitas ut scriptum est. 11 , Corinth. , vin , i3. Suivant Jes mêmes paroles de Tite-Live, opibus vettris tùstinendo jweê$*jttate$ çliorum. Lib. vi , cap. xt> n. g.

pcmr tontes les entreprises industrielles f<te béonir ainsi dans nn lieu commun, et hors de la rigidité àe% lois, les fortunes ,' les biens et les bons Cœurs.

Lorsque tous les effort*, tomes les facultés de plusieurs individus , dit lin écrivain célèbre par sa philantropie, sont dirigés fortement vers un but, ils acquièrent un degré de puissance que ne peut obtenir aucun individu isolé, et le gôu- Yemenient lui-même. Leur zèle et leur amour du bien se transmet dans une succession constante, qui excite toujours davantage l'émulation des nouveaux associés à cette cause commune. Rien n'est plus utile dans un royaume étendu , que de se concerter ainsi > et de consacrer une partie de son temps au bien-être de ses semblables. Fort de l'union, de l'appui, et de l'estime de plusieurs, chaque individu est égal à toute Tas-^ sociation; il prend le même intérêt au bonheur des autres qu'au sien propre t et la nature la plus pure, la plus noble de l'esprit public, est créée par cette excellente institution , qui tend à améliorer toutes les autres (1). •

(1) Sir Thomas Bernard. — On trouve un pasage sera* bU'ble dans un rapport de la Société philautropique de Paris. ctSotifl le gouvernement le plus riche en' établisse* mens publics bien organisas , il y- aura toujours , dans là distribution des secours , une grande plaee laissée au zèle des particuliers ; et ceuï-çi cessant d'être isolés > se réuni**

* Ce principe d'association, est un des traits dis-' tinctifs des institutions- anglaises, et qui a produit cette multitude detablissemens philantrôpiques répandus dans toutes les provinces, dont aucun c'est dû au gouvernement, et n'e$t par conséquent dans sa dépendance ; tous sont administrés p^r les» babitaqs du lieu , par des commissaires; délégués, intéressés à les bien gérer. Quelle ridicule chose* en effet , qu'il faille attendra > pour rétablir la toiture d'un hôpital à Gahors ou à Béziers, aug-? men ter ou réparer une infirmerie , la décision des commis d'un ministère à Paris! décision qui arrive souvent un an après la demande , et lorsque le dommage est devenu irréparable, ou lorsqu'on l'a réparé d'urgence , et. par conséquent contre la règle et les lois. Non seulement les. provinces ne peuvent plus être administrées de la sorte; mais dans la capitale même combien ne reste-trr il pas de bien à faire, qui ne peut être que Fou-* vrage d'associations bienfaisantes ! Sans doute les établissemens de charité sont fort beaux, et nous leur avons rendu un juste hommage; mais ils sont plus étendus que multipliés; et, quelle que soit

sant en société, feroirt toujours un bien plus éclairé et moins partiel , moins entravé par de légers obstacles. Les moyens de chacun seront plu* que doublés, pat l'appui. mutuel qu'ils se prêtent. Foy* le rapport de Tan xui, p.. t &}

( 5o& > leur utilité, la nature de leur organisation le* empêche dé subvenir aux détails minutieux de la misère. Les maux y sont compris dans de grandes catégories qui admettent peu de subdivisions y et laissent par conséquent échapper bien des infirmités.

Que d'individus se trouvent frappés , dans1 une grande ville, par une nuance de maux spéciaux susceptibles d'une étûde^particutière,* qu'il faudrait séparer pour les mieux secourir ! Ce sont alors les sociétés qui peuvent suppléera ces grandes parties administratives. Ce que te bureau des pauvres est pour l'ensemble des secours, chaque société le devient pour une espèce de maux particulière , ou une exception à ces ttiaux qu'elle secoure.

