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de chaque pays : alors un bon jurisconsulte étoit nécessairement un homme orné des plus belles connoissances. Mais, aujourd'hui, un praticien de campagne, que la nature a doué d'un bon sens ordinaire, sera un jurisconsulte formé, lorsqu'il aura appris son code par cœur : cependant on ne pourra guères dire que ce personnage ait cultivé les hautes sciences. La science de la législation et le droit civil universel sont les seules parties qui pourroient être rangées parmi les hautes sciences. Le jurisconsulte proprement dit ne peut et ne doit raisonner sur la loi; il en est l'esclave; et toute sa science consiste à savoir ce que la loi dit, et non point à examiner ce qu'elle devroit dire.
Nous avons cru devoir faire ces réflexions, parce que nous ne voulons pas qu'on nous les fasse ; et nous y répondons, en disant que nous ne dressons pas une table philosophique des connoissances humaines, et que nous appelons hautes sciences le droit et la médecine, parce qu'il faut établir une instruction supérieure, pour l'une comme pour l'autre. Au surplus , que l'on considère les nuances infinies des cas divers qui se présentent dans la pratique, la perspicacité requise dans les causes compliquées, les avantages de l'érudition dans les affaires difficiles; et l'on conviendra que le jurisconsulte appliquera les lois avec d'autant
plus de justesse, qu'il aura fait des études plus soignées et conformes à la méthode suivie dans les hautes sciences proprement dites. En homme probe il appliquerai loi, telle qu'elle est énoncée, et en homme instruit il connoîtra les motifs qui l'ont fait dicter.
Nous ne comprenons pas dans notre plan d'organisation la théorie de l'agriculture , de la métallurgie, de l'art forestier, de la marine, etc., parce que leur établissement dépend des localités et d'un grand nombre d'autres circonstances particulières. f
Nous croyons aussi plus convenable de former pour les sciences théologiques des établissemens particuliers, que de les réunir au plan de l'instruction générale. On objectera à ce projet que les facultés de théologie faisoient dans tous les temps une partie des universités. Cest vrai; mais, en ce cas, ces établissemens, les uns catholiques, les autres protestans, étoient dirigés suivant les principes de la confession reçue. Il est reconnu aujourd'hui que les établissemens pour les hautes sciences doivent être ouverts à tout élève indistinctement, et les places occupées par des savans , quelles que soient leurs opinions religieuses : il ne paroît donc pas qu'une faculté de théologie y soit convenablement placée. Une objection plus impor* tante concerne l'éducation des ecclésiastiques elle-
même. Sans doute, il ne faut pas circonscrire dans des espèces de couvens, tels que les séminaires, l'instruction de ceux qui dans la suite auront à diriger l'homme vivant en socie'té , et dont le ministère exige la connoissance de l'homme, qu'on acquiert seulement en vivant en socie'té' avec lui. Cette re'flexion a sans doute engage' l'auteur du de'cret sur l'université de France , à comprendre les facultés de théologie dans les académies. Aussi nous entendons hien que les élèves en théologie ne soient pas séparés de la société civile. A cet effet ils seront tenus de suivre les cours de la faculté des lettres et des sciences en l'université, et d'y prendre les grades avec les élèves des autres facultés et sans aucune distinction. Les séminaires sont destinés à l'enseignement de la théologie, à celui des sciences qui s'y rapportent en particulier, et au rituel usité dans chaque culte : car il est bien clair que l'instruction du rituel n'est pas un enseignement convenable à une institution où les hautes sciences sont professées. D'un autre côté, on exige des théologiens des sciences qui ne sont pas enseignées à une faculté des lettres, ou qui doivent Fêtre d'après des vues spéciales : ces sciences réclament par conséquent des cours particuliers dépendant du séminaire.