‹ De l'Esprit des loisChapitre 863 sur 935 · LIVRE XXXI, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI, CHAPITRE XVI

le titre de roi étoit héréditaire, et celui de maire étoit électif. Quoique les maires, dans les derniers temps, eussent mis sur le trône celui des Mérovingiens qu’ils vouloient, ils n'avoient point pris de roi dans une autre famille; et l’ancienne loi, qui donnoit la couronne à une certaine famille, n’étoit point effacée du cœur des Francs. La personne du roi étoit presque inconnue ' dans la raonarchie; mais la royauté ne l’étoit pas. Pépin, fils de Charles Martel, crut qu’il étoit h propos de confondre ces deux titres : confusion qui laisseroit toujours de l’incertitude si la royauté nouvelle étoit héréditaire ou non; et cela suffisoit à celui qui joignoit à la royauté une grande puissance. Pour lors, l’autorité du maire fut jointe à l’autorité royale. Dans le mélange de ces deux autorités, il se fit une espèce de conciliation. Le maire avoit été électif, et le roi héréditaire ; la couronne, au commencement de la seconde race, fut élective, parce que le peuple choisit; elle fut héréditaire, parce qu’il choisit toujours dans la meme famille L

Le père Le Cointe, malgré la foi de tous les monuments*, nie que le pape ait autorisé ce grand changement*; une de ses raisons est qu’il auroit fait une injustice. Et il est admirable de voir un historien juger de ce que les hommes ont fait, par ce qu’ils auroient dù faire. Avec cette manière de raisonner, il n’y auroit plus d’histoire.

.Quoi qu'il en soit, il est certain que, dès le. moment de la victoire du duc Pépin, sa famille fut régnante, et que celle des Mérovingiens ne le fut plus. Quand son petit-fils Pépin fut couronné roi, ce ne fut qu’une cérémonie de plus, et- un fantôme ' de moins; il n’acquit rien par là que les ornements royaux : il n’y eut rien de changé dans la nation.

J’ai dit ceci pour fixer le moment de la révolution, afin qu’on ne se trompe pas, en regardant comme une révolution ce qui n’étoit qu’une conséquence de la révolution.

Quand Hugues Capet fut couronné roi, au commencement de la troisième race, il y eut un plus grand changement, parce que l’Etat passa de l’anarchie à un gouvernement quelconque; mais quand Pépin prit la couronne on passa d’un gouvernement au même gouvernement.

Quand Pépin fut couronné roi, il ne fit que changer de nom;

1. Voyez le testament de Charle- 2. L'anonyme, sur l’an 752 * et chron. magne; et le partage que Louis le Dé- Centnd., sur l'an 754. bonnaire fit à ses enfants dans l'assem- 3. Fabella quæ post Pippini morblée des étals tenue à Quierzy, rappor- tein excogitata est, æquitati ac sanctée par Goldast : Quem popuius eligere titati Zachariœ papas plurirnum ad~ velit, ut patri suo succédât in regni versatur. (Annales ecclésiastiques des hæreditate. François, tom. II, p. 319.)

mais, quand Hugues Capot fut couronn»'! roi, la chose changea, parce qu’un prand fief uni à la couronne fit cesser l’anarchie.

Quand l'epin fut couronné roi, le titre de roi fut uni au plus •rrand office ; quand Huf'ucs Capet fut couronné, le titre de roi fut uni au plus grand fief.

Page 1