L DISTRIBUTION DE L'ENSEIGNEMENT
1) Ecoles primaires.
§. i. er Nous comprenons sous la dénomination d'instruction primaire, l'ensemble des connoissances élémentaires, nécessaires à tout individu, quelque soit sa profession et son sexe , et nous y rapportons l'art de lire , d'écrire , de calculer, les principes élémentaires de la géographie et l'instruction religieuse.
Nous établissons en principe la nécessité de cette dernière instruclion, elpar cette raison nous n'entendons pas en donner la preuve.
L'instruction primaire appartient, comme toute espèce d'enseignement, à la sollicitude du Gouvernement, parce qu'il doit avoir soin que tous les citoyens soient aussi éclairés et aussi heureux que leur état le permet, et à cet effet il est néces^ saire qu'ils ne soient pas ignorans. Cependant le Gouvernement ne peut pas se mêler directement de l'instruction religieuse; la police qu'il exerce sur toutes les religions établies dans son territoire, lui fournit une garantie suffisante à cet égard.
D'après cela, l'instruction primaire seroit composée de deuxélémens, et elle seroit enseignée dans deux écoles différentes , dont l'une dépendroit du Gouvernement, et l'autre des préposés du culte.
Il est néanmoins incontestable que cet arran-
gement, bon en principe, est inexécutable, à cause des inconvéniens qui en résultent, et auxquels il est impossible de remédier. Il seroit bien difficile d'y faire participer les enfans des pauvres, quand même toute l'instruction seroit gratuite, parce que ces enfans, occupes dès leur bas âge à travailler pour leurs parens, ne sont pas en état de suivre plus d'une école.
Par cette raison il est préférable que le Gouvernement abandonne l'instruction primaire en général aux préposés des divers cultes, qui d'ailleurs en ont toujours eu la direction. L'instruction religieuse ne peut pas être bonne, à moins qu'on ne commence par enseigner à lire et à écrire, et c'est ce que les enfans apprennent toujours dans les écoles paroissiales. Il y a bien long-temps aussi qu'on introduisit dans un grand nombre de ces écoles l'enseignement de l'arithmétique et de la géographie, en sorte qu'elles se sont élevées au point de répandre dans la classe ouvrière des citoyens toutes les connoissances auxquelles un artisan intelligent peut aspirer.
Les écoles primaires, instituées pendant la ré* volution, ont principalement réussi dans les communes où les écoles paroissiales étoient déjà sur le pied avantageux dont nous venons de parler, et où on reçut dans les premières le personnel qui a voit été employé précédemment dam les dernières.
a) Écoles secondaires.
j. 2. Les écoles secondaires, appelées collèges, gymnases ou lycées, sont destinées à l'instruction élémentaire des lettres et des sciences, de la médecine et du droit Cependant chaque école secondaire n'est pas dans le cas de comprendre toutes ces sciences dans son enseignement, parce que les élémens des lettres et des sciences doivent être plus répandus que ceux de la médecine et du droit En conséquence, il y aura un nombre plus considérable de villes où les lettres et les sciences seront seules enseignées dans l'école secondaire, que de celles dont renseignement comprendra trois sections, Tune des lettres et des sciences, l'autre de la médecine , et la troisième du droit C est en parlant de ces sections en particulier que nous désignerons les villes où nous désirons les voir établies.
( i ) Écoles secondaires des lettres et des
sciences.
a. Institution.
J. 3. Il est convenable qu'il y ait une école secondaire des lettres et des sciences dans toute ville dont la population renferme un nombre considérable d'individus auxquels ces connoissances sont nécessaires, et où puissent se rendre les habita» de la campgne qui sont dans le même cas , c'est-
à-dire, la jeunesse destinée à des occupations plus releve'es que les professions communes de la société', aux arts me'caniques, au commerce, aux fonctions subalternes de Fart de guérir, de la jurisprudence et de l'administration ; en outre , tous ceux qui se voueront pour toujours aux études scientifiques, doivent les commencer à l'école secondaire. Cest pourquoi on trouve ces e'coles en grand nombre dans les pays distingués par une bonne instruction. Il y a eu, avant la révolution, dans l'Alsace, qui n'est pas un pays étendu, plusieurs gymnases, dont deux à Strasbourg, et un à Colmar, à Sélestat, Bouxwiller, Haguenau, Wissembourg, Molsheim, Landau, tous fondés par les magistrats des villes ou par les seigneurs , et dotés sur des fonds à leur disposition. Les événemens de la révolution détruisirent quelques-unes de ces belles institutions : une administration paternelle saura les réparer.
