‹ De l'esprit des loixChapitre 80 sur 313 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la simplicité des lois criminelles dans les divers gouvernements.

On entend dire sans cesse qu'il faudroit que J la justice fût rendue par-tout comme en Turquie. Il n'y aura donc que les plus ignorants de toTis les peuples qui auront vu clair dans la cliose du monde qu'il importe le plus aux hommes de savoir.

Si vous examiner les formalités de la justice par rapport à la peine qu'a un citoyen à se faire rendre son bien , ou à obtenir satisfaction de quelque outrage, vous en trouverez sans doute troj) : si vous les regardez dans le rapport qu'elles ont avec la liberté et la sûreté des citoyens, vous en trouverez souvent trcj> peu; et vous verrez que les peines, les dépenses, les longueurs, les dangers même de I;i justice, sont le prix que chaque citoyen donne pour sa liberté.

En Turquie , où l'on fait très peu d'attentirn à la fortune, à la vie, à l'honneur, des sujets, on termine promptement d'une façon ou d'tiiie autre toutes les disputes. La manière (Je les fi-

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nir est indifférente , pourvu cju'on finisse. L« bâcha, d'abord éclairci, fait distribuer, à sa fantaisie, des coups de bâton sur la plante des pieds des plaideurs, et les renvoie chez eux.

Et il seroit bien dangereux que l'on y eût les jiassions des plaideurs : elles supposent un desir ardent de se faire rendre justice, une haine, une action dans l'esprit, une constance à poursuivre. Tout cela doit èti-e évité dans un gouvernement où il ne faut avoir d'autre sentiment que la crainte, et oii tout mené tout à coup, et sans qu'on le puisse prévoir, à des révolutions. Chacun doit conno^tre qu'il ne faut point que le magistrat entende parler de lui, et qu'il ne tient sa sûreté que de son anéantissement.

Mais dans les étals modérés, oîi la tête du moindre citoyen est considérable, on ne lui ôte son honneur et ses biens qu'après un long examen ; on ne le jirive de la vie que lorsque la patrie elle-même l'attaque; et elle ne l'attaque qu'en lui laissant tous les moyens possibles de la défendre.

Aussi lorsqu'un homme se rend plus absolu (i), songe-t-il d'abord à simplifier les lois. On commence dans cet état à être plus frappé des inconvénients particuliers que de la liberté des sujets, dont on ne se soucie point du tout.

On voit que dans les républiques il faut pour le moins autant de formalités que dans les mo-

(i) (Icsa-r, Crormvel , ci tant d'autres.

naicliies. Dans l'un et dans l'autre gouvernement, elles augmentent en raison du cas que l'on y fait de l'honneur, de la fortune , de la vie, de la liberté, des citoyens.

Les hommes sont tous égaux dans le gouvernement réi)ub!icain; ils sont égaux dans le gouvernement despotique: dans le premier, c'est parcequ'ils sont tout; dans le second, c'est parcequ'ils ne sont rien.

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