CHAPITRE m
De l'influence du gouvernement délégatif sur le bien - être et la richesse des peuples anciens et modernes.'
En populus sap;eii8 et intelligent , gens magna , qui habet univeisam legem justaque judicia.
Deut. , cap. 4 , v. 6 et 8.
xl y a trois manières de gouverner les hommes, ou du moins de maintenir Tordre parmi eux : c'est de les occuper, de les asservir ou de les rendre vertueux. Un seul de ces moyens, porté très-loin], rend moins nécessaires les deux autres; majgudeux réunis dispensent absolument du troisième. Ainsi, par exemple , un peuple livré avec ardeur au travail, et élevé en même temps à la morale, tel que le peuple américain, a besoin à peine d'être gouverné; aussi ne trouve-t-on chez lui que l'apparence de l'autorité, qu'une gestion municipale à peine agissante , point de troupes réglées , de gendarmes , de police , d'intendans , d'employés ; qu'aurait-il besoin de tout ce monde ? Au lieu de voler ou de mendier, il travaille , de conquérir ou de solliciter il acquiert, d'intriguer il jouit. Avec autant d'industrie, mais moins de vertus, le peuple
anglais a besoin d'une délégation plus forte , d'une autorité plus centrale; mais encore est-elle bien faible et presque entièrement gratuite. Les autres Etats de l'Europe , loin de ceux-ci pour les lumières, la morale et l'industrie, ont une nature de gouvernement analogue à leur degré de civilisation. Enfin , la Turquie, livrée à l'ignorance et à l'oisiveté , est la pâture du despotisme. Les dépenses que coûte chacun de ces gouvernemens sont relatives à leui1 action. Le président des Etats- Unis a cent mille francs de traitement environ pour lui et ses bureaux, et le grand-seigneur a la totalité de ce qu'il veut prendre , ou plutôt ses sujets ont ce qu'il veut bien leur laisser.
Il semblerait, d'après ces observations , que les institutions proviennent de l'industrie des peuples, au lieu d'en être la source; mais il n'en est point ainsi. Toujours quelque faible commencement d'intervention dans leurs intérêts a permis un premier développement d'industrie, qui s'est ensuite accru progressivement par la perfection de cette même intervention. La liberté et l'industrie ont été alors alternativement effet et cause, action et réaction. L'industrie lie les hommes par leur intérêt, la législation affermit ce nœud par le gouver-' nement, la morale le perpétue par l'éducation.
Sorties du pouvoir de chefs absolus , les républiques de la Grèce, les villes de Tyr et de Car-
tkage , connurent Faction municipale, le système délégatif, ou (1) autrement l'arbitrage social > déjà vanté dans l'écriture, sorte de balance que Cicéron estimait le meilleur mode de gouvernement (2), et à laquelle les écrivains (3) des nations libres ont toujours attribué la richesse et le bien-être de leur pays. Chacun de ces peuples aurait perfectionné ses institutions , si la guerre n était venue sans cesse arrêter leurs travaux et forcer les hommes à recommencer l'édifice pénible de la civilisation. Les Romains surtout, trop vantés dans le temps de leur conquête, trop rabaissés par les historiens au moment de leur faiblesse, les Romains ont, pendant dix siècles,, interrompu la marche des idées par la mauvaise direction de leurs habitudes, de leurs institutions, composées de maîtres et d'esclaves courbant au travail les peuples vaincus : acquérant les produits sans fatigue, ils n'ont jamais vu dans le travail que
(1) Si quispiam praevaluerît contra unum , duo resistunt ei , funiculus triplex difficile rûmpilur. Eccl. iv, v. 1 2.
(2) Statuo esse optime constttutam rempublicam quae et tribus generibus illis, regali, optimo et populari modice cbnfusa. Cioer. , Frag. de R^ep. 2. Voyez aussi Sénèque, Epit. xiv.
