CHAPITRE V
DeB grandes places de U Cour et de leur* fonctioni. — Des baptêmes des princes. — Des libéralités publiquea ; il en était d'interdites aux princes. — Des céiémoniea religieuses d'étiquette. — Des parties de plaisir il la Cour. — Des courses de traîneaux , etc. — Étiquettes de décence pour les Reines et pour les princesses. — Funérailles des Rois, Reines et princes.
LES principales places de la Cour étaient celles du grand écuyer, du premier ècuyer, du gouverneur des enfants de France, du grand maître de la garde-robe, du premier gentilhomme de la Chambre. Ils étaient quatre et servaient par année; ils avaient la direction des spectacles. Pour les femmes, la première place était celle de surintendante de la maison
de la Reine, place si éminente qu'on ne la donnait qu'à une princesse du sang. On avait supprimé cette place comme trop dispendieuse; quand je suis entrée dans le monde, il n'y en avait plus; M"* de Clermont, dont j'ai écrit l'histoire, avait été la dernière. Je vis depuis rétablir cette place pour la malheureuse princesse de Lamballe, ce qui produisit un grand schisme et de grandes réclamations à la Cour. C'était un terrible coup à la dignité des dames d'honneur et d'atours, qui alors n'avaient plus les premières places de la Cour, puisqu'elles étaient subordonnées à la surintendante. On prit pour prétexte des plaintes, que M"^ de Lamballe n'était que princesse légitimée, ce qui ne s'était point encore vu. La Reine persista et M™^ de Lamballe fut surintendante.
J'eus la curiosité d'aller à Versailles, pour voir une femme prêter solennellement serment, honneur qu'on leur fait bien rarement. Je me souviens que M»^de Lamballe était extrêmement intimidée par le déchaînement des dames d'honneur, des dames d'atours et des dames du palais.
Elle me parut bien intéressante lorsqu'elle
se mit à genoux devant la Reine pour prêter serment, elle tremblait à l'excès. La Reine avait Tair fier et irrité. Elle promena un regard presque menaçant sur toute l'assemblée, comme pour exprimer que non seulement elle bravait la désapprobation générale, mais qu'elle la trouvait insolente. Ensuite sa physionomie s'adoucit et devint affectueuse en regardant M°*^ de Lamballe, elle lui dit quelques mots que personne n'entendit et, après le serment, elle l'embrassa, ce qui n'était point du protocole. M"^ de Lamballe tira son mouchoir et pleura; ce fut une scène singulière que Ton critiqua beaucoup, mais .qui me toucha. Il y avait de la vérité et un fonds de justice.
La dame d'honneur qui, je crois, était M"*® de Cossé, donna sa démission, plusieurs autres menacèrent et restèrent : toute cette conduite me parut dès lors fort impertinente et j'admirai, en cette occasion, l'indulgence de la Reine.
Il n'y avait peut-être pas assez de véritable bonté dans cette Cour, et il y avait certainement trop de tolérance pour les choses de ce genre, qui, par cette raison, se renouvelaient
sans cesse, ce qui affaiblissait beaucoup le respect dû à la majesté royale. La noblesse devenait chaque jour plus exagérée dans ses prétentions. J'en parlerai ailleurs avec détail et je crois que je prouverai par des faits très curieux que ces prétentions ridicules ont beaucoup contribué à la Révolution, observation que n'ont pu faire les historiens modernes, parce qu'ils n'ont ni connu, ni vu la Cour.
Les fonctions de la dame d'honneur de la Reine se bornaient à lui annoncer les présentations, à lui demander son jour et son heure, et à ordonner dans son intérieur, dans toutes les choses qui ne se trouvaient pas dans les at-
tribu tions de la dame d'atours. Si la Reine dans ses salons et ses cabinets avait besoin de quelque chose, la dame d'honneur faisait ce service, à son défaut la dame d'atours, à défaut de celle-ci, une dame du palais, choisie d'après l'ancienneté.
La seule étiquette pour présenter quoi que ce fût à la Reine était d'ôter son gant, la même chose se faisait pour toutes les princesses du sang. On m'a dit jadis que cet usage très ancien était dans son origine une
sorte d*emblême qui devait exprimer la candeur, la droiture, la loyauté, la bonne foi, ainsi que celui de se découvrir la tête par respect. En effet, on trouve dans l'antiquité, dans le paganisme, des traces de cette idée. Dans les sacrifices offerts à Hercule il était spécialement défendu d'avoir la tête voilée.
Quand la Reine était en couches, ou gardait la chambre à coucher, la dame d'honneur ordonnait le service aux femmes de chambre, mais n'en remplissait elle-même aucune espèce de fonctions , parce que , comme il y a des services ou trop bas, ou d'une espèce qui demandent une adresse exercée et qu'une femme de chambre seule peut rendre, on pensait avec raison qu'il eût été peu convenable que le service eût été partagé entre des dames et des femmes de chambre. Ainsi tous les services que la dame d'honneur rendait hors de la chambre à coucher, elle ne les rendait jamais dans cette chambre.