Autrefois plusieurs sociétés s'étaient ainsi formées en France pour le rachat des prisonniers pour dettes, pour le placement des domestiques , etc. , etc. La révolution a détruit, ou fait oublier ces utiles institutions ; nous allons tâcher <f encourager à les rétablir , en traçant brièvement le tableau de ce qu'elles sont chez nos voisins : les faits sont les meilleurs guides des préceptes, et les exemples des raisonnement

Elle frappe à votre porte , cette infortunée qu'un moment de faiblesse , la séduction ou la misère, ont entraînée hors de ses devoirs; elle porte dans

( Sos ) son sein le fruit de sa faute : la eonfondrez-vous arec les victimes du vice, Renverrez- vous dans tin asyle commun à la corruption et à la misère ! Non, vous aurez pitié de son malheur et de son repentir, vous lui préparerez un refuge (i) où, consolée dans ses peines , encouragée contre sa honte , elle pourra espérer encore un sort heureux, et renaître à l'estime des autres et à la sienne propre. Là vous la réconcilierez avec sa famille, avec ses maîtres; ou, si elle est abandonnée par eux, vous lui trouverez un emploi nouveau , une situation qui puisse lui permettre de réparer par une longue vertu l'égarement d'un moment.

L'être qu'elle aura mis au monde, trouvera également un asyle où sa mère pourra un jour aller le reprendre (2) ; en attendant, il sera

(1 ) Société et Hospice de la Madeleine, fondée à Londres, en 1768, efr^ui a déjà reçu dans son établissement cinq mille femmes nfalheureuses, presque toutes au-dessous de l'âge de vingt ans; dans ce nombre, trois mille cinq cents ont été réconciliées avec leur famille ou placées , et ont eu une conduite régulière. Refuge pour les jeunes femmes abandonnées , fondé en 1806. Société en faveur des filles repentantes [Female Penitentiary) , fondée en 1807, etc. ê etc. Voyez Highmore, Public Charities.

.(2) Société et Hospice des Orphelins, fondée en 1760. Société et Hospice des Enfans-Trouvés, fondée en 17*0?

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soigné cotome auprès d'elle, ses maint à Verni? seront prévus (i), les lumières de la morale et dé Irréligion, les connaissances utiles, lui seront prodiguées (*). S'il est eA proie à quelque défaut de conformation (5) , il trouvera tous les secours spéciaux que demande cet état malheureux; plus avancé en âge, la même Providence sociale le suivra dans tout le cours de sa vie; elle écartera de lui ces nlalodies contagieuses, compagnes des habitations malsaines (4) > ces infirmités funestes

Société pbilantropique pour élever les enfans des condamnés et tous ceux qui sont abandonnés par leurs parensj orphelins et autres , fondée en* 1788. Société pour secourir les enfans des ouvriers, fondée en iy5S. (Grey coat and'bluè eoat Hospîub, etc. , etc.) "

(1) Société formée pour Finoculaiion ,• en 1 746 ; aojour* d'bui consacrée à la vaccine. Société royale jennerieiroei fondée en 1799*

(2) Société rpyale des écoles gratuites , suivant la mé* thode de Lancaster, fondée en 1809. Société JRojale , suivant là méthode de Bell, en 1810. Sociétés Auxiliaires de celles-ci {Auxiliary Society) dans tout le royaume. Ecoles gratuites de tout genré.Y oyez Highmore, Public Charities.

(3) Société en faveur des enfans sourds et muets, en 1792} pour les enfans aveugles, en 1799.

(4) Société de la Fièvre {Fever Institution) , fondée en 1802, occupée à faire sur-le-champ transporter les malades dans de nouvelles demeures, à faire blanohir leur logement et à coupe* la contagion dans sa racine; elle guérit annuellement plus die 3oo personnes.

*n travail > et suite malheureusement du travail même (1) ; elle veillera à ses. mœurs , en écartai** de lui les occasions du vice (2) ;. elle réparera pour lui ces pertes de travail occasionnées par des accidens imprévus (3) , des maladies pas-? sagères (4) , des maux particuliers (5) , circons-i tances terribles dans les affaires du pauvre, dont le temps est la seule propriété; elle le délivrera des poursuites d'un créancier inflexible (6) , ou

(1 ) Société des Hernies bu Descentes [Rupture Society) r fondée en 1796; autre, sous le nom de Société des Bandages [Truss Society for ruptured Poor) , fondée en 1807 ; . elles distribuent chaque année plus de 60,000 bandages, et ont secouru depuis huit ans 9,465 individus. Sociétés pour la guértson du cancer , fondée%n i8o3 , elc. , etc.

(a) Société pour la suppression du vice , fondée en i8o4^ Société pour encourager la prudence et l'industrie, en i8o(u Société pour préserver la morale [Guardian Society \% en i8i3.

