LIVRE II, CHAPITRE III
le monarque ; mais dans une repuMique où un citoyen se fait donner ‘ un poutoir exorbitant, l’abus de ee , pouvoir est plus grand, parce que les lois, qui' ne l’ont point prévu, n’ont rien fait pour l’arrêter.
L'exception à cette règle est lorsque la constitution de l’Etat est telle qu’il« besoin d’une magistrature qui ait un pouvoiiexorbitant. Telle étoit Rome avec ses dictateurs ; telle est Venise avec ses inquisiteurs d’Etat : ce sont des magistratures terribles qui ramènent violemment l’Etat à la liberté. Mais d’où vient que ces magistratures se trouvent si diffwmtes dans ces deux républiques? C’est que Rome défendoit bs restes de son aristocratie contre le peuple; au lieu que Venise se sert de ses .inquisiteurs 'd'Etat pour maintenir son aristocratie contre les nobles. De là il suivoit qu’à Rome la dictature ne devoit durer que peu de temps, parce que le peuple agit par sa fougue, et non pas par ses desseins. Il falloit que cette magistrature s’exerçât avec éclat, parce qu’il s’agissoit d’intimider le peuple, et non pas de le punir; que le dictateur ne fût créé (jue pour une seule affaire, et n’eùt une autorité sans bornes qu’à raison de cette affaire, parce qu’il étoit toujours créé pour un cas imprévu. A Venise, au contraire, il faut une magistrature permanente : c’est là que les desseins peuvent être commencés, suivis, suspendus, repris; que l’ambition d’un seul devient celle d’une famille, et l'ami, ition d’une famille celle de plusieurs. On a besoin d’une magistrature cachée , parce que les crimes qu’elle punit, toujours profonds, se forment dans le secret et dans le silence. Cette magistrature doit avoir une inquisition générale, parce qu’elle n’a pas à arrêter les maux que l’on connoit, mais à prévenir même ceux qu’on no connoit pas. Enfin cette dernière est établie pour venger les crimes qu’elle soupeomie; et la première employoit plus les menaces que les punitions jiour les crimes, même avoués par leurs auteurs.
Dans tonte magistrature il faut compenser la grandeur de la puissance par la brièveté de sa durée. Un an est le temps que la plujiart des législateurs ont fixé : un temps plus long seroit dangereux, un plus court seroit contre la nature de la chose. Qui est-ce qui voudroit ■gouverner ainsi ses affaires domestiques ? A Ragusc *, le chef de la réptibliquc change tons les mois ; les autres officiers, toutos'les semaines; le gouverneur du château, tous les Jours. Ceci ne peut avoir lieu que
1 . C’est ee^i renversa la rt'publiquo et de leur décadence. romaine. Vojss les ÇimstdsraitCms stir 3. Voyages de Toumeforl. les causes de la grandeur des 'Romains
ir>
dans lino potito n iiublique • onviriiiince de puissances formidaliles qui corrunipruient aisément de ]>etits magistrats.
La inoilicure aristocratie est celle où la partie du peuple «jui ii’a point de jiart à la puissance est si petite et si pauvre que la partie dominante n’a aucun intérêt à l’opprimer. Ainsi, quand .Aiitipater* établit à Athènes que ceux qui n’auroient pas deux mille dracbines seroient exclus du droit de suffrage, il forma la lutdlleiirc aristocratie qui fût possible; parce que ce cens l’-toit si fietit, ipi’il n’cxcluuit que peu de gens, et personne qui eut quelque considération dans la cité.
Les familles aristocratiques doivent donc être peuple autant (|M"il est possible. IMus une aristocratie approchera de la démocratii-, plus elle sera parfaite; et clic le deviendra moins à mesure ipi’elle approchera de la monarchie.
Lu plus impuiTaite de toutes est celle où la partie du peuple qui (diéit est dans l’esclavage civil de celle qui commande, comme l’aristocratie de Pologne, où les pavsans sont esclaves de" la noblesse.
LIIAPITUE IV
Urs li>U ihiis leur rapport avec la nature du gouvernemeut inunarchique.
Les pouvoirs intermédiaires, subordonnés et dépendants, constituent la nature du gouvernement monarchique, c’est-àdire de celui ou un seul gouverne par des lois fondamentales. J’ai dit les pouvoirs intermédiaires, subordonnés et dépendants : en elfet, dans la monarchie, le prince est la source de tout pouvoir polititpie et civil. Les lois fondamentales supposent nécessairement des canaux moyens pai‘ où coule la ptiissance : car, s'il n’y a dans l’Etat que la volonté momentanée et capricieuse d’un seul, rien ne peut èti’c fixe, et par conséquent aucune loi fondamentale.
Le pouvoir intermédiaire subordonné le plus naturel est celui de la noblesse. Elle entre, en quelque façon, dans l’essence de la monarchie, dont la maxime fondamentale est : « Point de a monarque, i»oint de noblesse; point de noblesse, point de « monarque. » .Mais on a un despote.
11 y a des gens qui avoient imaginé, dans quelques Etats en Europe, d’abolir toutes les.justices des seigneurs. Ils ne voyoient pas qu’ils vouloient faire ce que le parlement d’.Angletcrre a fait. Abolissez dans une monarchie les prérogatives des sci-
t. \ Lucques, les magistrats no sont S- Diodorc, liv. XYIII, p. GOl, édiélablis que pour denx mois. tion de Rhodomou.