J. 4» Toute ville qui a possédé une école secondaire, est donc en droit d'en avoir une. Nous n'examinons pas si les circonstances permettent de les rétablir dès à présent ; on fera plus tard ce qui ne pourra pas être exécuté au moment actuel. En outre, il doit être loisible à une ville, à une société, à un individu, de créer, à ses frais, une école secondaire dans une ville qui n'a pas encore joui de cet avantage. Le droit naturel et l'intérêt général parlent en faveur d'un tel privilège. Rien de plus sage
que l'autorisation d'employer une portion de sa fortune à l'instruction de ses concitoyens, et rien de plus honorable, de plus utile a un état, que de compter le plus grand nombre possible d'hommes instruits. :
J. 5. N'oublions pas de remarquer qu'il n'est pas nécessaire de fixer le même degré' d'enseignement pour toutes les écoles secondaires.
Ces écoles étant destinées à l'éducation , non-seulement du savant futur, mais de tout jeune homme bien élevé, il est bon d'y trouver, dans les villes qui ne possèdent pas une instruction supérieure, au moins toute celle à laquelle peuvent prétendre les jeunes gens non destinés aux sciences , et que , par conséquent, on y enseigne, indépendamment des langues anciennes et modernes, de l'histoire, des mathématiques et de la philosophie, les élémens de la physique et de l'histoire naturelle. Il existe dans plusieurs pays, sous le nom de gymnase illustre ou archigymnase , des écoles secondaires supérieures qui rendent des services importans, en formant une quantité d'hommes instruits, dont plusieurs trèsdistingués^ L'enseignement y est disposé de sorte que les élèves y séjournent jusqu'à l'âge de dixhuit ans environ.
Des écoles secondaires de cette force ne con-j viennent pas aux villes où il existe en même temps une université ; car , indépendamment de ce que >
les doubles emplois doivent être e'vite's, il ne faut pas perdre de vue que les connoissances propres à une faculté ne peuvent pas être développées dans toute leur étendue dans une école secondaire, La manière d'enseigner et d'étudier n'est pas et ne doit pas être la même dans les deux genres d' établissement ; le matériel y est ordonné sur des bases différentes, et le professeur de l'école secondaire n'est pas censé posséder des talens aussi élevés et des connoissances aussi étendues que celui de la faculté. En conséquence de cela , l'enseignement est disposé dans cette espèce d'école secondaire de manière que les élèves la quittent à l'âge de quinze ans environ, pour se rendre à la faculté des lettres et des sciences.
§. 6. Il résulte de ces réflexions sur l'établissement des écoles secondaires, qu'elles ne sont pas à la charge du trésor public, en ce qu'elles sont la propriété d'une ville , d'une société ou d'un individu.
b. Surveillance.
§. 7. La surveillance à exercer sur les écoles secondaires se compose de la partie financière et de la partie littéraire. La première appartient tant à celui qui fournit les fonds, qu'à ceux qui possèdent les meilleures connoissances dans cette espèce d'administration : ainsi, dans l'école secondaire d'une
Ville , le bureau économique sera compose' de professeurs et de membres du jury , dont nous parlerons bientôt; dans l'école secondaire d'une coinmunauté ou d'une société, le bureau sera présidé par le chef de la communauté, etc. Quant à la surveillance de l'enseignement, elle est du ressort du jury.
c. Des professeurs.