(3) Société philantropique de Clerkenwell, et autres semblables , en 181 3, pour porter des secours prompts à domicile , pour les chutes, blessures et autres accidens.

(4) Dispensaires dans tous les quartiers pour les secours et les remèdes, et le General Dispensary f fondé en 1 770»

(5) Société pour la guérison dés maux d'yeux > fondée» en i8o5; autre, pour le secours de l'électricité , en 1793*. La Société bienfaisante (Humane Society), pour les noyés, Les asphyxiés , en 1774.

(6) Société pour, l'acquittement des prisonniers pour det petites dettes, fondée en AJJ2', elle & délivré* depuis su

(Si*) des pièges tendqs par les fripons (1) ; les talen* même d'agrément seront pour lui un appui contre l'infortune (2). '

Quelque profession qu'il embrasse, il trouvera dans ce principe admirable de bienfaisance mutuelle , d'association généreuse , un soutien , un appui constant (3); plus il s'élèvera dans la société, et plus il rencontrera, en proportion, d'appui pour .ne pas retomber dans, le malheur (4) ; sa femme , ses en fans, auront droit aux mêmes secouis ; ils verront arriver près de leur

fondation, 3i,ai3 débiteurs, qui avaient 19,006 femmes . et 54,a3o enfans; ainsi elle a secouru io5 ,000 personnes. Société pour secourir lts individus sortant de prison , fondée en 1806,

(1) Société pour poursuivre les fripons (for prosecuting félons), fondée en 1767.

(2) Société littéraire (Litterary Fund) pour l'encouragement des pauvres gens de lettres , fondée en 1799; autre, danscemémebut,pourlamusique(ilfii«êca/J?iiit</)9en l$oi.

(3) Dans chaque corporation , les individus malheureux sont secourus par une association qui a ses syndics-, ses commissaires, occupés à porter des secours à domicile; chaque province a les siens à Londres, les Écossais, Irlandais, etc., etc.

. (4) Les professions distinguées ontlnéme des propriétés collectives, administrées au profit des individus malheureux de ces. professions; de ce nombre sont les médecins, les avbeats , les ecclésiastiques , etc. # etc.

Ht "de douleur des pevscmnes charitables 'Ci}-} qui leur apporteront des secours ;. des hommes de 'l'art; qui leur prodigueront les remèdes f et leur éviteront le séjour des hôpitaux y et ces séparations si cruelles et si onéreuses dans les pauvres ménages, où le moindre dérangement est une perte affreuse, lé moindre secours un avantage commun.

• Préservés ainsi dans leurs maux y ils résisteront au désespoir, qui soit presque toujours les accès dii malheur; et, lorsque lage viendra enfin paralyser leurs efforts,; qu'ils pourront se croire à charge au monde , et vouloir renoncer encore une/ fois à une existence pénible, une main bienfaisante les arrachera encore à ce délire coupable; elle se chargera, de leurs derniers jours (2) , que le calme d'une bonne cons-;

. . (1) Société amicale des Dames [PrientUy femaU Society) % (Coudée en 1802, sous la présidence de la princesse de Galles» Société maternelle, pour Jes femmes enceintes, fondée en 17 Ô2. Société bienfaisante des Dames (Benevolent Institution), en 1750. Société des Dames, pour l'éducation- des jeunes filles (ïuidies' Society). Société de l'accouchement, pour les secours à domicile {Lymg-in Charity) , fondée

en 1757, etc. , etc.

.. (2) Collèges et Hospices de chaque profession , pour les personne» infirmes et âgées des dieux sexes {Aim^-House*), etc., etc. r • " ' •■

ciedce et {d'une vie àr l'abri du besoin: f>eu*ent encore rendre doux à supporter. Làf des consolations morales se joindront aès soins physiques y ils trouveront dans ee livré divin, qu'une générosité sans exemple mwlfcîplie i Vmfini les lumières de la foi et le» consolations de l'espérance (i)<

Ces institutions, protectrices de tons les in*teu? dlrkt fie du pauvre/ rie doivent pas sebortier auxhabitansdesonpaj^^ elles s'étendent à tons les êtres souffrans que le sdrt y * Gôndnit$ : là patrie du malheur n'est^elle point partent où existent de boas cœurs (2) !

