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LIVRE XI, CHAP. XVIII. l3l

leurs, jusqu'au temps des Gracques.Tibérius Gracchus fit ordonner qu'on les prendroit dans celui des elievaliers : cliangenient si considérable , que le tribun se vanta d'avoir, par une seule rogation, coupé les nerfs de l'ordre des sénateurs.

Il faut remarquer que les trois pouvoirs peuvent être bien distribués par l'apport à la liberté de la constitution, qiioiqu'ils ne le soient pas si bien dans le rapport avec la liberté du citoyen. A Rome, le peuple ayant la plus grande partie de la puissance législative, une partie de la puissance exécutrice, et une partie de la puissance de juger, c'étoit un grand pouvoir qu'il falloit balancer par un autre. Le sénat avoit bien une partie de la puissance exécutrice; il avoit quelque branche de la puissance législative (i): mais cela ne suffisoit pas pour contre-balancer le peuple; il falloit qu'il eût part à la puissance déjuger; et il y avoit part lorsque les juges étoient «.hoisis parmi les sénateurs. Quand les Gracques privèrent les sénateurs de la ])uissance de juger (2), le sénat ne put plus résister au peuple. Ils choquèrent donc la liberté de la constitution , jiour favoriser la liberté du citoyen ; mais celle-ci se perdit avec celle-là.

(i) Les.sénatus-consultes avoient force pendant nn an, quoitju'ils ne fussent pas confirmés parle peuple. Denys d'Halicarnasse,liv. IX, p. SgS; etlir» XX, p. 735. — (2) En l'an 63o.

loi DE L ESPRIT DES LOIS.

Il en résulta des maux infinis. On changea la constitution dans un temps où , dans le feu des discordes civiles , il y avoit à peine une constitution. Les chevaliers ne furent plus cet ordre moyen qui unissoit le peuple au sénat; et la chaîn-e de la constitution fut rompue.

11 y avoit même des raisons particulières qui dévoient empêcher de transporter les jugements aux chevaliers. La constitution de Rome étoit fondée sur ce principe, que ceuxlà dévoient être soldats, qui avoient assez de bien pour répondre de leur conduite à la république. Les chevaliers, comme les plus riches, forraoient la cavalerie des légions. Lorsque leur dignité fut augmentée, ils ne voulurent plus servir dans cette milice ; il fallut lever une autre cavalerie : Marins prit toutes sortes de gens dans les légions , et la répubUque fut perdue (i).

De plus , les chevaliers étoient les traitants de la république ; ils étoient avides , ils semoient les malheurs dans les malheurs, et faisnient naître les besoins publics des besoins publics. Bien loin de donner à de telles gens la puissance de juger, il auroit fallu qu'ils eussent été sans cesse sous les yeux des juges. Il faut dire cela à la louange des anciennes lois françaises ; elles ont stipulé avec les gens d'affaires avec la méfiance que l'on garde à des

(i) Capite censos plerosque. Sallaste, guerre do Jngurths.

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