Tout ce qui concernait l'habillement de la Reine, c'est-à-dirè l'achat de ses habits, de ses dentelles, de ses chiffons, était du ressort de la dame d'atours. Un droit fort peu noble de sa
place était d'avoir à son profit toutes les dentelles et toutes les étoffes d'or et d'argent réformées, et c'était elle qui décidait ces réformes ! On ne laissait aux femmes de chambre que la réforme des simples étoffes, du linge et des chiffons. On assurait que ce droit valait à la dame d'honneur plus de 50,000 fr. Elle revendait toutes ces choses à des revendeuses à la toilette. Il était fort d'usagç d'acheter les dentelles de la Reine : elles étaient superbes et comme neuves.
Outre les ajustements, il y avait les couvrepieds et les toilettes montées , on achetait les robes et les grands habits pour faire des meubles. M"* la duchesse de Cossé, qui, avant d'avoir la place de dame d'honneur qu'elle méritait si bien par sa vertu, avait été dame d'atours , ne voulut point de ce droit et abandonna tout aux femmes de chambre; mais les réformes furent infiniment moins fréquentes, et ce qu'il y eut de plaisant, c'est que cette économie fit prendre M"* de Cossé en aversion par les femmes de chambre qui, avant elle, n'avaient rien du tout de ces choses.
Au reste, cette noble action de M"* de
Cossé ne fut louée que par un très petit nombre de personnes; d'ailleurs, on s'en moqua généralement. On se garda bien d'admirer un exemple que l'on n'avait nulle envie de suivre. A la Cour, lorsqu'on fait une action d'un noble désintéressement, si c'est par vanité et non par principe et par caractère , on est bien dupe et l'on a bien peu d'esprit, car jamais ces actions-là n'y réussiront et n'y obtiendront l'approbation générale; trop de gens sont disposés à les trouver d'un très mauvais exemple.
Les places de gouverneurs et de gouvernantes des enfants de France, c'est-à-dire d'enfants ou petits-enfants du Roi, étaient au rang des premières de la Cour. Si Iç gouverneur n'avait pas le cordon bleu, il l'avait de droit à la première promotion, aussitôt qu'il était nommé. Les gouverneurs des princes du sang l'avaient aussi de droit, mais seulement à la fin de l'éducation.
La gouvernante des enfants de France, comme le chancelier, ne pouvait être renvoyée; il fallait qu'elle donnât sa démission ou qu'on lui fît son procès et que Ton prouvât son incapacité.
Quand la Reine voulut nommer la duchesse de Polignac gouvernante de ses enfants, M™* la princesse de Guémenée refusa nettement de donner sa démission, mais tout s'arrangea avec de l'argent. La gouvernante gardait les princes jusqu'à l'âge de sept ans accomplis, alors elle les remettait entre les mains du gouverneur.
Jusque-là, elle en était tellement inséparable que l'on vit à un lit de justice M"* de Ventadour y assister, comme un des grands dignitaires de la couronne, durant l'enfance de son élève Louis XV.
Les gouvernantes des princesses du sang devaient être agréées par le Roi et nommées par lui, en conséquence présentées de nouveau à la Cour quoiqu'elles l'eussent été déjà, mais cette fois elles l'étaient par la mère de la jeune princesse.
Quand la Reine venait d'accoucher, sur-lechamp, le grand aumônier ondoyait dans la chambre de Sa Majesté le prince nouveau-né.
Les princesses accouchaient toujours dans leur palais à Paris. Aussitôt, le curé de la paroisse venait avec son clergé ondoyer aussi l'enfant dans la chambre de la princesse. On ne baptisait
les princes et les princesses du sang qu'à douze ans; le Roi et la Reine étaient toujours leurs parrains et marraines.
La cérémonie se faisait toujours dans la chapelle de Versailles. Quand c'était une. fille, elle était, pour la première fois, présentée la veille en grand habit; c'était sa mère qui la présentait au Roi, à la Reine et à la famille royak ; les autres princesses du sang suivaient la présentation.
Le jour du baptême, la jeune princesse, avec un grand habit d'étoffe d'argent, se rendait * avec toutes les princesses, leurs dames et sa gouvernante chez la Reine ; de là, on allait à la . suite de la Reine chez le Roi; ensuite, tout ce cortège se rendait à la chapelle. Là, quand le premier aumônier s'approchait , la Reine , tenant un béguin d'enfant, faisait mettre la jeune princesse un peu en avant, et appelait la gouvernante afin qu'elle tînt avec elle, suspendue en l'air sur la tête de l'enfant, le petit béguin de dentelle qui était alors le symbole de l'enfance et de l'innocence. La Reine, placée à droite, un. peu derrière la princesse, tenait le
béguin de la main gauche, la gouvernante
s 2 CHAPITRE CINQUIÈME.
était son gant, et placée à côté de la Reine, elle tenait le béguin de la main droite, ce qui
• était assez long.. Ensuite , la Reine donnait le béguin à k gouvernante, en lui disant : Fous^ serex, bien aise de le conserver. *
Dans* cette occasion, la gouvernante se trouvait placée devant la mère de la jeune princesse et devant toutes les personnes présentes, honneur qui ne pouvait être accor<lè que- dans cette seule solennité. On aurait pu obvier à cette espèce d'inconvénient en faisant tenir le
' béguin par la mère, mais on avait jugé que la jgouvernante chargée de Tinstruction morafe
. de la jeune princesse devait répondre publiquement^ et devant Dieu , .à la face des autels, de ses principes religieux et de sa pureté, et Ton sacrifiait à cette idée l'étiquette et les , droits de la naissance et du rang.