Mais il est un mai plus terrible que les infir* mités passagères , que les peines momentanées f que les maux de l'enfance ou de la vieillesse; c est Fétat permanent de misère auquel, malgré ton

(1) Société de la Bible , a yant pour 2 millions de francs de souscription annuelle , et ayant déjà distribué 1,800,000 Bibles dans tontes leb langues. D'autres sociétés éont fondées pour publier dès écrits religieux (Religions Tracta) et propager la religion (Christian Knowledge) , en 1780.

(2) Société pour les étrangers dans le malheur (for Fo* rèigners indistrësh) /instituée en 1806. Société samaritaine (Samaritan Society) \ en 1791 , destinée principalement 1 secourir les malheureux de tous les pays qui sortent des prisons > des hôpitaux , à leur payer le voyage pour retour* ner chez eux, etc.,, etc.

fetti* efforts , tm cerfaife nombre dlhdividus, laborieux'et honnêtes, semblent condamnés dans tofcs» les pays , et qtte Icfs secours paifktriiers peuvettt serai* sotil&gpp; e*esf* la disproportion quï existe alternativement dans presque* toutes les' professions ? entre la quantité dé travail possible aux forces d'en homme, et le salaire suffisant* pour sôûteiife sa fofnitte , en taitott cfci pri* dès' dewréesv Une masse dé misère * est répahcktey chaque afttfée;, dans le monde, partes mauvaises récolte* , lei érènemeti» politiques, lès variations' dans ■ les affaires Ôo Commerce , ; dans la cîrfctf-* lation dés p*od*$fe ; c^éM dfers que la? société* toute entière etff pspsibfe d'une redevance àtrx melftbtos qui totifFréàt dans son sein, comme' ufté famille1 doit le soutien k des pareo$ itifirmés; - La taie pour le* pauvres- est une dhargë Sociale , une espèce de toi agraire des temps civi-?. lises > qui balance «les vieisfitudes du1 sort, et permet à tiwe société «^exister aans* éàvie, $atw trouble , sans crime. Cette taxe existait à Athçnes Oomme en Angleterre, comme efle existera dahs tout état municipal qui voudra assurer son repos, et son industrie: elle étAt^ns celte ville, de cteax oboles par jour pour tous ceux qui ne ponyaient gagner leur rie. Lese^tfteet les distributions de blé et d'feuile * Rome> les afnapes des premiers chrétiens, faisaient le même effet. Elle s'élève,

( 5i6 ) eu Angleterre, à une somme énorme, et entraîné, beaucoup d'abus , de plaintes et de réclamations j mais elle n'en est pas moins juste et nécessaire , pourvu qu'elle soit répartie a|pc intelligence^ discernement.

Ce qui est singulier, c'est qu'elle n'a commencé à s'établir, que dans le moment où l'industrie prit un grand essor (1); elle fut alors la suite de ces revers subits que cause le grand mouvement des affaires, et de l'impossibilité où sont des hommes élevés promptement à l'aisance, de se soutenir en retombant tout-à-coup dans la détresse; elle est ordinairement du dixième du revenu, quelquefois du cinquième, dans des circonstances malheureuses (1). Son effet est également avantageux à l'ouvrier et à l'entrepreneur; il supplée à leur égard à l'insuffisance des lois. Le premier qui, réduit à la misère, serait à la merci de l'autre , ayant par fe moyen de quoi subvenir aux premiers besoins, peut faire ses

(1) Le poor-rate ne fut établi que dans les premières années du règne d'Elisabeth, mais il s'accrut bientôt prodigieusement .*

(a) Gela dépend des circonstances, car éet impôt ne forme pas un fonds commun, mais une contribution provinciale et paroissiale,, relative aux maux des {provinces et des villes; souvent il est presque nul, et quelquefois il s'élève au quart du revenu.