§. 8. Le professeur d'une école secondaire doit * nécessairement être homme de lettres. Il doit avoir étudié à une faculté dans laquelle les lettres et les sciences sont enseignées complètement, et il doit fournir les preuves, tant de ses éludes, que des succès qu'il en a obtenus.
Les preuves résultent en partie des témoignages donnés par les hommes en place , et en partie des productions de l'aspirant. Par les témoignages nous n'entendons pas les certificats , toujours donnés dans la même forme, suivant les réglemens; mais nous entendons l'opinion d'un ancien professeur , d'une réputation justement méritée, sur les études et les progrès de son ancien élève.
La preuve publique et principale que l'homme de lettres est dans le cas de donner de ses études, consiste dans uife dissertation réfléchie , écrite à la fin de son cours d'éludés et soutenue avec distinclion. L'homme de lettres doit en conséquence être
tenu de terminer ses éludes par cet acte probatoire, de même que le jurisconsulte et le médecin.
J. 9. La nomination des professeurs d'une école secondaire doit se faire de la manière suivante. Dans les villes où se trouve une université, l'école secondaire lui sera subordonnée. Les professeurs des facultés connoissent les gens de lettres qui peuvent aspirer à une place de professeur d'une école secondaire; la nomination de ceux-ci appartient en conséquence à ceux-là. Il n'est pas bon que les professeurs soient nommés par une autorité éloignée du siège de cet établissement, parce qu'elle ne connoit ni les personnes, ni les localités auxquelles il faut avoir égard. Les gens avides d'obtenir une place assiègent les personnes auxquelles ils supposent quelque influence , et ils espèrent arracher une signature au chef, quand , après avoir rempli les formalités, ils arrivent avec une recommandation. Tous ces inconvéniens sont évités en admettant le mode de nomination proposé. Ainsi y lors d'une vacance, les membres de la faculté examinent en comité les titres et les qualités des postulans, et de toute personne ( même quand elle ne se seroit pas mise sur les rangs) qu'ils jugeroient propre à la' place. Il en résulte un rapport à faire à l'assemblée de tous Les professeur^ de l'université, qui nomment définitivement.
Dans les villes, au contraire, où il n'y a point
d' université, il faut suivre une autre marche, et créer un jury compose' de la manière suivante. Un professeur de la faculté des lettres et des sciences d'une université' voisine en scroit président, et les membres sei oient pris en partie parmi les professeurs distingués de l'école secondaire, et en partie parmi les savans gradués de la ville; ^le maire, quand il est gradué, seroil membre nécessaire du jury. Dans le cas où l'école seroit la propriété d'une communauté particulière , il est clair que les membres du jury seroient pris dans cette communauté même.
d. De renseignement.
§. 10. La bonté de l'enseignement dépend en partie du choix des auteurs qu'on fournit aux élèves , et en partie de la méthode observée dans l'enseignement.
Nous n'approuvons pas une parfaite uniformité à l'égard des livres classiques dans un pays aussi étendu que la France. Il peut y avoir , par exemple , plusieurs grammaires d'un égal mérite, et en ce cas il n'est pas juste d'ordonner l'emploi d'un seul auteur au préjudice des autres. C'est à la direction de chaque école à choisir les ouvrages qui devront être employés.
J. 11. Quant à la manière d'enseigner proprement dite, elle consiste le plus souvent à exercer
principalement la mëmoire : le vocabulaire , la grammaire, la prose, les morceaux de poésie, les principes de la philosophie, la chimie et l'histoire naturelle , les propositions de mathe'maliques , leurs démonstrations, etc., tout est appris par cœur. On est étonné d'entendre dans les examens publics ces prodiges de savoir. L'écolier récite des centaines de vers, et un volume entier, sur la plus légère indication. Il prend à un tel point l'habitude d'apprendre par cœur, que ses études postérieures sont continuées sur le même pied. Ces élèves, cependant; quoiqu'ils brillent dans les examens, ne sont pas instruits. Ceux qui savent les poètes par cœur, ne connoissent ni le génie de la langue, ni l'esprit du sujet traité par les auteurs ; et les élèves plus âgés, qui apprennent un livre de chimie ou d'anatomie, ne sont en état ni de disséquer, ni d'analyser les corps. Cependant le plus grand nombre des hommes en place , formés euxmêmes de cette manière, en sont éblouis, et préfèrent ces élèves à ceux qui ne parlent pas avec la même abondance, parce que leurs réponses sont plus réfléchies. Il en résulte l'inconvénient que les prix sont accordés aux moins instruits, et les places données à ceux qui ne sont pas capables d'en remplir les fonctions.