(3) Les Vénitiens disaient de leur gouvernement* qu'il était un heureux mélange de monarchie , d'aristocratie et de démocratie, ce qui devait, avec l'aide de Dieu, le faire; durer éternellement» Crassi notae in Donat. Saunot,, p. 466*
le résultat de la défaite , que le compagnon de la honte et de l'esclavage. Sans doute ils furent libres, si la liberté consiste dans l'opprobre et la servitude de la moitié de ses semblables; sans doute ils furent riches , si on peut appeler richesse le produit du vol et du brigandageTMaifc qu'un élan se fût manifesté dans cette classe nombreuse et avilie, que ces malheureux fussent devenus des Spartacus, qu'ils eussent compté leurs maîtres , comme disait Sénèque (1), alors ces paisibles dominateurs auraient été obligés d'entrer en compte avec la dignité des hommes, et d'établir un système de compensation et de partage (2).Cette révolution s'opérait cependant parle perfectionnement des institutions; et, sous les derniers empereurs, la condition des esclaves était restreinte à la domesticité , et les affranchis parvenaient à tous les emplois.
Ce serait un ouvrage digne d'un philosophe de présenter un tableau véritable de ces temps $oi - disant corrompus , et de montrer qu'au
(1) De olementia , 1. a4.
(2) Je ne prétends point avancer ici que les Romains du temps de la république ne connussent point le système de balance et d'arbitrage; ils l'avaient au contraire fort perfectionné : mais ils le prenaient en dehors de l'esclavage, c'est-à-dire k l'exclusion des deux tiers de la population. Les nations modernes ont seules le mérite d'avoir généra* lise les droits civils et politiques^
contraire la société était considérablement améliorée, que lç commerce j était devenu honorable et florissant , ^industrie encouragée , les institutions perfectionnées , et la mollesse ren-~ fermçp dans l'enceinte du palais des souverains. H est vraisemblable même que la cause principale à laquelle on attribue la décadence des empires d'orient et d'occident , l'éloignement du métier des armes , confié presque uniquement aux stipendiaires , était plutôt une conséquence du bien-être dont on jouissait , qu'une preuve de la lâcheté des hommes. Certes , les peuples qui étaient régis par le Code Justinien, dont les troupes, sous le commandement deNarsès et de Bélisaire, remportèrent tant de victoires, dont le commerce s'étendait jusqu'à la Chine et l'intérieur de l'Afrique , dont les institutions municipales étaient plus en vigueur que de nos jours, ne méritaient pas le mépris qu'ont versé sur eux les historiens. C'est peut-être au moment où ils ont été vaincus qu?ils étaient dignes de vaincre. On dit qu'il eût fallu une guerre pour préserver la France de la révolution; il ne fallait peut-être à Rome qu'une révolution pour disposer les peuples à supporter les guerres. Le luxe a perdu Rome et vengé l'univers , a dit un poète (1), et les
(i) Juvénal, Sat.
(*7) générations ont répété : Le luxe a perdu Rome.
Gomment, lorsqu 'après des siècles de rapines, un peuple s'est enfin assis dans des institutions stables, lorsqu'il a connu le repos et la justice des lois , parce qu'une fatalité l'a soumis par degrés à quel* ques obscurs tyrans , doit-on dire qu'il est dégénéré? U me semble voir un brigand qui, ayant fait fortune, et abjuré sa vie passée, ferait valoir ses terres , comblerait dé biens les gens qui l'entourent, et dont on dirait qu'il est dégénéré. Ne serait-ce pas plutôt contre les nouveaux conquerans que devrait se porter l'animadversion des historiens, contre ces hordes de barbares qui se jetèrent à cette époque sur les hommes éclairés * incendièrent les villes, détruisirent les monumens» brûlèrent les manuscrits , et replongèrent le monde dans la barbarie ? Le sauvage iconoclaste, mutilant les statues dans le sixième siècle , n'estil pas* cent fois plus barbare que l'ignorant soldat de Marcellus qui , sept cents ans avant , jouait aux dez sur un tableau d'Aristide ? Ces peuples, dont nous nous faisons gloire de descendre , ont fait perdre au inonde toute la civilisation qu'il avait acquise > et ont empêché pendant six siècles qu'elle ne pût renaître. Tout ce qu'il y a de boa dans les institutions qu'ils nous ont transmises Tient des Romains , tel que la religion , les lois ,
les coutumes ; tout ce qu'il j a de mauvais n'appartient qu'a eux seuls , tel que l'orgueil du; pouvoir, de la naissance, de la faveur, et le mépris pour les professions utiles.
