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CHAPITRE X

Du Paradis et de l'Enfer des Mahométans.

Le mahométisme, qui, dans les jouissances qu'il présente à ses élus, déploie un luxe vraiment oriental, a surtout admirablement saisi les goûts et les mœurs de PAsie : jamais paradis ne fera mieux connaître le caractère d'une nation. Il n 1 est plus question de cette bière amère , entonnée dans des crânes dégoûtans , ni de cette table de gladiateurs , qui se repaissent de la chair d'un sanglier. C'est une terre de musc *, où croissent des dattes savoureuses et la grenade désaltérante ; où les fleuves sont de lait et de miel, et dont les sources répandent un vin parfumé, qui se mêle au délicieux zingember; jusqu'aux viandes y sont assaisonnées avec le musc.

Là reposent les bienheureux entre de jeunes vierges uniquement destinées à leurs plaisirs : au lieu de terribles combats dont Pabîme retentit , ce sont les délicieuses attaques d'un époux passionné,

1 Koran.

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qui lutte sans cesse pour cueillir une fleur qui renaît toujours. Ces vierges merveilleuses , faites pour entretenir une ivresse éternelle , sont elles-mêmes pétries de musc, et de leurs pores s'exhalent d'agréables parfums. On ne trouve point parmi elles les beautés de l'Occident, ces femmes mollement amoureuses , dont la tendresse se peint dans la couleur jles yeux : la terre céleste renferme les beautés piquantes de l'Asie , aux yeux noirs et ardens , d'une volupté fougueuse qui rallume toujours de nouveaux feux. La jalousie, ce cruel fléau de l'Orient, est bannie du ciel; les houris, dit le Koran, seront cachées avec tant de soin sous des pavillons de nacre, que les anges eux-mêmes ne pourront en . approcher. Rien ne peint mieux le caractère inquiet et jaloux des Orientaux, que ce passage de leur texte sacré.

De ce tableau voluptueux on passe à celui des châtimens. Des imaginations sensibles sont déjà ébranlées par l'idée du bouleversement général qui doit précéder le dernier jugement, et parées tremblemens de terre qui jetteront les corps hors de leurs sépulcres. Les uns se lèveront dans la joie, tenant à leur main droite le livre de leurs bonnes actions , tandis que les autres porteront avec effroi les tristes feuilles où leurs crimes seront gravés. Lorsque la séparation sera finie, on traînera les réprouvés, par les cheveux , au milieu de brasiers

ardens, où les Arabes, jaloux de leur liberté, ont placé d'énormes piliers, et des chaînes pesantes , dont le bruit semble dès cette vie retentir à l'oreille du méchant. De toutes parts s'élèvent des flammes noires et infectes; et l'arbre de musc est remplacé par le zacon, dont les fruits puants et empoisonnés nourrissent le feu des entrailles. Ces fruits perfides, avec des épines et des ronces, sont la seule nourriture des damnés, qui, dans la soif ardente qui les dévore, ne trouvent que des fleuves d'eau bouillante et d'étain fondu. Des bourbiers d'une puanteur horrible serviront de bain à ces misérables*; et bien que leurs douleurs soient affreuses, quand ils prieront les bienheureux de leur donner des rairaîchissemens , ceux-ci ne feront que les railler et les maudire. S'ils supplient l'intendant des enfers de suspendre un moment leurs souffrances, il les refuse impitoyablement; et lorsqu'au milieu des cris et des hurlemens ils lui demandent quand leurs maux auront un terme, il ne répond que par un épouvantable jamais ! Ainsi , pour augmenter les tourmens, on ajoute, aux supplices du corps, ceux encore plus affreux de l'esprit : on peint la curiosité des damnés et leur pénible anxiété, pour avoir occasion de présenter la terrible idée d'éternité , qui met lé comble à tous les mau \\

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