LIVRE XV, CHAPITRE II
donner sur les captifs est de s’assurer tellement de leur personne, qu’ils ne puissent plusmuirc^ Les homicides faits de sang-froid par les soldats, et apres la chaleur de l’action, sont rejetés de .toutes les nations * du»ihonde.
2^^I1 n’est pas vrai qu!un honime. libre puisse sc vendre. La venté suppose un prix jd’esclavé^ se vendant, tous ses biens entreroient dans la propriété du maître :1e maître ne donneroit donc rien, et l’esclave me recevroit^rien. Il auroit un pécule, dira-t-on; mais le pécule est accessoire à la personne. S’il n’est p^^ permis de.se tuer, parce f qu’on se dérobe à sa patrie, il n*estt pas, plus permis de se vendre. La liberté, de chaque citoyen est une partie dé la liberté publique. Cette qualité, dans l’Etat-populaire, est même une'partie de la souveraineté. Vendre sa qualité , de citoyen est un ^ acte d’une telle extravagance, qu’on ne peut pas la supposer dans uii homme. Si la liberté a un,priX',pour celui qui l’achète, elle est sans prix pour celui qui la vend. ,La, loi civile, qui a perinis aux hommes le partage des biens, n’a pu mettre au nombre des biens une partie des hommes qui dévoient faire = ce partage. La loi civile, qui restitue sur les contrats qui contiennent quelque lésion, ne peut s’empêcher de restituer contre un accord qui contient la lésion la plus énorme de toutes.
La troisième manière c’est la naissanciî. Celle-ci tombe avec les deux autres. Car, si un homme n’a pu se vendre; encore moins a-t-il pu vendre son fils qui n’étoit pas né; si un prisonnier de guerre ne peut être réduit en servitude, encore moins ses enfants.
Ce qui fait que la mort d’un criminel est une chose licite, c’est que la loi qui le punit a été faite en sa faveur. Un meurtrier, par exemple, a Joui de la loi qui le condamne; elle lui a conservé la vie h tous les instants : il ne peut donc pas réclamer contre elle. Il n’en est pas de même de l’esclave; la loi de l’esclavage n’a jamais pu lui être utile ; elle est, dans tous les cas, contre lui, sans jamais être pour lui : ce qui est contraire au principe fondamental de toutes les sociétés
On dira qu’elle a pu lui être utile parce que le maître lui a donné la nourriture. 11 faudroit donc réduire l’esclavage aux
K Locke prétend au contraire * que les prisonniers faits dans une gue^re^ juste sont, par le droit de la nature, sujets à la domination absolue et au pouvoir arbitraire de leurs maîtres. Ceprincipe, conforme à la doctrine d’Aristote
• Cwouv. c/ü., cljap. VI, § 9,
sur l’esclavage, est indigne des temps modernes. (l\)
2. Si l'on ne veut citer celles qui mangent leurs prisonniers.
• 3. Je parle de l’esclavage pris h la rigueur, tel qu’il étoit chez les Homains, et qu'il est établi dans nos colonies.
personnes incapables de gagner leur vie. Mais on ne veut pas de ces csclaves-lù. Quant aux enfants, la nature, qui a donné du lait aux incres, a pourvu à leur nourriture; et le reste de leur enfance est si i)res de l’àge où est eu eux la plus grande capacité de se rendre utiles, qu’on ne pourroit pas dire que celui qui les nouiriroit, pour être leur maître, donnât rien.
L’esclavage est d’ailleurs aussi opposé au droit civil qu’au droit naturel. Quelle loi civile pourroit empêcher un esclave de fuir, lui qui n’est point dans la société, et que par conséquent aucunes lois civiles ne concernent ? Il ne peut être retenu que par une loi de fauiille, c’est-à-dire par la loi du maître.
ClIAriTKE III
Autre origine du droit de Tcsclavage.
J’aimerois auUint dire que le droit de l'esclavage vient du mépris qu’une nation cimçoitpour une autre, fondé sur la différence des coutumes.
Lopés de Gomara' dit « que les Espagnols trouvèrent, près « de Sainte-Marthe, des paniers où les habitants avoient des « denrées ; c’étoient des cancres, des limaçons, des cigales, « des sauterelles. Les vainqueurs en firent un crime aux vain- « eus. » L’auteur avoue que c’est là-dessus qu’on fonda le droit qui rendoit les .\méricains esclaves des Espagnols; outre qu’ils fumoientdu tabac, et qu’ils ne se faisoient pas la barbe à l’espagnole.
Les connoissances rendent les hommes doux; la raison porte à l’humanité : il n’y a que les préjugés qui y fassent renoncer.
CIl.âlMTRE IV
Autre origine du droit do l'esclavago.
J’aimerois autant dire que la religion donne à ceux qui la professent un droit de réduire en servitude ceux qui ne la professent pas, iiour travailler plus aisément à sa propagation.
Ce fut cette manière de penser (pii encouragea les destructeurs de l’Amériijue dans leurs crimes *.
C’est sur cette idée qu’ils l’omlèreiit le droit de rendre tant de fjeuples esclaves ; car ces brigands, qui voukiient absolument être brigands et chrétiens, étoient très-dévots.
1. Bibliothique angl., torn. XIIT, (tu JVevmue, par Soli», et celle du Pé-
deujième partie, art. 3. rou, par Garcilasao de La Yejra.