CHAPITRE IX
Du principe du gouvernement despotique.
v^o MM E il faut de la vertu dans une république , et dans une monarchie de l'honneur , il faut de la crainte dans un gouvernement despoticjue : pour la vertu , elle n'y est point nécessaire , et l'honneur y seroit dangereux.
Le pouvoir immense du prince y passe tout entier à ceux à qui il le confie. Des gens capables de s'estimer beaucoup eux-mêmes seroient en état d'y faire des révolutions : il faut donc que la crainte y abatte tous les courages, et y éteigne jusqu'au moindre sentiment d'ambition.
Un gouvernement modéré peut , tant qu'il veut et sans péril , relâcher ses ressorts ; il se maintient par ses lois et par sa force même. Mais lorsque , dans le gouvernement despotique , le prince cesse un moment de lever le bras ; quand il ne peut pas anéantir à l'instant ceux qui ont les premières places (a) ; tout est perdu : car le ressort du gouvernement , qui . est la crainte , n'y étant plus , le peuple n'a plus de protecteur.
( I ) Voyez Perry , pafje 447. — (2) Comme il arrive souvent dans l'aristocratie militaire.