CHAPITRE IL
Opinions touchant l'Éternité.
Les peuples les plus sages , qui conservaient la tradition avec le plus d'exactitude , ont placé l'éternité dans un Être intelligent , d'une sagesse et d'une puissance infinies , source de la yie et auteur de l'univers : c'est ainsi que les Hébreux, les Indous, les Grecs , les Gaulois , et tant d'autres nations concevaient l'Essence divine. Mais chez tous les peuples il a existé des sectaires , qui , par la difficulté qu'ils avaient à comprendre cette intelligence souveraine, ont audacieusement nié son existence. Pressés par le sentiment intérieur qui nous fait confesser une autorité quelconque, ils l'ont attribuée au temps sans bornes , et à la nature sur
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laquelle il agit sans cesse. Cependant la difficulté était toujours la même ; car si Ton n'a point à expliquer Téternité de Dieu , il reste encore à définir celle du temps et du monde ; et l'embarras augmente d'autant plus alors , qu'il faut rendre raison des opérations d'une éternité aveugle.
En effet , qu'est-ce que le temps par lui-même > et si Ton fait abstraction de la Divinité , telle qu'on se la figure , active , intelligente ? Sans cette puissance extraordinaire, qui lui a confié la mesure des événemens, est-ce autre chose qu'une idée vague et abstraite ? Le temps est comme ces horloges solaires qui , en l'absence du soleil , ne marquent plus ni heures ni momens : enlevez-lui l'astre éternel qui le divise et lui donne la vie par une succession d'instans , dès-lors il n'est qu'un être chimérique , qui ne produira pas davantage à la fin d'une période qu'au commencement , par la raison qu'il n'y a en lui ni mesure ni progrès. Attribuer au temps la production de la vie , c'est comme si l'on disait que l'espace a enfanté l'univers, que le vide se remplit de lui-même.
Aussi n'est-il aucune de ces religions qui datent du commencement du monde, qui ait eu pour objet le temps créateur : la tradition enseignait un autre Dieu , et celui-là était proscrit par la raison. Il n'a appartenu qu'à quelques esprits inquiets et corrompus, à un Carnéade , à un Diagoras , dans
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l'antiquité , et depuis à un Spioosa , de confondre la cause arec l'effet , et d'offrir à l'adoration <kt peqples étonnes ce qu'ils avaient cru jusque-là ne pouvoir exister hors de Dieu. Pour étayer une doctrine si insoutenable , les philosophes modernes ont néanmoins appelé en témoignage kl foi des Anciens; ils ont impudemment accusé les Parses , les Indiens , les Grecs , d'avoir allégoriquement adoré la nature et le temps» Mais lorsque nous les voyons aussi vouloir persuader aux Chrétiens qu'ils n'adorent que les diverses parties de Pu ni vers, on sent quelle confiance on doit ajouter à tout ce qui a été dit des sectes anciennes. Ces hom»» mes découvrent tout ensemble leur mauvaise foi T la faiblesse de leur système , et l'impossibilité où il» sont de produire des raisons.