CONCLUSION
Cum dederit tibi Deus requiem a labore tuo , et a concu6sione tua , et a seryitute dura , qua anlea servisti. Terra gavisa est et exultavit.
Isaie , cap. i6,v. 5 et 7.
Et in ornai opère manuum tuarum eris in lstitia.
Deut. , cap. 16 , v. i5.
Et beatos vos dicent omnes gentes : eritis enim vo» terra desiderabilb. Malac. , cap. 3, v. 12.
Apuès avoir étudié l'esprit dissociation dans tous les intérêts de la communauté, il ne reste plus qu'à l'observer dans l'harmonie qu'il établit entre ces mêmes intérêts , et c'est là surtout qu'il brille dans tout son éclat. On se représente la société comme composée d'une multitude de cercles qui s'enchaîneçt , se croisent, s'unissent, et forment un faisceau indissoluble; on voit cette foule de plane ttes, roulant sur leur orbite autour de l'astre bienfaisant qui les vivifie, qui les éclaire; les couleurs de ce tableau sont. variées, mais se fondent dans des teintes douces et harmonieuses ; on croit entendre ces accens mélodieux auxquels
Cicéron- comparait une république bien organisée , ce concert de chants et d'instruinens qui s'unissent^ se confondent par des accords parfaits (1).
L'esprit d'association , de fraternité , de conseil y de confrérie , est naturel à la société, comme la société Test à Tordre de la nature ; c'est lui qui adoucit les passions, calme la violence, protège la faiblesse; ses liens de sympathie et d'affinité fortifient les liens sociaux, il mêle un charme de mystère , de fidélité , d'épanchement, aux situations les plus fortes comme aux existences les plus paisibles : ici, il tempère le courage austère; là /il ennoblit les fonctions pénibles (2) , il couvre l'industrie de son égide et le malheur
de son voile.
( 1 ) Ut in finibus, etc., etc. Èragm. de Rep. , lib. 2.
(2) Les Cosaques zaporoges s'étaient formés en association redoutable, et occupaient plusieurs provinces russes. Leurs lois singulières, leur caractère aventureux, avaient engagé plusieurs grands-seigneurs tusses à se faire inscrire sur leurs contrôles, Potemkin était du nombre : voilà le système d'association d'un pays guerrier. Les travaux de la pépbe et la vente du poisson qui sert à la nourriture de la moitié de l'Angleterre, sorte d'agriculture nouvelle , donna assez d'importance à la corporation qui s'en occupe, pour qu'un des fils du roi ait voulu en faire partie : voilà le système d'association d'un peuple industrieux.
En résumant les effets merveilleux que noua lui aions vu produire, on peut juger combien sa marche a été grande et assurée.
Ses premiers soins ont été d'unir les hommes par des rapports sociaux, pour assurer leur indépendance et leurs droits (i); bientôt il les suit dans le travail avec cette confiance , cet accord , qui surmontent tous les obstacles et parviennent à tous les succès (2) ; alors il lès rend capables de tous les sacrifices pour défendre leur bien-être, pour honorer leur richesse (3) ; il porte partout la lumière et la force; il embrasse chaque partie des connaissances humaines pour les perfectionner, les étendre, les diriger (4); il veut répandre l'instruction dans toutes les classes (5) , comme le bien-être dans toutes les familles. Parvenu à ce point de grandeur, de puissance , il s'occupe à embellir " tous les lieux (6) , à pénétrer dans les secrets de la nature et de la divinité (7) , et enfin à faire participer tous les hommes aux
(1) Associations municipales, lib. H,' cap. 11.
(2) Associations industrielles , id. , cap. m.
(3) Associations militaires, id. , cap. îv.
(4) Sociétés d'agriculture, des arts et manufactures^ compagnies de commerce, lib. IV, cap. 1, 11, 111 et îv. ,
(5) Société d'enseignement élémentaire , id. , cap. v.
(6) Compagnies pour les travaux publics , id. , cap. yx.
(7) Associations littéraires et scientifiques , id. r cap. vu»
mêmes bienfaits, et ne laisser sur la terre aucun être souffrant , aucun individu moins bien partagé du sort (1 ). Admirable résultat d'un des sentimens les plus doux , et d'une des combinaisons les plus heureuses que la nature ait accordés aux hommes.
De cette source féconde naissent le crédit public, la confiance mutuelle, l'accroissement des richesses particulières, des revends de l'Etat, la facilité de les percevoir (2) , le zèle à remplir des places gratuites et à trouver dans la considération le véritable prix des travaux , et dans l'opinion une récompense plus précieuse que la faveur.