Après le baptême-, on reconduisait le Roi et la Reine dans leurs appartements et chacun retournait chez soi. Le lendemain, on menait la jeune princesse chez le Roi, la Reine et toute la famille royale, et tout était fini.
La jeune princesse, jusiqu'à la fin de son éducation, ne retournait à la Cour qu'au jour
de Tan et le jour de la Saint-Louis, ou dans le cas d'un complinient dé condoléance.
La gouvernante recevait en don du Roi, le lendemain du baptême, 12,000 (r. Le gouverneur des princes recevait aijssi, à chaque baptême de prince, le même don.
Les autres cérémonies religieuses d'étiquette étaient la Cène, dans laquelle le Roi et la Reine lavaient publiquement les pieds de vingt-quatre pauvres enfants, douze petits garçons et douze petites fitles. On donnait à chacun de ces enfants un louis, un habillement et un pain. A cette cérémonie, les princes et les princesses du sang présentaient au Roi et à la Reine les serviettes et les aiguières.
Durant tout le carême , la Reine , tous les dimanches, après son jeu^ faisait dans le salon une quête pour les pauvres. On ne pou* vait donner que de Tor à cette quête.
Dans les libéralités publiques d'argent donné en masse à une foule de peuple, il n'était permis qu'au Roi et à la Reine d'en distribuer " et jeter par les fenêtres et dans les rues et places publiques , afin d'éviter apparemment, en cas d'émeute et de révolte, un moyen
prompt -et par conséquent très dangereux de corruption^ espèce de moyen plus persuasif et plus éloquent que les plus belles harangues. L'argent jeté ainsi au peuple dans les fêtes de la part des souverains m'a toujours paru un mauvais genre de libéralité ; il n'est ni noble, ni paternel, ni bienfaisant; il n'est point profitable , il est sans discernement , puisqu'il est sans choix, et il rabaisse la nature humaine d'une manière choquante.
. -C'est un triste spectacle que celui d'une foule avide se précipitant dans la boue pour ramasser quelques pièces de monnaie et se battant avec férocité pour se les disputer. Cet usage n'est bon tout au plus que dans les voyages des souverains : on peut penser qu'alors ils jettent l'argent, parce qu'ils n'ont pas. le temps de le distribuer, et cet argent, semé sur leur route, est un emblème assez naturel de leur magnificence et de leur bonté.
Les parties de plaisir de la Cour n'ont jamais été fréquentes ni brillantes. La Reine établit les parties de traîneaux, cela se passait ainsi : la Reine invitait les femmes qu'elle y voulait avoir. Quand elle invitait les princesses, elle
envoyait un page inviter personnellement de sa part celles des dames des princesses qu'il lui plaisait de désigner ; communément, elle ■ n'en invitait qu'une à la fois. On se rendait à midi chez la Reine pour y déjeuner;* tous les hommes déjeunaient ensemble dans une autre pièce. La Reine ne mangeait jamais avec des hooMnes quand le Roi n'y était pas. La Reine faisait mettre à table avec elle toutes les dames. On faisait un déjeuner-dîner assez long; ensuite, on passait dans un salon où l'on retrouvait tous les hommes. Alors, comme gn devait être mené par des seigneurs, comme on disait dans ce temps , la Reine et les princesses gommaient ceux qui devaient les mener, et tontes les dames s'en rapportaient au hasard et tiraient au sort; usage très prudent qui obviait' aux inconvénients des préférences et des malins discours. On allait de Versailles à une maison de, plaisance,, à la Muette, à Meudon, etc. Là, .on descendait de traîneaux, on entrait dans . un salon, on se chauffait, on causait * trois quarts d'heure ou une heure; ensuite, on remontait en traîneaux et l'on retournait à Versailles.
.L'étiquette de décence était jadis très sévère pour les Reines et. les princesses, on .en avait retranché plus de la moitié dans lès dix an-, nées qui ont précédé la Révolution. On rencontrait sans cesse dans les galeries de Versailles la Reirfe allant chez M™* de Lamballe ou chez la duchesse de Polignac^ suivie seulement d'un page, ce qui ne s'était jamais. vu. Elle pe mangeait point avec des hommes sans le Roi, mais elle eii recevait chez elle en particulier, en société, et sans étiquette, ce qui ne s'était aussi jamais vu.
La Reine^ femme de Louis XV, allait presque tous les soirs passer deux heures chez la duchesse de Luynes, sa dame d'honneur, mais elle ne prit cette habitude qu'à plus de cin- . quante ans, et elle ne voyait chez la duchesse que des personnes de cet âge.
La dernière Reine, dans tout l'éclat de la jeunesse, allait passer les soirées entières .et jusqu'à deux heures du matin chez la duchesse de Po*lignac et avec tous les jeunes gens de la Cour. Avant elle les Reines n'allaient en voiture qu'avec une grande suite et elle y allait sans cesse en petite voiture anglaise avec une
seule dame. Elle avait fait a;Tanger un petit appartement aux Tuileries à Paris; elle y venait ainsi continuellement passer trois ou quatre heures. * Tes princesses avaient aussi beaucoup ra-
' battu de l'étiquette de décence. Ce' fut la bellemère de la duchesse d'Orléans qui afeolit,.
pour les princesses du sang, l'usage suivi jusqu'à elle, de ne pas manger avec des Iiom*nies en l'absence des princes leurs maris.
