‹ De l'esprit, De l'homme, notes, maximes et pensées, Le bonheur, lettresChapitre 26 sur 37 · MARMONTEL · texte numérisé non relu

MARMONTEL

... Oui, c'est toujours l'intérêt personnel qui couvre tout, qui anime tout, et les sots et les esprits fous qui ont attaqué Helvétius n'avaient sans doute jamais aimé, ni réfléchi...

Mlle DE LESPINASSE.

« Le caractère d'Helvétius m'a paru admirable. On eût peut- U être désiré qu'il eût moins consulté son esprit que son cœur. »

Helvétius, « ce vrai philosophe qui a donné des marques d'un parfait désintéressement et dont le cœur était aussi pur que l'esprit facile à s'égarer ».

« Il n'y a pas de dialectique dans ce livre (le traité de /' Homme). Il n'y a que des paralogismes... des paradoxes et des folies complètes à la tête desquelles il faut placer la république française (4)... »

Frédéric n {Eettres à d'Alemberl).

Le style de cet ouvrage (l'Esprit) est de toutes les couleurs, comme l'arc-en-ciel : folâtre, poétique, sévère, sublime, léger, in-;, génieux, grand, éclatant, tout ce qu'il plaît à l'auteur et au sujet.

(i) Helvétius, dans l'Homme, semble préconiser pour la France le système d'une république fédérative.

Le livre de l'Esprit est l'ouvrage d'un homme de mérite. On y trouve beaucoup de principes généraux qui sont faux, mais, en revanche, il a une infinité de vérités de détail. L'auteur a monté la métaphysique et la morale sur un haut ton, et tout écrivain qui voudra traiter la même nutière, et qui se respectera, y re« gardera de près...

diderot, Réflexions sur le livre de l'Esprit,

« Quel livre que celui d'Helvétius s'il eût été écrit au temps et dans la langue de Montaigne 1 II serait autant au-dessus des Essais que les Essais sont au-dessus de tous les moralistes qui ont paru depuis. Je ne sais quel cas Helvétius faisait de Montaigne, et si la lecture lui en était bien familière, mais il y a beaucoup de rapports entre leur manière de voir et dédire. Montaigne est cynique. Helvétius l'est aussi, ils ont l'un et l'autre les pédants en horreur, la science des mœurs est pour tous deux la science par excellence, ils accordent beaucoup aux circonstances et aux hasards; ils ont de l'imagination, beaucoup de familiarité dans le style, de la hardiesse et de la singularité dans l'expression, des métaphores qui leur sont propres. Helvétius au temps de Montaigne en aurait eu à peu près le si y le, et Montaigne au temps d'Helvétius aurait à peu près écrit comme lui, c'est-à-dire qu'il eût eu moins d'énergie et plus de correction, moins d'originalité et plus de méthode...

...Il fallait être bien entêté ou bien maladroit pour n'avoir pas effacé les taches légères sur lesquelles l'envie des uns, la haine des autres appuiera sans mesure et qui reléguera un ouvrage (l'Homme) plein d'expérience, d'observations et de faits dans la classe des systématiques si justement décriés par l'auteur... »

S'adressant fictivement à Helvétius, Diderot trace entre lui et Rousseau (1) le parallèle suivant :

« Vous êtes de bonne foi en prenant la plume ; Rousseau n'est de bonne foi que quand il la quitte : Il est la première dupe de ses sophismes.

(i) Helvétius â exercé sur Rousseau une influence incontestable , En admirant sa « plume d'or » et son caractère, Rousseau, dans ses Notes sur l'Esprit, dans l'Emile et la Nouvelle Heloïse, attaque son empirisme. De son côté, dans l'Homme, Helvétius relève les contradictions de Jean-Jacques, fait le procès de l'ignorance et l'apologie de la civilisation éclairée.

HKLVÉriUS

Rousseau croit l'homme de la nature ban : et vous le croyez mauvais (i).

Housseau croit que la société n'est propre qu'à dépraver l'homme de la nature, et vous croyez- cju'il n'y a que de bonnes lois sociales qui peuvent corriger les vices originels de la nature.

Rousseau s'imagine que tout est au mieux dans les forêts, et tout au plus mal dans les villes, vous pensez que tout est assez mal dans les villes, mais que tout est au pis dans les forêts.

Rousseau écrit contre le théâtre et fait une comédie, préconise l'homme sauvage ou qui ne s'élève point, et compose un traité d'éducation. Sa philosophie, s'il en a une, est de morceaux, la vôtre est une. J'aimerais peut-être mieux être lui que vous ; mais j'aimerais mieux avoir fait vos ouvrages que les siens. Si j'avais son éloquence et votre sagacité, je vaudrais mieux que tous les deux...

... Votre logique n'est pas aussi rigoureuse qu'elle pouvait l'être. Vous généralisez trop vos conclusions, mais vous n'en êtes pas moins un grand moraliste, un très subtil observateur de la nature humaine, un grand penseur, un excellent écrivain, et même un beau génie. »

diderot (Réfutation de V ouvrage d'Helvètius intitulé V Homme).

Il y a deux sortes de moralistes et de politiques, ceux qui n'ont vu la nature humaine que du côté odieux, ou ridicule, et c'est le plus grand nombre : Lucien, Montaigne, La Bruyère, La Rochefoucauld, Swift, Mandeville, Helvétius, et ceux qui ne l'ont vue que du bon côté et de ses perfections ; tels sont Shaftesbury et quelques autres.

Les premiers ne connaissent pas le palais et n'ont vu que les latrines ; les seconds sont des enthousiastes qui détournent leurs yeux loin de ce qui les oflense, et qui n'en existe pas moins...

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