CHAPITRE X
Raison de la DisconvenaUce que l'on remarque quelquefois
entre les Lois et la Religion.
Quand il aurait existé chez le même peuple une excellente religion avec des lois barbares , ou de bonnes lois et une mauvaise religion , il ne s'ensuit pas , pour cela , que les lois civiles ne soient point une extension des lois religieuses. Dans l'origine , les Hébreux joignaient à une croyance parfaite des lois défectueuses , sans doute parce qu'ils étaient trop ignorans pour faire l'application des préceptes divins ; tandis qu'en Egypte , au contraire , où la religion consacrait des pratiques infâmes , les lois étaient d'une sagesse admirable. Or, cela vient encore du profond respect que Ton n'a cessé de porter à la religion : lorsque les lois devinrent meilleures avec le temps, on n'osa néanmoins proscrire les erreurs dont on l'avait anciennement embarrassée.
DES RELIGIONS. 25 i
Il est encore des peuples qui n'attachent aucune idée de honte à l'union des sexes , et qui croient même , dans les grandes solennités , ne pouvoir offrir au ciel de sacrifice plus agréable que celui qu'on fait à la beauté. On pourra éveiller en eux la pudeur , et leur faire perdre l'usage de se prostituer en public ; mais il faudra plus de temps pour abolir la conjonction qui se fait dans un esprit religieux au pied de l'idole.