Nos Rois, nos Reines et tous les princes et princesses de leur 'sang, lorsqu'ils rencontraient dans un chemin ou dans les rues le Saint- Sacrement, descendaient de voiture et se mettaient à genoux dans la rue jusqu'à ce que le Saint-Sacrement fût passé, coutume qui a été' observée jusqu'à la Révolution.
Comme enfants de saint Louis, ils avaient Je droit de touch'er les vases sacrés et, après la messe, on leur donnait, à baiser le corporal, c'est-à-dire le linge béni qui couvre le calice, chose qui n'est pas permise aux particuliers qui ne sont pas dans Jes ordres sacrés.
duand les princesses communiaient, la. dame.
'd'honneur ou l'une de leurs dames leur tenait
•la nappe à la sainte table.
Quand nos souverains étaient à l'extrémité, on disait pour eux à Notre-Dan?e les prières de quarante heures; lorsqu'ils étaient morts on les embaumait. On portm communément leur cœur dans une église, leurs entrailles dans une' autre , et l'on exposait^eur corps sur un lit de parade, à moins que la maladie n'eût été contagieuse.
La pompe funèbre était de la plus grande magnificence. J'ai vu celle de la Reine, épouse de Louis XV, l'une des plus somptueuses, qu'il y ait eu. Il y avait un superbe catafalque dans l'église de Saint-Denis; toute la maison de la feue Reine y était, les hommes en longs habits de deuil , les femmes en grands habits avec des mantes, ainsi que toutes 'les princesses, les princes et leur suite. Toutes ces personnes passèrent en revue devant le catafalque, en faisant des révérences. A cette cérémonie le nombre des voitures de deuil fut prodigieux,' toutes celles de la maison de la Reine et des princes étaient attelées de huit cheva.ux. Les princes du sang avaient seuls le droit d'avoir des attelages de huit chevaux.
Il y eut à cet . enterrement une chose ridi^
cule qui fit rire : un peu avant l'arrivée du corps, on vit défiler une longue suite de fourgons drapés de deuil qui portaient des cterges, des girandoles et divers ornements funèbres du catafalque. Ces voitures étaient prises à l'hâtel qu'on appelait des Menus plaisirs du Roi; on avait laissé leurs inscriptions écrites en grosses lettres sur les côtés, de sorte que sur ces voitures, chargées de tout ce qui servait à l'enterrement de la Reine, on lisait : Menus plaisirs du Roi.
Des hoiuieura renduB aux princes du aan;;. — L.cur droit de logement partout , poui eux et les princïpaleB personnes de leur maison. — Politesse des princes du sang et des membrea de la famille royale. — égards pour ta noblesse. — Messages des pages de la Reine et des princeaseB. — Visites des princes et des princesses. — Deuils. — De quelle manitre les princesses écrivaient & la Seine. — Maisons des princes. — Comment les princesses recevaient la Reine en cérémonie, par exemple, quand elles lui donnaient une fête à Paris. — Étiquettes des bals.
LE premier prince du sang, ainsi que toute sa famille, jouissait à la Cour de tous les honneurs de préséance sur les autres princes ; leurs grands otBciers et les dames des princesses avaient ce même droit sur les personnes attachées aux autres princes.
Voici les principaux honneurs rendus à tous les princes du sang, en général : Ils avaient de droit les plus beaux logements à donner à Versailles, à Fontainebleau, à Marly et dans toutes les maisons royales. Ces logements étaient assez grands pour que toute leur suite de service y fut commodément logée. Ils pouvaient les prêter quand ils ne les occupaient pas, et, en leur absence, ils y laissaient toujours un concierge.
.Lorsque les princes du sang, à Versailles et dans les autres maisons royales, passaient dans la salle des gardes, toutes les gardes prenaient les armes. J'ai déjà parlé de leurs droits dans la cérémonie religieuse et aux mariages. Ils avaient l'utile prérogative d'être nés membres du Parlement, comme premiers pairs, et d'y avoir voix.
Ils avaient un droit, bien puéril en apparence, dont je n'ai vu que M. le duc de Penthièvre faire usage, celui de faire servir à table devant eux, comme le Roi au grand couvert, ce qu'on appelait un cadenas; c'était une espèce de petit plateau d'argent, portant des salières et un flacon de vin. On nommait
cela un cadenas, parce qu'ordinairement on le tenait avec soin sous clef, et qu'ensuite un grand officier du prince en faisait Vessai, pour la sûreté du prince. Dans l'origine, ces mêmes précautions prises pour les princes, montraient l'importance qu'on attachait à leurs personnes. Ces usages des temps barbares, où l'on craignait les empoisonnements, même pour tous les princes, de nos jours ne signifiaient plus rien pour ces derniers ; mais l'habitude les avait conservés dans les jours de grandes cérémonies. M. de Penthièvre, non à Paris ni dans ses. maisons de campagne, mais en route, portait toujours un cadenas. Il ne pouvait s'en servir dans ses maisons, parce qu'il y recevait des princes non légitimés qui ne voulaient point de cadenas y et alors il n'était pas possible qu'il en eût un. Au reste, la suite a fait voir qu'il avait bien raison d'user de tous ses privilèges de prince dans un temps où la noblesse ne songeait qu'à les contester. Je crois avoir dit que V essai pour les boissons du Roi a toujours eu lieu.
