MA RAT
Helvétius n'eut contre lui, pendant sa vie, que la persécution des fanatiques, les diatribes des sots et après sa mort les coups de Robespierre qui brisa publiquement son buste et les critiques renouvelées depuis peu du Journal chrétien et de la Gazette ecclésiastique par un théologien de fabrique nouvelle (2) qui, de l'école de Voltaire, a émigré sur ses vieux jours dans celle de Nonotte et de frère Berthier. Il est probable que ses modernes homélies auront le sort des anciennes et qu'il y aura toujours un peu plus de gloire à se ranger sous l'étendard de Voltaire et d'Helvétius qu'à suivre, un bandeau sur les yeux, ceux de Berthier et de Nonotte. » La Décade (7 août 1797).
Helvétius à lui seul est une armée... Bentham. lui-même était un disciple d llelvétius.
Historiquement, le fameux sophisme d'Helvétius sur l'égalité mentale « constitue en réalité une phase pleinement normale du
(1) C'est dans son ouvrage intitulé De l'Homme (i775\ que J.-B. Marat, docteur en médecine, attaquait Helvétius. Voltaire défendit la mémoire de son ancien ami : « Vous auriez pu parler plus poliment d'un homme qui payait si bien ses médecins. Vous l'outragez... »
(2) La Harpe dans son cours du Lycée avait étudié très partialement les idées du « sophiste » Helvétius. La Harpe, comme plus tard Cousin et Damiron, était moins soucieux d'analyser la doctrine d'Helvétius que de faire une profession de foi indirecte. Naigeon rapporte que La Harpe n'avait pas oublié un mot cruel d'Helvétius à propos de la tragédie de Warwick : « Il a beau faire, il ne sera jamais que le Campistron de Voltaire. » D'où, d'après Naigeon, son ressentiment, sa diatribe ou plutôt son « galimatias théologique » contre Helvétius.
HBLVÉTIUS
développement de la philosophie négative dont ce célèbre écrivain fut certainement l'un des principaux propagateurs ».
auguste comte, Philosophie positive.
Helvétius m'a ouvert la porte de l'homme à deux battants.
Ne me serait-il pas avantageux que personne hors moi, ne connût Helvétius ?
Il a manqué au plus grand philosophe qu'aient eu les Français de vivre dans quelque solitude des Alpes, dans quelque séjour éloigné, et de lancer de là son livre dans Paris sans y venir jamais lui-même. Voyant Helvétius si simple et si honnête homme, jamais des gens musqués et affectés comme Suard, Marmontel, Diderot, ne purent penser que c'était là un grand philosophe. Ils furent de bonne foi en méprisant sa raison profonde. D'abord, elle était simple, péché irrémissible en France ; en second lieu, l'homme, non pas le livre, était rabaissé par une faiblesse ; il attachait une importance extrême à avoir ce qu'on appelle en France de la gloire, à être à la mode parmi les contemporains comme Balzac, Voiture, Fontenelle.
Rousseau avait trop de sensibilité et trop peu de raison, Buff'on trop d'hypocrisie à son Jardin des Plantes, Voltaire trop d'enfantillage dans la tête pour pouvoir juger le principe d'Helvétius.
Le philosophe commit la petite maladresse d'appeler ce principe l'intérêt au lieu de lui donner le joli nom de plaisir ; mais que penser du bon sens de toute une littérature qui se laisse fourvoyer par une aussi petite faute ?