Ce ne fut guère que vers le douzième siècle que ces idées barbares cédèreijt à de meilleures institutions. Les villes d'Italie commencèrent ce nouveau systèmedu monde quel'on pourrait appelerl'ordre industriel ; elles se constituèrent dans la nature du gouvernement qui seul lui convient, le s ystème municipal et délégatif. À leur exemple, les villes du nord se confédérèrent pour garantir leurs travaux; elles sentirent que la protection, le patronage des princes de sa nature incertain , changeant , capricieux, ne valait pas pour elles une garantie mutuelle d'intérêts semblables, seule véritable force, seule union solide et durable. Le commerce leur fournit l'acquisition des armes, et les armes assurèrent leur commerce. Les phalanges victorieuses des souverains vinrent échouer contre les bannières de ces marchands ; les Belges chasisèrent de chez eux les Espagnols, sans cesser de leur fournir des habits; les Lombards anéantirent les armées allemandes sans cesser de prêter de l'argent à gros intérêts à leurs souverains. Le monde connut alors qu'il existait une autre puissance que la force, le travail; un autre mérite que la nais-
sance, le talent ; un autre gouvernement que la volonté, l'arbitrage.
Et qu'on cesse enfin de croire que' ce soit l'amour de la liberté ou le zèle de la religion qui aient porté ces peuples à acheter par tant de sacrifices leur indépendance ; un mobile moin» apparent, mais plus actif, animait leurs efforts. En examinant attentivement leur histoire, on voit qne les persécutions qu'ils éprouvaient étaient surtout nuisibles à leur industrie, et qu'ils se trouvaient arrivés au moment où ils désiraient fortement s'y appliquer. L'atteinte à leur liberté (i) et à leurs idées religieuses furent les dernières gouttes qui firent verser le vase; ce qui le prouve évidemment > c'est qu'aucun de ces peu-
(i) Si on veut examiner ce que c'est que la liberté pour les peuples, on Terra que c'est le sentiment nécessaire au développement de leur bien-être. On a beau faire , ils en ont tous à peu près la même dose , mais contenue dans un espace de temps différent. Ainsi , dans un gouvernement modéré , cette liberté est uniforme, douce, durable, répartie sur toutes les classes , et contenue par elle-même dans de sages limites. Dans la monarchie absolue, elle ne se montre qu'à certaines époques, mais alors elle est violente , emportée , déraisonnable. Elle arrache ce qu'elle ne peut obtenir; elle rachète par des révolutions les intervalles d'une jouissance moins vive, et les rois sont obligés à, loi sacrifier plus qu'ils n'auraient fait par une concession volontaire. Dans le despotisme, enfin, elle
pies n'est retourné à la puissance absolue d'uiife autre famille de souverains plus paternels et plus éclairés, dont ils n'auraient pas eu à craindre les mêmes procédés ; tous, sans exception , ont passé au gouvernement municipal que nous avons démontré être le seul favorable à l'industrie dont il fait pour ainsi dire partie intégrante, le seul en harmonie avec les intérêts qu'il sert merveilleusement. Les Suisses même, que Ton objectera peut-être en disant que l'amour de la liberté les a portés à l'insurrection , les Suisses agissaient plus que tous les autres dans l'idée du maintien de leurs travaux , dans la jouissance paisible du fruit de leurs fatigues. Les nations pauvres sont plu» que les autres attachées à leurs productions, par la peine qu'elles leur coûtent à obtenir et par le peu d'autres jouissances qu'elles ont en même temps. Les Suisses devaient vouloir ardemment la liberté, comme les peuples riches et paresseux de l'Asie peuvent être ipdifférens à l'esclavage. L'amour