§. 12. La mémoire est, à la vérité, l'une des plus précieuses et des plus importantes facultés de notre
ame , si bien que , sans elle , toutes les autres seroient presque inutiles; elle est, plus que les autres, de'veloppe'e dans le premier âge; elle ne peut être cultivée avec un grand succès qu'à cette époque , et l'omission ou la négligence de cette culture entraîne pour la vie des pertes irréparables. Nous sommes donc bien éloignés, en réprouvant la méthode d'enseigner dont nous venons de parler, de nous élever contre l'exercice de la mémoire: mais nous disons qu'il faut, dès l'enfance, exercer aussi la réflexion, et préparer par là le jeune esprit à bien former son jugement; c'est ce qui est opéré par la voie de l'analyse introduite dans l'enseignement
En effet, toutes les parties de l'enseignement sont susceptibles de l'analyse. Le vocabulaire , qui paroît exclusivement être du domaine de la mémoire, perd une partie de son aridité, quand le professeur , en même temps qu'il demande les mots , analyse leur dérivation, leur composition et leur signification.
§. i3. Les thèmes sont une des occupations dans lesquelles les élèves sont fréquemment exercés. Il y a une manière de rendre ces exercices trèsutiles, au lieu qu'ils ne sont d'aucune utilité quand on y procède d'après une routine trop commode et vulgaire. Cette dernièrê consiste à faire composer les écoliers , et , après qu'ils ont ter»
miné leur tâche, on leur débite à haute voix la manière dont elle devoit être faite , sans s'embarrasser comment chaque individu a réussi dans son travail. Il est évident que l'écolier ne connoît par là ni ses feules de composition , ni celles \ d'orthographe, et qu'il ne retire aucun avantage i de son exercice. Pour arriver à ce but, il est nécessaire que le professeur se fasse remettre la com-" position de chaque écolier ; qu'il en fasse la correction chez lui aux heures libres; qu'à un jour déterminé il distribue aux élèves les thèmes corrigés , et qu'enfin chaque écolier passe son propre écrit à son voisin, qui devra le lire encore pour voir s'il ne s'y trouve pas une faute échappée à la censure du maître. Nous n'ignorons pas que cette manière de procéder paroit inexécutable à quelques personnes; mais elle se pratique depuis trois siècles dans les bons gymnases : elle est donc exécutable, toutes les fois que les professeurs sont éclairés et pénétrés de l'importance de leurs fonctions, ainsi que de celle d'une instruction avan^ lageuse aux écoliers.
e, De l instruction religieuse.
§. 14. L'instruction religieuse doit être, enfin, un des grands objets de l'enseignement. On donne dans les écoles primaires les principes religieux indis^ pensables; on en développe ultérieurement le
système, et on achève (Te'clairer les jeunes gens sous ce rapport dans les écoles secondaires. Ces institutions relevant les unes des villes, et les autres d'une communauté' particulière, il est clair qu'on enseigne, dans ce dernier cas, la religion de la communauté' proprie'iaire de l'école ; et il est bien naturel encore que, dans l'école d'une ville, on enseigne la religion professée par ses habitans. Rien n'empêche cependant que, dans les deux cas, les jeunes gens d'une autre croyance ne participent à toute l'instruction , en s abstenant seulement des leçons relatives à la religion; et, si le nombre des jeunes gens suivant un autre culte est tant soit peu conside'rable , il est trèsfacile de leur faire donner dans l'e'cole même Tins-
truction particulière à leur religion , à moins qu'on ne trouve plus convenable de prendre à cet e'gard des arrangemens au dehors.