(5i7) conditions meilleures , ou parvenir plus tôt à se passer d'un secours toujours pénible à la fierté , et difficile par les formalités qu'il exige ; d'un autre côté, trouvant dans les secours publics le moyen d'aider ses enfans en bas âgf , ses paréns âgés, de ne point souffrir de leur .maladie; de leurs infirmités , il peut mettre un prix moindre à son travail; ainsi la taxe qui, d'un côté v enchérit la main d'œuvre, la fait baisser de l'autre. ' La bienfaisance se trouve donc , pour ainsi dire, associée à tous les genres de commerce et d'industrie; ses dons se répandent, comme une pluie salutaire, dans tous lès rangs de la société, se glissent dans toutes les familles, semblables à l'électricité qui, ne frappant souvent que dans un point', se fait néanmoins sentir à toute la chaîne des êtres qui se tienneùt. L'homme bienfaisant n'est pas seulement industrieux, il est administrateur , car il corrige volontairement ce que les lois sur la propriété ont de trop sévère , de trop exclusif ; il est magistrat, car il prévient et éloigne le vol ; il est financier, car,, en activant le travail , il permet de payer plus facilement les impôts et d'en établir de nouveaux sur les consommations; il est surtout ami des hommes, puisqu'il rend toutes 1q? conditions meilleures- ; Le poor*mte fait qu'en Angleterre les pauvres vivent mieux, qu'ils y goûtent plus les. douceurs

:tfe lu yie que la moitié de ce qu'on appelle ailleurs des gens aisés. Les fer miccs ou coéta y ers en tFranee, ainsi que les ouvriers et cultivateurs de toute espèce, mangent rarement de la viande , boivent peu de via et de mauvais viuT août mal JnbiUés, mal logés; leur nourriture ordinaire est ton morceau de pain de ménage noir, du fromage •«Mtu, assez fade , et «ne soupe aux cboux du aux légumes, quelquefois u* -peu de lard; tandis que, idans tous les dépôts de mendioité ,-ea Angleterre iet «en Amérique, le pain est blanc et distribué 'en abondance, la boisson tle la très-boone bierre, .et la*oupe faite avec de la rânde* On peut, eu teflet, fee figurer une société où il y aurait assez aûftâdiitibrie , de production ou de bienfaisance , pour que tout le monde fikt également bien vêtu , Ineh nourri et bien logé; les pauvres seraient tteufet oui n auraient pas le «oyen d'acheter des confitures; oa quêterait du sucre pour ces in- .fortunés.

Jjcpoar-rate se monte annueUenaent à 3&o milirons* «qui se répandent dans les femâles pauvres , «de toamère à suppléer, au défaut 4e travailla la «différence «le 'salaire „ ^au temps de walaSie. Sam doute , un knpôt aomWable , ajouté à tous les autres, est inné grande calaraité pour ceux «qui le supportent, et iLenfcraîne nécessairement èe grands donos ^ ferait bèçn à Jésûaer qu'ofc pàt y suf>pié&

par une portion plus fcrJte de travail, par «ne résignation dans tous les létres pju$ cpp? agteçse , par l'excellente institution «j^tout des banques d épargnes, $#ving kanks (1)^ «$ .c'est *ç£ qu#a iroit en Ecosse et dws quelques pjrovinoeç d'Angleterre; wais ea atten&Pt il pgé?j$&t les maux qu'entraînent l^païsère -ef le déae&poir.

A quoi la France doit-elle d'être préservée de ce fleay ? est-ce à l'abondance qtri règpe dans les classes inférieures? Hélas ! j| est peu de pays jOÙ el)#$ souffrent davantage , où Fh.o&we gâg«£x plu» son pain vraiment- à la gueur 4e «on front, où il

(a) Ces banques proviennent d'une souscription ^e chaque 4^cUv|idu^ui lui doœie le droH £ des *ep©mrif jdans . ies mojnens où il ipronve des malheurs. £es focuis sont placés sur-le-champ et rapportent intérêt; c'est en quelque sorte une caisse d'assurance mutuelle de tous les individus en danger d'éprouver des pertes ou des infirmités , et qui sont trop fiers pour recourir à la charité publique ; il y en a dans toutes les provinces et toutes les professions. Les banques d'épargnes servent -encore a garantir et a faiee .{fructifier Iqs •économies des pauvres ménages, et <a leur assurer un fûnds.pour l'avenir; .celte institution les accoutume à l'ordre , à l'économie et à un caractère de prévoyance utile dans toutes les situations de la vie ; ces placemens sont opérés par des syndics nommés, par les principaux habitans des lieux et approuvés par les individus qui déposent leurs «fonds entre leurs mains et à qui ils rendent annuellement compte de leur gestion.

vit plus mal, parvenu même à une sorte d'aisance: elle le doit à un courage indomptable,

• qui est le propre de nptre nation , courage qui se porte aussi bien contre les coups du sort, les privations, que contre l'ennemi; elle le doit à une jjaîté magnanime au milieu des souffrances, à une résignation sublime qu'aucun peuple n'a peut-être autant que nous , que les étrangers taxent de légèreté, et qu'ils devraient plutôt appeler une philosophie naturelle , capable des plus