consiste à assassiner le prince et à en mettre un autre à sa place, sans y trouver d'autre avantage que la vengeance, plaisir qui paraîtrait odieux à des peuples heureux , mais qui sert de consolation à ceux qui n en ont pas d'autre : ils jouissent alors pendant vingt -quatre heures d'une liberté brûlante, spiri tueuse, qui renferme un siècle d'efforts modérés , et, comme un élixir affreux, qui donne la force Je supporter de nouvelles douleurs*
de l'indépendance est dans l'industrie, non dans la richesse, qui n'est pas toujours une conséquence de l'industrie ; il est des richesses produites par la conquête et le brigandage qui pro*curent aussi les jouissances de la vie , mais qui amollissent les cœurs. La richesse industrieuse, au contraire, élève le caractère; elle ne peut pas plus énerver que le mouvement ne peut corrompre. Gomme elle est le but des tra*- ▼aux, elle n'est point un état étranger aux habitudes : les hommes apprennent doucement à en jouir à mesure qu'ils l'acquièrent ; elle engendre pour eux un luxe utile qui, venu graduellement , n'affaiblit pas les organes , mais développe au contraire les bons sentimens,, fortifie les âmes par l'éducation , et adoucit les mœurs par la bienfaisance; elle porte au plus haut degré l'amour de la patrie comme dans les républiques , et une sorte de dignité de soi-même, de sentiment de liberté qui ressemble à l'honneur des monarchies , non cet honneur pointilleux, susceptible, fruit quelquefois du désœuvrement et des préjugés , • mais le cable orgueil de son être et de son pays, qui rend capable d'autant de résolution que l'autre d'insouciance.
Si là passion du travail a produit d'admirables effets dans les temps reculés, qije n'a-t-ellepas créé
ûe nos jours , où Ton vit se perfectionner tou$4e£ genres d'industrie et toutes les conceptions sociales qui peuvent leur être favorables. L'Angleterre et l'Amérique offrent le tableau de l'union , de ces deux présens de la Providence, portés au plus haut point, et se servant mutuellement d'appui; elles ne virent l'une et l'autre fonder leurs institutions qu'à mesure qu'elles devenaient plus nécessaires au développement de leurs travaux, et leur industrie ne s'accrut prodigieusement que lorsque ces institutions furent en pleine vigueur; on put alors établir comme règle certaine, que créer l'industrie dans un état, était le rendre bientôt libre; et que lui donner la liberté, était en faire un peuple industrieux.
L'Angleterre fut long - temps inférieure aux autres pays de l'Europe (i). Jusqu'au règne d'Elisabeth, elle n'avait que des matières premières qu'elle échangeait avec les Flamands contre des objets manufacturés ; ses produits même étaient grossiers et montraient une culture peu avancée ; ses princes avaient besoin , comme ceux du reste de l'Europe, de la caution de leurs sujets pour trouver des secours et des em-
- (1) Ce n'est qu'en i44i que le commerce anglais commença à donner 3e la jalousie à ses voisins , et à vouloir partager les profits de la ligue jtnséatique, qui avait jusque-là exploité tous les produits du pays»
prunts ; son importance maritime était nulle , maïs elle avait en* elle-même un principe fécond qui devait bientôt produire d'immenses résultats, ses lois municipales qui préservaient l'industrie, de toute atteinte ' du -pouvoir; c'est à elles qu'un de ses plus anciens écrivains (1), attribuées progrès qtfellea faits en économie et en richesse, et les autres publicistes ont suivi cette opinion*
- On remarque/ en effet, dans l'histoire des peuples, un principe dominant qui semble diriger ^principalement leurs efforts* dans les uns, c'est l'action sur eux-mêmes, c'est l'occupation d'assuter leur police intérieure , leur liberté; dans les autres ,• c'est l'agrandissement et l'aggrégation d'une certaine étendue dç territoire qui semble machinalement nécessaire à leur situation et à leur prépondérance.
