LIVRE X.1X, CHAPITRE XXVII. 29S
■dire tiinicltîs; cette tiraidité feroit leur vertu ; tandis que les hommes, sans galanterie, se jetteruieiit dans une débaudic qui leur laisseroit toute leur liberté et leur bdsir.
Les lois n’y étant |»as faites pour un particulier plus que pour un auti'e, chacun se regarderoit comme monarque; et les homiines, dans cette nation, seroient plutôt des confédérés que des concitoyens.
Si le climat avoit donné à bien des gens un esprit inquiet et des vues étendues, dans un pays où la constitution donnoroit à tout le monde une part au gouvernement et des intérêts politiques, ou parleroit beaucoup de p(ditique; on verroit des gens qui passeroient leur vie à calculer des événements qui, vu la nature des choses et le caprice de la fortune, c’est-à-dire des hommes, ne sont guère soumis au calcul.
Dans une nation libre, il est très-souvent indifférent que. les particuliers raisonnent bien ou mal; il suffit qu’ils raisonnent : de là sort la liberté, qui garantit des effets de ces mêmes raisonnements.
De môme, dans un gouvernement despotique, il est également pernicieux qu’on raisonne bien ou mal; il suffit qu’on raisonne pour que le principe du gouvernement soit choqué.
Ifieii des gens qui ne se soucieroient de plaire à personne s’abandonneroient à leur humeur. La plupart, avec de l’esprit, seroient tourmentà'S par leur esprit même : dans le dédain ou le dégoût de toutes choses, ils seroient malhcureu.\ avec tant de sujets de ne l’être pas.
Aucun citoyen ne craignant aucun citoyen, cette nation scroit fîère; car la fierté des rois n’est fondée que sur leur indépendance.
Les nations libres sont superbes, les autres peuvent plus aisément être vaines.
Mais ces hommes si fiers, vivant beaucoup avec eux-mêmes, se trouveroient souvent au milieu de gens inconnus; ils seroient timides, et l’on verroit en eux, la plupart du temps, un mélange bizarre de mauvaise honte et de fiei'té.
Le caractère de la nation paroitroit surtout dans leurs ouvrages d’esprit, dans lesquels on verroit des gens recueillis, et qui auroient pensé tout seuls.
La société nous apprend à sentir les ridicules; la -retraite nous rend plus projires à sentir les vices. Leurs écrits satiriques seroient sanglants; et l’on verroit bien des Juvénals chez «ux, avant d’avoir trouvé un Horace.
Dans les monarchies extrêmement absolues, les historiens
trahissent la vérité, parce qu’ils n'ont pas la lihcrté de la dire; dans les Etats extrêmement libres, ils trahissent la vérité, à cause de leur lÜM-rté même, qui, produisant toujours des divisions, chacun devient aussi esclave des préjugés de sa faction qu’il le seroit d’un despote.
Leurs poètes auroient plus souvent cette rudesse originale de l’invention, (iii’uiie certaine délicatesse que donne le goût; on y trouveroit quelque chose qui api)rocheroit plus de la force de Michel-Ange <pie de la grâce de Uaphaël.