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CHAPITRE II

Combien les hommes sont différents dans les divers climats.

1^'air froid (i) resserre les extrémités des fibres extérieures de notre corps ; cela augmente leur ressort, et favorise le retour du sang des extrémités vers le cœur : il diminue la longueur (^2) de ces mêmes fibres ; il augmente donc encore par-là leur force. L'air chaud au contraire relâche les extrémités des fibres et

(i) Celaparoît mêmeà la vue: dans le froid on paroît plus maigre. — (2) On sait qu'il raccourcit le fer.

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les alonge; il diminue donc leur force et leur ressort.

On a donc plus de vigueur dans les climala froids. L'action dr. cœur et la réaction des extrémités des fibres s'y font mieux , les liqueurs sont mieux en équilibre, le sang est plus déterminé vers le cœur, et réciproquement le cœur a j)!us de puissance. Cette force plus grande doit produire bien des effets ; par exemple , iAu% de confiance en soi-même , c'està-dire plus de coui'age ; plus de connoissance de sa supéi'iorité , c'est-à-dire .moins de désir de la vengeance ; plus d'opinion de sa sûreté , c'est-à-dire plus de franchise , moins de soupçons, de politique et de l'uses : enfin cela doit faire des caractères bien différents. Mettez un homme dans un lieu chaud et enfermé ; il souffrira , par les raisons que je viens de dire , une défaillance de cœur très grande. Si, dans cette circonstance , on va lui proposer une action hardie , je crois qu'on l'y trouvera très peu disposé ; safoiblesse présente mettra un découragement dans son aine : il craindra tout , parccqu'il sentira qu'il ne peut rien. Les peuples des pays chauds sont timides comme les vieillards le sont; ceux des pays froids sont courageux comme le sont les jeunes gens. Si nous faisons attention auxdernieres(i) guerres, qui sont celles que nous avons le plus sous nos yeux , et dans lesquelles nous pouvons mieux

(i) Celles pour la succession d'Espagne.

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voir de certains effets légers , imperceplibies de loin , nous sentirons bien que les peuples du nord , transportés dans les pays du midi (i) , n'y ont pas fait d'aussi belles actions (pie leurs compatriotes, qui, combattant dans leur propre climat , y jouissoient de tout leur courage.

La force des fibres des peuples du nord f;iit que les sucs les plus grossiers sont tirés des aliments. Il en résulte deux choses : l'une, que les parties du cliyle ou de la lymplie sont plus propres par leur grande surface à être appliquées sur les fibres et à les nourrir ; l'autre , qu'elles sont moins propres par leur grossièreté adonner une certaine subtilité au suc nerveux. Ces peuples auront donc de grands corps et peu de vivacité.

Les nerfs qui aboutissent de tous côtés au tissu de notre peau font chacun un faisceau de nerfs : ordinairement ce n'est pas tout le nerf qui est remué, c'en est une partie infiniment petite. Dans les pays chauds , où le tissu de la peau est relâché , les bouts des nerfs sont épanouis et exposés à la plus petite action des objets les plus foibles. Dans les pays froids, le tissu de la peau est resserré, etlesmammelons comprimés ; les petites houpes sont en quelque façon paralytiques ; la sensation ne passe guère au cerveau que lorsqu'elle est extrêmement forte , et qu'elle est de tout le nerf ensemble.

(i) En Espagne , par exemple.

zsra. DKS LOIS, 2. 12

Mais c'est d'un nombre infini de petites sensations que dépendent l'imagination , le goût , la sensibilité , la vivacité.

J'ai observé le tissu extérieur d'une langue de mouton dans l'endroit où elle paroît à Ja simple vue couverte de mammelons. J'ai vu avec un microscope , sur ces mammelons , de petits poils ou une espèce de duvet ; entre les mammelons étoient des pyramides qui formoient par le bout comme de petits pinceaux. Il y a grande apparence que ces pyramides sont le principal organe du goût.

J'ai fait geler la moitié de cette langue , et j'ai trouvé à la simple vue les mammelons considérablement diminués ; quelques rangs même de mammelons s'étoient enfoncés dans leur gaine. J'en ai examiné le tissu avec le microscope , je nai plus vu de pyramide. A mesure quela langue s'est dégelée , les mammelons , à la simple vue , ont paru se relever ; et au microscope les petites houpes ont commencé à , reparoître.

Cette observation confirme ce que j'ai dit , que dans les pays froids les houpes nerveuses sont moins épanouies ; elles s'enfoncent dans leurs gaines , où elles sont à couvert de l'action des objets extérieurs. Les sensations sont donc moins vives.

Dans les pays froids on aura peu de sensibilité pour les plaisirs ; elle sera plus grande dans les pays tempérés ; dans les pays chauds elle sera extrême. Comme on distingue les climats

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