L'Angleterre, de bonne heure réunie sous un seul chef, garantie des démembremens par sa position insulaire, ne pensa qu'aux dé veloppemens de ses facultés et à établir l'équilibre parmi toutes les classes de ses habitans,
- L'Amérique , fille de l'Angleterre , et maîtresse sans partage d'un monde entier/ fut encore -moins distraite de l'application au bien-être et y parvint plus promptement. Instituée sur-le-champ
(i) Smith , Resp. angl. qu'il ne faut pas confondre avec l'auteur de la Richesse de» Nation*.
dans Tordre industriel, elle fonda, elle enfanta tirt monde nouveau , plus heureux , plus sage que l'ancien , dont l'origine n'aura point été marquée par la dévastation > mais sera restée pure comme les vertus, glorieuse comme les travaux. Cette terre vierge et féconde produit sans engrais, enrichit sans effort; des mœurs douces» nées de l'abondance et du travail > y tiennent lieu de police et d'administration; un peuple homogène , sans distinction de classes ni de rang, est tout entier artisan pour produire, guerrier pour se défendre , administrateur pour se gouverner. Les malheureux des autres pays trouvent chez lui un asile , les hommes persécutés une patrie, les criminels même un refuge ; les criminels, ah! ils*ne le sont plus en touchant cette terre bienfaisante; le travail épure leur caractère, le bien-être change leurs inclinations, la morale les éclaire, l'exemple 'les corrige. Lorsque cet admirable pays arriva au moment utile pour lui , et même pour la mèrepatrie y d'une séparation d'intérêts généraux» il se trouva tout organisé; car, tel est le bienfait des lois m«nicipales/iju'ellës évitent, dans les événepiens politiques qui résultent d'un grand développement d'industrie, toute secousse et toute convulsion (i).
(i ) Les adversaires de la constitution anglaise ne pouvant
ifferens de ces pays, les royaumes du continent Ont toujours été tourmentés par le principe dominant de conquête et d'agrandissement; ils se Voyaient sans cesse au moment de parvenir à ce qu'ils appeloient leurs limites naturelles, et étaient sans cesse repoussés dans de nouveaux partages : la France surtout n'a jamais eu la possibilité d'améliorer ses institutions et d'augmenter son industrie; et si elle n'a pas été plus riche et plus faeureuse , c'est qu'elle ne put jamais le devenir* Les Anglais la possédèrent presque en entier pendant trois siècles jusqu'au règne de Charles VII; les guerres de religion , les troubles de la ligue , la divisèrent de nouveau sous les règnes suirafls. Louis XIV enfin lui acquit cette glaire qu'elle désirait si vivement , activa son indus-
nier les avantages incontestables dont jouit le pays, les attribuent à la force de son aristocratie , mais en Amérique il n'y a pas encore d'aristocratie ; à l'influence dg la couronue, mais en Amérique il n'y a point de cou* ronne ; à la hiérarchie des rangs et des titres , mais en Amérique il n'y a rien de tout cela. Il faut donc que ces effets proviennent de causes communes aux deux pays; or, ces causes sont , l'esprit de la communauté, le syndicat municipal , le système de jury dans toutes les questions qui intéressent la vie , lTiouneur ou la propriété ; la sûreté dans toutes les transactions faites au nom de l'Etat : avec de semblables institutions , il n'est point de biea-être et de richesse où l'on ne puisse parvenir.
