‹ De l'esprit d'association dans tous les intérêts de la communauté, ou, Essai sur le complément du bien-être et de la richesse en France par le complément des institutionsChapitre 30 sur 35 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Des sociétés populaires.

ïn consilium eorum non veniat anima mea et m coetu illorum non sit gloria mea, quia infurore 8uo ©cciderunt virum et in yoluntate sua «uffoderunt murum, Gen. , cap. xux , v. 6.

J'ai cherché à retracer les effets heureux de ce principe, qui réunit les hommes par des affections nouvelles, des engagemens plus étroits , qui composent des parentés sociales, des armées fraternelles, des amitiés industrielles, des familles de bienfaisance; pourquoi faut-il que je sois forcé de ternir ce tableau par l'aspect des abus affreux, par le récit dés souvenirs pénibles que retracent ces excellentes institutions? Le crime empruntera donc toujours le masque de la vertu pour mieux séduire ! triste hommage qu'il est encore obligé de lui rendre en l'attaquant, ou qu'elle est obligée de souffrir avant de le vaincre. Hélas ! c'est au nom de la patrie que les meilleurs citoyens étaient bannis jadis; c'est au nom d'un Dieu de paix

que la terre a de tout temps été ensanglantée ; enfin c'est sous la forme de société d'union que nous avons vu naguère s'enfanter tant d'horreurs; se répandre tant de maux.

Des monstres, se sont réunis, comme les dénions de Milton, dans mille pandœmonion (1) affreux , pour organiser le meurtre et la corruption; là, égaux devant le crime (2) * la haine dans le cœur , Je vide dans la tête/ le chaos présidait le conseil , et le hasard décidait de la sentence (3). « Ces hommes , ou plutôt ces êtres d'une espèce « inconnue jusqu'à nos jours, phénomènes créés « par la révolution , à la fois mobiles et féroces > « irritables et endurcis , impitoyables et pas-r « sionnés ; qui réunissent ce qui, jusqu'à présent, « paraissait contradictoire , le courage et la « cruauté , l'amour de la liberté et la soif du « despotisme', la fierté qui relève et le crime * qui dégrade ; ces tigres doués , par je ne sais « quel affreux miracle, d'une seule partie de l'es- « pèce humaine, avec laquelle ils ont appris à « concevoir une seule idée et à reconnaître un « seul mot de ralliement; cette race nouvelle, « qui semble sortie dçs abîmes pour délivrer et

(1) Milton,lib. 1.

(2) Idem ylibyi.

(3) Idem, Mb. 11.

il a eu, pendant plusieurs siècles, de .grands avantages. Depuis la Corporation des savetiers, qui s'assemble régulièrement, jusqu'aux grandes réunions publiques de Westminster, chaque individu fait partie de deux ou trois sociétés ; tout le monde a son club , comme ailleurs son café, sa loge au spectacle. Rousseau fait un grand éloge de cette manière de vivre, en usage àGenèva, en Suisse et en Hollande, et qui, en effet, a une grande influence sur l'esprit public et le sentiment de la patrie. De Lolme (1) la regarde comme une des plus belles parties des institutions anglaises. Il viendra sans doute un temps en France où cet usage aura lieu également, et sera sans danger; mais en attendant qu'il puisse s'étendre anx classes inférieures, et afin qu'elles n'en aient pas besoin, il faut l'encourager dans les classes élevées, l'établir avec ordre, mesure, et seulement pour des buts spéciaux. Pour pterau peuple le désir d'intervenir dans ses intérêts , il faut lui prouver qu'ils sont mieux placés dans d'autres mains que dans les siennes, qu'on fait plus pour lui qu'il ne ferait luimême; et, encore une fois, pour qu'il ait cette conviction , pour qu'il place sa confiance dans ses véritables amis , il faut qu'il soit en état de

(1) Delolme, tom. II^p. 178.

lés apprécier, qu'il puisse les connaître et le$ juger; il faut, en on mot, perfectionner son instruction et élever ses sentimens. - - C'est une grande erreur de croire que de lui refuser les connaissances utiles et les lumières de la raison, soit un moyen plus facile de le gouverner; la révolution, xjue Ton cite à l'appui de ce principe, est justement la preuve évidente du contraire. C'est par ses crimes même que le peuple a prouvé les effets et les dangers de sou ignorance; certes, si sa fureur ne s'était portée que sur ses premiers magistrats, ou sur les classes qui lui étaient supérieures, elle n'en serait pas plus excusable, sans doute, mais on aurait pu l'attribuera l'ambition créée parles lumières, etau désir anticipé du pouvoir: mais lorsque le même coup a frappé l'ouvrier obscur et le riche citoyen; lorsque ni les vertus de Malesherbes ni le génie de Lavoisier n'ont suspendu la hache homicide; lorsqu'un homme s'est écrié du haut de l'échafaud, Je m'appelle Buffon! et que personne n'a compris ce qu'il voulait dire, on a pu juger si c'était la philosophie ou l'ignorance qui encourageait de pareils forfaits; on a connu ce que valaient l'abrutissement et la corruption ; on a vu quels étaient ces auxiliaires que réclame encore aujourd'hui l'imprudenfc^de l'orgueil, et qui lui seraient

si funestes. Souhaitons, au contraire, que le peuple soit éclairé, pour qu'il ne soit plus l'instrument d'aucune tyrannie; qu'il soit occupé utilement, pour qu'il ne veuille plus devenir tyran luimême.

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