f. Inconvéniens des pensionnats,
§. i5. C'est en traitant de l'école dans laquelle les lettres et les sciences sont enseignées, que les inconve'niens des pensionnats doivent être de'voile's, parce que dans celles de médecine et de droit il ne peut pas même en être question. On est tellement habitué en France à réunir les pensionnats à l'instruction secondaire, qu'après même qu'on eut prétendu la perfectionner dans les lycées, on
la trôuve encore compliquée avec cet objet hétérogène. Il est cependant important de se pénétrer de Tidee que ce sont deux choses indépendantes , que nos mœurs commandent de séparer.
Nous n'ignorons pas que, plus ou remonte dans l'histoire de l'instruction vers le moyen âge, plus aussi se présentent de motifs raisonnables de cette réunion. Mais la majeure partie de ces motifs n'existe plus. Le plus plausible à alléguer maintenant provient de l'insouciance des parens, qui trouvent plus commode de se décharger de l'éducation de leurs enfans, que de la surveiller eux-mêmes; et ce nombre est indubitablement plus considérable que celui des pères empêchés par état de soigner l'éducation de leur famille. Celle remarque est si vraie que, par suite de la mollesse de nos mœurs, il s'est formé, depuis une trentaine d'années, des pensionnais en faveur du sexe , où les demoiselles apprennent, en cultivant les talens agréables, à la place de ceux qui conviennent à une mère de famille, tout ce dont elles peuvent se passer, au lieu de ce qu'elles ont besoin de savoir. L'éducation est, d'après cela, complètement confiée à des personnes étrangères, l'enfant nouveau -né étant envoyé en nourrice ( usage contre lequel les médecins se sont élevés depuis long-temps ) , et la jeunesse des deux sexes abandonnée à des pensionnats!.
J. 16. Or, nous reprochons à ces établissement,
en premier lieu, de ne pas être nécessaires, et, en second lieu, d'être dangereux.
Les pensionnats ne sont pas utiles aux habitans des villes , qui appre'cient et dirigent mieux le caractère de leurs enfans en les envoyant quatre ou cinq heures par jour à l'école publique , et les retenant sous leurs yeux le reste du temps. Quant aux personnes qui n'habitent pas la ville, elles peuvent aisément se passer des pensionnats publics, trouvant, même à moins de frais, des pensions chez des citoyens honnêtes , qui prennent chez eux un ou deux enfans, qui les surveillent, et qui les soignent mieux qu'on ne peut le faire dans une grande réunion d'enfans : l'expérience prouve ce que nous affirmons. A cette réflexion contre les pensionnats publics, on ne peut pas opposer qu'abondance ne nuit pas, car c'est précisément ce que l'abondance a de nuisible que nous relevons , et qui nous engage à réveiller l'attention du Gouvernement sur les dangers inséparables de ces institutions.
J. 17. Certes, autant l'instruction publique est préférable à l'instruction privée, à cause de l'émulation et de la facilité de l'enseignement, autant les pensionnats faisant partie des collèges sont préjudiciables à la jeunesse, à cause de la dépravation qui s'y glisse, et dont les maux physiques et moraux qui infectent les enfans ne sont que trop souvent la suite. Quant au physique, il est
notoire que les règles hygiéniques et ialriques sont plus facilement applicables dans une maison prive'e que dans l'e'lat d'encombrement , plus ou moins grand, d'une maison publique. Les en fans de la classe aisc'e des citoyens (les seuls qui peuvent être reçus dans les pensionnats) trouvent plus sûrement les diverses choses nécessaires à la conservation de la sanle' dans la maison paternelle, ou dans une autre maison prive'e , qu'e'tant en quelque manière cloîtres dans un pensionnat public. A l'égard des maladies , personne ne peut ignorer qu'elles deviennent plus virulentes, quand elles s'emparent d'une re'union d'individus de quelque espèce quelle soit : les fièvres continues, etc., propres à tous les hommes, ainsi que les maladies des enfans, la rougeole, la scarlatine, etc., sont toujours plus à craindre dans une maison publique que dans une maison prive'e. La moralité', disons la ve'rite' tout entière , n'est pas dûment garantie dans les pensionnats. L'astuce , l'hypocrisie , et telle autre espèce de petite fourberie , deviennent l'e'tude domestique des individus régente's par des surveillans, et prennent dans leur caractère la place de la franchise , qui devroit être grave'e en première ligne sur la tabula rasa, avec laquelle on ne compare pas mal l'esprit et le cœur de l'homme sorti des mains de la nature.
