‹ De l'Esprit des loisChapitre 4 sur 935 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des lois, dans le rapport qu’elles ont avec les divers êtres.

Les lois, dans la sif^nilicatioii la plus étendue, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des cho-scs; et, dans ce sens, tous les êtres ont leiu’s lois : la divinité * a ses lois, le

1. « La loi, dit Plutarque, est la Au traité. Qu'il est requis qu'un ■ roinq do tous mortela et immortels. » prinoe soit savant.

monde matériel a ses lois, les intelli^eiiees snp<Tieiires à l’homme ont leurs lois, les bétes ont leurs lois, riiominc a ses lois.

Ceux qui ont (\\t (\u’une fatalUé aveugle a iprùduit tous les effets que nous voyons dans le monde, ont dit une K'i'iinde absurdité; car quelle plus grande absurdité qu'une fatalité aveugle qui auroit procluit des êtres intelligents?

Il ya<loncune raison primitive; et les lois sont les rapports qui sefroûvenl enTrcTnîr el les différents êtres, et les rapports de ces divers êtres entre eux.

Dieu a du rapport avec l’iinivers comme créateur et eomm(“ conservateur ; les lois selon lesquelles il a créé sont celles selon lesquelles il conserve : il agit selon ces réglés, parce qu’il les connoit; il tes cohnoît parce qu’il les a faites; il les a faites, parce qu’elles ont du rapport avec sa sagesse et sa puissance.

Comme nous voyons que le monde, formé par le mouvement de la matière et privé d’intelligence, subsiste toujours, il faut que scs mouvements aient des lois invariables; et si l’on pouvoit imaginer un autre monde (pie celui-ci, il auroit des règles constantes, ou il seroit détruit.

/ Ainsi la création, qui paroit être un acte arbitraire, suppose ' des règles aussi invariables que la fatalité des athées. 11 seroit absui dn de dire ipic le créatmir, sans ces règles, pourroit gouverner le monde, puisque le inonde ne subsisteroit pas sans elles.

Ces règles sont un rapport constamment établi. Entre un corps nui et un autre corjis mu, c’est suivant les rapports de la masse et de la vitesse que tous les mouvements sont reçus, augmentés, diminués, perdus : chaque diversité vsi uniformité,

' chaque changement est constance.

Les êtres particuliers intelligents peuvent avoir des lois qu’ils ont faites : mais ils en ont aussi ipi’ils n’ont pas faites. Avant qu’il y eût des êtres intelligents, ils étoient iiossibles : ils avoient . donc des rapports possibles, et par con.séqnentdes lois possibles. Avant qu’il y eût des lois faites, il y avoit des rapports de justice / possibles. Dire qu’il n’y a rien de juste ni d’injuste que ce qu’ordonnent ou défendent les lois positives, c’est dire qu’avant (pi’on eût tracé de cercle tous les rayons n’étoient pas égaux.

Il faut donc avouer des rapports d’éijuité antérieurs à la loi positive qui les établit: comme, jtar exemple, que, supposé qu’il y eût des sociétés d’hommes, il seroit juste <le se conformer à leurs lois; que, s’il y avoit des êtres intelligents qui eussent reçu quelque bienfait d’un autre être, ils devroient en avoir de la reconnoissance; que, si un être intelligent avoit

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