‹ De l'Esprit des loisChapitre 924 sur 935 · Liv. XXII · texte numérisé non relu

Liv. XXII

tique dit que Tacite ne s’est pas trompé, parce qu’il a parié de l’usure à un pour cent par mois, et non pas à un pour cent par an. J’avüis donc raison de dire que le critique ne sait pas l’état de la question.

Mais il en reste une autre, qui est de savoir si la loi quelconque dont parle Tacite fixa l’usure à un pour cent par an, comme l’a dit l’auteur; ou fiien à un pour cent par mois, comme le dit le critique. La prudence vouloit qu’il n’entreprît |Mis une dispute avec l’auteur sur les lois romaines, sans connoître les lois romaines; qu’il ne lui niât pas un fait qu’il ne savoit pas, et dont il ignoroit même les moyens de s’éclaircir. La question étoit de savoir ce que Tacite avoit entendu par ces mots unciarium fœnus ‘ : il ne lui falloit qu’ouvrir les dictionnaires; il auroit trouvé dans celui de Calvinus ou Kahl*, que l’usure onciaire étoit d’un pour cent par an, et non d’un pour cent par mois. Vouloit-il consulter les savants; il auroit trouvé la même chose dans Saumaise * :

Testis mearum eentitiranira Cvai.

SenteDÜarum *.

Remontoit-il aux sources; il auroit trouvé là-dessus des textes clairs dans les livres de droit’; il n’auroit point brouillé toutes les idées; il eût distingué les temps et les occasions où l’ùsure onciaire signifioit un pour cent par mois, d’avec les temps et les occasions où elle signifioit un pour cent par an ; et il n’auroit pas pris le douzième de la centésime pour la centésime.

Lorsqu’il n’y avoit point de lois sur le taux de l'usure chez les Romains , l’usage le plus ordinaire étoit que les usuriers prenoient douze onces de cuivre sur cent onces qu’ils prêtoient j

1. • A'am primo duodocim labulù $anctum ne quii unciario fœnore ampliui exercent. <A.nnatles, 1. vi.)

2. • Uiurarum epecieeex aeeie partibus denominantur : qnod ut intelligatur, illud ecire oportet eortem onenem ad centenarium numerum retocari ; summam autem usuram esse cura pars sortis centesima stnguli»

messsibus persoteitur. Elquoniam isla ratiotte summa htec usura duodecim aureos annsot in centenos e/fU-tf , duodeisarius numerus jurisconstsUoe motit ut asstm hune usurarium appellarent. Quemailmodum hic as, non ex menstrua, sed ex annua perisione trstimandus estj simililer omnes ejus parles ex annt rations intelliyenda sunl ; ut, si unus in centenos annuatimptndotur,unciaria usura; sibini, sextans; si terni, quadrant; si qua-

terni, trient; si quini, quinquunx ; si semi, semis; si septeni, septunj ; si ocloni, bet ; si noeem, aodrant; si déni, dextrans; ti undtni, deunx; si duodeni, as. s (Leiicon Joannis Galvini, alias Kahl, Cotonia Aliobrogum, anno I6ii,apud {‘etrura âalduinittn, in verbo Usura, pag. 960.)

3. I)o œoa» asarsraai, Lugdani Batanorum, ex officista Elzeeiriornm, flfino 1639, pages Î69, ÎTO et 2T1 ; et surtoaft ces mots s < Vnàe veritst lü unciarimm femus earum, vel uneios usurus, ut eas quoque apptllatas infra ostendam, non unciam dare menstruam in cenium, sed annuam. >

i. Horace, Odes.

S. Ar^umentum legit fl, § Preefeetus legtonis, ff. de Àdmioist. et périculo tntoris.

«au

c’est-à-dire dDuze pour cent par an : et, comme un as valoit douze onces de cuivre, les usuriers retiroient chaque année un as de cent onces ; et, comme il falloit souvent compter l’uswre par mois, l’usure de six mois fut appelée semis, ou la moitié de l’as; l’usure de quatre mois fut appelée triens, ou le tiers de i’as ; l’usure pour trois mois fut appelée qnadrans, ou le quart de l’as ; et enfin l’usure pour un mois fiit appelée unciaria, ou le douzième de l’as : de sorte que, comme on levoit une once chaque mois sur cent onces qu’on avoit prêtées, cette usure onciaire, ou d’un pour cent par mois, ou de douze pour cent par an, fut appelée usure centésime. Le critique a eu connoissance de cette signification de l’usure centésime, et il l’a appliquée très-mal.

On voit que tout ceci n’étoit qu’une espèce de méthode, de formule ou de règle entre le débiteur et le créancier pour compter leurs usures, dans la supposition que l’usure fût à douze pour cent par an, ce qui ctoit l’usage le plus ordinaire : et, si quelqu’un avoit prêté à dix huit pour cent par an, on se seroit servi de la même méthode^ en augmentant d’un tiers l’usure de cliaque mois, de sorte que l’usure onciaire auroit été d’une once et demie par mois.

Quand les Romains firent des lois sur l’usure, il ne fut point question de cette méthode, qui avoit servi, et qui servoit encore aux débiteurs et aux créanciers, pour la division du temps* et la commodité du payement de leiuiï usuresw Le législateur avoit un règlement public à faire > il ne s’agissoit point de partager l’usure par mois, il avoit à fixer et il fixa l’usure par an. On continua à se servir des termes tirés de la division de l'as, sans y appliquer les même idées; ainsi l’usure onciaire signifia un pour cent par an; l’usure exquadrante signifia ti-ois pour cent par an;, l’usure ex triente, quatre pour cent par an; l’usure smts, six pour eent par an. Et, si Tusure oiTclaire avoit signifié un pour cent par mois, les lois qui les fixèrent ex quadremte, ex triente, ex semisse, auroient fixé l’usure à trois pour cent, à quatre pour cent, à six pour cent par mois; ce qui auroit été absurde, parce que les lois faites pour réprimer l’usure auroient été plus cruelles que les usuriers.

Le critique a donc confondu les espèces des choses. Mais j’ai intérêt de rapporter ici ses propres paroles, afin qn’on soit bien convaincu que l’intrépidité avec laquelle il parle ne doit imposer à personne; les voici ‘ : « Tacite ne s’est point trompé ;

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