Loin de moi cependant d'avoir voulu , dans cet ouvrage, diminuer l'importance de l'administration , et déprécier les services qu'elle rend à la société, lorsqu'elle est éclairée et active : personne mieux qu'elle ne pourrait encourager les travaux utiles et répandre les lumières (3), si ses attributions se bornaient à maintenir l'ordre, à diriger les opérations générales, à veiller au soutien du trône et à l'honneur national; si ses agens n'étaient
(1) Associations de bienfaisance 1 cap. ix.
(2) Voyez Àppendix V.
(3) C'est principalement à la protection et au zèle éclairé de M. Laine , ministre de l'intérieur, et de M. le comte de Chabrol, préfet de la Seine, que sont dus les progrès rapides des nouvelles méthodes d'enseignement. *
pas accablés par un fardeau d'affaires disproportionné aux forces d'un homme, qui rendent incapables d'aucunes vues élevées, qui paralysent même les talens et rendent excusable l'ambition des gens médiocres. La plus grande des impostures, dit Xénophon, est de prétendre gouverner les hommes lorsqu'on n'en a pas la capacité (1).
Il n'en serait pas ainsi lorsqu'une partie des ' affaires seraient laissées aux lieux même qu'elle^ intéressent, lorsqu'elles seraient confiées à des hommes choisis par leurs concitoyens. L'administration serait alors débarrassée de la routine des détails , et pourrait s'élever à de hautes conceptions ; les fautes même qu'elle ferait alors seraient réparées par l'action des intérêts secondaires; les hommes trouvent toujours le moyen de remédier aux mesures de leurs gouvernemens ou de s'y soustraire ; et s'ils se trompent euxmêmes dans leur intervention, ils ne s'en plaignent pas* Les malheurs qu'on se cause sont comme les coups qu'on se donne; ils font souffrir sans irriter.
Un changement remarquable s'est opéré depuis vingt ans dans le caractère , les mœurs , les habitudes des Français; ils sont devenus sérieux, appliqués, observateurs ; on croit qu'ils ont moins de vertus qu'autrefois , et il ne se commet presque
(1) Ànacharsis, lîb. 7, p. 87.
plus de ctiqaes ou de vols; on prétend qu'ils ont moins de probité et de délicatesse en affaires, et il n'y a pas moitié autant de procès. L'armée yoême qui, dans d'autres pays, a catisé. des troubles , lorsqu'elle est rentjrée dans ses foyers> n'a pas excité en Frauce une seule plainte; il semblait que tous ces braves craignaient d'imprimer la moindre taché à leurs nobles souvenirs. Si jamais il y eut un temps favorable pour* fonder des institutions , c'est celui où , sortis à la fois de la révolution et de l'arbitraire , où débarrassés des entraves de l'ancien ordre de choses et revenu des erreurs du nouveau, nous sommes disposés à saisît: avec ardeur toutes les innova* lions utiles ; nous sommes en avant de la liberté sur les Anglais par la suppression de nos anciennes coutumes, et ils. ne nous sont supérieurs que par les institutions qui les consacrent. L'esprit d?assoeiation Suffirait pour faire nattre ces institutions et les faire adopter; mais il fera plas, il éteindra à, jamais tous les germes de dissensions qui peuvent les détruire; du mélange des rangs , il passera à l'accord des opinions, il réunira tous les cœurs comme tous les intérêts , il formera un point de ralliement entre Ceux qui croient de bonne foi que la liberté est nécessaire au maiatief» du trône , et ceux qui pensent que le trône est compatible avec la liberté* entre les teyalistes
suivant la charte , et les libéraux suivant la monarchie. Le reste des citoyens se ralliera bientôt autour de ce foyer de lumières et de raison, autour d'un souverain ainsi entouré et ne reconnaissant pas d'autre manière de le servir- Charles II , pendant son séjour en France , admira les monumens de Louis XIV; ce furent les seuls souvenirs qu'il voulut retracer lorsqu'il re* monta sur le trône , et Greenvich s'éleva avec ses mille colonnes. Les princes français, conduits à leur tour sur la terre d'exil , ont trouvé peu de chefs-d'œuvre des arts à envier au pays de la Raison; mais ils y ont vu des institutions qu'il serait important de naturaliser dans le pays des arts et du goût; des institutions qui procurent le bien-être , le repos et la richesse : puissent-ils s'occuper à élever ces véritables monumens, plus durables que le bronze, plus utiles que de vains édifices ! et la France, alors consolée dans ses maux, dédommagée dans ses pertes , fleurira comme le lys (1), et ses souverains seront véritablement les rois de la gloire et de la liberté (2) .
(1) Germinabit sicut lilium. Ezech., cap. 7, v. 10.
(2) Inter omnes reges christianos , rex Galliœ obtinet coronam liber tatis et gloriœ. Balduin, liv. 3, 3.° part*, pag. i5o.
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