Dans les voyages en France, les princes du sang recevaient des honneurs infinis. Dans
toutes les villes on venait les haranguer aux portes, leur en apporter les clefs, leur donner une garde d'honneur, on leur apportait les vins de ville et souvent des présents, comme par exemple à Montpellier et à Marseille, de grandes caisses de parfums. On en donnait aussi aux personnes de leur cour qui les accompagnaient. S'ils séjournaient, ils recevaient les visites de tous les corps de ville , même des Parlements dans les villes où il y en avait. S'il y avait des troupes dans les villes où ils séjournaient et sur leur route, ils étaient escortés par des escadrons qui se succédaient tant qu'il y en avait.
La politesse des princes pour la noblesse, en y comprenant même ceux qui leur étaient attachés, a toujours été parfaite. Ils avaient ridée très juste qu'en donnant une grande considération à ceux qui les servaient ils s'honoraient eux-mêmes, et que c'était là une partie essentielle de leur propre dignité.
Lorsqu'une dame présentie y quelque étrangère qu'elle fût à la société des princes, était ou en couches ou sérieusement malade, les princes et les princesses envoyaient régulièrement tous
les jours, non un valet de pied, mais un page, savoir de ses nouvelles, jusqu'à ce qu'elle fût rétablie. Le page avait le droit d'entrer jusque dans la chambre de la malade pour faire sa commission. Le mari ou un parent le reconduisait jusqu'à la porte de la chambre. Quand la dame était en état de recevoir du monde, les princes allaient lui faire une visite. On recevait ces visites sur une chaise longue, afin d'éviter le cérémonial des reconduites.
Quand c'était une dame de la société intime de la princesse, ou une dame attachée à sa maison, la princesse, ainsi que le prince, ne manquait jamais d'aller lui faire plusieurs visites.
Les personnes présentées qui perdaient un proche parent ^'^ écrivaient aux premiers gentilshommes de la chambre et aux dames d'honneur des princesses, pour les prier d'en faire part aux princes et aux princesses, qui alors prenaient le deuil deux ou trois jours et allaient faire des visites aux personnes qui avaient fait
(i) Père, mère, grand'mère, frère et sœur. Cela s'arrêtait là. Comme on ne portait point le deuil de ses enfants , on ne faisait point part de leur mort. {Note de M"* de Genîts.)
cette perte. Anciennement cette part signifiait qu'on avait l'honneur d'appartenir à la famille royale par quelque alliance. Peu à peu chacun parmi les nobles eut cette prétention; comme on n'était pas obligé d'envoyer sa généalogie, les princes ne chicanèrent point là-dessus; les parts de mort devinrent universelles. Ce droit primitif se transforma en usage, et les princes, sans aucune résistance, prirent le deuil tant qu'on voulut.
Lorsque les princesses étaient priées par un prince d'aller à la campagne, leurs dames ne les suivaient que lorsqu'elles étaient individuellement invitées par ce prince; si Ton eût manqué à cette formalité, ce qui est arrivé quelquefois par oubli, les dames refusaient d'être du voyage, ou, pour mieux dire, elles en expliquaient la raison à leurs princesses qui trouvaient qu'elles ne devaient point en être et qui se plaignaient de ce manque d'égards pour leurs dames, négligence involontaire qui était toujours réparée avec excuses, grâce et promptitude.
La Reine, dans toutes les occasions de couches et de maladies, envoyait toujours aussi
des pages ^ mais seulement aux dames qui lui étaient attachées, ou à celles qu'elle distinguait particulièrement parmi les dames qui n'avaient point de places à sa cour.
Les écuyers ordinaires des princes (et non les premiers écuyers) simples gentilshommes, n'étaient point présentés à la Cour, et ne man-w geaient avec les princes qu'à la campagne; quoique ces places fussent subalternes, les princes cependant avaient pour eux de très grands égards. Leurs fonctions consistaient à accompagner la princesse dans une voiture séparée. Cette voiture allait devant celle de la princesse, afin que l'écuyer descendît avant elle et se présentât à sa portière pour lui donner la main; il la lui donnait aussi quand elle sortait de chez elle. Si, en sortant de son appartement, la princesse eût rencontré l'homme le plus important de la Cour qui lui eût présenté son bras, cette offre eût été regardée comme une impertinence faite à l'écuyer, -la princesse eût refusé ce bras pour prendre celui de son écuyer, chose que j'ai vu arriver deux fois.
Les princesses avaient l'attention de ne jamais
emmener d'écuyers quand elles faisaient des visites, parce que, ne pouvant faire entrer avec elles leurs écuyers, ceux-ci seraient restés dans une antichambre ; elles ne les emmenaient que dans les cérémonies religieuses, dans les promenades, où elles se montraient en représentations, comme à Longchamps, à Versailles, à Fontainebleau, etc.