trie, honora le mérite, et prépara l'énergie qui de voit se manifester bientôt dans toutes les classes des habitans. Louis XV lui donna ta paix, et, en réunissant la Lorraine, compléta son étendue : c'est à partir de cette époque que le sentiment de sa force, de sa convenance, se manifesta; que tous les efforts , toutes les espérances se portèrent vers les améliorations intérieures (i); la passion du mieux succéda à celle du plus; on voulut gagner par l'industrie ce que d'autres Etats cherchaient par la conquête, et .retrouver en profondeur ce qui pouvait encore manquer en surface. La philosophie , l'économie politique, succédèrent à l'ambition et à lai gloire des armes, et le moment de la révolution était ceroi de fonder le bien-être et ,1a. richesse ea France par les institutions, s'il y eût eu dans les classes élevées plus de lumières, dans les autres plus de modération : sans doute les restes du système féodal arrêtaient encore le développement des facultés; mais, tous les jours, les sages doctrines faisaient des progrès, recevaient des
(1) Là France ne désirait point de conquêtes, quoiqu'elle eût pu vouloir s'agrandir en proportion des autres^ nations ; les limites du Rhin sont les seules qu'elle ait jamais ambitionnées : toutes les réunions de nouveaux départemens, à l'exception de ceux de la Belgique, furent toujours accueillies avec peu d'empressement.
ericouragemens, et rencontraient peu d'obstacles ;
il ne restait plus aux préjugés qu'uni domaine étroit prèsdu trône, et ia sagesse, la bonté des souverains le diminuaient tous les jours; le temps aurait achevé graduellement l'ouvrage de la raison , lorsqu'une sanglante révolution est venue opérer avec violence ce que la nature des choses préparait doucement : puissions-nous au mttins mettre â.prbfit le bien qu'elle a produit , pour adoucir le souvenir de ses maux ! Les institutions qui sont restées après ces longues épreuves et qui ont passé à travers ce creuset terrible , sont certainement celles qui conviennent à la France. Une législation, une jurisprudence uniforme, l'abolition de tous les privilèges , une répartition égale de toutes les charges. sociales, l'accès à tous les emplois , la considération pour tous les talens, le libre exercice de toutes les facultés, de toutes les inventions nouvelles , voilà un précieux héritage , acquis au prix de bien des désastres, mais qui, seul, mis à profit, peut réparer ces désastres: que faut-il pour y parvenir? adopter de bonne foi son siècle, son pays, s'attacher aux institutions quei l'un et l'autre ont produites, et qu'ils veulent; les perfectionner dans leur sens, et non les diriger vers d'autres vues ( i ) ; les étudier pour les connaître ^
(i) Il semble à l'esprit de parti qwo les institution*
pour les aimer, pour éloigner d'elles les plantes parasites qui menacent de les étouffer , les vieux souvenirs qui les compriment, les idées nouvelle!» qui les égarent. Le gouvernement délégatif n'est point, je le répète, une combinaison incertaine, une utopie imaginaire ; il existe , il a existé de tout temps ; c'$st à lui que des. peuplés entiers doivent leur bien-être et leurs richesses; nous le possédons : que nous manque -t- il, si ce p'est de vouloir le posséder, de le bien connaître pour le perfectionner , et , puisque nous avons été assez heureux pour le voir s'établir , être assez sages pour le conserver.
doivent toujours être en rapport, avec les intérêts du jnoment. Ainsi beaucoup de partisans de la révolution consentiraient au despotisme , s'il était exclusivement à leur avantage: quelques royalistes exagérés seraient charmés de l'intervention des intérêts sociaux , pourvu qu'ils en fussent les seuls délégataires. 1* plupart lie se soumettent aux institutions que comme à des mesures passagères; tandis qu'ils devraient au contraire désirer de les voir fonder pour leurs propres intérêts , et même pour leurs préjugés ; car il n'y a de concession à obtenir des autres qu'en en faisant Soi-même.
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