‹ De l'esprit des loixChapitre 197 sur 313 · LIVRE XI, CUAP. VI. Ç)l · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CUAP. VI. Ç)l

trice le droit d'emprisonner des citoyens qui peuvent donner caution de leur conduite , il n'y a plus de liberté, à moins qu'ils ne soient arrêtés pour répondre sans délai à une accusation que la loi a rendue capitale ; auquel cas ils sont réellement libres, puisqu'ils ne sont soumis qu'à la puissance de la loi.

Mais si la puissance législative se croyoiten danger par quelque conjuration secrète contre l'état ou quelque intelligence avec les ennemis du dehors , elle pourroit, pour un temps court et limité, permettre à la puissance exécutrice de faire arrêter les citoyens suspects, qui ne perdroient leur liberté pour un temps que pour la conserver pour toujours.

Et c'est le seul niojen conforme à la raison de suppléera la lyrannlque magistrature des épliores, et aux inquisiteurs d'état de Venise, qui sont aussi despotiques.

Comme dans un état libre tout homme qui est censé avoir une ame libre doit être gouverné par lui-même, il faudroit que le peuple en corps eût la j)uissance législative : mais comme cela est impossible dans les grands états, et est sujet à beaucoup d'inconvénients dans les petits, il faut que le peuple fasse par ses représentants tout ce qu'il ne peut faire par lui-même.

L'on connoît beaucoup mieux les besoins de sa ville que ceux des autres villes , et on juge mieux de la capacité de ses voisins que de celle de ses autres compatriotes. Il ne faut donc pas

<)2 DE l'esprit PES LOIS.

que les membres du corps législatif soient tirés en général du corps de la nation; mais il convient que, dans chaque lieu principal, les habitants se choisissent un représentant.

Le grand avantage des représentants c'est qu'ils sont capables de discuter les affaires. Le peuple n'y est point du tout propre; ce qui forme un des grands inconvénients de la démocratie.

Il n'est pas nécessaire que les représentants qui ont reçu de ceux qui les ont choisis une instruction générale en reçoivent une particulière sur chaque affaire, comme cela se pratique dans les diètes d'Allemagne. II est vrai que, de cette manière, la parole des députés seroit plus l'expression de la voix delà nation: mais cela jetteroit dans des longueurs infinies , rendroit chaque député le maître de tous les autres; et, dans les occasions les plus pressantes , toute la force de la nation pouiToit être arrêtée par un caprice.

Quand les députés , dit très bien M. Sidney, représentent un corps de peuple, comme en Hollande, ils doivent rendre compte à ceux qui les ont commis : c'est autre chose lorsqu'ils sont députés par des bourgs, comme en Angleterre.

Tous les citoyens , dans les divers districts, doivent avoir droit de donner leur voix pour choisir le représentant, excepté ceux qui sont dans un tel état de bassesse qu'ils sont réputés n'avoir point de volonté propre.

Il y avoit un grand vice dans la plupart des

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