Les égards des princes pour la noblesse s'étendaient jusqu'aux pages qui recevaient directement leurs messages du prince ou de la princesse^ ils n'en rendaient compte qu'à eux. Les valets de piecl avaient ordre de les appeler tnon gentilhomme et de les traiter avec le plus grand respect. Quand ils servaient à table le prince ou la princesse, ils n'allaient jamais au buffet prendre les choses nécessaires, un coureur ou un valet de pied tenait toutes ces choses prêtes, le page les recevait de leurs mains. D'ailleurs, dans les maisons des princes, la' bonté et les égards de société se trouvaient avec les nuances les plus délicates et les plus aimables. Tous les proches parents des grands officiers et de toutes les dames étaient mis sur la petite liste y ce qui leur donnait le droit de
venir souper les petits jours ^'^ sans aucune invitation. Les dames et les officiers avaient le droit de venir souper et dîner tous les jours, de service ou non. A dîner les hommes étaient en frac et les femmes en habit du matin.
A souper, même les petits jours y il fallait être , sinon parée, du moins en robe habillée, avec un panier.
Les petits jours y les femmes travaillaient à de petits ouvrages et même au métier; quand Ton ne travaillait point, on arrangeait, si Ton voulait, une partie de jeu, ce qui arrivait rarement. On causait surtout et avec beaucoup de liberté et de gaieté. Toutes les personnes attachées à la maison y étaient logées, plusieurs personnes étrangères à la maison y avaient des logements.
Le nombre des dames de la première princesse du sang était fixé à cinq, en comptant la dame d'honneur , le nombre pour les autres princesses était fixé à trois, y compris la*dame d'honneur. Il n'y avait point chez les princes de choix particulier potr les dames d'honneur :
(i) C'est-à-dire trois fois par semaine , à des jours* fixes , réservés pour la société intime. (Note de M"*' de Genlis.)
quand la place était vacante, la plus ancienne dame de compagnie l'avait de droit. La dame d'honneur avait huit mille francs et un superbe logement ; les dames avaient quatre mille francs et un joli logement.
Mais au milieu des égards, de la grâce, des attentions et de la politesse extrême des princes et des princesses pour les personnes qui leur étaient attachées, il y avait une étrange chose à laquelle il était difficile de s'accoutumer : sur tous les brevets des dames et des grands officiers, chez les princes ainsi qu'à la Cour, les appointements étaient désignés sous le nom de gages^^\ Ainsi lorsqu'on signait une quittance d'un quartier de sa pension , il fallait écrire ces mots un peu fâcheux à tracer : J'ai reçu la somme de pour quartier échu de mes gages.
L'urbanité française n'a jamais retranché cette dure expression, ou pour mieux dire, la politique l'avait soigneusement conservée.
(i) On ne voit pas pourquoi M""' de Genlis proteste avec tant de véhémence contre cette expression de gages. Elle était d'un usage général sous l'ancien régime pour signifier appointements. Dans les Parlements les magistrats eux-mêmes, qui à coup sûr étaient plus jaloux que personne de leur dignité, n'employaient jamais un autre mot pour désigner leurs traitements.
On l'avait établie anciennement dans un temps où les idées de monarchie n'étaient nullement libériiles. Il était assez simple que dans des siècles où les roturiers étaient appelés des vilains et où les paysans étaient esclaves et serfs, les courtisans fussent très contents du titre de domestiques du maître souverain et de ceux qui devaient succéder au trône. On voit même dans l'histoire du bas-empire que le plus éminent seigneur de la Cour de Constantinople s'appelait le grand domestique : c'était la première place de la Cour. Le fameux Cantacuzène qui, sans aucun droit, parvint à monter sur le trône et qui régna avec tant de gloire , avait été grand domestique de l'empereur Andronic.
L'amour pour la royauté ne pouvait subsister sans un respect sans bornes. Tant qu'on a cru que les rois et tous les souverains étaient • les images de Dieu sur la terre, que leur personne était sacrée, l'obéissance était extrême, et même la plus humble soumission n'avait au fond rien de servile, parce qu'elle tenait à une doctrine. Mais quand la philosophie moderne eut détruit, par ses écrits^ cette profonde
et tendre vénération, les courtisans qui se sont soumis aux formes de Tancien respect se sont abaissés, ils étaient guidés, non par une doctrine, mais par la cupidité. II y a eu sans doute à la Cour de Louis XV et à celle du malheureux Louis XVI quelques personnes d'un grand mérite, mais en général les courtisans sous ces règnes furent avilis^ ils n'avaient plus de vénération pour la royauté et ils méprisaient leurs rois.
Il n'est pas surprenant que sous Louis XIV et sous les rois ses prédécesseurs, la noblesse n'ait pas cherché à faire abolir cette expiression dt gages j dont je viens de parler. Pourvu qu'on fiit bien traité de son prince, tout était bon, tout était noble. Mais sous Louis XV et sous Louis XVI, ne pas réclamer contre cette expression servile, signer ses quittances avec la même formule employée par les derniers valets de garde-robes, c'était une bassesse. Fort jeune encore, je montrai ma surprise de cet usage, j'en parlai à plusieurs personnes qui étaient en mesure, par leur âge et par leur rang, de faire à cet égard quelques démarches, elles se mirent à rire, en me répondant : Qji'est-ce
que cela fait? Dès qu'il s'agissait de. recevoir de l'argent, on était fort peu difficile sur la forme. On ne disputait plus à la Cour que sur des préséances, et toujours avec Tidée (comme je le prouverai par la suite) de tout égaliser, de réduire tout au même niveau.