; nobles sacrifices. L'année qui vient de s'écouler a fourni des preuves de ce que j'avance. Privé de tout dans une partie de nos provinces, on n'y a pas entendu un cri de désespoir, d'alarme ou de révolte; des familles, des communes entières, ont été arracher des plantes sauvages, couper l'herbe destinée aux bestiaux pour se nourrir, et il n'a été adopté ni sollicité .d'autres mesures que des charités communes, et la répartition des aumônes considérables faites par la famille royale. Le Français est léger et inconséquent dans la fortune, mais hardi et dédaigneux dans l'adversité. Sïl est heureux, il se néglige, il dispute avec le travail; s'il souffre, il reprend

. courage. On remarque que la main d'œuyre est meilleur marché dans les campagnes lorsque le blé est plus cher , ce qui est le contraire ailleurs ; tout le monde «alors s'offre au

travail,, et reddubje d'efforts. Mai? pins il existe en France de nobles sentimens et de vertus dans

le malheur, plus les gen$ riches doivent trouver de plaisir à la bienfaisance. Puissions - nous voir se former, comme en Angleterre /cette quantité d'associations charitables, d'amphixionîes généreuses , pour subvenir aux accidens du malheur, surtout dans les provinces où tout est si négligé à cet égard !

Déjà la capitale offre l'exemple de plusieurs de ces excellâtes institutions; quelques sociétés y sont depuis long-temps en possession de nombreux bienfaits.

La plus ancienne et la plqs importante, la société maternelle*, avait cessé d'exister pendant fa révolution ; elle a été rétablie depuis et richement dotée. Par sa nouvelle organisation, du* 25 juillet i8j x , elle comprenait autant de sociétés particulières qu'il y avait de départemens; et, dès la première année, plus de mille femmes en couches furent secourues et leurs enfans soignés. Deux cent cinquante mille livres d'aumônes spéciales ont été distribuées , dans les divers arrpndissemens de Paris, pendant l'hiver de 1812 (1) ; et, quoique les fonds appartenant à celte société soient beaucoup diminués aujourd'hui, elle fait

(1) Voyez le Rapport imprimé de l'année i8i3.

cependant beaucoup de bien; encore. Que né puis-je nommer toutes les dames charitables qui

. la composent ! la liste tn est trop considérable , et ceux qui lisent les aajaaies de la charité les trouveront dans les rapports publiés par cette société ; au moins ne passerai-je pas sous silence les noms de mesdames de Lasticv de Montaigu , Pasquier, Choiseul, Audry de Çowcy, Gautier de Lessert, Jollivet, Barthélémy, Bondi, de Cour- . celles, G$mon, Tarbé, le Marcys, Gontaut-Biron, de Damas, etc., et surtout celui .de la vertueuse

. et aimable dame qui préside cette société , madame la marquise Pastoret, à qui toutes Les vertus* comme tous les talens, sont faciles,. et qui met dans l'occupation du bien un discernement, un zèle et une persévérance au-dessus de tout éloge. Outre les occupations que demandent les travaux de la société maternelle, elle préside le

. comité des dames pour les écoles de filles; elle a établi elle-même à ses frais, dans le faubourg Saint-Honoré, un hospice destiné aux enfans«que leurs mères laissent dans l'abandon , soit en allan

. au travail , soit pendant qu'elles sont dans les hôpitaux : institution excellente, qui n'existe pas en Angleterre , et qui mériterait d'être en-

couragée.

Un établissement de ce genre , mais plus considérable , et qui, chaque année, s'est prodigijeu-

cernent accru , est celui qui porte le nom d'asyle de la J?Twidencef dû également aux soins de quelques personnes charitaWes. M. le marquis de la Vieuvilie et quelques-uns de ses amis conçurent l'idée , eu i8o4* d'établir un hospice de vieillards infirmes et d'orpnelins. Ils commencèrent avec très-peu de fonds, en prenant pour exemple cette pauvre femme de Saumur qui, avec le produit .de quelques quêtes, et au grand itonnement des habitans, parvint à fonder le seul hôpital qui existe dans cette ville* ils admirent d'abord dix vieillards et quelques pensionnaires dans une maison que possédait M. de la Yieuville près de Montmartre j bientôt , à ;force de persévérance ef de zèle, ils augmentèrent le nombre de leurs associés,, 4e Aeurs souscripteurs* ils intéressèrent le gouvernement,» les sociétés |)hilan tropiques et. raaçoniques, et forint en ét^t de recevoir environ cent individus par an;; ils ne bornèrent point là leucs bienfaits ; ils commencèrent à porter 4es secours à domioile, et méritèrent enfin que leur établissement fût adopté .par le gouvernement et cdevînt un grand hospice .national dont ils ne cesseraient pas cependant d'avoir l'administration^).