§. 18. Quelque grands que soient les dangers
dont nous venons de parler , il y en a un plus terrible , parce qu'il tient à un mal qui attaque le physique et le moral, et qui consiste en une habitude vicieuse, contractée facilement, communiquée sous le voile de l'amitié, et découverte quand il est trop tard ,et impossible de la quitter. Nous avons dit franchement que la moralité périclite dans les pensionnats : il faut parler avec force dès qu'il s'agit de ce dernier point Que l'on ne s'abuse pas; on n'est pas venu à bout d'extirper ce vice dans les pensionnats dont le personnel étoit composé d'hommes vertueux : comment espérer d'y réussir, quand encore on n'est pas à l'abri de toute crainte de ce côté-là ?
§. 19. La suppression des pensionnats s'accorde parfaitement (nous le remarquons en passant) avec l'économie qu'on est obligé de mettre dans la dépense. Les riches dotations dont on pouvoit disposer anciennement en faveur des établissemens publics, facilitoient autant l'exécution de toute espèce de disposition de ce genre, que le défaut actuel de ces ressources y met d'obstacles aujourd'hui. Il ne faut à une école secondaire sans pensionnat, ni l'étendue de bâlimens , ni la quantité de traitemens , ni les frais considérables d'entretien qu'exige le cas contraire. Les anciens collèges ne pesoient sur personne; ils subsistoient du revenu de leurs fonds, et les citoyens jouissoient des bienfaits
de leur institution. Aujourd'hui les lycées sont à la charge des villes , qui seront considérablement soulagées par la cessation du pensionnat, et qui pourront, d'autant plus facilement, contribuer, au moyen de bourses, à l'instruction de leur jeunesse.
( i ) Écoles secondaires de médecine.
a. Nombre des écoles,
§. 20. Nous venons de voir que plusieurs écoles secondaires des lettres et des sciences conviennent à un département populeux, dont les habitans jouissent de l'avantage d'une bonne éducation. D'après la même hypothèse, une école secondaire de médecine suffit à plusieurs de'partemens , parce que ceux qui se destinent à cet état , ne forment qu'une partie de la jeunesse entière d'un pays.
Le nombre des de'partemens appartenant à la circonscription d'une faculté' de me'decine en France, pourra servir à l'indication éventuelle du nombre des écoles secondaires à établir. La circonscription de la faculté de Strasbourg, par exemple, comprend les départemens du Bas-Rhin, Haut- Rhin, Vosges, Doubs, Jura, Haute -Saône, Ain, Rhône, Loire T Côte d'or, Saône et Loire, Haute -Marne, Meurthe, Meuse, Moselle, Ardennes, Nord, Pas de Calais. On pourra donc former des écoles se-
condaires de médecine à Besançon, Lyon, Dijon, Nancy , Metz et Lille , où les élèves destinés à être un jour officiers de santé feront leurs études , s'ils sont trop éloignés de la faculté de Strasbourg : et , dans le fait, ces écoles existent déjà ; il ne leur faut plus que la forme légale pour donner au Gouvernement la garantie convenable, et pour régulariser les travaux que leurs membres se sont imposés avec autant de zèle que de succès.
b. Nombre et cours des professeurs.
§. ai. Le nombre des professeurs d'une école secondaire de médecine sera de trois :
i.° Professeur d'anatoniie et de chirurgie,
a.° Professeur de matière médicale et de pratique,