Quand les princesses recevaient la Reine en cérémonie, ou pour une fête qu'elles lui donnaient, elles allaient, suivies de toutes leurs dames, la recevoir au bas de l'escalier à la descente de son carrosse et elles la reconduisaient de même.
Au bal, Ig Reine et les princesses nommaient leurs danseurs. Dans les contredanses on avait soin de ne point mettre sa main dans celle de la Reine et des princesses*, mais de tendre la sienne pour recevoir la leur, parce que mettre sa main dans une autre est une action qui supposie la confiance d'être reçue, teifdre sa main n'est qu'un espoir. Au moulinet des dames, les deux personnes opposées à la Reine et aux princesses se donnaient la main en dessous et le plus bas possible , laissant un grand intervalle entre leurs mains et celles de la Reine. Les hommes faisaient la même
chose pour les princes. Ainsi le respect et l'étiquette au bal pour la Reine et les princesses, le Roi et les princes, étaient absolument semblables.
Lorsqu'un prince invitait une dame à danser, elle ne pouvait pas lui dire qu'elle était engagée , qu'elle le fût ou non , elle devait accepter. Les princes ainsi que les particuliers avaient la politesse de reconduire leurs danseuses jusqu'à leurs banquettes, en leur donnant la main, après la contredanse. Quand, en passant, ils s'arrêtaient pour parler à une femme, aussitôt elle se levait, ce qu'aucune femme, quelque jeune qu'elle fût, ne faisait pour un autre homme de la Cour, quel que fût le rang de cet homrne. Cette marque de respect ne se donnait qu'aux princes du sang et aux ambassadeurs des puissances étrangères, parce qu'en public ils représentaient leurs souverains. Le prince, dans ce cas, priait la dame de s'asseoir, ce qu'elle faisait, parce que le vrai respect est d'obéir; on ne conteste en politesse qu'avec ses égaux, ou ceux qui le sont à peu près.
En représentation aux spectacles, le Roi, la
Reine, les princes et les princesses avaient seuls le droit de faire des révérences an public en entrant dans leurs loges, et, ,quand le Roi et la Reine étaient à un spectacle, le public ne devait applaudir ni les acteurs, ni les princes pt les princesses, que sans cela il applaudissait toujours à Içur entrée let à leur sortie, quand ils paraissaient ainsi et faisaient leurs révérences, tout le monde dans les loges se levait. Le public n'applaudissait extrêmement que les princes de la famille d'Orléans.
Le Roi et la Reine ne venaient jamais en représentation aux spectacles de Paris. Ainsi l'étiquette- pour eux ne s'observait, à cet égard ^ qu'aux spectacles de * Versailles et de Fontainebleau.
Qpand un prince ou une princesse du sang allait au spectacle à Paris, un comédien venait au bas de l'escalier, portant deux bougies, pour les éclairer jusqu'à leur loge. A la fin du spectacle il faisait la même chose, et les écrirait depuis leur loge jusqu'à leur voiture.
Je crois avoir dit que les. princes et les prin-
cesses du sang avaient seuls le droit d'avoir dans les jours de cérémonie huit chevaux à leur voiture. Us avaient de commun avec les ducs la distinction de couvrir de velours Texterieur de rimpériale de leurs voitures. Leurs pages , dans ces cérémonies , étaient' debout , sur de -petits marchepieds, derrière les cochers, et même les princes menaient ainsi les pages dans Paris, avec des voitures à deux chevaux.
Lorsque les princesses descendaient de voiture, c'étaient les pages qui portaient les queues de leurs roSes, et à la Cour les queues de leurs grands habits.
Après lés princes, le seul gouverneur de Paris avait le droit, en cérémonie, d'avoir aussi des pages à sa voiture , mais ces pages n'étaient pas gentilshommes^ et tous ceux du Roi et des princes faisaient les mêmes preuves de noblesse que celles qu'il fallait faire pour être reçu chevalier de Malte, preuves beaucoup, moins fortes que celles qu'on exigeait pour être présenté à la Cour. Mais, parmi les pages de la maison d'Orléans, il y en avait toujours plusieurs d'une grande naissance. Quand ils
sortaient de pages, ils se faisaient présenter et on les voyait assis à la même table derrière laquelle ils avaient fait leur service ; quand ils suivaient les princes et les prifacesses à la campagne et en voyage, ils étaient toujour^àcheval. Les premières places chez les princes étaient le premier gentilhomme de la Chambre, le premier écuyer, le premier maître d'hôtel, le capitaine des gardes. Toutes ces places exigeaient de rigueur, ainsi que celles de la gouvernante , de la daine d'honneur et des. dames de compagnie, la présentation préalable à la Cour, c'est-à-dire avant d'entrer chez les princes. Ensuite les princes et les princesses les présentaient de nouveau et eux-mêmes à la Cour, en' toute cérémonie, sous le titre qu'ils leur donnaient dans leur maison. On voyait quelquefois des princesses du sang faire l'honneur à des particulières de les présenter à la Cour, sans les attacher à leur maison.