(0 ^V^ 1^ Rapports annuaires d%cet établîssemept , imprimés. #

Cette institution fut sans doute l'origine et surtout le modèle d'une autre plus respectable encore, parce qu'elle concerne de plus hautes infortunes, et qui est encore due en grande partie au même M. de la ^ieuville, je veux parler dé l'association des chevaliers de Saint-Louis , instituée au moment du rétablissement de cet ordre, pour offrir un asile aux enfans des chevaliers dé Saint-Louis morts dans la terre de l'exil, et aux Vieux aierriers revenant dans leur patrie et n'y retrouvant plus ni famille ni soutien; à leurs veuves malheureuses, à leurs filles qui, abandonnées , se trouveraient exposées à Ja honte et la misère. Un semblable projet ne pouvait manquer d'attirer la protection du Roi, de sa famille, et le concours de toutes les personnes charitables ; aussi les souscriptions fixes sont-elles montées annuellement à plus de 100,000 francs , et ont permis de fonder déjà deux maisons et d'en disposer une troisième plus considérable jusqu'au moment où ce bienfait pourra s'étendre jusque dans les provinces (1).

Je ne passerai pas sous silence quelques fondations qui existent encore dans la capitale, telles que les écoles de madame de Kercado dans le

(1) Réglemens et statuts de l'association des chevaliers de Saint-Louis, îA prîmes, chez Smith, vol. I du Recueil des chevaliers de Tordre»

faubourg Saint-Honoré , de madame Dubois de Latmôtte, rue d'Argen teuil ; les sociétés charitables des 2/ et io.c arrondissemens , réunies depuis peu aux comités dé bienfaisance de ces mêmes arrondissemens (i); la société instituée par M.me de Lastic pour placer eq apprentissage les jeunes filles abandonnées ; la société pour l'éducation des petits san>y a rds, présidée par le respectable abbé Du val, modèle ; ainsi que son noble ami, M. le duc Doudeau ville , de toutes les vertus morales et chrétiennes ; une autre non: moins utile , mais seulement commencée par un ecclésiastique courageux, qui affronte tous les jours la fatigue, le danger, et surtout la calomnie, pour arracher au vice ses victimes; une autre, pour l'éducation des enfans emprisonnés pour vol, établie et dirigée par M. le duc de Liancourt, le doyen des hommes éclairés "çt bienfaisans en France; une autre, pour? secourir les prisonniers pour dettes, mais, une société qui, à, elle seule,

(i) Cette association s'est formée eu 1809 j elle est composée des curés et marguillicrs des paroisses; des' maires et adjoints de l'arrondissement et 4'ûn nombre» considérable de personnes charitables; elles donnent des secours à domicile, entretiennent des écoles des deux sexcjs; leurs commissaires visitent les malades , les prisonniers , . consolent et secourent les pauvres familles, et sont les intermédiaires des bienfaits du gouvernement et de la dis* trjbution des quêtes et aumônes générales»

Cet esprit d'association pour faire le. biett n'empêche pas l'élan de la charité particulière qui préfère se soustraire au joug collectif dès bonnes œuvres; il restera toujours assez de marge à l'homme délicat et modeste qui ne veut trouver qu'en lui-même le choix et la récompense de ses bienfaits, qui jouit de ses bonnes actions par la çeule idée qu'on, les ignore et qu'il est au-dessus même de la reconnaissance.

