X. PHARMACEUTIQUE
5- 10 4* L'explication des médicamens simples est donnée dans la matière médicale ; la manière de les préparer et de les composer, forme l'objet de la pharmaceutique. Le vulgaire n'ignore pas que les pharmacies sont les magasins des drogues simples et composées, tandis que beaucoup de médecins admettent en principe qu'ils peuvent ignorer la pharmaceutique, parce que, disent-ils , c'est la besogne du pharmacien, qui exécute ce que le médecin lui ordonne. Oui, sans doute; mais, pour ordon-
ner sagement, il faut avoir connoissance de ce qui doit être fait. Si le pharmacien est subordonné au me'decin et doit être surveille' par lui, ce n'est pas à raison d'une hiérarchie sans objet, mais parce que le médecin, versé dans toutes les parties de son état, doit tenir la main à ce que les conditions nécessaires au rétablissement des malades soient sévèrement observées. Comment le médecin étranger à Fart du pharmacien jugera-l-il qu'une ordonnance est bien exécutée? Commen: pourra-t-il en écrire une raisonnable? Il lui arrivera maintes fois de mêler des substances qui se repoussent ou se détruisent; il les composera en des proportions disparates; il demandera des poudres, des pilules, des potions inexécutables , etc.
J. io5. La pharmaceutique se divise en deux branches, l'une relative à la préparation des médicamens, et l'autre, à la connoissance des compositions usuelles : ou, comme on s'explique en termes d'art, il faut savoir faire les médicamens magistraux, et connoître ceux qui sont officinaux.
On enseigne dans le cours de pharmacie la première de ces deux branches. On fait connoître les formes diverses qu'il est possible de donner aux médicamens, tant dans leur état simple qu'en état de composition, ainsi que les règles à observer dans les opérations. Cette doctrine sert de base à l'art de formuler; art important, et trop
souvent négligé, au détriment des malades. Le médecin qui écrit une mauvaise ordonnance ou formule, devient la dérision du pharmacien, s'il a le bonheur de tomber dans une bonne pharmacie; et si celui-ci n'est pas assez instruit pour remédier à l'ineptie de la formule , il composera mal en se tenant strictement à la prescription , et le malade en est la dupe, sinon la victime.
$. 106. La seconde branche de la pharmaceutique consiste dans la connoissance des médicamens officinaux, savoir, de ceux qui sont toujours prêts , parce qu'ils se conservent pendant un temps considérable , et que la longueur de la préparation s'oppose à ce qu'on les fasse chaque fois qu'ils sont demandés. Les médicamens officinaux sont décrits dans les formulaires, pharmacopées ou co^ dex, ouvrages publiés dans tous les pays, et dont plusieurs sont prescrits par l'autorité.
Les anciens formulaires contiennent un grand
Ml
une quantité de drogues semblables par leurs effets, quoique distinguées par des noms imposans. On s'est élevé avec raison contre cette polypharmacie , depuis que l'on met plus de précision dans l'étude de la matière médicale et de la pharmacie, et que la chimie a fourni des éclaircissemens nouveaux à ces objets. Les formulaires nouveaux sont en conséquence simplifiés et conçus d'après l'état actuel des sciences.
Néanmoins le médecin ne peut pas se dispenser de prendre connoissance de ces médicamens surannés, et de leur composition souvent bizarre. Il est maintes fois consulte sur leur emploi, quoiqu'il ne les recommande pas lui-même, parce que le public y est accoutume'. Les rejeter par la raison qu il ne les connoît pas, et ne pas vouloir les connoitre, seroit une affectation mal placée, préjudiciable au public et peu honorable à lui-même, d'autant plus que ces compositions peuvent être très-efficaces, et que d'ailleurs on ne réforme pas par des principes les opinions ni les habitudes du public.
On ne peut d'ailleurs pas disconvenir, et celte remarque n'est pas nouvelle, qu'un médicament compose d'un grand nombre d'ingrédicns , et un médicament semblable dans lequel on n'a fait entrer que les élémens rigoureusement nécessaires , n'ont pas d'identité. Les effets généraux sont, sans doute , les mêmes ; mais il y aura différence dans l'aspect, l'odeur, le goût, et même dans l'action immédiate , dès qu'il y a idiosyncrasie.
Remarquons, enfin, que le médecin ne doit pas se borner à l'élude de la pharmaceutique nationale. Celle des pays étrangers lui sert tantôt à acquérir des idées nouvelles , tantôt à perfectionner celles qu'il possède déjà , et dans tous les cas elle est nécessaire pour bien entendre la lecture des traités pratiques de ces pays.