CHAPITRE IX
Béatitude et Supplices des peuples du Nord.
La peinture du Valhalla, faite pour exciter les nations du Nord à la vertu , aurait pu chez d'autres peuples remplir le même objet, en la destinant a épouvanter le crime. La plus grande jouissance des bienheureux est de pouvoir chaque jour se couvrir de leurs armes, combattre sous les yeux de la divinité, et se tailler en pièces sans qu'il en reste la moindre cicatrice. A de tels jeux succèdent les plaisirs de la table. Odin tient un banquet éternel , où les braves viennent réparer leurs forces , et chanter leurs exploits : on y mange d'un sanglier qui reste toujours entier ; l'hydromel et la bière sont versés à profusion. Cest une jouissance de plus que de boire dans les crânes des ennemis qu'on a vaincus. Si les Scandinaves ont introduit de jeunes vierges dans leur Paradis, ce nVst ^m*
pour servir les héros lorsqu'ils se mettent à table, et remplir les coupes à mesure qu'on les vide.
L'enfer est un lieu éloigné du soleil, les portes sont tourne'es vers le nord, des glaces énormes empêchent les coupables de se sauver. Au milieu du JNiflheim, séjour de désespoir, est une source obscure d'où se répandent les fleuves de l'angoisse et de la mort : ici sont les eaux qui portent dans leur sein le germe des tempêtes ; plus loin sont les torrens de la perdition et des hurlemens; une pluie de poison tombe sur les damnés, et les entraîne dans des gouffres où un dragon noir et ailé les dévore sans cesse.
Nous voyons assez tout le rapport qu'il y a entre l'avenir de ces peuples barbares , et leur condition actuelle. Il serait difficile d'inventer des tourmens plus affreux; mais en cela il n'est guère de nation qui n'ait exercé son imagination : les hommes ont raffiné sur les tortures , et la félicité seule est demeurée en arrière. On ne peut toutefois en attribuer la cause qu'à ce malheureux penchant des humains pour grossir leurs maux, et à leur misère extrême , qui dans des contrées stériles fixe le bonheur où cesse l'indigence.