. Les places chez les princes étaient fort recherchées et surtout parce que ces places assuraient toujours le sort des enfants de ceux qui les obtenaient. Les princes avaient à eux plusieurs régiments qu'ils donnaient toujours
aux- fils OU aux maris , ou aux gendres des dames de leur maison. Ces grâces assuraient des mariages, et leur protection en obtenait beaucoup d'autres encore.
Il n'^t^t pas de si bon air d'être attaché à un prince légitimé qu'à un prince légitime. Quoique les princes légitimés eussent presque tous les honneurs des autres, comme ils ne pouvaient pas succéder au trône, cela seul établissait ,une différence infinie entre eux et les autres princes.
Les places du meilleur air étaient celles du Palais-Royal, parce qu'il y avait là plus de • richesse, de pompe, d'élégance et de magnifi-. cence, plus de grâces et de régiments à donner, et que ces places donnaient à la Cour la préséance sur toutes les personnes attachées aux autres princes. D'ailleurs le premier prince du sang avait seul un apanage et des chambellans, fonctions * qui n'existaient point" à la Cour. Les chambellans de la maison d'Orléans étaient au rang des premières places et demandaient, ainsi que les autres, la présentation préalable à la Cour.
Enfin, le premier prince du sang avait seul
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aussi un chancelier, Tune des plus grandes places de la maison et la plus lucrative. Elle valait environ 80,000 livres de rente.
Quant aux chambellans, c'est un titre allemand que je ne vois établi chez aucun pi'ince du sang, en France, avant Monsieur, frère de Louis XIV, q[ui épousa en secondes noces une princesse allemande, laquelle, je crois, établit ces places qui depuis se perpétuèrent dans cette maison, comme une distinction attachée au rang de. premier prince du sang. '
Pour légitimer un prince, c'est-à-dire lui donner le rang* de prince du sang, il fallait : 1° qu'il fût fils ou petit-fils du Roi; 2° que le Roi le reconnût solennellement; 3° que sa légitimation fût enregistrée au Parlement. Tout cela fait, il transçiettait son rang à ses descendants.
* Outre ces légitimations, chaque prince du sang pouvait reconnaître un enfant naturel , ce qui donnait seulement à cet enfant le rang de gentilhomme. Cela se faisait sans éclat : le prince, avec le consentenjent du Roi, permettait à cet enfant de signer avec un . nom de fantaisie qu'on lui donnait, le nom de Bourbon,
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mais cela ne lui donnait aucune espèce de rang à la Cour. M. le régent, par égard pour Son Altesse royale , sa femme , ne voulut point reconnaître pour sa fille la grand'mère de M. de Ségur, mais il la maria, et, depuis, le vieux duc d'Orléans, comme chef de la maison^ lui permit de signer Bourbon. Le même duc d'Orléans reconnut, pour ses enfants, les abbés de Saint-Phar et de Saint- Albin, qui existent encore.
Un prince du sang, à quelque âge qu'il eût , ne pouvait se marier sans le coiisenteraent du Roi; sans cela le mariage était nul. Il ne pouvait voyager hors de France sans l'agrément de Sa Majesté.
Les princes étaient autorisés à avoir dans leurs palais une prison domestique y daqs laquelle , ils avaient le droit de faire mettre, pour quarante-huit heures, les domestiques insolents' sans en rendre aucun compte aux magistrats.
Enfin, leurs palais étaient des lieux de fran- . chise, des refuges, on ny pouvait arrêter qui que ce fût, excepté pour crime de lèse-majesté.
En parlant de la politesse des princes du sang, j'ai oublié de dire que lorsqu'ils écrivaient *
à des femmes, ils employaient toujours le mot respect', et que dans un salon ils ne passaient jamais avant elles. Ils faisaient, chez eux, passer toutes les femmes avant eux et ensuite ils passaient avant tous les hommes.
Les places inférieures chez les princes étaient celles d'écuyers ordinaires, de sous-gouverneurs des princes, de gouverneurs des pages; cependant il fallait qu'ils fussent gentilshommes; mais ils n'étaient point présentés à la Cour et ils ne mangeaient avec les princes qu'à la campagne. Les places encore au-dessous de celles-ci, parce qu'elles n'exigeaient aucune naissance, étaient celles des maîtres d'hôtel ordinaires, de secrétaires, des commandements et de lecteurs. , Ils ne . mangeaient avec les princes, ni à Paris, ni à la campagne.
Nous avons vu créer à la Cour deux singulières places qui n'y avaient jamais existé. L'une charmante par son emploi et son titre : Surintendante des fleurs des maisons du Roi.
Louis XV la créa pour M"^ de Marigny, dont le joli visage soutenait parfaitement cette agréable dignité.
Lorsque les princesses se mariaient, elles
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avaient toutes de droit une pension du Roi , dé 50,000 francs, qui leur appartenait en propre, et qu'elles touchaient sur leurs quittances.
Quand les princesses écrivaient à la Reine, elles mettsient ainsi l'adresse : A la Reine ma Souveraine Dame.