Le désintéressement est une recherche dans la bienfaisance, comme le goût est un perfectionnement de l'esprit; mais les vertus ont, ainsi que les talens , besoin de s'exercer, pour arriver à ces degrés d'élévation et de pureté; il faut d'abord qu'elles soient communes avant qu'on puisse établir de rangs parmi elles , et nous, n'en sommes pas encore à ces heureuses subtilités ; la bienfaisance a encore besoin d'être entourée, d'éclat et

• de considération, pour se propager, et on ne saurait trop lui accorder les honneurs et les en-

' çouragemens qui peuvent la faire naître. : Pourquoi n'y aurait-il pas auprès du trône lq. charge de grand hospitalier > confiée à un; personnage important, à. un prince du sang peutêtre , qui daignerait présider ainsi à tous les bienfaits du royaume ? Dans chaque département serait également un hospitalier, choisi par les membres du conseil général, pour présider la

«fection de ce conseil consacré aufc bonnes œuvres; et chargé de correspondre avec iè grand «maître; de lui rendre compte de ses travaux, et de recevoir de lui toutes les faveurs qui pourraient émaner du trône. Les évêques se trouveraient souvent revêtus de cette charge, et auraient par* là le moyen de faire aimer davantage leurs fonctions, trop restreintes sous ce rapport, par le peu d'émolumens qu'ils reçoivent y ils , retrouveraient le ministère le plus uti^e à la religion , celui qui fait connaître Pieu dans les bienfaits de* hommes, qui élève les regards des malheureux vers leur éternel protecteur : la bienfaisance ouvre* les cœurs à tous les sentimens doux, si près tles pensées sublimes; elle serait l'interprète de. la religion, s'il était possible de la méconnaître. « Il » n y a que la charité , dit Nicolle (1) , qui puisse » nous faire entendre l'Ecriture - Sainte , parce » qu'il n'y a qu'elle qui. puisse nous donner les » sentimens exprimés par l'Ecriture, sans les- » quels on n'y voit rien que de confus, d'obscur » et de vague. »

La bienfaisance, en effet , attire -à Dieu par le sentiment, comme la religion fait secourir les hommes par devoir. Mais que la réunion de ces deux mobiles est puissante sur les cœurs ver-

(i) Pensée, tom. i.,r, p. 96.

Uieux! que de charme elle répand dans la vie; et quel trésor n'amasse-t-elle pas au-delà même du tombeau ! Je fus témoin un jour de cet admirable concours de la religion et de la charité. Sortant de l'hôpital de Gu y, l'un des plus célèbres de Londres, et fondé par un particulier (1), j'entrai dans la chapelle situé» au milieu de là cour; il n'y avait dans cet édifice que trois femmes à genoux; Tune d'uni âge avancé, et les deux autres de quinze à seize ans; elles étaient prosternées non loin ■ d'une statue qui représentait, à ce que m'apprit mon guide , le fondateur de cette maison. La dame âgée élevait les yeux an ciel, et semblait remercier Dieu avec ferveur de lui avoir rendu la santé; mais les

(1) Cet hôpital est dû à la philantropie d'un ouvrier, nommé Guy, qui, ayant fait une immense fortune, et n'ayant point de famille, conçut le dessein de former un, grand établissement de bienfaisance. Il fut quelque temps avant de s'y déterminer, et une circonstance singulière le décida. Il était rfu moment d'épouser une jeune fille qui faisait son ménage , lorsqu'on rentrant cbez lui, la veilla de ses noces, il aperçut quelques réparations faites au pavé de la rue. Il s'informa d'où provenait ce changement; on lui répondit que c'était Madame qui l'avait ordonné. Ces mots, Madame et ordonné, lui donnèrent tellement d'inquiétude sur l'avenir , qu'il rompit son mariage , donna nne somme considérable à son épouse future,, et cm ploya tout s om bien a fonder l'hôpital*

deux jeunes filles avaient les yeux pleins de larmes et fixés sur le bienfaiteur de l'humanité à qui leur mère devait les soins qu'elle avait reçus ; elles contemplaient avec attendrissement son visage , et le comblaient de bénédictions. Homme généreux , si, du séjour céleste, où sans doute tes vertus t'ont placé , tu portés tes regards vers la terre > quel charme ne dois-tu pas éprouver tous les jours à tm pareil spectacle ! tu partages avec la Providence ces hommages des malheureux, qui ne sont l'effet ni de 1a crainte ni de la flatterie. Ah ! puisse ton noble exemple être imité parmi nous! puisse l'excellent principe d'associatioft , qui supplée à la faiblesse et à l'isolement, s'établir dans notre payfc, comnie dans le tien, pdUr secourir les hommes , les défendre , les éclairer , leà enrichir !

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