CHAPITRE VIII
L'Opinion de l'Antiquité évidemment altérée.
Comme les démonstrations méthodiques ne sont pas ce qu'il y a de plus favorable aux matérialistes, ils ont voulu s'étayer du témoignage de l'antiquité. Il était difficile de faire passer pour athées des hommes qui s'étaient , au contraire , distingués par leur piété ; on les a calomniés.
Les nouveaux apôtres du matérialisme prétendent que toute la religion des philosophes ne consistait qu'en une grande affection pour la Nature , et dans le sentiment qu'ils avaient de sa magnificence et de?sa divine harmonie. Qui le croirait ? ils ont même cherché une autorité dans Plutarque. Mais les plus célèbres d'entre les Greps se sont expliques si clairement , qu'il né faut avoir aucune idée de leur doctrine , pour se^ laisser abuser. Anaxagore et Thaïes ont placé le monde sous la direction d'un esprit infini , détaché de la matière. Socrate , Platon , Aristipe , tous les Cyrénaïques , sont allés plus loin ; ils ont défendu l'étude de la
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nature , à cause , disaient-ils , qu'elle enlève à son auteur une partie de l'admiration qui n'est due qu'à lui. Plutarque , dont on a indignement corrompu le sens , et peut-être celui des Anciens qui a le mieux connu la vraie piété, ne voyait, dans les différentes parties de l'Univers , que les images des Dieux et des autres intelligences. Il dit que les astres ' ont avec la Divinité une parfaite ressemblance, tant par leur éclat que par les bons offices qu'ils rendent aux hommes; de même que la Lune , par ses changemens, représente le malheureux état de variabilité des Démons. Il dit encore qu'au commencement on adorait l'ouvrier dans ses ouvrages * ; que ce ne sont que les descendans, hommes grossiers et peu instruits , qui ont pris lourdement et à la lettre ce qui, chez leurs pères, était une image. Ceci n'est point équivoque. Et Plutarque, après avoir blâmé de la sorte Fidolâtrie, comme s'il eût pressenti la mauvaise foi des siècles futurs, avertit de prendre garde, en fuyant la superstition , de tomber dans l'impiété.
Les matérialistes ne sont pas plus heureux dans les conséquences qu'ils tirent, à dessein d'interpréter la foi des peuples. L'un d'eux 3 , pour prouver
1 Des Oracles qui ont cessé.
» D'Isis et d'Osiris.
9 Dupuis.
que la Mature, avec ses parties , a été l'objet def anciens cultes , rapporte que le premier philosophe qui osa avancer que le soleil n'était qu'une masse de feu , fut regardé comme un impie. Mais la haine qu'on lui porta , pour avoir fait connaître le soleil sous ses qualités essentielles , n'atteste-t-elle pas au contraire que si les hommes se trompaient , quant à l'objet de leur adoration , au moins leur intention bien manifeste n'était point d'adorer la Nature, ni aucune substance matérielle?